Vers un développement de la filière nautique
par Jacques R. LORNE
Avec l'arrivée des Salons du nautisme de Cannes et de Monaco, et devant leurs réussites, la réflexion sur l'avenir de cette filière en région Provence Alpes Côte d'Azur et Corse revient au premier plan. C'est le moment propice pour que, comme il y a environ deux ans déjà, lors de la journée sur " l'Avenir du Nautisme " organisée à Toulon par la Mission de Développement Economique, suivie par la presque totalité des acteurs de la filière, l'on se penche à nouveau sur le problème. Depuis, il faut bien le dire, l'ardeur était bien retombée. Certes, beaucoup de personnes ont continué à travailler, mais l'on n'entendait plus trop parler de toutes les bonnes résolutions qui auraient du être prises ou tout au moins analysées. Dans la présentation de la problématique, les moyens mis à la disposition de nos voisins italiens avaient enrichi les conversations, et la façon dont les responsables de ces régions voisines avaient pris le taureau par les cornes pour rétablir et contribuer largement au renouveau de cette industrie par les aides et les accompagnements apportés, avaient suscité beaucoup d'intérêt. Il est vrai, d'après les exemples qui avaient été amplement expliqués, ces industries et leurs sociétés bénéficiaient d'avantages certains, suffisamment pour les placer en position favorable sur les marchés. Nous attendions une réaction… et elle est en train de se mettre en place.
Une démarche qui s'inscrit comme prioritaire
Profitant de l'ouverture du Salon de Cannes, Dominique Estève, président de la Chambre de Commerce et d'Industrie des Alpes Maritimes, a présenté un programme allant tout à fait dans le sens souhaité pour le développement de cette activité. L'analyse demandée à l'Observatoire économique Sirius a délivré un verdict très rassurant de la situation de la filière sur le territoire de la Côte d'Azur et les chiffres clés sont là pour le prouver. En 2005, c'est une somme d'environ 1,1 milliards de chiffres d'affaires hors taxes qui a été générée par deux voies, les entreprises pour 1.056 millions d'euros et les ports pour 54 millions d'euros. Inutile d'en rajouter pour comprendre que la filière est d'un bon rapport pour l'économie de la Côte d'Azur, car en plus elle engendre 3.323 emplois dont 2983 dans les entreprises et 340 dans les ports, elle est composée de 600 professionnels, dont 567 entreprises et 33 ports. L'éclatement de ce pôle industriel est porté par 5 familles professionnelles regroupant 90% des acteurs du pôle, 26% pour les prestations de services, 25% pour le secteur de la réparation/ construction/ aménagement, 21% pour l'équipement, 9% pour la construction/réparation en chantier naval, les ports et les services portuaires représentent quant à eux 8%. Parmi les entreprises, 40% sont dédiées à la plaisance de moins de 24 mètres et 15% travaillent sur la grande plaisance, + de 24 mètres. A l'évidence, le résultat est prometteur, surtout si cette analyse débouche sur une vue de rentabilité future en constatant une augmentation en moyenne annuelle du chiffre d'affaires de l'activité sur trois ans de 7,3%. C'est d'autant plus intéressant en tenant compte que cette moyenne fait évoluer les emplois de 0,4 % et le nombre d'entreprises et de ports de 2,3%, (toujours sur 3 ans). Naturellement, la présence d'entreprises puissantes sur le marché de luxe du yachting professionnel influence ce résultat par de récentes opérations d'achat, en internalisant la croissance d'entreprises jusqu'alors extérieures au territoire et donc au pôle. (En l'absence de ces opérations, le CA du pôle croît de +8% en 3 ans, soit +2% en moyenne annuelle sur 3 ans.) Devant ces résultats, il était normal de vouloir approfondir les réelles capacités de cette filière.
Une démarche fédératrice
Cette ouverture annoncée par Dominique Estève, le 11 septembre lors du Salon Nautique de Cannes, n'est pas uniquement le fait du hasard. En effet cette préoccupation était inscrite dans les objectifs de mandature de la Chambre Régionale de Commerce et d'Industrie, et des Chambres Départementales. Proposé à l'ensemble du corps consulaire, huit de ces CCI de la région Provence Alpes Côte d'Azur et Corse ont considéré que cette filière et l'enjeu qu'elle représente était prioritaire pour le niveau régional. A partir de ce moment, restait à définir les objectifs. Pour qu'ils soient bien identifiés, il paraissait nécessaire d'élaborer un diagnostic aussi réaliste que possible du nautisme sur la région considérée. Cette démarche, à destination des entreprises, des ports, des associations et des plaisanciers, ne va pas être très facile à mener, car l'ensemble des interlocuteurs devant être interrogés génèrerait plus de 6.000 questionnaires, et à l'évidence cette investigation prendra pas mal de temps pour être vraiment complète, durée qui pour l'instant n'a pas été réellement déterminée. Ce travail devrait, en outre, être complété par des groupes de travail thématique, agissant parallèlement sur les problématiques déjà identifiées. Actuellement, le plan comprend 4 groupes de travail qui alimenteront le diagnostic sur des thèmes aussi variés que : Loisirs nautiques, évènementiel, contraintes réglementaires, capacités d'accueil dans les ports, problématique des bateaux ventouses dans les ports, jusqu'au " Benchmarking Italie - Espagne - Tunisie " afin de repérer les exemples les plus intéressants sur les côtes Méditerranéennes. Pour bien remplir cette mission, la Chambre de Commerce et d'Industrie de Nice Côte d'Azur à été désigné " pilote du projet " compte tenu de son expérience acquise sur le pôle nautique dans les Alpes Maritimes en 2003. Les CCI du Var et d'Ajaccio accompagneront celle de Nice en tant que " co-pilotes " de cette opération.
Une opération de grande envergure pour favoriser le développement
Pour arriver à bien promouvoir une filière, encore faut-il bien la connaître. Donc tout d'abord, il faut bien évaluer le poids de la filière, pour pouvoir valoriser ses acteurs, afin d'apprécier au plus près sa situation pour ensuite stimuler son développement. Pour cela il faut identifier les actions à mettre en œuvre pour augmenter les retombées économiques, l'investissement et par essence l'emploi dans cette activité. La réussite de cette tâche n'est pas une vue de l'esprit, et il faut être conscient d'un fait qui a une importance capitale dans cet exercice : les régions Provence Alpes Côte d'Azur et Corse ont un positionnement privilégié pour cette filière, car elles représentent, avec leurs 2000 km de littoral, près d'un tiers des côtes françaises métropolitaines, 15% pour PACA (835 Km) et 17% pour la Corse (1165 Km). Plus de 32% des ports français sont localisés sur cet espace, dont 151 ports de plaisances, 132 pour la seule région PACA entre Fos et Menton, ce qui représente 39,3% des places de ports françaises, dont 57.000 en PACA et 7500 en Corse. C'est aussi 13% des places réservées aux bateaux de passage. Les immatriculations ne font pas exception : la région PACA, à elle seule, représentait 23% de cette formalité administrative en 2005. On mesure mieux avec ces quelques chiffres, même si parfois c'est un peu lancinant, l'impact de cette filière et la portée stratégique qu'elle peut avoir sur l'économie et l'emploi en région. Il faut
prendre en compte que la Méditerranée Occidentale accueille chaque année 50% de la flotte mondiale de yachts. Malgré tout, si son positionnement en fait un pôle spécifique à la région, cette filière occupe une place insuffisamment reconnue, même en ayant sur le territoire plus de dix grands chantiers de réparation et d'entretien qui proposent une offre de services spécialisés et de qualité de rang international. C'est aussi, environ 10.000 emplois globalement, à comparer aux 40.000 environ situés en France, la Côte d'Azur représentant quelques 567 entreprises qui génèrent environ 3323 emplois dont 340 dans les organisations portuaires ; l'ensemble réalise un chiffre d'affaires de 1,1 milliards d'euros, ce qui confirme une bonne performance. Il est important de constater malgré tout, l'insuffisance notable de places dans les ports. Peut-être faudrait-il aller vers une restructuration complète des lieux déjà utilisés et mettre en place d'autres chantiers le long de notre côte pour agrandir le parc portuaire. Mais, il faudra faire attention aussi aux problèmes apportés par les bateaux sangsues, et les autres, en termes de pollution. Une grande réflexion devrait se mettre en place pour savoir comment récupérer certaines de nos belles calanques qui ont été complètement ravagées par cette pollution, en essayant, tout d'abord de trouver des solutions pouvant permettre aux bateaux qui y sont de trouver d'autres places dans de véritables ports organisés pour accueillir ces flottes et les contraintes qu'elles impliquent. Un gros travail doit être fait dans ce sens, de façon à redonner à notre côte les sites à l'aspect merveilleux qu'elle n'aurait jamais dû perdre, et de satisfaire le souhait légitime des pratiquants de la voile ou du bateau à moteur qui veulent continuer à profiter de la qualité de vie de nos étendues marines.
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29 April, 2007