L'intégration des PME dans les pôles de compétitivité
par Philippe LEGER
La troisième édition du Forum OCOVA (Objets Communicants et Valorisation) a réuni plus de 120 acteurs au Château de Charance à Gap, le 12 septembre 2006. Fil conducteur de cette rencontre? L'intégration des PME dans les projets innovants des pôles de compétitivité.
Pour Pierre Vollaire, vice-président d'ARCSIS, organisateur d'OCOVA 2006, "ce forum est un lieu de rencontre privilégié pour faire circuler l'information."
C'est aussi un laboratoire exceptionnel où se croisent, s'entrecroisent, se fécondent, se valorisent les nano technologies et les objets communicants - " cartes à puce, étiquettes intelligentes, communication nomade - qui couvrent une large gamme de secteurs et d'activités: agroalimentaire, audio/vidéo, automatisme et robotique, communication et réseaux, contrôle d'accès électronique embarqué, logistique et traçabilité, mesure et contrôle monétique, sécurité et surveillance ".
C'est aussi le lieu où commencent à s'imbriquer des entreprises prestigieuses de la Région Rhône-Alpes et de la Région Paca. Un jour peut-être, ces deux régions finiront-elles par fusionner avec d'autres régions, toutes proches, de l'hexagone et de l'UE, du moins sur le plan économique et industriel, et formeront-elles un nouveau soleil dans la galaxie européenne.
À tout le moins, ce forum s'inscrit dans une logique de cluster, de "grappe", comme disent nos cousins du Québec, et favorise une circulation générale de l'information à tous les niveaux, de la recherche et l'industrie vers les PME... et réciproquement. Il s'agit avant tout, pour les acteurs, de se connaître et de présenter leurs activités, de dire ce qu'ils recherchent et ce qu'ils peuvent apporter. C'est pour eux l'occasion d'évaluer leur complémentarité et d'initier des démarches de partenariats et d'alliances. De dire comment État et collectivités peuvent favoriser le développement des PME, source de richesse et d'emplois. Cette année, on a assisté à une européanisation du forum, avec la venue de représentants du Piémont voisin et de la belle région allemande de "Rhénanie du Nord Westphalie".
Avec OCOVA, "Gap est au carrefour du savoir-faire et de la matière grise" a dit en substance son maire, Pierre-Bernard Reymond, en ouvrant le forum. Ce serait même sa vocation, à en croire l'ancien ministre qui a mis en exergue les atouts de sa ville et de sa région, "son environnement économique et sa qualité de vie exceptionnelle"... qui devrait séduire plus d'un ingénieur d'Iter.
Le Conseil Général des Hautes-Alpes a fait écho à ses propos, par la voix de Bernard Jaussaud, représentant le Président Auguste Truphème. Il a mis en valeur les PME, reconnaissant en elles des "viviers de talents" et en saluant "leurs atouts de réactivité dans une économie tournée vers l'innovation."
Prenant la balle au bond, Laroussi Oueslati, Vice Président de l'Université du Sud de Toulon, représentant du Conseil Régional PACA, a rappelé que les PME sont au cœur du schéma de développement stratégique de la Région. - 3e région de France en population et en richesse - 19e région d'Europe et Terre d'accueil d'ITER. "Pour jouer dans la cour des grands Européens, il faut rester compétitif au niveau des aides... et ne pas en rajouter sur le plan fiscal..." Nous ne demandons qu'à le croire! "On doit avoir les mêmes aides que dans les grandes zones françaises... en espérant que l'Europe ne les démolisse pas." (sic)
Il fut aussi question de "l'enclavement qui n'existe que dans la tête des gens". Un esprit chagrin préciserait sans doute, que "l'enclavement ne prendrait la tête à personne, si l'autoroute Marseille-Genève, inscrite au plan dans les années 80, avait été réalisée... et si le tunnel ferroviaire sous le Montgenèvre était enfin inscrit au contrat de plan État-région !"
Le représentant de la Préfecture des Hautes-Alpes a fait observer, non sans ironie, que le forum OCOVA prouve que le département n'est pas "que la cour de recréation de la PACA".
Selon lui, "Il s'agit de favoriser l'émergence de projets PME et de refuser leur cannibalisation par les grands groupes industriels, afin de développer un axe fort dans les Hautes-Alpes... " Il n'y a pas que le tourisme! " s'est-il exclamé, et il a appelé les collectivités à mettre en place les infrastructures, à constituer des réserves foncières.
Les directeurs des pôles SCS et Minalogic ont situé la place des PME dans les projets des pôles. On apprenait ainsi qu'une trentaine de PME sont déjà partie prenante des activités du pôle SCS PACA.
Le forum s'est poursuivi par une table ronde au cours de laquelle la salle a dialogué avec des organismes d'appui au développement et à l'innovation, des PME performantes, des financeurs. Objectif: cerner les obstacles au développement durable des PME et les moyens de les surmonter.
On s'est donc interrogé sur le financement des pôles de compétitivité.
"Quand les financements publics s'arrêtent, les pôles continuent-ils à fonctionner?" En d'autres termes, l'argent public agit-il comme les boosters de la fusée Ariane 5? Une fois l'altitude requise atteinte, la fusée les largue, allume son propre moteur et met le satellite en orbite. Dans la course à l'innovation, les PME seront-elles capables de faire de même, de larguer les boosters de l'État ? De continuer à fonctionner en cluster avec les laboratoires de recherche, les centres de formation et les grands groupes... et de mettre sur le marché des produits innovants et compétitifs ? C'est quand même le but des pôles de compétitivité !
On a entendu dans la salle: " Un cluster ne se déclare pas, il se construit. S'il n'existe qu'avec l'argent public, il disparaît ".
Pour financer le projet innovant d'une PME, c'est encore trop souvent la soupe à la grimace. Témoignage d'un responsable d'une PME, qui s'est autofinancée... "5 millions d'euros sur ses fonds propres, parce que les banques ne veulent prendre aucun risque." Les aides publiques, c'est long, très long, trop long..."
En marge du forum, réflexion d'un financeur public: "Quel fonctionnaire prendra le risque d'aider financièrement une PME ... en ne sachant même pas si elle existera encore dans un an?"
Une autre approche semble possible. Grâce au témoignage du représentant d'une toute jeune entreprise, on a appris que le parrainage par une entreprise locomotive ouvre bien des portes, surtout celles des banques. Justement, un pôle de compétitivité n'a-t-il pas pour vocation de nouer des liens de cette sorte entre PME et grands groupes ?
La participation du représentant d'une entreprise de la Rhénanie du Nord-Westphalie a permis de confronter le système de financement, en usage dans ce land, avec celui de l'État jacobin. En Allemagne... pas de financement public ou presque! Une absence qui n'empêche pas ce land, le plus peuplé d'Allemagne, d'être avec sa capitale Düsseldorf, non seulement un land industriel d'envergure mais aussi un centre économique d'importance internationale, un centre technologique des plus modernes et, depuis la reconversion du bassin minier, un land de culture et de médias. C'est ici qu'ont été écrites les plus belles pages du miracle économique allemand et que des milliers de personnes ont trouvé travail et prospérité.
Sur un ton humoristique, M Félix Weygand (professeur à Euromed Marseille École de Management) s'est livré à une réflexion des plus intéressantes sur les rapports que nous entretenons avec l'argent. Au Canada, on utilise volontiers un langage d'église qui se manifeste avec une maxime comme " Argent Client = argent vertueux!" En France, on est moralisateur. "L'argent ne fait pas le bonheur, mais qu'il y contribue"... "Qui doit... n'a rien à soi!". Et "Qui n'épargne pas un sou... n'en aura jamais deux!". Les deux derniers proverbes sont auvergnats... vous aviez compris! En Angleterre, on est résolument pragmatique: "Ce que l'argent a défait, l'argent le refait". Merci, Professeur Weygand, votre intermède était plaisant et bienvenu.
On s'est aussi interrogé sur les mesures à proposer "pour faciliter les démarches État-collectivités: "pourquoi pas la même présentation pour le dossier de demande?" Et puis, "Comment mieux identifier les sources de financement? " etc.
Enfin, les pôles se déclinent aussi en termes de réseau: "On a besoin de microcapteurs... aidez-nous!"
Ils sont aussi révélateurs du "tissu de PME" qui existe dans une région. On finit par les connaître et à travailler ensemble. Grâce aux pôles, on n’a plus besoin de chercher au fin fond de l'Amérique un produit ou un service qu'une entreprise fabrique à deux pas de chez soi.
Les pôles sont aussi pour les PME de formidables catalyseurs de recherche et stimulateurs d'innovation.
La table ronde a été suivie d'une session sur les outils de mise en relation des acteurs (KMP, plates-formes de collaboration ACSIS/CIM PACA et OCOVA).
La richesse des débats reposait sur la qualité des intervenants et orateurs - parmi lesquels on comptait notamment J.C. Nataf et N. Leterrier, directeurs respectivement des pôles SCS et Minalogic, Marc Tassel, directeur de la MDER, J. Gros, directeur d'IBM La Gaude, D. Bois, Directeur adjoint du CMP, L. Oueslati (Conseil régional), C. Lumbers (EDHEC), J.P. Gloton (fondateur de Gemplus), F. Weygand (Euromed Marseille École de Management), H. Métras (CEA-Leti), P. Malléa (CHU de Nice), C. Hedayat (Fraunhofer Institute), A. Gras (DRIRE), C. Laï (OSEO) C. Béhar (Telecom Valley), V. Boisard (ARCSIS), des réprésentants de l'industrie (Amadeus, Atmel, IBM, Gemalto, STMicroelectronics), de la recherche (CEA-Leti, CIM PACA, CMP, CNRS, INRIA, UNSA) et des PME (ACTIS-Ingénierie, ARD, IBS, SPS, Impika, PygmaLyon, Vox Inzebox) - ainsi que sur la présence de plus de 30 PME et bureaux d'étude, des chercheurs, acteurs du développement économique de PACA et Rhône-Alpes. La participation d'utilisateurs (collectivités territoriales, pompiers, hôpitaux, médecins, acteurs du tourisme) venait renforcer l'intérêt des ateliers en permettant la confrontation des points de vue entre offreurs et demandeurs de solutions.
Laissons à l'organisateur, Pierre Vollaire, le soin de conclure: "Le bilan est plus que positif: les ateliers thématiques ont d'ores et déjà suscité de nouveaux projets de collaboration, notamment dans la thématique Risques/Réseaux de capteurs dont les acteurs présents à OCOVA ont prévu de se retrouver dans les tout prochains jours pour monter un projet d'innovation à vocation mondiale."
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29 April, 2007