Le sport : un lien social,
une fonction économique ?

par Max BERTAGNA

13 millions de licenciés, 190 000 associations sportives, des millions de pratiquants.
Qu'est-ce que le sport ?… Un espace de liberté, un fait social, un marché économique, un outil médiatique, un secteur créateur d'emplois..?

À la vue de ces questions, Jean-François Lamour, ministre de la jeunesse et des sports, émet quelques réponses: " la pratique sportive favorise le lien social. Je suis très fier de notre mode d'organisation qui s'appuie sur un socle associatif, qui comprend 190 000 associations sportives, 13 millions de licenciés et plus que 1,5 millions de bénévoles."

La Fédération Sportive et Gymnique du Travail répond en déclarant : " L'important c'est le jeu ! Dans notre comité, FSGT 13, tout est fait pour dédramatiser la compétition pour favoriser la rencontre. " " L'adversaire est l'ami qui me fait progresser " dit Claude Jorda, Président du Comité 13, qui précise " La FSGT est un projet de pratique sportive. Un espace de liberté où l'on peut construire quelque chose ensemble. " Le Président de la Ligue Alpes-Méditerranée, Joël Peyric affirme, quant à lui : " nous refusons tout d'abord l'aspect mercantile du sport. Il y a, à notre époque, une politique de grandes manifestations qui coûtent de l'argent. Mais lorsqu'il s'agit de construire un stade, il n'y a plus de sous. Cela n'est pas normal ! "


Association - 13 Envie de Sport - En route pour Barcelone

Le projet du mouvement olympique et sportif de la région Provence Alpes Côte d'Azur : " Construire ensemble un sport pour tous "

Plus d'un million de licenciés en Provence Alpes Côte d'Azur, c'est tout simplement le cinquième de la population de la région. Ce chiffre rappelle avec force la vitalité de la pratique sportive dans les quelques 12 000 clubs des six départements. Les représentants légitimes du mouvement sportif, que sont les élus des Comités Régionaux Olympiques et Sportifs (CROS) et des Comités Départementaux Olympiques et Sportifs (CDOS), entendent oeuvrer ensemble dans le cadre d'une véritable politique territoriale du sport. Ces structures ont pour objet de propager les principes fondamentaux de l'olympisme, de promouvoir l'unité du mouvement sportif régional, d'encourager le développement du sport de haut niveau et du sport pour tous, et de travailler conformément à la charte olympique.

Un article sur le sport dans la future Constitution Européenne

Dans leur bulletin d'informations juridiques sportives " Légisport", deux éminents juristes, Me Michel Pautot et son fils Serge, docteur en droit avocat au barreau de Marseille expliquent : " Le mot Sport n'était pas prononcé par le traité de Rome le 25 mars 1957, ni par le traité de Maastricht. Cette lacune sera bientôt comblée. Le 18 juin 2004, les chefs d'État et de gouvernements ont adopté à l'unanimité la Constitution Européenne qui contient un article spécifique au sport. Au terme de l'article III - 182 : " l'Union Européenne contribue à la promotion des enjeux européens du sport, tout en tenant compte de ses spécificités, de ses structures fondées sur le volontariat ainsi que de sa fonction sociale éducative... "

" L'inscription d'un article sur le sport dans le droit primaire de l'Union Européenne répond à un voeu du mouvement sportif exprimé de longue date " estime Colin Miege. Il revient maintenant aux 25 états membres de l'Union Européenne de ratifier cette constitution pour qu'elle soit applicable.

A Marseille : la future faculté des sports de Luminy

Le Conseil Général des Bouches du Rhône s'est positionné fortement dans le contrat de plan, notamment en tant que maître d'ouvrage de grandes opérations nécessaires pour la structuration de l'enseignement supérieur et de la recherche dans le département. Le projet de construction/ réhabilitation de la Faculté des Sciences du Sport de Luminy à Marseille (Université de la Méditerranée) illustre son investissement, pour des opérations qui constituent un enjeu pour l'avenir des Bouches-du-Rhône. Le chantier, placé sous maîtrise d'ouvrage départemental, a démarré en février 2004. Le futur bâtiment constituant la Faculté des Sciences du Sport comprend le bâtiment existant (voué à la réhabilitation) d'une surface utile d'environ 2000 m≈, auquel vient se rattacher, en extension, le nouveau bâtiment d'une surface utile d'environ 5000 m≈, par l'intermédiaire d'un hall d'accueil donnant sur un patio intérieur. Au total, 1600 étudiants viendront se former sur le site. Sur un coût total de 14 millions d'euros, le Conseil Général à investit plus de 7 millions d'euros dans cette opération, la Région intervenant à hauteur de 3,58 millions d'euros, et l'État apportant son concours pour 3,37 millions
d'euros.

Des trophées comme motivation et des primes pour stimuler les clubs

Chaque année, le Conseil Général rend hommage aux sportifs au niveau des Bouches-du-Rhône, qui ont porté haut les couleurs du département, en leur décernant des trophées. Cette année 32 athlètes et quatre clubs ont été récompensés, au mois d'octobre, lors de la cérémonie de remise des Trophées Sportifs 2004 qui a eu lieu à l'Hôtel du Département à Marseille. Parmi ces athlètes méritoires, 23 d'entre eux ont récemment participé à l'aventure Olympique d'Athènes, à l'occasion JO ou des Jeux Para Olympiques.

Pour expliquer cet engouement et l'engagement des institutions pour le sport, nous avons rencontré, René Olmeta, Vice-président du Conseil Général, Délégué aux Sports, qui évoque pour nous la politique sportive du département, son action et sa vision de l'avenir.

R. Olmeta : " Depuis quelques années le Conseil Général a un oeil sur le sport et il a multiplié ses actions en sa faveur. Il faut rappeler que le sport est une des compétences des Conseils Généraux. C'est un acte politique que de consacrer depuis 4 ans un budget, qui est passé actuellement à 24 millions d'euros et qui a été réparti sur un certain nombre de choix.

J'ai privilégié l'aide aux associations, car le mouvement associatif est essentiellement constitué de bénévoles et doit être encouragé. Cela a été fait à partir de différents critères, lesquels ont été discutés et reconnus par le Comité Départemental Olympique et Sportif, qui représente 50 % du budget. Deuxième attention particulière, une action forte en direction du sport social, qui représente 25 % du budget - par exemple, des semaines de sortie pendant les vacances scolaires sont proposés, que ce soit à la mer ou au ski. Cela s'adresse, par priorité, aux jeunes de 11 à 15 ans. Ce sont les familles de milieux modestes qui sont les premières satisfaites de cette initiative du Conseil Général. Et enfin, la troisième action qui représente aussi 25% du budget, c'est celle qui touche au sport spectacle : Open 13, Marseille-Cassis, les Bosses du 13 (épreuve de cyclisme). Toutefois j'ai mis l'accent de façon plus forte en direction du sport scolaire. Je viens d'assister au Conseil d'Administration du Sport Scolaire (UNSS, Union Nationale Sport Scolaire). J'ai annoncé que, malgré les difficultés auxquelles sont confrontés les Conseils Généraux, notamment en ce qui concerne les transferts de charges, nous allons maintenir nos priorités, toujours en direction du sport scolaire et social. C'est une attitude sur laquelle le Président du Conseil Général, Jean Noël Guerini s'est engagé. Avec l'Education Nationale, au niveau de l'Académie, nous avons également ouvert des rencontres pour débattre du problème de la violence dans le sport et celui du dopage, avec le concours de M. Biamonti, médaillé de bronze en karaté. Ses rencontres avec les élèves permettent d'attirer l'attention des élèves sur les méfaits de la violence. "

Les grands clubs sportifs participent également à l'effort pour l'emploi

Lancé avec succès fin 2003 par la société Creyf' Intérim, en partenariat avec le Racing Club de Lens, l'opération " partenaires pour l'emploi " s'est développée depuis au niveau national auprès de plusieurs autres clubs prestigieux de football et de rugby. Cette opération est fondée sur des idées simples et ingénieuses pour aider les chômeurs à réintégrer le marché du travail. Lors des matchs à domicile, les spectateurs en recherche d'emploi peuvent déposer leurs CV dans des urnes mises à leur disposition autour des stades et de la même manière les entreprises partenaires peuvent proposer des recrutements sur les stades. C'est une réussite vérifiée, car depuis 2003, cette opération a remporté un vif succès à Lens : en effet, 600 CV ont été récoltés et 370 missions ont été proposées, soit une proportion équivalente à 200 emplois à temps pleins. Pour donner encore plus d'ampleur nationale son opération, la société d'intérim a choisi de s'associer aujourd'hui au club le plus populaire de France, l'Olympique de Marseille. La rencontre entre les entreprises et les demandeurs d'emploi ne peut être que facilitée dans un lieu aussi mythique que le Stade Vélodrome, qui compte un formidable potentiel de 60 000 supporters et de 250 entreprises partenaires. L'opération lancée au mois de septembre, à l'occasion du match Olympique de Marseille - Toulouse, avait déjà reçu un accueil encourageant avec 150 CV reçus... En 2003, l'entreprise d'intérim a reçu, pour avoir mis sur pied cette initiative, le Prix de l'innovation du Ministère du Travail.

Le concept de partenariat chez les pros et chez les amateurs :
Quand les banques s'en mêlent ...

Exemple édifiant avec le groupe Société Générale, partenaire officiel de la Fédération Française de Rugby à 15 (FFR) depuis 1987, qui vient de prolonger son partenariat jusqu'en juin 2008. Elle conforte ainsi son engagement pour le rugby et pour développer l'image dynamique et la notoriété que ce sport lui apporte, pour en faire un des atouts de sa stratégie de marketing commercial. Le groupe s'assurant notamment, grâce à cette reconduction, l'opportunité de communiquer autour de deux événements majeurs qui auront lieu en 2007 : Tout d'abord, un anniversaire - 20 ans de partenariat, cela se fête - et aussi la Coupe du Monde qui sera organisée en France du 7 septembre au 20 octobre 2007.

Poursuivant sa percée médiatique, cette fois en Angleterre, la Société Générale Warrants s'engage sur le terrain du sponsoring sportif en signant un partenariat de trois ans avec le club des Saracens, évoluant en première division anglaise. L'explication d'un responsable est édifiante : " Les Warrants et le Rugby ont des liens très forts et très étroits. Ce sont tous deux des produits très dynamiques et en forte croissance. "


Equipe Treize - Photo Robert Poulian

La Région Languedoc-Roussillon-Septimanie soigne également son image à travers la brillante équipe de hand-ball de Montpellier. Avec 14 titres en dix ans dont sept Championnat de France et une ligue des champions, Georges Frêche, Maire de Montepellier, peut dessiner les bases d'une véritable politique de développement du sport. Désormais les hommes du bâtisseur " Canayer " porteront le logo de la région lors des matchs de Ligue des champions.

L'Olympique de Marseille et Leroy Merlin ont signé aussi un accord pour la saison 2004-2005. Désormais toutes les équipes du Centre de Formation et de la Section Amateurs porteront les couleurs de Leroy Merlin. Chez les amateurs, c'est une première à Marseille : les clubs de Plan de Cuques et ASPTT Marseille ont signé un partenariat consacré à la formation des jeunes joueuses. Une façon originale de regrouper leur potentiel pour assurer leur avenir, avec comme objectif d'intégrer le haut niveau.

Le sport et l'argent, attention aux dérives !

Les sportifs sont devenus les nouvelles stars du moment, des " Icônes du marketing "… Mais quels sont les dangers du Sport Business ?

Dans son numéro de septembre-octobre 2004, le bulletin "Légisport* " signale : " Selon le service central de la prévention de la corruption, le sport serait devenu un des vecteurs de blanchiment de l'argent. " Dans son rapport 2003, le SCPC ne cite aucun sport en particulier, à l'exception notable du monde hippique, décrit comme " un domaine idéal pour le blanchiment de fonds ", et ne cite pas de nom de club ou d'affaires connues. Sponsoriser des équipes ou des événements sportifs peut être un investissement productif, mais créer des infrastructures, investir des capitaux dans une équipe sportive, acquérir des joueurs de bon niveau et gagner des compétitions, permet aussi de blanchir facilement des quantités importantes d'argent, décrit le rapport. Ce placement confère en outre au " généreux mécène", une aura considérable puisqu'il investit parfois dans le sport après avoir financé un hôpital ou une école.

* Source : Légisport, le bulletin d'information juridique et sportive. Directeur de la publication : Me Pautot.

Faut-il coter les clubs sportifs en bourse ?

La question est d'actualité et c'est une des revendications des responsables de clubs de football professionnel français, invoquant leur infériorité financière vis-à-vis de certains clubs européens cotés en Bourse. Sur
ce sujet, les avis sont très partagés…

Jean-René Denis, inspecteur des Finances, a remis au Ministre des Sports un rapport portant sur "certains aspects du sport professionnel en France ", dans lequel il se prononce en faveur de l'accès à la Bourse. " Le droit de faire appel public à l'épargne, au nom de l'autonomie des responsables de clubs, doit être reconnu aux sociétés sportives, notamment aux fins de consolider le niveau des fonds propres des clubs. "

Le Ministre des Sports, Jean François Lamour, reconnaissant que " les clubs français ne sont pas compétitifs économiquement au niveau européen ", réaffirme néanmoins que la possibilité d'entrer en Bourse n'est pas une solution réaliste et il écarte tout changement de législation à ce sujet, tout comme Mme Marie-Georges Buffet l'avait fait en son temps. De même, l'Autorité des Marchés Financiers (AMF ex COB) vient de refuser le projet de cotation en Bourse du holding qui contrôle le club de football "l'Olympique Lyonnais ", estimant que cela constituerait un détournement de la loi sur le sport.

Rencontre
avec Alain Manoury

Membre du comité directeur de la Fédération Française Taekwondo, Délégué aux Sports de Haut Niveau, du Comité Régional Olympique, Provence Alpes.

- Comment se passe la formation et la reconversion des athlètes de haut niveau ?

A.M. : " Mon opinion, est que tout n'est pas parfait, mais actuellement grâce au travail de la Direction Régionale de la Jeunesse et des Sports Associative, et avec les instances régionales de l'Education Nationale, il y a des possibilités d'aménagement d'études pour les sportifs de haut niveau. La volonté étant d'aider ces athlètes qui ont des charges d'entraînement très importantes, à poursuivre leurs études, et à devenir des citoyens à part entière. En plus de l'aide nationale, il faut tenir compte des aides apportées par les collectivités territoriales. Il existe aussi des contrats d'insertion pour les athlètes professionnels de haut niveau, qui sont gérés par le Responsable du suivi social haut niveau de la Direction Régionale de la Jeunesse et des Sports, Vie Associative. "

- Quelles peuvent être les retombées pour une discipline dont l'athlète a conquit une médaille olympique?

A.M. : " Elles peuvent être énormes ! Par exemple, la médaille de bronze conquise en 2002 par Pascal Gentil, a fait passer le nombre de licenciés de Provence Alpes Côte d'Azur de 3500 à près de 5200, ce qui correspond à une augmentation de 50 % du nombre de licenciés. Comme on peut le constater, cela a provoqué un élan énorme en faveur de cette spécialité."


Pascal Gentil, Alain Manoury, membre du CD de la FF Tae kwondo
et Myriam Baverel, médaille d’argent aux derniers JO,

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Page actualisée le 8 avril, 2005