EDM lance la première station électrique solaire
dans les Alpes-Maritimes

par Dominique THIBAULT

La société Electricité de Marseille projette, dans le cadre de la directive européenne sur les énergies renouvelables, de construire une centrale de production d'électricité et un parc de stockage d'une superficie totale de 60.000 m≈. La première Station Electrique Solaire (SES) expérimentale devrait être installée dans l'arrière-pays niçois à l'automne prochain. L'équipe fondatrice a présenté son prototype et son "business model " aux espaces de Sophia Antipolis le 7 juillet dernier. Un projet audacieux qui a pour ambition de pallier faiblesse et dépendance de l'approvisionnement électrique régionale tout en offrant une alternative intéressante aux énergies fossiles…

Selon les prévisions du Conseil Mondial de l'Energie, la consommation électrique mondiale croît deux fois plus vite que celle des autres énergies. Quand on sait qu'en 2050, la population mondiale aura atteint 2,6 milliards d'individus, il apparaît évident que les énergies renouvelables vont jouer un rôle essentiel dans cette phase de transition énergétique planétaire, à court terme. La France qui enregistre une croissance annuelle de sa consommation électrique de 1,7% en moyenne, prévoit dans cette perspective, se conformant ainsi aux objectifs de Kyoto qui visent à diminuer de 50% les émissions de gaz à effet de serre à horizon 2050 et aux objectifs environnementaux européens, de produire 22 % de son électricité grâce aux énergies renouvelables d'ici 2010. Si le marché s'avère plus que fructueux pour les producteurs et fournisseurs qui approvisionnent le client final, les gestionnaires de réseaux d'électricité qui exploitent les flux de transport et de distribution et les nouveaux acteurs du marché, tels la CRE (Commission de Régulation de l'Energie) ou Powernext (bourse française de l'électricité), l'enjeu est avant tout écologique, social et économique pour les générations futures ! Le Sénateur Pierre Laffitte qui a présenté en juin 2006 avec son homologue Claude Saunier un rapport parlementaire éloquent sur le sujet, tire la sonnette d'alarme : " Le coût du changement climatique en 2050 selon un cabinet d'expertise allemand sera - hypothèse basse - de 2000 milliards pour les Etats-Unis, soit 6% du PIB mondial ", ajoutant au plan local qu' " avec l'annulation du projet de la ligne EDF Boutre-Carros, le département doit impérativement développer l'isolation thermique en diminuant sa consommation en électricité ! " Or malgré les efforts louables déployés par le Conseil Général des Alpes-Maritimes et le Conseil Régional qui participent au financement d'équipements en énergies renouvelables (jusqu'à hauteur de 80 % pour le solaire thermique), le message a du mal à passer ! 1936 demandes de subventions à peine en 2005 dont 293 pour le 06…Autant dire que malgré l'urgence, l'éveil des consciences est encore lent et le marché loin d'être mature. Cette contrainte de poids n'effraie pas EDM, qui affirme pouvoir, par sa réactivité et ses différents systèmes de "mix énergétique ", répondre aux cahiers des charges les plus drastiques.

Une combinaison de solutions hybrides pour une technologie révolutionnaire

Electricité de Marseille (EDM), SA au capital de 400 000 euros, fondée en mai 1985 par Pierre Bénaros et installée aujourd'hui à Sophia Antipolis, s'appuie sur une solution originale pour parvenir à ses objectifs qu'elle développe en synergie avec la société Théolia, producteur d'énergies renouvelables, à Aix-en-Provence et actionnaire d'EDM à hauteur de 20 % du capital. Sa technologie innovante repose sur un système de stockage d'air comprimé CAES (Compressed Air Energy Storage) utilisée en Allemagne (Huntorf) et aux Etats-Unis (Mc Intosh en Alabama) ; l'air comprimé étant ensuite utilisé pour produire de l'électricité par détente. Ce système peut être couplé à un système thermodynamique solaire. Sept sphères en matériaux composites d'un volume de 4850 m3 stockent de l'air comprimé à 120 bars par un compresseur électrique. Des panneaux solaires thermiques, d'une surface de 10 000 m2, produisent de l'eau chaude utilisée pour augmenter jusqu'à 600 bars la pression de l'air stocké, offrant ainsi un gain de 40%. Lors des pics de consommation électrique, l'air comprimé est "relâché" et entraîne une turbine, capable de produire 40 MW d'électricité, été comme hiver. Cette SES qui sera installée sur un terrain de 18 hectares sur la commune de Tournefort, raccordée à l'usine hydroélectrique de la Courbaisse, devrait être opérationnelle fin 2009. " Cette idée a germé en 2001 explique Pierre Bénaros, Président Directeur Général d'EDM. Nous nous sommes rendus compte d'erreurs de réajustement d'approvisionnement par les opérateurs lors des pics de consommation et nous avons décidé d'y remédier en construisant des centrales de régulation de courant électrique à haute puissance, basées sur un système en 3 temps : compression de l'air, stockage dans une mine de sel de grande capacité et détente avec apport thermique par gaz naturel. A titre d'exemple, pour un air à 10°, on arrive à stocker 360 tonnes d'air comprimé, soit une production électrique de 25 MW ! Notre stratégie commerciale repose sur l'achat d'électricité en périodes de surproduction à coût réduit (de 5 à 30 € le MWh) stockée aux heures creuses dans des sphères réservoirs et sur sa revente pendant les pics de consommation (de 50 à 90 € le MWh)"

Quels sont les avantages pour le consommateur final ? A priori, multiples et sans complication supplémentaire. En synthèse, une facture moins chère à qualité et quantité égales, sans coupure (alimentation de secours en relais) et la prise en charge par EDM d'éventuels surcoûts occasionnés par une consommation non prévisible de ses clients…

Une démonstration haute en couleurs animée par Pierre Bénaros a permis le 7 juillet de mieux appréhender le système. Le prototype doté d'un moteur "hydrosphère" de 15 MW fonctionne comme une roue à aube. Les pales de la turbine tournent dans de l'eau grâce à l'injection d'air sous pression et à la force d'Archimède.

Projet de SES en Bretagne

EDM a répondu, en parallèle, à un appel d'offres en Bretagne pour la construction d'une centrale électrique de 120 MW couplée à une centrale biomasse près de Saint-Brieuc, les deux installations fonctionnant simultanément ou individuellement, selon les besoins en électricité du commanditaire, la société RTE, gestionnaire du réseau de transport d'électricité français. L'unité "Hybride biomasse" consiste en une chaudière NordFab, reliée à une turbine à vapeur fournissant 80 MW, cinq mois par an. Celle-ci serait alimentée par des combustibles (soit 23 000 t de colza, 18 000 t de bois et 15 000 t de paille) fournies par les exploitations agricoles du secteur de Plaine-Haute, commune des Côtes d'Armor. Quelle que soit l'issue de l'appel de l'offres, EDM envisage d'y implanter une SES et vient de signer en ce sens un compromis de vente pour l'achat d'un terrain de 11 hectares, à proximité d'une ligne de 400 000 volts. " Dans cette hypothèse, notre objectif, explique, Pierre Bénaros, sera de construire une station solaire d'air comprimé de 40 MW, éventuellement combinée à de la biomasse, qui permettra de fournir 40 MW pendant cinq heures par jour, soit 200 MWh par jour toute l'année." Les travaux devraient débuter fin 2007, pour une mise en service au début du premier trimestre 2010.

Côté budget, EDM évalue à environ 700 000 euros ses investissements en R & D depuis un an pour lancer son prototype. La société espère boucler une levée de fonds de 20 millions d'euros afin d'affiner son offre et pendant la phase de montée en puissance du parc de stations, s'appuyer sur la commercialisation de contrats de fourniture d'électricité. La société vise à la fois dès 2007 le marché des professionnels et à partir de juillet 2007, date de l'ouverture du marché européen des particuliers, les consommateurs finaux.

Cette initiative qui offre une alternative rentable aux collectivités territoriales, à condition qu'elles puissent surmonter l'inertie fossile des mentalités citoyennes, a le mérite sans conteste et quel que soit son développement futur, d'ouvrir, ainsi que l'a souligné en conclusion le sénateur Pierre Laffitte dans son rapport " une nouvelle frontière " en faveur d'une consommation plus raisonnée au 3ème millénaire de nos ressources énergétiques !

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Page actualisée le 14 April, 2007