Edito

L' IMPASSE

par Robert ASSADOURIAN

La résolution 1701 de l'ONU a mis provisoirement fin au curieux conflit du Moyen Orient entre d'une part, une formation politique théocratique chiite le Hezbollah, qui est au Liban Sud un véritable état, et d'autre part Israël qui est un authentique état, dont l'existence contestée alimente parfois jusqu'à l'excès sa puissante force de dissuasion. Pour les Libanais le tragique paradoxe de cet affrontement de 34 jours est qu'ils sont les victimes civiles d'un conflit qui n'est pas le leur : près de 1500 morts auxquels s'ajoutent les immenses dégâts matériels.

Tout commence le 12 juillet quand le Hezbollah enlève 2 soldats israéliens, et en réponse, l'aviation israélienne lance des raids destructeurs sur le Sud-Liban. Cette provocation a débouché sur un conflit qui a été déclenché avec l'assentiment, voire à la demande de l'Iran, car il constitue une habile diversion pour ce dernier dans les inépuisables négociations autour de son contesté et peut-être dangereux programme nucléaire.

L'ambiguïté sur les intentions des belligérants lors du cesser le feu, le 14 août 2006, est évidente. Malgré ses cris de victoire et la ferme résistance manifestée sur le terrain, le Hezbollah l'a accepté car il tient compte de ses importantes pertes, des destructions libanaises et surtout de son aura acquise dans le monde arabe. Il occulte ainsi toutes les conséquences d'un conflit qu'il a déclenché, qui aujourd'hui est surtout reproché à Israël.  

De son coté, Israël qui a perdu 114 soldats, est entré en guerre comme s'il s'agissait d'une opération de routine. Malgré leur avantage sur le terrain, les Israéliens ont été surpris par la difficile progression de leur infanterie et la résistance des milices chiites solidement retranchées. En l'absence de victoire éclair et devant l'importance des dégâts collatéraux sur les populations, ils ont préféré le cesser le feu à l'enlisement.

Les observateurs et les protagonistes savent que l'arrêt des hostilités n'est qu'un intermède, une simple trêve avant le prochain affrontement ! Cette résolution 1701 prévoit une force d'interposition de 15000 hommes, mais elle reste vague sur trop de points, car elle doit conjuguer deux déterminations antagonistes : Israël qui veut conserver son droit à l'autodéfense... Tandis que le Hezbollah   qui cesse tout acte d'hostilité ne semble pas prêt à désarmer...

Dès le début du conflit la France a engagé , avec les Etats-Unis, devant le Conseil de Sécurité, les discussions sur un projet visant à régler la crise. Elle a initialement subordonné sa participation au niveau des moyens d'action accordés et selon la participation des pays fournissant les contingents. Elle se disait même prête à prendre le commandement d'une force multinationale de paix. Elle vient de l'obtenir, mais elle le cédera à l'Italie après février 2007 !   Nos partenaires européens sont réticents au leadership français car notre attitude lors de l'affaire irakienne, le non français au referendum du 29 mai 2005 et la fin prochaine de l'ère Chirac sont autant de handicaps.        

L'Europe sous la présidence finlandaise a le choix entre la position française et la position britannique. Les divergences portent sur la mission de la force d'interposition qui se doit d'être une force de paix robuste afin de désarmer le Hezbollah, car l'armée libanaise qui épaule aujourd'hui la Finul en est bien incapable.

Les objectifs de la Finul 2 et de la France sont 1. Maintenir le cesser le feu - 2. Libérer le Liban de l'emprise du Hezbollah - 3. Eviter le retour de la Syrie au Liban - 4. Contribuer à la reconstruction du Liban. Les objectifs 2 et 3 relèvent de la pure utopie !

Depuis 1996 les dirigeants du Hezbollah ont su sacraliser leur formation aux yeux de la population libanaise. De plus , tout au long du conflit la popularité du chiite Hassan Nasrallah n'a fait que grandir, au point de gêner Al Qaida dont l'obédience sunnite salafiste la porte à être anti-chiite. Question  : Ces extrémistes qui tous deux se réclament d'un islamisme radical, vont-ils s'allier au Liban alors qu'ils s'affrontent en Irak ? En outre , l'appui logistique de la Syrie et le soutien financier de l'Iran également fournisseur de missiles déplaisent à l'Amérique mais sont essentiels pour le Hezbollah. Question  : Ce conflit est-il le prélude d'un affrontement américano-iranien ?

Il est évident que le mouvement chiite qui reste au Sud Liban va garder ses armes. Il se contentera provisoirement de les dissimuler ou bien   de moins ou de ne pas s'en servir. Il a élaboré des tactiques nouvelles adaptées à la guérilla d'ailleurs ses embuscades ont été redoutables pour Tsahal. Il possède des armes qui ont démontré l'efficacité des Milices chiites - avec d'abord l'artisanal   « engin explosif improvisé ou improvised explosive device (IED) »   qui a été plus que perfectionné   -   Et d'autre part, son arsenal de missiles d'origine iranienne qui très mobiles et dispersés sur le territoire libanais est parfois immergé dans les villages au sein des populations. Afin de partiellement les neutraliser Israël a beaucoup trop détruit.

Le déploiement de l'armée libanaise dans le Sud n'est pas, vu sa faiblesse et son manque de détermination, le complément   musulman indispensable à la Finul. Le Liban dont l'existence même est menacée, a été trop longtemps un outil stratégique de déstabilisation régionale pour la Syrie et l'Iran, et son armée ne peut être considérée une force d'interposition efficace. Au Moyen Orient le Droit sans la force est toujours impuissant.

Israël contrôle les entrées aériennes et maritimes du Liban. Il souhaite par le biais de la Finul, établir un blocus terrestre hermétique sur la frontière syro-libanaise afin d'isoler le Hezbollah et tarir ses apports d'armes.

Placée entre le fer et l'enclume la Finul est condamnée, soit à l'inertie afin d'assurer sa sécurité, soit à l'action qui comporte des risques. La mission de la Finul n'est couverte par aucun accord politique. En effet, le désarmement doit s'effectuer par libanais ou des contingents musulmans à venir... Le droit d'ouvrir le feu est mal défini. Avec un mandat   imprécis, les 2000 soldats français exposent leurs vies sans pouvoir la défendre. Ces troupes sont considérées par beaucoup, dans le monde arabe, comme étant le bras séculier de l'Occident qu'ils rejettent, mais dont ils acceptent les subsides financiers.

Au nom d'une grandeur dépassée la France expose inutilement ses soldats au Liban . La paix au Moyen Orient n'est pas liée à leur présence, ni à aux diverses contributions financières, mais à la bonne volonté des belligérants ! Le prochain affrontement est d'ailleurs prévisible car chaque camp campe sur ses intransigeances et se méfie de l'autre. Gaza et le Hamas occultés pendant la crise sont en effervescence ...

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Page actualisée le 4 December, 2006