L'irrésistible ascension du groupe CARI
par Dominique THIBAULT
Un an à peine après le rachat de l'entreprise par l'équipe managériale de l'ex-groupe de BTP Carillion, le groupe présidé par Georges DAO affiche une santé florissante et enchaîne les succès... Retour en coulisses pour tenter de comprendre les secrets d'une réussite aussi fulgurante...
Présente
sur tous les fronts, l'entreprise n'a eu de cesse depuis la création
officielle de la nouvelle entité le 12 novembre
2004 gérée par 60 cadres-actionnaires de lancer une offensive
commerciale sur tout le territoire national au travers de directions régionales
autonomes (Bâtiment, Travaux Publics, Services) misant sur une politique
de proximité développée à travers de partenariats
Public/Privé. Cette stratégie payante lui a permis de signer
de nombreux chantiers en Ile-de-France, Rhône-Alpes, Alsace-Lorraine,
Champagne Ardennes et région Méditerranée. Née
avec 1350 salariés répartis sur 6 régions, un an après,
le groupe a pris une ampleur considérable avec 1780 personnes sur
7 régions, un CA d'environ 330 millions d'euros (soit une hausse de
22% par rapport à 2004) et des objectifs très ambitieux à horizon
2011: un CA et un effectif doublés, une augmentation de 2% de la productivité et
10 acquisitions par an.
Parmi les contrats remportés en 2005 par le groupe, le plus marquant a incontestablement été l'appel d'offres du Grand Stade de Nice-Saint Isidore le 23 décembre dernier, face à un adversaire redoutable : le groupe Vinci, architecte du Grand Stade de France. Un projet d'envergure qui relève d'une véritable gageure pour CARI chargé d'assurer l'exploitation de la concession pendant 30 ans. La gestion du site est en effet complexe et implique de multiples expertises dans plusieurs domaines : conception, construction, financement, maintenance et animation. Mais le défi est à la hauteur de l'enjeu. C'est la première fois en France qu'une délégation de service public en partenariat avec un club résident - l'OGC Nice- est confiée à une entreprise dans ce secteur sur une durée aussi longue et sans engagement de garantie de recettes pour la Ville de Nice, propriétaire du site. Une expérience pionnière qui pourrait bien, si elle s'avère concluante, ouvrir la voie pour le groupe à d'autres chantiers de ce type en France et à l'étranger dans les années à venir. Autant dire que Cari, conscient des conséquences, investit toutes ses forces vives pour relever un challenge de taille : agrémenter le stade (32.826 places) d'un centre de vie englobant 6000 m2 de commerces et bureaux, 1 restaurant panoramique de 750 m2, 36 loges, 7 salles de réception, un centre d'entraînement (avec 3 terrains), 3 terrains stabilisés et des parkings capables d'accueillir 3250 véhicules pour un coût total des travaux estimé à 90 Me!
Rencontre avec Georges Dao, Président Directeur Général du groupe CARI
ASI : Vous expliquez dans le dossier de présentation
du projet de réaménagement du stade de Nice que vous allez
investir 80 Millions d'euros dont 10 Millions d'euros pour frais de montage
divers contre 20 Millions d'euros en début de contrat par la Ville
et de 40 Millions d'euros supplémentaires versés par elle en
fin de concession au groupe CARI. Pouvez-vous nous éclairer sur ce
montage financier ?
Georges Dao : Il parait compliqué mais est relativement simple. 70 Millions d'euros sont dédiés aux travaux; les 10 millions d'euros de frais de montage correspondent aux honoraires juridiques, frais d'engagements de banque, taxes (contrôle validation des travaux, campagne marketing lors de la phase de pré-commercialisation, etc.) De son côté, la Municipalité de Nice apporte sa quote-part de 20 millions d'euros pour rénover l'infrastructure. Elle va percevoir 4,6 millions d'euros par an, soit à l'issue de notre mandat près de 130 millions d'euros, contre 100 initialement. Les 40 millions d'euros supplémentaires versés par la Municipalité de Nice au mandant est une somme compensatoire, rééquilibrant sur 28 ans les investissements réalisés par le groupe CARI au prorata des charges d'exploitation à venir qui vont aller en augmentant, des résultats obtenus et redevances perçues.
ASI : Et dans l'hypothèse d'un scénario catastrophe endommageant les infrastructures, quel serait le créancier ?
Georges Dao : En cas de mauvaise surprise, tout dépend. S'il s'agit de cas de force majeure, c'est la ville qui endosse ses responsabilités et assume les dépenses, s'il s'agit de problème d'ordre technique et relevant de la gestion et de la maintenance du bâtiment, c'est à la charge du groupe CARI.
ASI : Quels ont été vos atouts pour l'emporter face au groupe Vinci ?
Georges Dao : Nous avons séduit la Municipalité de Nice à la fois par l'originalité de notre projet architectural (une enquête sondage a démontré que 82 % des personnes interrogées ont préféré notre proposition) et son coût plus incitatif (une économie non négligeable de 50 millions d'euros au total !).
ASI : Un projet avant-gardiste mais qui curieusement n'a pas réadapté ses infrastructures aux nouvelles normes en vigueur pour les personnes à mobilité réduite puisque vous ne prévoyez que 84 places dédiées aux handicapés ?
Georges Dao : Il était difficile de réaménager l'intégralité des structures existantes qui ne disposent pas d'ascenseurs et de rampes d'accès jusqu'aux gradins. Il aurait fallu par ailleurs redimensionner ces derniers pour accueillir les fauteuils roulants ce qui posait un nouveau problème : celui de leur sécurité durant le match. Nous avons donc préféré aménager des zones accessibles mais protégées à hauteur du terrain qui seront par la suite étendues.
ASI : Comment envisagez-vous la gestion du site ?
Georges Dao : Nous prévoyons la création d'une société délégataire de service public dont Cari détiendrait 100 % du capital durant la durée des travaux suivis par 3 Directions autonomes : Cari Construction, Cari Exploitant et Cari Maintenance. Puis, une fois cette phase achevée, le mandant resterait actionnaire à hauteur de 95%, les 5% restants étant ouverts à des partenaires extérieurs comme le Palais Nikaia, par exemple. Nous avons, en effet, pour objectif prioritaire de très vite créer un lieu de vie permanent en optimisant l'exploitation de ce lieu exceptionnel qui n'est pour le moment utilisé que 25 fois dans l'année, hors matches, pour des soirées événementielles.
ASI : L'OGC Nice pourrait-il être actionnaire
du stade de Nice, voire propriétaire ?
Georges Dao : Nous sommes concessionnaires
du site et notre cahier des charges stipule que nous devons travailler en
partenariat avec l'OGC Nice, ce que nous faisons en les impliquant dans la
politique billetterie appliquée
et en leur versant 20% des recettes perçues. Le club ne peut être
actionnaire majoritaire du site; la Municipalité de Nice en est le
seul propriétaire et elle récupérera le bâtiment à l'issue
du contrat d'exploitation. L'OGC Nice est ostensiblement plus intéressé par
l'acquisition d'un parc immobilier au coeur du dispositif pour la création
d'un centre de formation et de quelques immeubles aux alentours du stade à usage
résidentiel et
professionnel.
ASI : Quel est le prochain échéancier ?
Georges Dao : Dès l'obtention du permis (déposé le 15 mars 2005), une fois le délai légal de 16 mois atteint, soit début juillet 2006, si tout va bien, nous pourrons alors démarrer les travaux, envisager une livraison fin septembre 2007, une homologation du stade en octobre 2007 pour une exploitation effective à partir de novembre 2007.
ASI : Outre le stade de Nice, vous affichez clairement depuis quelques années une volonté de diversification vers d'autres secteurs que le BTP, tel l'événementiel avec la gestion de Centres d'affaires et de congrès (le CICA, l'Agora Einstein à Sophia Antipolis, Nice Acropolis récemment). Ne craignez-vous pas de vous fragiliser en vous éloignant trop de votre coeur de métier ? Jusqu'où pensez-vous aller ?
Georges Dao : Nous répondons avant tout aux besoins du marché et saisissons les opportunités qui se présentent. Dans le cas du CICA, il nous a paru intéressant de conforter notre expérience en gestion technique et maintenance de bâtiment par l'animation d'une pépinière d'entreprises; expérience qui nous sert aujourd'hui pour la gestion de l'Agora Einstein, racheté l'été dernier à France Télécom sans repreneur depuis 4 ans. Notre stratégie consiste à enrichir notre métier initial en développant de nouvelles compétences, en ingénierie financière par exemple. Nous envisageons ainsi d'acquérir un immeuble de 5000 m2 de bureaux à proximité de l'Agora Einstein et d'en faire en synergie avec EDF et France Telecom un projet pilote exemplaire en termes de développement durable intégré dans le pôle de compétitivité. C'est en prenant des risques et en innovant qu'on avance ! C'est en tout cas le credo de l'équipe managériale du groupe Cari."
Et de fait, le groupe CARI avance sûrement. En attente actuellement des résultats de l'appel d'offres pour la reprise du palais des congrès de Nice Acropolis (verdict final en juin 2006 et début de l'exploitation du site au 1er janvier 2007) il s'est lancé aux côtés de son partenaire, la Chambre de Commerce et d'Industrie Nice Côte d'Azur dans une campagne médiatique qui suscite quelques remous. Feed back sur un dossier à rebondissements...
Nice Acropolis, une épopée qui dure...
Construit en 1954, le Palais des Congrès et
d'expositions de Nice Acropolis, longtemps considéré comme
l'un des sites les plus performants au monde en termes d'équipements
technologiques et de prestations, devenu déficitaire, fait depuis
2002, l'objet d'un appel d'offres de la Municipalité de Nice. Un scénario
en plusieurs épisodes.
Après l'abandon en 2003 du candidat retenu, la société lyonnaise
GL Events, le mandat de l'Association Nice-Acropolis avait été prorogé de
2 ans par la Ville. Quatre dossiers ont été déposés
le 16 janvier 2005 pour une DSP (Délégation de Service Public)
d'une durée de 8 ans : outre GL Events à nouveau, Unibail,
l'association Nice-Acropolis avec le britannique Turner, un tandem public/privé complémentaire
: la CCI Nice Côte d'Azur et le groupe CARI. Leur ambition à travers
ce partenariat ? " Mettre en place une véritable stratégie
de développement durable pour maximiser les retombées économiques
et favoriser l'emploi" explique Dominique Estève, Président
de la CCI Nice Côte d'Azur. Des retombées évaluées
en 2004 à 300 millions d'euros, soit 179 manifestations, 668 000 participants,
2238 emplois directs dont 200 entreprises sous-traitantes concernées
qui confirment et justifient malgré la polémique le rôle
majeur de cet outil pour le développement économique du territoire.
Georges Dao, confirme de son côté, la nécessité de
moderniser l'outil jugé trop désuet (35 millions de travaux
prévus) pour le "mener à la performance comme une véritable
entreprise". Les deux candidats envisagent, s'ils remportaient l'appel
d'offres, de créer une SEM bipartite (à hauteur de 50 % chacun).
Ils prévoient de maintenir l'effectif en place (106 personnes) aux
compétences "mieux exploitées après formations
adéquates", de doubler les budgets des commerciaux et d'augmenter
la part de l'international via les événements d'entreprise
(soit 70 % de congrès-expositions et conventions d'entreprise). Des
ambitions ostentatoires qui ne sont pas forcément appréciés
par les concurrents finalistes en lice, notamment le groupe britannique Turner,
pionnier et leader du Facilities Management en Angleterre où la discrétion
reste de mise avant toute décision finale.
Le Directeur Général de Turner France, Denis Chambrier, excédé par une campagne médiatique démesurée a décidé de sortir de sa réserve pour donner son point de vue sur le sujet...
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Page actualisée le
29 juin, 2006