Edito
Fausse Route
par Robert ASSADOURIAN
Les menaces commerciales des lobbies turcs ne sont pas étrangères à la suspension, par Jean Louis Debré (avec l’accord de Jean-Marc Eyraud, PS), de la discussion sur la proposition socialiste de pénaliser la négation du génocide arménien. Cette décision est conforme à une astuce parlementaire, mais elle est impressionnante d’irresponsabilité sur le plan humain. Pourtant le sujet débattu au cours de cette « séance d’initiativeparlementaire » avait pourtant été approuvé par plus de 80 députés UMP et par de nombreux parlementaires socialistes.
Le massacre de masse décidé par le gouvernement jeune turc en 1915 répond à première vue aux critères requis pour l’appellation de génocide. L’objectif fut atteint : Il n’y a plus d’Arméniens en Anatolie après 26 siècles de présence et les descendants des rescapés se sont éparpillés dans le monde. La France est riche de près de 400.000 Français dont les racines arméniennes sont éclaboussées par le sang de leurs ancêtres massacrés. Les députés qui les représentent se sont penchés sur une de leur préoccupations et ont voté le 29 juillet 2001 une loi reconnaissant le génocide de 1915, puis ont envisagé, en toute logique, la pénalisation de sa négation discutée le 18 mai 2006. Cette démarche est similaire à celle adoptée envers l’holocauste par la loi Gayssot de 1992 qui pénalise le négationnisme juif.
Les récentes manifestations négationnistes, organisées par des émigrés turcs, à Lyon et à Berlin, soulignent la thèse du gouvernement turc actuel qui, bien qu’il ne soit en rien responsable des égarements de 1915, refuse d'admettre l’évidence.
Le terme de génocide qui apparaît vers 1944, fut d’abord employé à propos des Nazis et de leur solution finale du problème juif. D’ailleurs la résolution de l’ONU du 9 décembre 1948 en élargit le sens et retient « l’intention de détruire, en tout ou partie, un groupenational, ethnique racial ou religieux ». Il fut ensuite étendu vers 1970 à toute destruction méthodique d’un groupe ethnique et par extension à l’extermination d’un groupe en peu de temps.
Gilles Veinstein et Bernard Lewis, deux éminents historiens, nient le génocide car comme le dit Pierre Nora, ce massacre (que personne ne nie) ne relevait pas d’une intention génocidaire ! C’est par hasard ou au terme de désaccords locaux qu’un million et demi de femmes, enfants, vieillards prirent le chemin du fatal exode ! Alors que les hommes valides étaient mobilisés dans l’armée turque. Ce massacre déclenché à l’échelle d’un pays relevait à l’évidence d’une décision prise par ses dirigeants. En somme, pour figurer dans le hit-parade des génocides, il manque pour G. Veinstein, B. Lewis et P. Nora une ou des signatures !…
La mémoire de ces innocents « massacrés ou génocidés » n’est pas un tremplin électoral pour une classe politique en recherche d’électorat car près de 400.000 Français (au moins) se sont sentis bafoués par la manœuvre. Passant d’un sujet à l’autre nos élus ont l’émotion labile, et la désinvolture de Jean-Louis Debré associée à celle des présidents des groupes PS et UMP est choquante, car un génocide n’est pas un thème électoral.
En vue d’une élection majeure nos ambitieux candidats ne s’arrêtent ni sur une promesse, ni sur une contradiction. Ils vivent leur rivalité au quotidien tandis que leurs regards demeurent fixés sur la ligne bleue des présidentielles. Dans l’attente de la consécration des urnes la classe politique se penche sur les sondages, soit pour les louer ou bien les réfuter. Chacun cherche la voie qui le conduira au paradis élyséen.
Irrésistible Ségolène a trouvé la sienne avec un discours soft et adapté aux circonstances, mais les durs combats sont à venir. Sans jamais se retourner, elle ignore ses concurrents socialistes qui écument, car ils sont encalminés dans une mer de chiffres peu encourageants. Le projet PS est la plateforme pour l’obtention de l’investiture. Pour l’obtenir Ségolène Royal passera par l’opinion, Laurent Fabius par la gauche, DSK entre les deux… et pour rassurer tout le monde, Bernard Delanoë affirme que personne ne s’impose !
Dans l’autre camp, les divergences entre les numéros 1 et 2 du gouvernement sont quotidiennes et sont illustrées par la crise du CPE puis prolongées par l’affaire Clearstream, son corbeau, et par bien d’autres. Elles ont des effets dévastateurs sur l’équilibre de la droite, et l’attaque, même tempérée de regrets tardifs, de Dominique de Villepin contre François Hollande n’a rien arrangé.
Le retard de l’A 380 lié au câblage électrique, va décaler la date de livraison mais également réduire le nombre d’appareils disponibles ! Ces reports obligent EADS à dédommager Singapore Airlines. Par rebond, Boeing accumule les commandes depuis le début de l’année, alors que EADS est pris dans les turbulences de l’A380 et chute en Bourse. Ses dirigeants, Noël Forgeard et le groupe Lagardère sauraient mieux anticiper l’évolution du marché boursier et leurs positions personnelles, que les problèmes technico-commerciaux.
Le projet de fusion Suez-GDF répond à une logique industrielle mais ouvre le débat sur la privatisation de GDF dont l’Etat conserverait 34% du capital du nouvel ensemble. Dominique de Villepin a du céder devant la fronde parlementaire pour des raisons strictement politiques.
Le 27 juin 2006 le Président s’est voulu optimiste lorsqu’il estime que le gouvernement a rempli son contrat. Il occulte tous les couacs gouvernementaux, l’affrontement Sarkozy - de Villepin, et soutient son Premier ministre.
Le psychodrame est illustré par la fiction provocatrice de Dominique Ambiel et Antoine Rault (1), qui met en scène, dans un deuxième tour des présidentielles, les 2 candidats restants, Marine Le Pen et Olivier Besancenot ! Un tel livre est le reflet de l’ambiance délétère qui enveloppe le monde politique, lequel parait bien déphasé par rapport aux réformes à mener, aux questions économiques voire sécuritaires que les Français affrontent. En attendant, il devient de plus en plus difficile de suivre les raisonnements de nos dirigeants !
(1) Tsunami sur l’Elysée, Dominique Ambiel et Antoine Rault, Ed. Michalon, juin 2006
NOTES
GENOCIDE
Composé (v. 1944) du grec genos « naissance,
race* ( gène, genre) et de l’élément -cide* ;
Le
mot a été créé en anglais génocide
par l’Américain LEMKIN d’origine polonaise et doit être
contemporain en français
Loi Gayssot de 1992
Loi de 29 juillet 2001 reconnaissant le génocide
Loi Taubira de 2002 sur l’esclavage déclaré crime contre l’humanité
Loi de février 2005 sur le rôle positif de la présence coloniale en AFN
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Page actualisée le
26 juillet, 2006