Inondations : Arles 13 mois après
par Ingrid ESTEPHAN
Dans la nuit du 3 au 4 décembre 2003, le nord de la ville d'Arles se retrouvait en partie sous plusieurs centaines de centimètres d'eau. Deux quartiers et une zone industrielle étaient touchés de plein fouet par cette crue centennale. Les images choques alimentaient d'ailleurs les journaux télévisés. Plus d'un an après, le traumatisme est bel et bien palpable intra-muros mais les plaies se pansent progressivement. Disons même que des leçons ont été tirées et que du pire naît des projets ambitieux. Eclairage sur plusieurs mois de reconstruction.
Les faits. " Le phénomène est survenu là où on ne l'attendait pas ".
En effet, le 3 décembre 2003,
personne ne pensait voir l'eau passait au-dessous des trémies SNCF au
nord d'Arles. Personne n'imaginait alors voir deux quartiers de la ville -
Le Trébon et Montplaisir -
sous plusieurs centaines de centimètres d'eau - exactement deux mètres
au plus fort de la crue. Pourtant, les faits sont là. Après
plusieurs jours successifs de pluie additionnés à des conditions
climatiques épouvantables notamment un fort vent du sud qui empêche
l'eau de s'écouler vers la mer, les villages situés au nord
d'Arles regardent impuissants le bitume se recouvrir d'eau. Le 1er décembre,
Graveson, Saint Etienne du Grés, Saint Rémy, Maillane et Fontvielle
- au nord d'Arles - sont touchés. Dans la nuit du 3 au 4 décembre,
le débit du Rhône dépasse les 13 000 m3/s et bat largement
les records enregistrés lors de la crue centennale de 1856. Du jamais
vu. La tension est palpable dans les rues arlésiennes. Toutes les
berges du Rhône, notamment les digues en Camargue, sont sous surveillance
maximale. Les maisons situées sur les quais sont d'ailleurs évacuées.
On craint une brèche dans laquelle cette eau en furie puisse s'engouffrer.
La vallée des Baux et la plaine dite du déversoir qui compte
les communes de Boulbon, Saint Pierre de Mézoargue et Tarascon sont
inondées. A Arles, c'est le secteur au Nord de la ville qui est en
proie au flux. L'eau passe par les trémies des voies SNCF et s'installe
pour plusieurs jours dans les quartiers résidentiels du Trébon
et de Montplaisir ainsi que dans la Zone industrielle nord. 20 000 personnes
sont directement sinistrées. 12 000 sont évacuées. Au
total, 750 entreprises subissent des dommages. Certaines (250 situées
en ZI Nord) sont noyées sous deux mètres d'eau. Rapidement
les secours s'organisent, les personnes évacuées rejoignent
les structures d'accueil provisoires. Une cellule médico-psychologique
est mise en place. Le décès d'une vieille dame sera hélas à déplorer.
Sur le terrain, les moyens mis en œuvre sont exceptionnels. 500 pompiers
français, 1000 pompiers allemands, italiens, belges et tchèques
et 80 pompiers de la sécurité civile, 120 militaires, 100 policiers,
CRS et gendarmes sont en outre déployés sur la zone sinistrée.
Après plusieurs jours de pompages, l'eau se retire. Les Arlésiens
constatent alors l'ampleur des dégâts. Pour certains, une opération
de nettoyage et quelques travaux suffiront à restaurer leurs maisons.
D'autres devront tout rebâtir. Mais la chaîne de la solidarité fonctionne
bien. Malgré le traumatisme, les non-sinistrés réconfortent
les victimes de l'eau. Abattus souvent découragés, ces dernières
font face à un spectacle de désolation. Certains voient leur
logement dévasté, d'autres ont quasiment tout perdu. Plus d'un
an après le sinistre, 85 familles attendent encore d'être relogées.
Ils vivent pour l'heure dans des mobil home.
Constat. Jean-Luc Fabre, sous-préfet d'Arles, a vécu - peu après son arrivée et sa prise de fonctions - un phénomène sans précèdent sur le secteur. Aujourd'hui, il se retourne sur les inondations de décembre 2003 et dresse un premier constat. Disons plutôt un bilan chiffré, révélateur de l'ampleur des dégâts, qui dépasse au total pour le seul arrondissement d'Arles les 80 millions d'euros. Le représentant de l'Etat répond à nos questions.
ASI : Quelles ont été les aides réelles et concrètes débloquées par l'Etat pour répondre à la crise de décembre 2003 et faire face à l'urgence de la situation notamment celle des sinistrés?
J.-L.Fabre : Les personnes évacuées
d'urgence sont, dans un premier temps hébergées, nourries et
soignées gratuitement
dans des structures d'accueil provisoires. Elles reçoivent des fonds
de secours (300e par personne + 150e par enfant à charge). L'Etat
donne un million d'euros pour ce fonds, abondé pour la même
somme par la Région et le Département. Par la suite, 120 mobil
home (111 à Arles et 9 à Boulbon), ainsi qu'une vingtaine de
caravanes, seront mis en place pour accueillir les familles. L'Etat prend
entièrement en charge la fourniture, la viabilisation et la climatisation
des mobil home pour un coût de 3, 350 millions d'euros. Il indemnise
aussi, par le biais de l' Allocation Temporaire de Logement, les propriétaires
qui acceptent d'héberger des personnes sinistrées alors que
la Région paye l'hôtel à ceux qui ne trouvent pas d'autre
solution. L'Etat assure aussi entièrement depuis quelques mois le
financement d'une Maîtrise d'œuvre urbaine et sociale (MOUS),
pour 427 000e, chargée d'assister les sinistrés dans leur recherche
d'un logement provisoire ou définitif. Le maintien de cette MOUS jusqu'au
mois d'avril 2005 sera assuré par les crédits européens
du FSUE (500 000e). Je rappelle également que les sapeurs pompiers,
des équipes de bénévoles, des jeunes des quartiers difficiles,
ont aidé les particuliers à nettoyer leur domicile dès
que les eaux ont pu être évacuées. L'Etat a évidemment
contribué au financement de ces opérations. Enfin, il aide
les sinistrés à réhabiliter leurs logements en mobilisant
des fonds de l'ANAH. Une première enveloppe de 450 000e a été prévue
pour les propriétaires occupants, une autre de 125 000e pour les propriétaires
bailleurs. S'agissant ensuite des frais d'urgence engagés pendant
la crise par les communes, l'Etat tient ses promesses et les rembourse dans
leur quasi intégralité. Plus de 5 millions d'euros ont été accordés à ce
titre par le Ministère de l'intérieur sur le chapitre 46/91.
ASI : Quelles actions ont été menées à l'égard des entreprises ?
J.-L.Fabre : Diverses mesures fortes ont été prises notamment des aides au désencombrement et au nettoyage des locaux avec la mobilisation de l'Armée, des engins du Génie et celle des pompiers, un report des dettes fiscales et sociales, une indemnisation du chômage partiel et le déblocage d'une enveloppe de 3,1 millions d'e allouée par le Ministère du travail. A cela s'est ajouté la mise en place d'un guichet unique à la chambre de commerce d'Arles pour distribuer les diverses subventions accordées aux entreprises par l'Etat, l'Europe, la Région, le Département. En ce qui concerne les artisans et commerçants, l'Etat a dégagé une enveloppe de 4 millions d'euros sur le FISAC et de 1,5 millions d'euros sur l'Agence Nationale des Chèques Vacance. Pour les PME/PMI, un crédit de 3 millions d'euros sur le FEDER est disponible. Ces aides se cumulent, bien sûr, avec celles accordées par les collectivités territoriales. Enfin, l'Etat et la Région prendront en charge les formations rendues nécessaires par le renouvellement du parc des machines. S'agissant des agriculteurs, le 27 janvier 2004, la commission nationale des calamités agricoles, s'est prononcée sur le classement de 27 communes sinistrées. 500 dossiers ont été déposés et 159 sont en cours d'instruction. Les premiers paiements commencent à intervenir. Une première enveloppe de 1,7 millions d'euros est actuellement disponible sur le fonds national des calamités agricoles (alimenté par les crédits du Ministère de l'Agriculture). Cette enveloppe sera augmentée si nécessaire. Toutes les demandes recevables seront honorées. A cette aide, s'ajoute un dispositif de soutien au redémarrage des exploitations, également pris en charge par l'Etat. Le besoin est évalué à 5 millions d'euros. L'Etat tiendra, sur ce point aussi, ses promesses.
ASI : En matière de reconstruction des équipements publics, où en êtes-vous ?
J.-L.Fabre : D'abord la SNCF - plutôt
le Réseau Fferré de
France - a reconstruit et renforcé les protections des trémies
qui avaient lâché, causant l'inondation des quartiers Nord d'Arles.
S'agissant ensuite des digues du Rhône, le Syndicat mixte d'aménagement
des digues du Rhône et de la mer (Symadrem*) a procédé aux
travaux d'urgence nécessaires à la réparation des dégâts
causés par la crue de décembre 2003 dont le coût s'élève à 2,1
millions d'e et financé à la hauteur de 40% par l'Etat. Les
Voies navigables de France (VNF), établissement public chargé du
domaine fluvial français, a assumé par ailleurs à 40%
le financement de travaux de réparation et de confortement de berges
relevant de sa compétence ( quais et canal d'amenée à l'écluse
d'Arles ) pour un coût de 3,56 millions d'euros.
En outre, un programme de mise en sécurité des quais d'Arles est actuellement en cours d'exécution d'un montant de 2,7 millions d'euros et auquel l'Etat participe à hauteur de 40%.
Au-delà de la situation d'urgence et donc de ces réfections à l'identique, le " plan Rhône ", aujourd'hui en phase d'élaboration sous l'autorité du Préfet de Région Rhône Alpes, nommé préfet coordonnateur de bassin Rhône-Méditerrané - Jean-Pierre Lacroix (voir ci-dessous) - déterminera les autres investissements à réaliser et les autres mesures à prendre pour mieux maîtriser les débordements du fleuve. Certains d'entre eux seront en œuvre dès l'année prochaine sur des tronçons du fleuve jugés plus prioritaires.
Justement, au sujet des canaux, un vaste programme de travaux d'urgence est actuellement en cours, auquel participe l'Etat et l'Europe - FSUE et le FEDER avec sur le canal du Vigueirat qui menace principalement les zones urbanisées d'Arles, un programme de 18 millions d'e de travaux est engagé. L'Etat, sur les crédits du ministère de l'environnement, prendra en charge 40% du coût. Quant aux autres canaux (Craponne, vallée des Baux, Alpines), 3,6 millions d'euros du FSUE et 2 millions d'euros de FEDER (fonds européens) seront mobilisés. Au total, sur les canaux aux abords de la cité de Van Gogh, des travaux d'un montant de près de 40 millions d'euros sont ou vont être lancés dans l'année, dont l'Etat et l'Europe assumeront 40% des coûts - sans compter les participations, encore non chiffrées, de l'Agence de l'Eau. Les besoins sont certes gigantesques, mais depuis Adam de Craponne, on n'avait jamais investi autant d'argent public dans ce réseau de canaux essentiellement voués à l'irrigation.
ASI : Au vu des chiffres annoncés et des travaux réalisés, que reste-il encore à faire ?
J.-L.Fabre : En premier lieu, assurer le relogement définitif des 85 familles encore hébergées dans des structures provisoires. Il faut maintenant veiller à ce qu'elles puissent rapidement réintégrer leur logement. Nous nous y employons. A ce sujet, l'Etat assurera le financement de la MOUS au moins jusqu'au 30 avril 2005. Ensuite, encourager un processus de relance économique. Pour cela, il est indispensable de redonner confiance aux chefs d'entreprises situés sur la zone sinistrée, ainsi qu'aux investisseurs potentiels. La construction d'un ouvrage au nord d'Arles dans le prolongement de la RN 570 et de la digue est désormais décidée. Elle permettra de rendre quasiment étanches la Zone industrielle et les quartiers nord. L'Etat consacrera au total 4 millions d'euros à cet ouvrage et entend en accélérer l'exécution pour une fin des travaux prévus en 2006. En dernier lieu, il est essentiel de modifier la gestion des digues du Rhône et des canaux. C'est notamment l'objet du " plan Rhône ", s'agissant du fleuve lui-même. En ce qui concerne les canaux, un projet de syndicat mixte reste à l'étude.
ASI : Justement à ce sujet et suite aux inondations, quelles leçons peuvent être tirées notamment en matière de gestion globale du Rhône ?
J.-L.Fabre : Cette catastrophe a mis en lumière
l'insuffisance des protections ainsi que l'inadaptation des structures chargées
d'entretenir les berges du Rhône et de ces principaux canaux. On s'est
aperçu
aussi, bien tardivement, qu'un fleuve comporte deux rives et qu'il n'est
pas forcément judicieux de se préoccuper du côté droit,
si on oubliait le gauche, et vice versa. Comme je vous l'ai déjà signalé,
des travaux d'urgence ont été entrepris en utilisant les pouvoirs
de police des maires ou même des préfets pour réparer à l'identique
les ouvrages détériorés par la crue. " A l'identique " en
effet, car s'agissant d'un écheveau hydraulique aussi complexe, il
faut se garder de faire n'importe quoi. Le rehaussement des berges, contrairement à ce
que l'on peut penser, n'est pas forcément la solution idoine. Il paraît
au contraire préférable de réhabiliter les champs d'expansion
naturels du fleuve, qu'en raison d'une urbanisation débridée,
l'homme a progressivement éliminés.
Ainsi, Jean-Pierre Lacroix - préfet de bassin - a donc été chargé d'élaborer un " plan Rhône " sur la totalité du cours du fleuve, c'est-à-dire depuis sa sortie du lac Léman jusqu'à la mer. Cela permettra de prescrire un certain nombre de mesures qui éviteront enfin de reporter les problèmes en aval. Parallèlement, il faut en finir avec cette gestion parcellisée des berges par le biais des associations syndicales autorisées, communes, syndicats intercommunaux, particuliers, CNR… On va s'efforcer de constituer des opérateurs dignes de ce nom, disposant de ressources financières solides et compétentes sur de larges tronçons du fleuve (l'ensemble du delta, par exemple, à partir d'Avignon).
Pour les canaux, en particulier ceux qui menacent les zones habitées, le système des ASA et ASF - dont l'origine remonte à Henri IV ou peut-être François Ier - a également montré de sérieuses limites. Les collectivités locales doivent, à mon sens, commencer à se substituer à ces structures aujourd'hui dépassées.
Travaux et orientations
Jean-Luc Masson, adjoint au
maire d'Arles, délégué à l'aménagement
du territoire, aux grands travaux, à la politique de l'eau et aux
marchés publics, vice-président du Symadrem, est l'homme de
la situation quand il s'agit du sujet vaste et épineux de l'eau et
de sa gestion. Parlons-en justement de cette eau. Une eau de toutes les peurs,
de tous les dangers qui enflamme les passions pour mieux unifier les intérêts.
Sur la commune d'Arles, en effet, on apprend aujourd'hui à lui faire
face, à la contenir et parfois à la maîtriser. Mais il
a d'abord fallu panser les plaies de ces inondations et affecter un peu moins
de 30 millions d'euros au renforcement de la sécurité de la
ville. Une ville traversée du nord au sud - bien évidemment
- par le Rhône mais aussi par des canaux d'irrigation (canal du Vigueirat)
ou longée par des canaux d'assèchement (vallée des Baux).
Ce sont ces deux derniers ouvrages notamment qui ont souffert de la décrue
rapide. " Les berges excessivement humides se sont effondrées
dès le retrait des eaux. Nous nous sommes substitués - avec
la Société du Canal de Provence - à l'association syndicale
qui gère normalement cet ouvrage pour réaliser les travaux
d'urgence, explique Jean-Luc Masson. Sur cinq kilomètres, de longueur,
poursuit l'adjoint au maire, nous avons renforcé les berges du canal
du Vigueirat d'un rideau de palplanches et avons refait la roubine du Roy ".
En zone résidentielle, les eaux ont aussi usé la voirie, l'éclairage
public… et considérablement endommagé le réseau
pluvial. Bref, des travaux urbains ont donc été entrepris notamment
la réparation complète de deux siphons sur trois - aujourd'hui
d'ailleurs en cours d'achèvement. " Dès la fin décembre
2003, les procédures se sont enchaînées pour ne pas laisser
traîner les choses. Je n'avais jamais vu cela auparavant. Une telle
réactivité administrative pour ne pas qu'il y ait de temps
morts ", constate l'adjoint au maire. En effet, moins d'un mois après
les inondations, les premières réfections ont eu lieu. Et depuis,
cela n'arrête pas. Les élus arlésiens n'ont de cesse
de voter des délibérations pour sécuriser au maximum
la ville et ses habitants. Grosso modo, le coût des travaux liés
aux inondations équivaut à cinq fois le budget d'investissement
communal annuel en matière de grands travaux et d'aménagement
du territoire. Quant aux digues du Rhône, elles ont aussi été au
cœur des préoccupations des hauts fonctionnaires. D'abord avec
le renforcement en centre ville des fondations des quais sous la houlette
du Syndicat mixte d'aménagement des digues du Rhône et de la
mer (Symadrem), puis avec une réflexion plus vaste sur les moyens
de gestions.
Gestion du Rhône et ambitions
Jusqu'alors victimes
d'une gestion morcelée, ces fameuses digues du
Rhône devraient à court terme intégrer une " stratégie
globale de prévention des inondations ", dixit le préfet
coordonnateur du bassin Rhône Méditerranée - préfet
de la Région Rhône-Alpes, Jean-Pierre Lacroix. Halte donc à cette
alternance d'interlocuteurs-gestionnaires, selon si l'on se situe à droite
du fleuve ou à gauche, dans les Bouches-du-Rhône ou dans le
Gard ou même ailleurs, un peu plus haut en amont ou un peu plus bas
en aval (NDLR). Vraisemblablement, cette vision dite globale du fleuve devrait à la
fois rendre cohérente chaque intervention (travaux d'aménagement,
réfection des berges, maîtrise du débit…), et
par là même, ne pas perdre de vue les objectifs premiers du
syndicat mixte, d'ores et déjà existant dans les Bouches-du-Rhône. " Le
Symadrem, déclare Jean-Luc Masson qui, rappelons-le, est vice-président
de la structure, se fixe quatre objectifs principaux. Il faut que les digues
soient stables, étanches, circulables et il faut qu'elles soient totalement
imperméables". Aux missions prioritaires s'ajoute " la gestion
des crises " et plus précisément la surveillance constante
des digues " qui doit être diurne et nocturne en cas de crue ",
précise l'homme politique arlésien. Quoiqu'il en soit, le rôle
et la mission du Symadrem se pérenniseront donc. Mais tout le monde
s'accorde à dire qu'il faut absolument obtenir cette cohérence
de traitement. Concrètement, le projet retenu devrait voir le jour
en 2005. Il consiste à homogénéiser les deux rives,
les régions (Languedoc Roussillon, PACA et Rhône Alpes), les
départements et toutes les communes riveraines du fleuve ainsi que
celles situées en deuxième rideau. La première étape,
annoncé par Jean-Pierre Lacroix peu avant la fin de l'année
2004, consiste donc à créer un comité de pilotage ainsi
que son bureau favorisant la concertation mais aussi la mise en place de
cette stratégie. Dans une logique d'efficacité et de réactivité,
le Rhône est sectorisé en trois parties. " Le Rhône
a mont qui va de son entrée sur le territoire français jusqu'au
sud de Lyon. Le Rhône aval qui comprend toute la zone du delta et qui
inclut les champs d'inondation identifiés dans l'étude globale
comme ayant une incidence forte sur le delta. Le Rhône dit moyen entre
le sud de Lyon et le sud de Montélimar qui bénéficiera
de mesures de réduction dynamique des crues envisagées pour
Lyon et sur lequel la préoccupation majeure sera de gérer au
mieux les protections en place et de veiller à l'entretient du lit ".
Il faut cependant signaler que chaque zone se verra attribuer un comité territorial
de concertation. Très rapidement, trois actions fortes seront menées à bien.
Il s'agit ici d'éviter une nouvelle catastrophe en protégeant
prioritairement les " lieux densément habités ou à forts
enjeux économiques en mobilisant des zones d'expansion des crues tout
au long du cours du Rhône, en maîtrisant l'urbanisation en zones
inondables et derrières les digues grâce à l'établissement
du Plan de prévention des risques (PPR), en améliorant la compatibilité des
activités économiques et le caractère inondable des
zones d'implantation. Sur ce dernier point, des actions concrètes
sont, d'ores et déjà, lancées avec le monde agricole
et les gestionnaires de réseaux de fluide et de transport ".
Selon le calendrier, une première réunion de concertation du " Rhône
aval " se tiendra au cours de ce mois de janvier 2005 pour " débattre
et établir des solutions à mettre en œuvre sur ce secteur
géographique ainsi que le programme d'action correspondant ".
Loin du discours, l'Etat a d'ores et déjà annoncé le
financement d'une digue au nord d'Arles. La zone sera en matière d'inondations
complètement sécurisée.
Premier enjeu : la relance économique
C'est un peu comme si la catastrophe de décembre 2003 se terminait ici. Avec cette reprise économique de la ZI Nord arlésienne. Pour la CCI du pays d'Arles, 96% des entreprises sinistrées ont repris à ce jour leur activité. Pour la ville, ce sont 99% qui ont rouvert leurs portes sur 450 structures concernées. A l'exception du cas Lustucru (voir ci-dessous). " Les entreprises ont très bien réagi, confie le sous-préfet d'Arles, Jean-Luc Fabre. Mais le bilan ne peut pas encore être dressé. Pour l'heure, le Tribunal de commerce n'enregistre pas un nombre de cessations d'activité supérieur à celui des années précédentes ". Les principales structures touchées ont été les Très petites entreprises. Profession libérale ou métier de la terre ont en effet subi de plein fouet ces inondations de décembre 2003. Pourtant, l'ensemble des PME/PMI a très bien réagi. " Par chance, nous sommes dans cette logique-là, de petites et moyennes entreprises. Au-delà du traumatisme et de la perte directe engendrée par les inondations, la catastrophe a eu pour conséquence de renforcer les liens entre les salariés et le patronat, d'affirmer une cohésion sociale et une véritable solidarité ", Philippe Hurdebourcq, directeur du développement industriel et international à la Chambre de commerce et d'industrie du pays d'Arles peut en témoigner. Il a été sur le terrain dès les premières heures du sinistre pour soutenir et accompagner les chefs d'entreprise en proie à la montée des eaux. Il a pris part au guichet unique mis en place pour instruire les demandes d'aide au redémarrage de l'activité. Dès la mi-décembre 2003, il est allé sur le terrain, à la rencontre des patrons sinistrés. " Cette mobilisation de tous les acteurs institutionnels et l'instauration de ce kit d'urgence a permis aux chefs d'entreprises de gagner six mois ". En moyenne, les structures sinistrées ont été contraintes de suspendre leurs activités un mois et demi, voire deux mois. Plus de 2000 salariés ont été privés de leurs activités et soumis au chômage technique. Le manque à gagner est aujourd'hui estimé à 260 millions d'euros. " Légitimement, on pouvait penser que la casse aurait pu être plus importante, affirme Philippe Hurdebourcq. Nous avons travaillé au cas par cas et aujourd'hui une large majorité d'entreprises a repris son activité. Elles ne sont pas dans un état extraordinaire mais elles ont repris. Seul Lustucru a montré une volonté de ne pas rouvrir ". Plus d'un an après les inondations, l'heure n'est plus au catastrophisme. Bien évidemment, le traumatisme est présent mais " Il faut tout mettre en œuvre pour que l'activité économique se poursuive ". C'est en tout cas ce qu'a annoncé publiquement Jean-Pierre Lacroix, préfet coordonnateur du bassin Rhône Méditerranée.
Les employés de Lustucru donnent une nouvelle vie à leur usine
" Ce sont les inondations qui ont provoqué la
fermeture du site " déclare
le président de la société Lustucru Riz, Michel Peudevin.
Pour ce dirigeant d'entreprise, les motivations de cessation d'activité ne
sont en rien liées à cette logique implacable de productivité et
de rentabilité. " Pour réhabiliter le site, nous aurions dû investir
28 millions d'euros sans cependant avoir l'assurance d'être protégés
d'une nouvelle inondation. Et cela, sans compter sur la durée des travaux
estimée à plus d'une quinzaine de mois ". Les arguments ne
manquent pas pour tenter d'enrayer les rumeurs croissantes et faire retomber
la polémique qui court depuis plusieurs mois au sujet du bien fondé des
décisions du groupe Panzani, à la tête de l'usine arlésienne
depuis deux ans et demi. Des arguments qui aujourd'hui s'éventent quelque
peu surtout quand ils remettent en cause la sécurité de la ZI Nord
en matière d'inondations alors que l'Etat et les pouvoirs publics n'ont
de cesse de prouver le contraire. Mais là où la centaine de salariés
arlésiens " laissés sur le carreau " se glousse, c'est
justement sur cet aspect financier, sur ces 28 millions d'euros et sur ces chiffres
avancés par leur future ex-direction : " Elle affirme ne pas vouloir
investir une telle somme mais le plus gros du financement est assuré par
les collectivités territoriales. Département, Région, Etat.
Tous ont affirmé leur soutien financier à la réouverture
du site Lustucru. Entre subventions et primes d'assurance, de coût de réhabilitation était
donc pris en charge dans une large majorité ", affirme Serge Bonutti,
représentant syndical CGT. " En outre, le syndicaliste surenchérit,
nous avons fait estimer le coût des travaux pour la réhabilitation
de l'usine. Notre estimation est largement en deçà des 28 millions
d'euros. Elle est de l'ordre de 12 millions d'euros". C'est donc à coup
de contre-expertises que les employés arlésiens démantèlent
l'argumentation patronale. Ils vont bien au-delà en mettant sur pieds
une SCOP. Tous ne prendront pas part à cette société de
salariés. Sur les 146 personnes présentes à l'usine Lustucru
d'Arles peu avant les inondations 2003, 35 ont été reclassées
en interne sur d'autres sites locaux. Les 111 restantes sont en négociation
pour un congé de reclassement - équivalent à six mois pour
les moins de 50 ans et à neuf mois pour les plus de 50 ans. Depuis l'annonce
officielle de la fermeture du site en mars 2004, les employés ont envers
et contre tout montré la possibilité de réhabiliter le site.
Aujourd'hui, alors que les négociations avec le patronat sont quasiment
arrivées à terme, leur combat se positionne autour du maintient,
voire de la sauvegarde, de l'activité rizicole arlésienne. " Nous
avons pensé à nos emplois mais aussi à l'impact économique.
L'usine d'Arles a un rôle à jouer dans la culture du riz mais aussi
dans la prise de part de marché. Nous, nous voulons pérenniser
cette activité et créer des emplois. D'où cette idée
de travailler main dans la main avec des experts pour mettre sur pied une société.
Les salariés seraient partie prenante. Ils seraient majoritaires de la
SCOP et donc complètement immergés dans le conseil d'administration.
Le fonctionnement serait optimisé pour que la production soit la plus
fiable possible et que les employés s'y retrouvent aussi ". Le discours
de Serge Bonutti se rôde peu à peu. Il se transforme d'ailleurs.
De propos militants pour la sauvegarde des emplois, l'argumentation devient un
exposé stratégique : " Il faut continuer à travailler
pour valoriser notre région. La vocation première de la Camargue
est bel et bien cette culture du riz au même titre que les Salins ou bien
encore l'élevage. La riziculture permet en effet d'équilibrer et
de gérer aux mieux le milieu humide. Nous, nous nous inscrivons dans cette
gestion du territoire pour l'avenir et dans une réalité économique
pour Arles, la Camargue et le pays ". L'ambition est louable mais reste
suspendue à l'engagement pris par le groupe Panzani de rétrocéder à la
commune les terrains et les bâtiments - " sans les machines ",
précise-t-on en haut lieu - pour la somme d'un euro symbolique. " Ils
s'y sont engagés ", insiste le représentant syndical CGT.
Et il serait en effet malvenu pour le groupe de faire aujourd'hui marche arrière
surtout après une succession de tables rondes en présence du préfet
de Région et des élus locaux, départementaux et régionaux.
Malgré les craintes émises par les salariés, cette option
ne semble pas être envisagée. Questionnée sur ce projet de
SCOP, la direction de Lustucru-Riz déclare " restée dubitative ".
Mais pour les employés, leur slogan" Lustucru vivra ", placardé sur
les mûrs de la ville, semble vouloir être aujourd'hui plus que jamais
d'actualité.
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Page actualisée le
8 avril, 2005