Edito

CPE ou pas CPE

par Robert ASSADOURIAN

Comment peut-on comprendre l’intérêt suscité par le Contrat Nouvelle Embauche etl’agitation estudiantine contre le Contrat Première Embauche qui, élargi à toutes les entreprises, est réservé aux moins de 26 ans. En outre, il  peut être interrompu sans motif pendant la période de 2 ans par l’employeur ou le salarié, et ce, dans la limite du respect du code du Travail. Cependant les dérives seront toujours susceptibles d’être sanctionnées par les Prud’hommes.

Lors de son intervention télévisée dominicale du 12 mars, le Premier Ministre a défendu le CPE et proposé de nouvelles garanties telles qu’un droit à la formation, une évaluation semestrielle du dispositif et la création d’un référent dans l’entreprise.

C’est une large coalition de leaders politiques, syndicaux, estudiantins voire lycéens associés  à des nostalgiques non concernés, des secteurs protégés de la SNCF, de la RATP, de la Poste, des Finances.… qui se sont lancés dans la manif  du  7 mars 2006 afin de dénoncer le CPE. Au CPE les jeunes préfèrent-ils des stages plus ou moins rémunérés, des CDD ou bien encore des formations, des emplois aidés qui débouchent sur des impasses ?

Pourtant cette mesure constitue un progrès car l’accès immédiat au CDI pour la première embauche est toujours difficile. L’avancée est perceptible car avec le CPE, la rémunération est celle du CDI, et en cas de rupture de Contrat,  les indemnités sont plus élevées. De plus, en cas d’échec il suffit d’avoir travaillé 4 mois au lieu de 6, pour bénéficier du chômage.

Personne ne souhaite précariser la situation des futurs salariés, et l’objectif  du CPE est d’assouplir le marché du travail afin de favoriser l’embauche du jeune qui cherche un emploi. Dominique de Villepin a-t-il mal communiqué ? Le CPE est-il devenu un enjeu politique ?  Les antagonismes politiques s’affichent à tous les niveaux. 

Les différents protagonistes prennent le risque d’abîmer davantage un marché du travail qui cultive les nuances : Le CDI,  le CDD, les contrats par Intérim et à temps partiel  sont des classiques du genre auxquels s’ajoutent les contrats jeunes (Contrat Jeune en Entreprise, de Professionnalisation, d’Apprentissages et d’Adaptation), les contrats d’Insertion (CI-RIMA, CIE), les contrats spécifiques ( Export, Intermittents, Vendanges)…et les nouveaux arrivants que sont le CNE, le CPE, le CTP et le Senior. Devant ce fouillis, qui ajoute des pages au Code du Travail, Michel Camdessus proposait, dans son rapport remis en 2004, un contrat unique type CDI. On peut rêver d’un contrat idéal de Travail (CIT) ! qui pourrait être un CDI  associant une flexibilité dans l’embauche avec réduction du coût de la procédure de licenciement, compensée par des indemnités de licenciement plus importantes. Ce CIT  utopique est encore à créer.

La vraie question est que malgré l’abondance des contrats de travail le taux de chômage en décembre 2005 était de 9,6%  pour l’ensemble de la population active et de 22,1 % chez les moins de 25 ans !

Les étudiants anti-CPE ont occupé la Sorbonne dont l’évacuation musclée a généré bien des commentaires, mais surtout s’est soldée par des violences, des dégâts matériels et de surprenantes destructions de livres ! La contestation importante à Poitiers est présente à des degrés divers en Province et intéresse 38 Universités sur 88. Elle touche essentiellement les étudiants en Lettres, en Histoire, en Psychosociologie qui en dehors de l’enseignement ne trouvent pas de débouchés naturels. Elle manque d’unanimité. Trois présidents d’Université François Resche (Nantes), Rémy Pech (Toulouse II) et Olivier Audeoud (Paris X Nanterre) font savoir qu’ils approuvent le mouvement. Mais vu leur position de président, ont-ils mesuré la portée de leur démarche ?

D’ailleurs nombre d’amphis sont bloqués par des étudiants grévistes qui sont très minoritaires. Les étudiants non-grévistes ne sont pas respectés. Ils sont privés de cours car ils  ne peuvent pas accéder aux amphis. La raison en est, que les anti-CPE, menés par l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France), ne soient pas désavantagés lors des examens. 

Ceux qui ont la chance d’être étudiants oublient que, si en fin d’étude ils auront besoin d’un emploi, les chefs d’entreprises auront besoin de collaborateurs compétents. C’est par leur travail et non pas dans la rue qu’ils le deviendront. Ces préoccupations revendicatrices dévorent leur temps. Aujourd’hui la dette de 1100 milliards d’Euros, les délocalisations, les problèmes sociaux, le chômage, la fuite des cerveaux, l’avenir des jeunes…  doivent être au centre du débat. La querelle sémantique sur le CPE générateur de précarité est un faux débat car d’autres contrats suivront et la précarité touche plus durement certains Français qui ne sont pas étudiants.

La vraie raison de l’agitation est peut-être politique. L’œil rivé sur les présidentielles,  la Gauche unanimement anti-CPE exprime sa solidarité avec la jeunesse. L’UDF pense à d’autres dispositifs pour aider les jeunes, Nicolas Sarkozy a joué son rôle à l’Intérieur laissant Dominique de Villepin un peu seul, mais c’est la loi du genre. Il se bat pour éviter la malédiction de Matignon qui guette tous les premiers Ministres actifs. Résistera-il à la pression ? C’est possible, car le CPE n’est plus applicable après 26 ans et nos étudiants finissent leurs études de plus en plus tard.

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Page actualisée le 3 avril, 2006