De nouveaux objectifs et un nouveau challenge
pour dynamiser la Chambre de Commerce et d'Industrie Marseille Provence

par Jacques R. LORNE

La nouvelle équipe qui préside aux destinées de la Chambre de Commerce et d'Industrie Marseille Provence a, après un an de gestation et d'observation, mis en place son programme et déterminé ses objectifs. Six grands programmes sont sortis de la réflexion, qui seront menés par le président Jacques Pfister et le nouveau directeur général Jacques Betbédé. Ces ambitieux objectifs auront tous pour but de faire entrer Marseille dans le " Top 20 " des métro-poles européennes. Devant une telle détermination, nous voulions savoir, pour mieux informer nos lecteurs, quelles étaient les perspectives globales qui avaient amené Jacques Pfister et son équipe à identifier cette application prospective. Pour ce faire, nous avons rencontré Jacques Pfister.

Asi : Depuis environ un an vous travaillez avec votre équipe pour mettre au point ce programme. Pourriez-vous nous dire plus sur vos réflexions post-opérationnelles ?

Jacques Pfister : Il y a effectivement trois domaines : Je constate, j'expérimente, je développe. Je viens d'un grand groupe et je sais par expérience que les grands groupes n'ont pas besoin de Chambre de Commerce et d'Industrie et n'ont même pas besoin des Etats pour se développer. Ils décident d'implanter une antenne là, puis après cela devient un bureau, puis une filiale, une usine, ils importent puis après ils produisent en s'appuyant sur des locaux, ensuite ils envoient leur staff, cela fait un bon mélange et à partir de là ils développent leur réseaux… Nous connaissons toute cette logique. De ces entreprises, nous n'en avons que quelques unes sur notre territoire. A côté de ça nous avons plutôt des PME que nous, Chambre de commerce et d'industrie, devons essayer d'accompagner pour qu'elles essaient de vendre, grâce à nous, parce que nous allons leur trouver des agents sur place et des contacts dans le cadre de missions. Premier diagnostic, nous n'avons pas en région Provence Alpes Côte d'Azur cette taille critique suffisante pour être des agents à l'export ou à l'international. Ce n'est pas la faute des entrepreneurs d'ici, c'est peut-être culturel, ou peut-être une question des fameux seuils sociaux … Deuxième point, je trouve que la dimension d'une CCI locale comme la nôtre est trop petite pour organiser des missions et des déplacements d'envergure ; conclusion, il faut penser régional. C'est là que j'ai un problème avec les structures existantes… Je suis dans l'action et je suis prêt à mettre à disposition mon équipe pour organiser ce type d'opération. Mais que l'on ne me dise pas " Garde à vous ! Vous dépendez de monsieur Cardella qui lui-même dépend de monsieur Vauzelle, parce que… " Cela veut dire vous n'avez pas le droit de mettre un pied devant l'autre sans demander à la Région ; cela n'apporte pas de valeur et ce n'est pas efficace. Nous pensons au contraire, comment pouvons-nous développer nos actions à l'international en cohérence avec ce que fait la Région ou ce qu'elle envisage, car elle n'a pas une dimension économique internationale " business " pour l'instant, elle à une dimension diplomatique. Comment s'appuyer sur UBI France et les missions économiques de la France à l'étranger pour essayer de faire quelque chose de cohérent ensemble ?

ASI : Vous faites un portrait de l'ensemble qui paraît peu optimiste. Alors, comment faire et sur qui nos entreprises, petites et moyennes, peuvent-elles s'appuyer pour essayer de participer au challenge qui leur fait face ?

J Pfister : Le fait que l'on ait des entreprises qui n'ont pas la taille critique est un problème, mais il ne faut pas se décourager et croire que personne ne s'en occupe. Les CCI doivent s'occuper des PME à l'international même si nous avons devant nous une situation un peu compliquée. D'abord, nous avons de grands entrepreneurs, qu'ils soient ici ou à Paris, des gens comme Pierre Bellon, Peyrelevade et bien d'autres qui sont dans le réseau français, en plus de CMA-CGM, Eurocopter et d'autres, qui doivent être les porte-avions sur lesquels on peut s'appuyer. Quand on va au Brésil, on doit, et j'espère que nous l'avons fait cette année, prendre contact avec ces grands groupes et leur demander " comment allez-vous nous aider? " Il faudrait regrouper l'ensemble de la filière, et que les grands puissent servir de locomotives pour les petits. Nous pensons que l'approche par filiale devrait être nationale, mais pragmatique. Moi, je verrais bien que l'on dise par exemple " La CCIMP prend la filière maritime, Lyon prend la filière technologie "… etc. A partir de ce moment, la CCI de Lyon développe à l'international une expertise pour la filière technologie et c'est elle qui va organiser les différentes missions sectorielles pour le réseau des Chambres. Là, nous sommes dans le pratique.

ASI : Quelle est la raison qui vous permet de croire en cette stratégie de rassemblement cohérent et sur quelle perspective cela déboucherait pour les entreprises ?

J Pfister :Parce que nous avons ici des moyens, mais comme nous couvrons tous les secteurs, nous perdons de l'efficacité. Nous avons donc un grand pas à faire qui n'est pas obligatoirement restreint à notre mandature. Nous sommes assez proche de Jean François Bernardin, président de l'Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d'Industrie (CFCI) sur le sujet, pour savoir comment apporter une vraie valeur ajoutée aux CCI à l'international pour mieux servir nos entreprises, toutes tailles, en utilisant l'ensemble du réseau consulaire. Il ne s'agit pas pour nous de prendre une posture, il s'agit d'être opérationnel car nous avons deux missions, une à l'international et une de proximité. Une des choses importantes que nous voulons faire à la CCIMP : être très proche des gens, en fonction de leurs questions, et pouvoir leur répondre immédiatement. Mais en ce qui concerne les grandes thématiques, qu'elles soient en terme de filières, de pays ou autres, je pense que nous avons envie d'être plus efficace que ce que nous sommes.

ASI : Avez-vous une réelle représentation dans les pays émergents ou non que vous ciblez pour vos actions business, et estimez vous que notre présence est importante sur l'ensemble des pays porteurs?

J Pfister : Au niveau de la Région, il y a un bureau à Canton en Chine. C'est un peu une goutte d'eau dans l'océan, lorsque l'on considère qu'il y a des pays où nous ne sommes nulle part. Nous savons très bien que lorsqu'un pays s'ouvre ce sont nos vingt grandes sociétés plus ou moins étatiques qui déboulent, c'est le nucléaire, la santé, les BTP, Véolia etc...

En conclusion, on promotionne les grands et je pense que c'est logique car on développe des marchés avec eux. Au niveau des petits, c'est beaucoup plus difficile. Ce n'est pas ce que l'on voit en Allemagne par exemple ; je connais des gens qui travaillent dans l'Est et qui sont avec leurs entreprises les champions du monde dans leur catégorie. Il y en a un qui est leader dans la fabrication de nacelles et il est partout. C'est un établissement qui fait 300 millions d'euros de chiffre d'affaires, ce n'est pas une énorme société, mais elle est très connue sur un créneau particulier et de plus ils sont très costauds. Nous aimerions beaucoup progresser sur ce type de challenge, même si ce n'est pas dans notre mandature, nous pensons que nous aurons avancé sur ce thème. Cela devient d'ailleurs une priorité nationale…

ASI : Pourquoi aller chercher des marchés à l'autre du bout du monde; n'y a-t-il pas des marchés de proximité plus à la portée de nos PME/PMI ? Avons nous une carte à jouer, comment peut-on la jouer et comment sont déterminées les priorités pour choisir les missions ?

J Pfister : J'ai deux remarques : Jusqu'à un passé très récent, l'Etat considérait que la politique étrangère et le développement international ce n'était pas à confier aux régions. Il est réellement nouveau de leur proposer d'être plus actifs dans ce secteur. De ce fait, elles ont une vision politico-économico-diplomatique de leur relation avec l'international mais elles ne sont absolument pas structurées pour avoir une réflexion économique sur le sujet. On ne sait pas vraiment si une région, voire une ville, peut aider au développement économique à l'international. Nous avons une expérience qui a été brillante en Chine pour les gens qui y ont participé, mais je ne sais pas si les résultats économiques sont aussi éblouissants. Pourquoi ? Parce qu'il y avait un dispositif global avec du diplomatique, du culturel, du sportif, la santé, le nucléaire et nous… Quelque part nous étions dans un mouvement cohérent et on nous a vu, même à Shanghaï. Maintenant, ce qui est vrai, c'est que les entreprises de Provence Alpes Côte d'Azur qui étaient avec nous, (beaucoup étaient dans le secteur de l'agroalimentaire, un peu de textile, le parfum et cosmétique, et quelques sociétés du secteur technologies…) n'ont certainement pas toutes eu le même résultat positif. Nous étions avec nos produits d'export, tout en considérant que la Région Provence Alpes Côte d'Azur n'est pas forte en terme d'exportation. Nous sommes dixième de France je crois, ce n'est pas brillant.

Ensuite, il y a deux problèmes : Les grands groupes accompagnent le politique ou le précède, car les sociétés du CAC 40 n'attendent pas. Elles y sont toutes, et quelques fois elles jouent gros jeux puisqu'elles sont même investisseurs. On constate donc que les grands groupes français sont présents, mais pas les petits. Quant à la détermination des missions, Michel Vauzelle, (mais cela pourrait être n'importe qui d'autre), dit " Voilà, en terme de développement international j'ai mes priorités, le Brésil, l'Inde, La Chine, la Russie. " Il définit cette politique-là vers des pays de grands continents, plus ou moins émergents, cela fait sérieux. Ces pays ont une croissance à dix points, il y a donc une logique pour lui. On joue les gros, mais nous sommes tout petit. Par contre, il y a un effet d'aubaine ou d'opportunité pour nous, disant " on va avec vous". Nous avons même proposé d'amener une centaine d'entreprises, sachant que celui qui veut participer c'est qu'il a l'idée de faire quelque chose là bas. Nous allons lui organiser des rendez vous pour qu'il fasse fructifier ses affaires. Nos petites boites ont besoin d'être accompagnées, car elles n'ont pas les moyens elles-mêmes de développer leurs propres stratégies.

Par contre, il y en a qui le font sur un marché de proximité européenne. Jean Daniel Beurnier d'Avenir Télécom, par exemple, a bien regardé son marché et il s'est installé en Espagne, puis au Portugal, ensuite en Roumanie. Il regarde attentivement les territoires qui l'intéresse et lorsqu'il pense qu'il y a un
marché, il y va.

ASI : Pour vous c'est le cas et l'exemple typique du chef d'entreprise qui base son développement sur un marché de proximité, l'Europe, et qui réussit très bien ?

J Pfister : C'est exactement ça. Il doit certainement raisonner comme cela, et je pense que ce sont des gens un peu comme nous qui vont vers ces marchés-là, parce qu'ils sont sous-équipés dans ce qu'ils savent faire et qu’ils trouvent là un terrain favorable. Ils ne vont pas s'ennuyer pour l'instant à aller plus loin. Ils ne se posent même pas la question car ils sont dans une logique beaucoup plus marketing de développement, et des entreprises de cette taille là, nous n'en avons pas assez. Contrairement à nous, les sociétés de ce type sont nombreuses en Allemagne, c'est ce qui fait leur force.

ASI : Que faudrait-il faire pour que nos PME grossissent pour atteindre cette fameuse taille critique qui leur permettrait d'être plus performantes sur le marché international ? Et deuxièmement, pourquoi ne pas unifier certaines Chambres qui font peut-être doublon sur le même territoire ?

J Pfister : Sur le premier point, il faut effectivement faire grossir nos PME. Je ne sais pas comment, mais il faut absolument qu'elles aient plus de masse critique pour pouvoir être plus présent sur les marchés internationaux. Au niveau des grands nous ne sommes pas mauvais ; ce sont les PME qui nous préoccupent. Le deuxième thème que vous évoquez est plus local. Moi je crois qu'une CCI a un rôle de proximité et de fédérateur très important ; ce sont deux rôles un peu différents. Si nous regardons nos électeurs, nous constatons que la moitié sont des gens de proximité, des commerçants, des petites entreprises etc… Avec ceux-là il faut que nous ayons ici des services qui sachent répondre aux problématiques de la proximité. Nous sommes donc en train de réfléchir à une implantation territoriale un peu plus maillée, peut-être s'allier avec la Chambre des Métiers parce qu'elle a autant de clients que nous, et être là pour essayer de donner le renseignement pratique. Il faut aussi être là lorsqu'il y a une crise, comme nous venons d'en vivre, pour créer une cellule pour que toutes les personnes concernées puissent venir nous voir. Par rapport à la CCI d'Arles dont nous avons déjà parlé, quoiqu'il en soit nous aurions besoin d'une représentation de proximité à Arles, comme nous avons besoin d'en avoir une plus importante à Aix en Provence. Il y a une antenne CCI pour travailler avec les petits clients qui sont très nombreux, pour ne pas être une sorte d'institution qui pond des rapports, mais avoir des gens qui sont là, dans la pratique, autant pour le petit créateur d'entreprise que pour celui qui a des renseignements à demander dans le cadre de son business ou pour celui qui a des revendications à formuler. Si nous regardons la CCI d'Arles, elle a beaucoup de cette approche, elle est très terrain. Je pense qu'il y a un besoin de proximité et aussi un réel besoin de se coordonner à des niveaux beaucoup plus importants, plus cohérents et nous ne pouvons y aller que doucement. Que nous soyons deux sur le département, cela n'est pas tellement une aberration, sauf que du point de vue pratique il faudrait que l'on soit plus proche. A Arles, il ont eu une superbe action au moment des inondations. Le président a fait une cellule de crise, il est allé au devant des problèmes, les gens savaient où téléphoner, où s'adresser. Il était dans la proximité totale ; si les deux Chambres étaient réunies, à Marseille nous n'aurions peut-être pas fait une cellule de crise sur Arles, alors que sur place ils étaient vraiment concernés. Je pense qu'il y a des actions de proximité qui nécessitent d'avoir une présence sur le terrain. Par contre, l'international est un objectif d'une ampleur à la mesure d'une grande CCI, d'un département, et même de niveau régional, si ce n'est au niveau national pour certaines missions. Mais on ne pourrait pas enchaîner l'international au niveau régional. Je ne suis pas d'accord parce nous avons besoin de proximité, même pour des sujets comme l'international. Dans les dimensions réflexions, missions, filières et autres pour l'international, là franchement si chaque CCI fait son propre service c'est du temps perdu, car nous voyons bien lorsque nous essayons de réunir des entreprises pour aller dans des délégations nous sommes obligés de ramer au moins au niveau régional, quelque fois plus large encore, puisque nous avons des Lyonnais et des Parisiens qui viennent avec nous.

ASI : Dominique Estève, le président de la CCI de Nice est très près de vos idées en ce qui concerne cet élargissement, mais pensez-vous que cette vision des choses est partagé par d'autres ?

J Pfister : Nous sommes dans la dimension pratique ; j'aime bien travailler avec Dominique, parce que nous sommes dans le projet, pas dans la posture. Quand je lui ai dit " nous faisons une mission au Brésil " il m'a dit " cela m'intéresse, je viens avec toi. " Après, nous essayons de voir comment on renvoi l'ascenseur, mais ce n'est pas important, il suffit d'avoir un peu d'intelligence. Nous allons signer avec eux ce soir une convention de partenariat, sur les aspects de l'innovation, d'intelligence économique et autres données technologiques Les gens de Nice ont développé un produit "Innovaction" et nous "Travision". Ce sont des produits complémentaires qui travaillent sur les réseaux et nous avons décidé de les mettre ensemble pour les mettre à disposition des deux CCI, et peut-être que demain on va y associer Toulon. Cela prouve bien que nous sommes dans une logique de projet. Nous ne nous disons pas, par définition, l'international c'est la Région, ne faisons plus rien dans l'attente de ce que la Région va nous préciser de ses objectifs. On s'aperçoit que l'on perd beaucoup de temps. Il faut dépasser le cadre du département sur les grands projets. Regardez les pôles de compétitivité, tout le monde s'y met sans une exigence de revendication. Tout le monde a compris que c'était une nécessité au moins régionale et qu'il fallait oublier les postures qui ne
servent à rien.

ASI : Pour changer de registre, il y a une question qui se pose, c'est l'aéroport. Etes-vous sûr maintenant que votre concession sera reconduite ?

J Pfister : Nous sommes sûrs de l'avenir de cet aéroport dans sa configuration actuelle et dans le cadre de la concession qui est confiée à la CCIMP jusqu'en 2017. Nous avons une position assez enviable, si je peux dire : d'un côté nous observons ce que des CCI qui ont des concessions plus courtes, comme Nice et Toulouse, sont en train de faire, et nous participons avec Jean François Bigay en particulier, aux travaux de création de ces sociétés aéroportuaires. Je ne sais pas où cela va aller, car nous sommes malgré tout beaucoup à la merci des politiques. En effet, la gauche a beaucoup critiqué cette création de société aéroportuaire. Est-ce que dans deux ans, en fonction des résultats, cela va être remis en cause ou pas, je n'en sais rien. En tout état de cause, je dis que nous avons la capacité à gérer ce temps puisque nous sommes opérateurs jusqu'en 2017. On semble s'orienter vers les sociétés aéroportuaires qui pourraient être créés dans les prochaines années, avec une minorité de blocage, ou pour les Chambres de commerce avec une reconnaissance du travail fait, vraisemblablement en terme d'équipes dirigeantes en place. Quelque part, la transition sur ce plan-là ne devrait pas être violente. Ce que nous ne savons pas, c'est qui va être véritablement patron de ces aéroports dans le futur ? Personne ne sait vraiment.

ASI : Dans cette typologie de libéralisation avancée, Dominique Estève nous confiait que la Chambre de Nice était prête à prendre une grande part des actions qui pourraient être émises pour avoir suffisamment d'influence, quitte même à aller jusqu'à détenir la majorité de façon à être directement maître de la destinée de l'aéroport. Est-ce que Marseille pourrait prendre la même voie ?

J Pfister : Effectivement, nous sommes dans cette logique-là nous aussi. Comme je l'ai déjà dit, nous avons beaucoup de temps, et si nous avons une opportunité de monnayer ce temps contre une part dans le capital de la société aéroportuaire, nous saisirons l'occasion.

ASI : Seront-ils obligés de poser la question, puisque pour l'instant et jusqu'à preuve du contraire vous en êtes les administrateurs ?

J Pfister : Ce qui se passe, c'est qu'au départ c'est contrôlé par le public, c'est-à-dire l'Etat, les collectivités locales et les CCI. Cela se situera au niveau de l'engagement en terme de participation aux environs de 60% entre les intéressés. L'introduction du privé, quant à elle, se fera par doses successives. Mais quand il y a introduction du privé cela veut dire, soit que telle ou telle collectivité locale ne sera pas intéressée à prendre des parts, soit parce qu'effectivement sur le marché il existe des parts à prendre, et dans ce cas je ne vois pas ce qui interdirait à la Chambre de Commerce et d'Industrie de dire " moi je suis intéressée. " C'est la démarche que j'entends de Dominique Estève. Nous sommes donc tout à fait dans cette approche. Néanmoins nous avons le temps de voir venir, donc de regarder les expérimentations, de participer aux discussions puisqu'il y en a beaucoup, sur le plan fiscal, sur le plan social… Enfin c'est assez compliqué et il faut faire très attention, et d'autre part nous avons notre propre projet qui s'inscrit largement dans cette période de dix ans que nous avons devant nous, en terme d'investissement et de rentabilité. Cela ne contrarie en rien notre projet sur le " Low cost ".

ASI : Puisque vous ouvrez cette perspective, que se passerait-il si après avoir construit, c'est-à-dire investi dans cette aérogare " Low Cost ", vous perdiez la concession ?

J Pfister : Cela fait justement partie des discussions que nous avons avec les sociétés de " Low Cost ", mais ce n'est pas parce que le capital de la société évoluera, (aujourd'hui c'est encore un service de la Chambre) et que le dispositif en terme capitalistique changera, que les projets changeront. Néanmoins, les engagements que nous prenons avec ces sociétés sont soit limités à la durée qui nous reste, soit seront à reprendre par la nouvelle société aéroportuaire. Sur ce plan-là, la priorité sur cette aérogare " Low Cost " c'est qu'elle soit un succès, et si c'est le cas, personne ne discutera. Par contre si c'est le contraire, cela pourra être sujet à discussion.

ASI : Est-ce que ces compagnies " Low Cost " vont bénéficier de prix préférentiels en ce qui concerne l'ensemble des services normalement mis en place ? Si cela était, est-ce que cela ne mettrait pas les différentes compagnies déjà présentes sur l'aérogare de Marseille Provence à défaut ?

J Pfister : De toute façon, avec les clients actuels de l'aéroport cela a été transparent sur les conditions proposées et complètement ouvert, ça c'est la première chose. La deuxième, c'est qu'en créant cette nouvelle aérogare, nous avons envie de construire une base " Low cost" ce qui est très important car cela veut dire des avions qui sont affectés ici qui partent le matin et qui reviennent le soir. C'est par cette caractéristique une vraie activité économique directe que nous pourrions développer à l'intérieur de cette nouvelle implantation. Il est évident que si les discussions ont toujours été transparentes, elles ne peuvent pas toujours être très amicales avec certaines compagnies. Mais ce qui est vrai, c'est qu'une compagnie comme Ryanair par exemple, ne s'est pas mise en concurrence frontale avec les lignes d'Air France ou avec les grandes lignes nationales ; ils ont plutôt des réseaux de lignes transversales si je peux dire. Pour nous c'est intéressant parce que de fait, c'est du trafic additionnel sans concurrence directe. Tous cela se développe bien, nous sommes à moins d'un mois de savoir si nous signons ou non. J'espère que l'on va signer, donc cela avance plutôt bien.

Par contre, dans le domaine de ce que nous avons appelé la grande accessibilité, nous demandons le raccordement Fer vers l'aéroport, cela fait partie aussi des projets. En effet, la ligne existante, dont on ne se sert pas, ne rentre pas dans le site aéroportuaire et nous demandons une déviation pour qu'elle rentre dans l'aéroport. Il suffit de la remettre en état, ainsi que les gares. Je sais qu'il y a débat sur le sujet pour qu'il y ait une vraie navette. Nous ne sommes pas très loin, il faudrait arriver à faire un projet à dix ans et à mettre la gare dans l'aéroport. Cela sera très fort, à 50 minutes de Nice avec le TGV, cela sera valable pour les deux.

ASI : Quelle est votre vision économique et structurelle du futur?

J Pfister : Le futur économique du territoire, c'est une vision de grande ampleur et je ne peux pas y répondre comme ça, mais nous allons quand même en dire deux mots. Nous sommes positionnés entre ces deux approches, celle très terrain, très concrète, et l'approche vision. En ce qui concerne l'approche concrète, nous sommes assez content de ce que nous avons fait l'année dernière, la cellule de crise, le dossier Nestlé, le guichet tramway… c'est du tangible. Nous essayons de créer une règle d'activité suffisante pour que l'on soit au rendez-vous lorsque l'on a besoin de nous et ça c'est très important pour nos entreprises. Après, il y a la vision prospective. Nous devons nous appuyer sur nos forces, nous avons de l'offre terrain, notamment du côté de Fos sur Mer, il y a un port qui est exceptionnellement situé... Nous sommes un nœud logistique sur lequel il faut capitaliser entre le fer, la route et le maritime. Nous avons maintenant toute une dimension technologique qui est en train d'apparaître d'une manière brillante dans l'arrière pays marseillais, le projet Iter, l'Arbois, de la vallée des étoiles que nous sommes en train de constituer. Nous avons aussi une dimension qualité de vie et maintenant de proximité des grandes capitales qui devient très intéressante. Nous constatons que nous avons des spécificités sur lesquelles on peut thésauriser. Il y a aussi les pôles de compétitivité qui sont très pointus techniquement et technologiquement. Nous pouvons donc nous appuyer de manière cohérente sur ces différents leviers économiques. Pour cela, il faut aussi que nous réglions le problème de la circulation qui est catastrophique sur ce territoire, et il faudrait qu'il y ait un schéma progressif cohérent. Nous, nous refusons de nous associer à la gouvernance de ce territoire d'une certaine manière afin que le monde économique puisse s'agréger avec le politique pour que nous puissions avoir notre mot à dire et que l'on n'hésite pas à prendre une dimension régionale. Je suis assez d'accord sur ce schéma.

J'ai oublié l'attrait touristique au sens plutôt tourisme d'affaires. Nous voyons bien qu'avec tous Ses atouts nous pouvons jouer, et qu'il y a beaucoup d'emplois qui sont ancrés sur le territoire de par les multiples dimensions présentes sur cette région, comme le domaine du service et de la santé où nous sommes très bon. Ce sont des emplois pour demain, on ne peut pas nous les enlever ceux-là. Il y a par contre des emplois qui sont plus menacés, et qui du jour au lendemain peuvent s'arrêter parce qu'une décision de départ de l'usine pour d'autres cieux ou une mauvaise rentabilité feront qu'elles cesseront, et là nous n'y pouvons rien. Ce sont des emplois qui sont fragiles, car pas totalement ancrés dans le territoire. C'est pour cette raison que nous voudrions donner un deuxième souffle à Fos, peut-être pour préparer des risques futurs de l'industrie actuelle, car il y a beaucoup de terrain et nous sommes en train de voir ce que l'on peut faire de manière intelligente, concertée, et écologique aussi, pour apporter des solutions. Nous avons tout l'arrière pays sur lequel il faut donner une cohérence et une bonne visibilité, à l'extérieur, de cette dimension technologique que nous avons, des différents atouts, dans le domaine de l'énergie, de la microélectronique, de l'aéronautique… nous avons en main de superbes cartes. Puis nous avons l'activité portuaire dont il ne faut pas désespérer qu'un jour on puisse rentrer dans une compétition qui soit à la hauteur de ce que représente ce port, et pour cela la dimension Méditerranée est importante.

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Page actualisée le 29 juin, 2006