Equateur : un pays en ébullition
par Dominique THIBAULT
Pour la majorité des observateurs étrangers, l'Équateur constitue un véritable paradoxe. En dépit d'une position géographique exceptionnelle sur la côte pacifique, de ressources naturelles et conditions climatiques privilégiées, d'une rente pétrolière conséquente, l'Équateur qui se classe au 7ème rang mondial des grandes puissances économiques, victime d'une situation politique instable depuis près de 15 ans, a longtemps sombré dans le marasme économique. Sous l'égide d'une nouvelle oligarchie gouvernementale dynamique et plus soucieuse à la fois de son environnement naturel et social, le pays sort peu à peu de la crise en s'ouvrant vers l'Asie et l'Europe…
Ce petit état d'Amérique du Sud (283
950 kilomètres
carrés, soit la moitié de la superficie de la France) est divisé en
22 provinces incluant les îles Galapagos depuis 1832. Sa biodiversité est
unique au monde : vallées côtières verdoyantes (la Costa),
plaines aux forêts tropicales très denses s'étendant
jusqu'à l'Amazone (l'Oriente) et de par et d'autre d'un vaste plateau
central (la Sierra), des chaînes montagneuses aux sommets couronnés
de neige traversant le pays du Nord au Sud (la Cordillère des Andes
culminant à 6 310 mètres avec le volcan Chimborazo). L'Equateur
devient République indépendante en 1830 et doit son nom à une
ligne imaginaire calculée vers le milieu du XVIIIe siècle par
un aristocrate français: Charles-Marie de la Condamine. Tracée
autour de la planète par les membres de la mission géodésique
française et située à mi-chemin des pôles, elle
marque la séparation entre l'hémisphère Nord et l'hémisphère
Sud. Sa latitude de 0° par définition a été fixée à 15
km au Nord de Quito, à une altitude de 2 483 m. Un monument commémoratif
insolite : " la Mitad del Mundo ", (le Milieu du Monde) marque
l'emplacement de la ligne équinoxiale officielle, les ruines des 15
pyramides de Cochasqui, au pied du volcan Cayambe, lieu de culte des chamans
depuis l'an 150 avant notre ère, restant pour les amérindiens
le véritable axis mundis. L'endroit donne lieu à d'étonnantes
expériences scientifiques vérifiant la théorie de Newton
sur le centre d'inertie et les lois régissant l'attraction universelle.
Vers un libéralisme prudent sous l'aile du géant américain
Profitant de l'effet booster controversé de la dollarisation imposée par le Gouvernement en 2000 et d'une relative accalmie politique, la République d'Equateur souhaite aujourd'hui restaurer auprès des grandes puissances internationales son image ternie par de multiples crises socio-économiques depuis 1998. Sa stratégie est claire : accélérer le vent des réformes et des transformations pour amener progressivement le pays vers une démocratie libérale, un ajustement structurel et un schéma économique inspiré du modèle américain, son principal créancier (prêt de 400 millions de dollars en 2000). Cette ouverture sur l'international pourrait aussi fonctionner comme un dérivatif pour échapper aux conflits territoriaux incessants avec certains de ses voisins frontaliers; externalisation encouragée par les Etats-Unis. Dès 1998, Washington a ainsi exercé une forte pression pour que soit signé un accord de paix entre le Pérou et l'Equateur, afin de prendre en tenaille les Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC) et de créer, à terme, s'il en était besoin, une force multinationale pour intervenir dans ce pays.
Un développement économique disparate
Chaque région possède une économie qui lui est propre.
L'économie de la Sierra repose essentiellement sur l'agriculture vivrière
destinée à une consommation locale. Le maïs, les pommes
de terre, le blé et l'orge viennent largement en tête des cultures.
Les agriculteurs pratiquent néanmoins, sur une petite échelle,
l'élevage du bétail afin d'approvisionner les villes voisines.
La répartition des terres cultivées est néanmoins très
inégale et affecte par conséquent la rentabilité des
exploitations agricoles soit trop petites, soit trop grandes. En dépit
des réformes agraires de 1964 et de 1974, plus de 2 millions d'agriculteurs
ne disposent que de 1.6 hectares, ce qui leur permet à peine de survivre.
La fragmentation des exploitations agricoles ne cesse d'ailleurs de s'aggraver.
L'industrie de la Sierra se limite à la fabrication des célèbres
chapeaux de Panama dans la ville de Cuenca dont la plus célèbre
est celle de Monte-Christi. L'industrie textile, qui était autrefois
florissante à Quito et dans les autres villes de la région,
a totalement périclité et n'a pas su faire face à la
compétition britannique au XIXe siècle. Les habitants de la
Sierra sont donc nombreux à chercher fortune dans les régions
côtières où les conditions de vie semblent plus favorables.
Le littoral bénéfice, quant à lui, d'une économie
prospère. De 1870 à 1924, la culture du cacao s'est révélée
extrêmement rentable et a permis de financer la construction de la
voie ferrée reliant Guayaquil à Quito. L'essor économique
de cette région s'est, par ailleurs, accompagné de l'extension
des terres cultivées dans le bassin du Guayas. L'implantation des
premières rizières et des premières plantations de café remonte
seulement au début des années 30. Les bananeraies n'ont commencé à se
multiplier le long du littoral qu'à partir de 1945 et ont largement
tiré partie des conditions climatiques extrêmement favorables à cette
culture. Très rapidement, les exportations de bananes sont devenues,
en valeur, plus importantes que celles de pétrole grâce à la
popularité grandissante de ce fruit aux Etats-Unis et dans les pays
occidentaux. Dès 1953, la république d'Equateur est devenue
le premier producteur mondial de bananes. Les bananeraies se concentrent
actuellement dans la région de Guyaquil et d'Esmeraldas. Depuis la
construction d'un port spécialisé à proximité de
Guyaquil, elles se sont étendues dans le sud du pays car leur rentabilité dépend
largement de leur capacité à expédier rapidement leur
production à l'étranger. La prospérité économique
des plaines côtières attire de nombreux habitants de la Sierra.
Le pétrole, première richesse du pays : une exploitation sous contrôle
L'Oriente diffère totalement de la côte. Dans cette région isolée et sous-développée, la découverte en 1967 de plusieurs gisements de pétrole sur les rives du lac Agrio exploités notamment par la compagnie américaine Texaco a marqué un tournant économique décisif. Les premières exportations de pétrole ont suivi, en 1971, la rapide construction d'oléoducs reliant Quito à Esmeraldas, sur la côte. La République d'Equateur est devenue membre de l'OPEP en 1974. La hausse considérable des prix du pétrole, à partir de 1973, a permis de redresser l'économie de la région qui a largement bénéficié, de ce fait, de l'afflux de capitaux étrangers. Entre 1971 et 1975, les bénéfices liés aux exportations de pétrole (soit 35% des exportations du pays) ont été multipliés par cinq et ont été investis dans de grands travaux d'utilité publique. Ils ont ainsi financé l'extension du réseau routier qui est passé de 10 000 à 28 000 kilomètres entre 1970 et 1985. Le gouvernement a également investi dans le développement de certaines industries comme les aciéries, les usines pétrochimiques, les chantiers navals et les pêcheries. En dépit de la diversification progressive de l'économie équatorienne, le pays est demeuré peu compétitif sur le marché international, ce qui explique que les biens de consommation et les produits alimentaires continuent de représenter les deux tiers de la production industrielle nationale. L'évolution de l'économie équatorienne a eu d'indéniables répercussions sur la répartition de la population. En 1974, les régions côtières ont enregistré pour la première fois une densité de peuplement plus élevée que celle de la Sierra. Les villes qui jalonnent le littoral attirent en effet de plus en plus d'agriculteurs de la Sierra et les bidonvilles se multiplient autour des grandes agglomérations urbaines côtières. De nouvelles villes sont en outre apparues dans l'est du pays, jusque-là occupé par une forêt tropicale très dense. Malheureusement, les technologies nouvelles requièrent une main d'oeuvre très qualifiée et ont laissé pour compte des milliers d'Equatoriens contraints, pour survivre, de pratiquer des petits métiers ou de travailler à temps partiel. Les rues pullulent de cireurs de chaussures et de petits vendeurs à la sauvette.
L'Equateur, mosaïque ethnique multiculturelle
La république d'Equateur abrite quatre grands
groupes ethniques : les Indiens, les Métis, les Blancs et les Noirs.
Les Indiens vivent traditionnellement dans la Sierra mais leur civilisation,
pourtant brillante, n'a pas résisté au choc de l'invasion espagnole
au XVIe siècle.
Au cours des 400 dernières années, la population indienne s'est
efforcée de préserver son identité culturelle en restant
fidèle à la langue quechua et à ses coutumes, mais elle
n'a pas pu empêcher l'exode rural, l'adoption de méthodes de
cultures modernes qui l'ont peu à peu isolée. Alors qu'ils
représentent 40 % de la population, les Indiens se trouvent aujourd'hui
en bas de la hiérarchie sociale équatorienne. Le 2ème
groupe ethnique le plus important est composé des métis des
Andes, surnommés "Cholos" (40 % également de la population) établis
dans les régions côtières où ils travaillent généralement
dans les rizières, les bananeraies et les plantations de cacaotiers.
Certains d'entre eux ont un niveau de vie élevé mais rares
sont ceux qui jouent un rôle effectif dans la vie politique du pays.
Les Mulâtres et les Noirs ne constituent que 10% de la population équatorienne
et témoignent du passé colonial de la nation. Ils sont en effet
les descendants directs des esclaves africains employés par les Espagnols
dans les plantations côtières et se concentrent surtout dans
le nord du littoral. Les Blancs, le plus souvent d'origine espagnole, constituent
l'élite de la société équatorienne mais ne représentent
que 10% de la population totale. Il s'agit d'industriels, de grands propriétaires
terriens, d'hommes d'affaires et de politiciens. Cette communauté essentiellement
urbaine occupe les postes les plus importants au sein du gouvernement. Un
déséquilibre social qui explique la situation explosive cyclique
de l'Equateur.
Un contexte socio-politique en éruption permanente
Conformément à la
constitution de 1978, l'Equateur est une république dotée d'un
Congrès National unicaméral.
Le président, élu pour un mandat de cinq ans, est à la
fois le chef de l'état et le chef du gouvernement. La Cour Suprême
de Justice se trouve, quant à elle, à la tête du système
judiciaire. Ses membres sont élus par le Congrès National.
Sur fond de putschs militaires et de révoltes des 5 millions de descendants
des peuples précolombiens dont les droits sont défendus par
la Conaie, COnfédération NAtionale des Indigènes de
l'Equateur, l'histoire politique de ce petit pays d'Amérique du Sud
(13 millions d'habitants), est plus que mouvementée. Pendant le premier
siècle de son indépendance, la vie politique équatorienne
est marquée par de nombreux coups d'états souvent sanglants.
Ainsi, entre 1922 et 1948, plus de 22 chefs d'état se sont succédés à la
tête du gouvernement sans jamais parvenir au terme de leur mandat.
Deux grandes formations politiques se disputent continuellement le pouvoir.
Les catholiques conservateurs s'appuient généralement sur les
grands propriétaires terriens de la Sierra et sur les membres de la
bureaucratie de Quito. Les libéraux progressistes dominent, quant à eux,
la vie politique de Guayaquil et de la côte. Ils contestent la prééminence
traditionnelle de l'élite de la Sierra. De 1990 à 1998, les
indiens qui vivent dans le dénuement le plus total se sont à maintes
reprises pacifiquement révoltés, revendiquant de nouvelles
terres, davantage d'aides financières et un Etat plurinational multiethnique
au sein duquel les lois indigènes régiraient les relations
intercommunautaires et où l'enseignement serait bilingue (espagnol
/quechua). Le premier grand soulèvement populaire est provoqué en
octobre 1998 par la décision du Président Mahud, élu
le 10 Août. Partisan d'une politique néolibérale soutenue
par le Fonds monétaire international (FMI), il procède d'emblée
pour juguler l'inflation galopante et résorber la dette extérieure
(13 milliards de dollars) à une première dévaluation
du sucre (la
monnaie nationale) de 15 % face au dollar (à titre indicatif,
25000 sucres = 1 dollar) et à une hausse phénoménale
des prix des combustibles (essence, fuel domestique, etc.), de l'électricité et
des tarifs des transports publics. Il annonce par ailleurs un plan de privatisations
massives (pétrole, télécommunications, électricité).
Dans un pays montagneux où la quasi-totalité du transport se
fait en camions, bus et voitures et où 70 % de la population est en
dessous du seuil de pauvreté (85 % des indiens survivent avec 2 euros
par jour selon une étude publiée en 2004 par l'Institut national
de statistique et du recensement), un tel programme qui se solde par un renchérissement
de tous les produits de consommation courante fait l'effet d'une bombe. De
1998 à 2000, le mouvement indien se durcit et l'Equateur voit accéder
au pouvoir 6 présidents successifs jusqu'à l'avènement
inattendu d'un officier métis, le colonel Lucio Gutiérrez.
Malgré ses promesses de restauration de l'ancien système monétaire
national et d'un retour à un régime plus social, au grand dam
de la Conaie qui se sent trahie, il maintient une politique libérale
basée sur le Dieu dollar. Les soulèvements indiens se poursuivent.
Lucio Gutiérrez est destitué par le Congrès National
le 20 avril 2005 et remplacé par son Vice-président Alfredo
Palacio, toujours en exercice. Le plan de dollarisation s'accompagne d'une
remise en cause du droit du travail avec, comme mesure centrale, l'introduction
de contrats de travail à l'heure (et non plus au mois), la généralisation
de la flexibilité des horaires et la fixation d'un salaire minimal
très bas (60 US $ en moyenne) quand le panier de la ménagère
quant à lui atteint une moyenne mensuelle de 200$ environ. La précarité de
l'emploi va se généraliser (18,8% de chômage pour 26,6
% de personnes ayant un emploi à temps plein) dans un pays où les
travailleurs doivent souvent cumuler deux emplois pour vivre et où le
secteur "informel" est déjà très développé.
La privatisation de la sécurité sociale fait peser également
de graves menaces sur le système de protection sociale instaurée,
la Confédération Unique Nationale des Assurés de la
Sécurité Sociale Paysanne, constituée de 3 500 sections
et gérant 563 dispensaires. Sa disparition totale ou partielle signifierait
une brutale hausse des maladies, de la mortalité infantile, etc. Pour
contrecarrer ce risque, des politiques de développement au dynamisme
plus solidaire et consensuel se mettent en place, dont Guyaquil est le chef
de file.
SOS environnement : patrimoine mondial en danger
Premier problème écologique crucial trop longtemps négligé : la déforestation massive de l'Amazonie qui prive peu à peu l'Equateur d'une de ses ressources naturelles essentielle. Initialement, les politiques tournées vers des modèles agro-exportateurs, avaient obligé les plus pauvres à s'établir au bord des cours d'eau, sur les flancs des volcans et des collines. En manque perpétuel de bois pour construire ou cuisiner, ils avaient déboisé à n'en plus finir, laissant un sillage de montagnes dépourvues de végétation et de sols devenus incapables de retenir les eaux. El Nino en 1998, " l'annus horribilis " qui avait tout balayé sur son passage (350000 hectares détruits sur 10 919 000m3 de forêts) a indirectement induit une première prise de conscience du Gouvernement de l'importance vital de protéger la sierra amazonienne, poumon de l'humanité.
Autre dilemme : les Galapagos
Mot mythique qui évoque
pour chacun un sanctuaire marin unique au monde où les hommes et les
animaux cohabitent encore en toute harmonie. Seules les 10 000 tortues terrestres
géantes qui ont donné leur
nom aux îles (Galapagos veut dire tortues en catalan) gardent encore
dans leur mémoire reptilienne les stigmates des périodes tragiques
qui les ont décimées : 5000 espèces animales, dont 2000
vivent exclusivement sur les 19 îles et 40 îlots de l'archipel à quelque
1.000 km des côtes équatoriennes. Menacé par des pollutions
sauvages, une politique touristique contradictoire et des éruptions
volcaniques régulières (dont actuellement celle du volcan la
Cumbre, dans l'île Fernandina), ce paradis terrestre où le naturaliste
Darwin a développé sa théorie de l'évolution
est en équilibre précaire. Situé à proximité du
canal de Panama, sur une route très fréquentée par les
navires effectuant les liaisons entre Amériques du Sud et du Nord,
il n'est pas à l'abri des pétroliers pollueurs (échouage
du Jessica en janvier 2001, soit 160 tonnes de carburants échappés
de la soute dont une partie s'est déversée sur l'île
de San Cristobal et la baie des tortues de Santa Cruz, site de reproduction
des tortues géantes et des iguanes marins).
Autres invasions sauvages : celle des touristes dont le nombre a doublé en dix ans (soit environ 90 000 par an venus visiter le parc national établi en 1959 et classé au Patrimoine mondial de l'Unesco), décuplant du même coup la colonisation des grandes îles : Isabela et Santa Cruz en particulier dont la population a atteint 15000 habitants (contre 80 à peine en 1980). Aux critiques de Peter Kramer, ancien Président de la fondation Darwin et représentant de la WWF (Organisation internationale pour la protection de la nature et de l'environnement) qui déplore que la Loi de protection des Galapagos adoptée en 2000 soit " trop générale, et surtout non appliquée.", le Gouvernement répond par un programme ambitieux présenté par Maria Isabel Salvador, Ministre du tourisme très impliquée et volontariste, lors de l'inauguration officielle du salon international FITE de Guyaquil le 22 septembre dernier : " Nous nous sommes fixés 3 objectifs prioritaires. Pour protéger notre patrimoine naturel, il nous faut paradoxalement d'emblée mieux le faire connaître au plan international. A cette fin, nous devons multiplier les formations diplômantes pour sensibiliser les jeunes aux métiers du tourisme, actions que nous présenterons à la 1ère Convention nationale du Tourisme qui se tiendra en mai 2006, financée par le Fonds de Promotion touristique de l'Equateur. Des mesures spécifiques doivent être ensuite mises en place pour protéger l'Amazonie et les Galapagos d'une détérioration de l'écosystème par l'homme. Enfin, nous devons axer notre promotion par un écotourisme ciblé autour de deux villes-phares : Quito et Guyaquil en mettant l'accent sur un tourisme à la fois social, ethnique et économique. L'alliance stratégique nouée entre le secteur privé (syndicats hôteliers dont l'AHOTEG pour la province du Guyas) et le secteur public (municipalités, CCI et fédérations du tourisme) doit contribuer à court terme à imposer le tourisme comme l'activité principale de l'Equateur."
Deux villes situées aux antipodes du pays portent ainsi les espoirs de renouveau de tout un peuple : Quito, au Nord la capitale officielle du pays, foyer du mouvement populiste indien au passé flamboyant et Guyaquil, la capitale économique, sa rivale sudiste à l'expansion fulgurante, chantre de la "décentralisation" de l'Etat et du libéralisme.
Quito traditionaliste préserve son identité
Perchée à 2850m
d'altitude, entourée de superbes volcans
qui semblent la protéger, elle est la deuxième capitale la
plus haute d'Amérique du Sud après La Paz (en Bolivie). Malgré son
visage à caractère espagnol, la capitale de l'Equateur a d'abord été habitée
par de nombreuses tribus dont la brillante civilisation des Incas qui préférèrent
raser leur ville en 1533 plutôt que d'avoir à la livrer aux
mains des conquistadors espagnols menés par Sebastian de Banalcazar
et Francisco Pizarro. Devenue Vice-royauté du Pérou en 1563
puis une subdivision de la Vice-royauté de la Nouvelle-Grenade, la
province de Quito est libérée de la domination espagnole en
1822 par les troupes de Bolívar. La ville de Quito (1,5 millions d'habitants)
s'étire aujourd'hui sur plus de 30km et se divise en deux quartiers
distincts : Le Quito moderne qui regroupe de riches demeures bourgeoises
très protégées, des centres commerciaux, des banques,
restaurants, hôtels, quartiers branchés (le Mariscal) et le
Quito historique qui abrite les quartiers pauvres. Son centre colonial reconstruit
témoigne de l'opulence et de la splendeur de son glorieux passé qui
renaît la nuit sous un éclairage baroque féerique. De
nouveaux palaces dédiés à une clientèle internationale
huppée jouxtent la place centrale, tel le Patio Andaluz à l'esthétisme
raffiné. Plus au Nord, sur la route des Andes, vers la province d'Imbabura, à 3300
m d'altitude, les bains thermaux de Papallarca au cœur des Andes face
au sommet enneigé d'Antisana. L'endroit est idéal pour se ressourcer
dans les eaux chaudes naturelles (de 30 à 70° Celsius) de ses
bassins en plein air, jour et nuit sous la voûte étoilée
et se reposer dans ses bungalows exotiques aux toits de chaume. Au programme
trekking et thalassothérapie pour un séjour exceptionnel. Plus
haut, le village d'Otavalo, l'un des marchés indiens les plus célèbres
d'Equateur où tous les samedis sur la place des ponchos, les descendants
du peuple Cara dévoilent dans un festival de couleurs chamarrées
leur art du tissage (tapis, couvertures, ponchos, pulls, sacs, bijoux, poteries,
etc.) Le long du trajet, des haciendas centenaires aux parcs luxuriants à l'instar
de Pinsaqui invitent les touristes à des haltes gourmandes ou équestres.
Si Quito souhaite préserver jalousement son patrimoine culturel et
archéologique, témoins de son riche passé, Guayaquil
joue résolument, de son côté, la carte du changement.
Guayaquil la réformatrice
Refondée et
gouvernée en 1537 par Francisco de Orellana (navigateur
et explorateur espagnol à l'origine de la découverte du fleuve
Amazone et du mythe de l'Eldorado), la ville qui se nomme alors Santiago
de Guyaquil, étape maritime privilégié sur la route
de l'Amérique du Nord, connaît un essor rapide et s'impose aujourd'hui
comme le Port de commerce le plus important de l'Equateur en termes de trafic
de marchandises (bananes, cacao, café, etc. soit 5,1 millions de tonnes
en 1998). L'ensemble du trafic conteneurisé équatorien en augmentation
constante (9, 6 % de 99 à 2000, atteint une capacité de 414
104 équivalents-vingt pieds (EVP) qui classe le pays au 30 ème
rang mondial parmi 48 pays recensés (selon une étude réalisée
en 2002 par les Nations Unies sur les transports maritimes internationaux).
Accessible par le canal del Morro et de Jambali, la ville qui compte plus
de 2 millions d'habitants est protégée par une myriade d'îlots
qui lui font face. Elle bénéficie d'un climat très chaud
(les 40°C y sont très souvent dépassés). De son
passé colonial, elle n'a conservé que le très beau quartier
de Las Peñas, au bord du Guyas, le plus grand fleuve d'Equateur qui
a donné son nom à la Province la plus importante du pays (28
cantons) dont Guayaquil est la capitale. Sous l'impulsion d'une équipe
municipale soudée autour d'un maire charismatique, Jaime Nebot Saadi,
elle a subventionné au travers de contrats de plans Ville-Etat en
un temps record (2000-2004) des programmes de réhabilitation des quartiers
défavorisés avec le concours des habitants (dont Santa Anna
et le boulevard au design high tech coloré du Malecon, le long du
fleuve Guyas, l'équivalent de notre Croisette Cannoise ou de la Promenade
des Anglais à Nice). Fiers de leur nouveau cadre de vie devenu lieu
touristique populaire, les résidents se montrent moins enclins à la
violence. Un programme dont Kofi Annan, secrétaire général
de l'ONU a salué l'exemplarité lors de sa visite à Guyaquil
en Novembre 2003. Des projets d'extension portuaire et aéroportuaire
actuellement en cours devraient être achevés en 2007. Plus que
toutes les villes d'Equateur, Guyaquil poursuit activement une politique
centrée sur le tourisme international et a financièrement soutenu
l'organisation du salon FITE 2005 (subvention de 440 000 $ en partenariat
avec le Fonds mixte de Promotion touristique) : "Depuis quatre ans,
explique Joseph Garzozi Buchdid, Directeur du tourisme, des Relations internationales
et de la compétitivité de la Municipalité nous avons
mené d'intenses campagnes de médiatisation au plan international
pour améliorer notre image auprès des professionnels du tourisme.
Guayaquil a ainsi augmenté de 20 % son affluence touristique (L'Equateur
accueille près de 19 millions de touristes par an). La Municipalité a
investi près de 100 millions de dollars dans son programme de rénovation
urbaine conforté par la récente décentralisation de
l'Etat. Nous avons pour ambition aujourd'hui d'endiguer les flux migratoires
vers l'étranger en formant la population aux langues, premier outil
de communication d'autant plus aisément que l'université chez
nous est gratuite. Si les 6 peuples indiens équatoriens se mettent à l'apprentissage
de l'anglais, ils pourront alors échanger avec les touristes, créer
leurs propres emplois, et seront davantage encore les garants par ce biais
de leur culture ancestrale. Il nous faut emprunter ce qu'Antony Giddens,
l'un des conseillers économistes de Tony Blair appelle " la 3ème
voie " pour nous mener vers la modernisation de la démocratie
sociale, à savoir une reconstruction de la société par
une plus forte implication des individus et prise de responsabilité des
politiques. ".
Doté de 17 universités multisectorielles (soit 60 000 étudiants), l'Equateur favorise le développement de l'agro-industrie et des nouvelles technologies en multipliant la création de parcs technologiques comme celui de la Fondation Incoval à Guyaquil, incubateur qui accueille et soutient les projets d'entreprises innovantes.
FITE 2005 à Guyaquil : LE Rendez-vous international du tourisme en Equateur
FITE pour Feria Internacional del
Turismo en Ecuador : un sigle qui claque comme un coup de fouet et traduit
bien la volonté d'une ville de rechercher
de nouvelles alliances économiques porteuses d'avenir, vers l'Europe
en
particulier.
Cette 3ème édition, qui s'est déroulée du 22 au 25 septembre 2005 au Palacio de Crystal (vaste cathédrale d'acier et de verre de 21000 m2 signée Gustave Eiffel) a tenu toutes ses promesses. Les chiffres sont éloquents : 256 exposants, 85 000 visiteurs, 777 journalistes internationaux.
Le concept ambitieux doit son succès exceptionnel trois ans après son lancement à la ténacité d'un homme passionné par son pays : Jaime Rull qui s'est lancé un défi. Organiser un salon du tourisme suffisamment important et attractif pour pouvoir attirer les leaders mondiaux du secteur (tour-opérateurs, hôtels, compagnies aériennes, agences événementiels, institutionnels, financiers et industriels). Un pari audacieux à la hauteur du projet qui vise à propulser l'Equateur sous les feux de la rampe.
" L'idée m'est venue en 2001. Représentant alors l'Equateur au SITC de Barcelone, j'ai pris conscience que notre patrimoine écologique unique au monde était méconnu. Je me suis donc lancé avec une petite équipe dans cette aventure en 2003. Aujourd'hui, malgré les difficultés inhérentes à toute organisation d'envergure, je suis satisfait des résultats obtenus. Grâce au soutien de la municipalité de Guyaquil et aux 420 étudiants bénévoles, nous avons quasi doublé en 1 an le nombre de visiteurs, d'exposants et de pays représentés, soit 36 cette année. Nous avons accueilli de nombreuses ambassades et délégations étrangères comme la Chine, L'Indonésie, la Thaïlande, Israël, l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie, les Pays Bas et l'Autriche. Les 2 premiers jours, 2800 rendez-vous d'affaires ont été initiés entre tour opérateurs équatoriens et acheteurs étrangers. La Chine (28 millions de touristes à travers le monde), séduite par l'Equateur, envisage dès le printemps prochain de proposer des circuits organisés Mexique-Pérou-Equateur, soit en perspective un potentiel de 3 millions de touristes chinois. Nous souhaitons pouvoir nouer également de nombreux partenariats avec l'Europe.".
Une Europe qui s'investit déjà depuis une décennie mais de façon embryonnaire dans les secteurs du tourisme et de l'industrie.
Ouverture de l'Union Européenne à la Communauté Andine
Le 15 Octobre 2003, l'Union Européenne et
la Communauté Andine
(Bolivie, Colombie, Pérou, Venezuela et Equateur) ont conclu à Quito
un accord de dialogue politique et de coopération entre les deux régions
visant à accélérer le processus d'intégration
de la CAN dans les domaines économique, politique et social. Une subvention
de 420 millions d'euros a été dévolue à la CAN
pour la période 2002-2006 afin de l'aider à lutter contre la
pauvreté, renforcer la gouvernance et combattre la drogue. L'Equateur
a notamment pour mission prioritaire grâce à cette enveloppe
budgétaire de conforter le développement rural et l'accès
aux services sociaux, en particulier les services de santé. En 2000,
la Commission a approuvé le projet de route transfrontalière
Piura-Guayaquil entre le Pérou et l'Equateur. Enfin, les relations
commerciales entre l'UE et la CAN se sont intensifiées, atteignant
une augmentation de 100 % de 1990 à 2000, soit 16 milliards d'euros,
les exportations andines étant composées de produits de base
ou matières premières, les exportations européennes
de produits manufacturés. L'UE est la 2ème source d'investissements
directs étrangers dans les pays andins. Le programme européen
AL-Invest a pour vocation de stimuler les partenariats d'affaires entre décideurs
européens et andins. Une ouverture manifeste qui commence à produire
ses effets.
De nombreux chefs d'entreprises français affluent notamment vers le nouvel Eldorado équatorien. Philippe Roger, chef d'entreprise français, marié à une équatorienne et installé depuis 5 ans à Quito raconte son parcours et ses projets. " J'ai créé il y a deux ans ma propre agence de promotion de l'Equateur auprès d'une clientèle haut de gamme européenne : Latine Voyages, managée aujourd'hui par mon jeune associé français Bastien Sionneau. Le succès aidant, le réseau relationnel que j'ai tissé au fil du temps m'a ouvert d'autres opportunités. Le Gouvernement offre des avantages très attractifs aux investisseurs. J'ai donc décidé de me rallier à un consortium d'industriels financiers européens et équatoriens pour m'impliquer dans des projets immobiliers d'envergure sur Quito et Guyaquil : Jpholding (http://www.jpbholding.com) a ainsi pour ambition de financer en 2005 et 2006 deux centrales hydroélectriques, un hôpital de 120 lits, 2 hôtels de luxe d'une quarantaine de chambres avec suites: l'un à Quito le 2ème à Guyaquil avec Business Center, etc. Nous recherchons des investisseurs européens pour compléter le pool d'actionnaires…” " Avis aux amateurs ! Arguments incitatifs pour les intéressés : un prix au m2 parmi les plus bas du marché (800 $ !), une fiscalité avantageuse (déduction de 25 % des investissements), des prêts accordés à 100% selon les projets par les banques et des amortissements rapides. Preuve indéniable d'un marché en plein essor, le groupe Partouche toujours à l'affût de nouvelles opportunités, a inauguré un nouveau Casino le 15 octobre dernier en partenariat avec le groupe Accor et un groupe d'industriels chiliens, au sein du Mercure de Guyaquil.
Du côté des Galapagos, enfin, des tour opérators veillent à appliquer à la lettre la nouvelle politique écotouristique. Un français, Jean Roque (agence Expertur SA créée en 1989) souhaite dès 2006 mettre en place des séjours sur mesure qui fassent davantage appel aux services des insulaires (guides, accueil, transports, etc.) pour protéger leur emploi et leur permettre en étant plus intégrés dans les programmes proposés (restauration, hébergement chez l'habitant par exemple) de mieux faire partager leurs coutumes et leur vie locale. L'Equateur dispose donc de toutes les cartes en main, si la situation politique ne se détériore pas à nouveau pour conforter son développement prometteur en poursuivant sur la voie d'un renouveau économique au libéralisme plus social.
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2 avril, 2006