Polynésie Française:
Perle du Pacifique aux nombreuses facettes

par Dominique THIBAULT

Ses atolls aux lagons turquoise panachés de cocotiers ont fait d'elle une destination touristique mythique. Paul Gauguin, Jacques Brel, Marlon Brando, Paul-Émile Victor, nombreux sont ceux qui ont choisi de s'y installer, séduits par sa douceur de vivre. Au-delà du cliché carte postale, la Polynésie recèle des richesses naturelles uniques qu'elle exploite peu à peu pour préserver son indépendance économique insulaire: perles noires, monoï, vanille, plantes médicinales, géothermie des profondeurs… ses trésors semblent ... Mais saura-t-elle en tirer parti sans détruire son exceptionnel patrimoine naturel ?…

Située à près de 18 000 kilomètres de Paris, elle comprend 120 îles d'origine volcanique ou corallienne réparties en cinq archipels qui s'étirent sur 4,5 millions de km2 au cœur de l'Océan Pacifique. L'archipel de la Société est le plus important avec 9 îles et 5 atolls répartis en deux groupes: les îles du Vent et les îles sous le Vent. Il est encadré au Nord par les Tuamotu et les Marquises, au Sud par les Australes et à l'extrême pointe Est par l'archipel des Gambier.

Peuplées à l'origine par des migrations venues des îles Samoa et Tonga, les îles de la Polynésie Française furent découvertes par Magellan, premier Européen qui visita les Tuamotu en 1521. Ce n'est qu'en 1767 que le capitaine Wallis découvrit Tahiti et en prit possession au nom du roi Georges III. Puis ce fut Bougainville en 1768 qui y fit escale et lui donna le nom de " Nouvelle Cythère ". Cook, enfin, en 1769 découvrit les îles voisines et nomma l'archipel " the Society Islands". À partir de 1797, des missionnaires protestants londoniens entreprennent d'évangéliser les Polynésiens. De nombreuses révoltes s'ensuivent. La Polynésie est alors le théâtre de guerres insulaires tribales impitoyables pour la conquête des terres et le maintien des croyances ancestrales. En 1819, le roi Pomaré II est le premier Tahitien à se faire baptiser, organisant son royaume à l'image des monarchies européennes. Sa fille Pomaré IV lui succède. Cette dynastie qui accepte, au début du XXème siècle d'être rattachée à la France, marque un tournant dans l'histoire politique et religieuse de la Polynésie.

Raiatea: berceau sacré d'une civilisation millénaire

C'est sur cette île de l'Archipel de la Société de 170 km2 baptisée originellement Havai'i nui, " grande eau jaillissante", que les premiers polynésiens choisirent de s'installer il y a plus de mille ans. Emaillée de " marae ", temples polynésiens à ciel ouvert, Raiatea, chef-lieu des îles sous le vent, est le siège du pouvoir spirituel en Polynésie. Le plus célèbre et le plus vaste d'entre eux face à la mer et à la passe de Te Ava Moa: le marae de Taputapuatea. Dédié au culte d'Oro le Dieu de la Guerre comporte trois marea en bord de mer voué aux cultes d'autres dieux ou d'ancêtres glorieux et un marae central au sein duquel officiaient les princes de sang et les hauts dignitaires maoris. C'est une vaste aire formée de dalles de pierre et ceinte d'un petit mur épais composé de quatre rangées superposées de blocs de basalte roulé. Vers le milieu de la surface dallée du marae, trône le " roc blanc de l'investiture ", monumentale plaque de corail de 2,70 m de haut sur 1,50 m de large contre laquelle était placé le fauteuil destiné à accueillir le prince ou la princesse maori durant la cérémonie du sacre.

Taha’a : 1re productrice polynésienne de vanille

Entaillée par trois vallées profondes qui lui confèrent sa forme échancrée, Taha'a offre une vue panoramique spectaculaire du haut du Mont Ohiri culminant à 598m, sur l'île de Raiatea, sa proche voisine au Sud et sur Bora Bora au Nord. Ses vallées luxuriantes aux sols humides, riches en humus favorisent la culture intensive de " la vanilla taitensis " aux parfums irrésistibles, une variété locale, issue du croisement entre la vanille mexicaine et celle des Antilles qui voit le jour vers le début du XIXème siècle et lui valent son surnom " d'île vanille ".

Les premiers plants de Vanille ont été importés des Philippines et introduits à Tahiti en 1848 par l'amiral Hamelin, où la production de vanille connaît son apogée au début du siècle avec plus de 200 tonnes exportées par an avant de subir une chute brutale dans les années 70-80. Taha'a produit aujourd'hui 70% de la vanille de Polynésie, soit 25 à 30 tonnes par an. Ses qualités exceptionnelles inspirent les grands chefs qui réinventent une cuisine exotique raffinée à l'alchimie sucré/ salé. Christophe Langree, Breton d'origine et chef renommé du restaurant gastronomique du premier Relais & Châteaux polynésien: le Taha'a -Private Island & Spa ouvert en 2005 (48 Suites Pilotis et 12 Suites Plage), installé sur un motu, face à l'île, reconnaît amusé: " La vanille de Taha'a est, en effet, le pivot de mes spécialités culinaires. Elle m'a inspiré un dessert original " un Mille-feuilles vanillé, agrémenté de feuilles de uru (arbre à pain) très apprécié par notre clientèle internationale haut de gamme. C'est le seul ingrédient qui ne soit pas tributaire des aléas climatiques et des transports!"

Sur Taha'a à la végétation luxuriante, la route côtière sinueuse laisse entrevoir le long des plages quelques fermes perlières sur pilotis surplombant une eau saphir et émeraude. Autreactivité florissante de la Polynésie, peut-être la plus ancienne…

Industrie perlière: la course à l'or noir

Bien avant l'arrivée des Européens, l'huître perlière Pinctada margaritifera, était, en effet, connue des Polynésiens qui utilisaient sa nacre sous forme d'ornement ou d'arme. Cette espèce de la zone indopacifique a la particularité de présenter des irisations vertes, rouges, bleues ou grises de la nacre à la périphérie de sa coquille interne qui fait sa renommée et donnent les perles " noires de Polynésie" ou rava rava. Linné expérimenta le premier la possibilité d'une culture en introduisant lui-même un corps étranger dans les perles, mais ce sont les Japonais au début du 20ème siècle qui découvrirent le moyen de parfaire la technique de production d'huîtres perlières. Les débuts de la perliculture en Polynésie remontent à 1962 grâce à J.M. Domard qui fit les premiers essais de greffe. En 1965, la première récolte permit d'obtenir 1000 perles. En 1966, la première ferme perlière privée s'installe dans l'atoll de Manihi. Il faudra attendre 20 ans avant que n'apparaisse le début de la ruée vers l'or noir. Depuis les années 80, la perliculture a connu un essor considérable. A tel point qu'elle voit la prolifération d'exploitations aux critères disparates. Excédent de la production et baisse de la qualité provoquent en 2000 la chute des prix sur le marché mondial. En mars 2001, Gaston Flosse, Président de la Polynésie française fait adopter des mesures draconiennes de contrôle de la qualité (notamment saisie et destruction des perles de qualité inférieure). Le marché assaini (en quantité et en qualité), l'embellie a repris et ce, malgré la baisse du dollar et une concurrence sérieuse de l'Indonésie (24 % de part de marché), et dans une moindre mesure de l'Australie (18 %).

La perle, deuxième source d'exportation après le tourisme, est aujourd'hui un des secteurs moteurs de l'économie locale. Elle représente un quart de la production mondiale. Le Japon constitue toujours le premier acheteur (53,1 % de la demande), Hong Kong confortant sa deuxième place (21,5%).

Cette activité essentielle génère environ 7 000 emplois dans plus de 1000 fermes productrices réparties dans 30 îles et atolls dont les Tuamotu-Gambier (92% de la surface lagunaire du pays) qui accueille les grands parcs d'élevage. La part des activités de production perlières représente 86 % des emplois du secteur, 14 % étant détenue par les activités dérivées (négociants, joailliers, bijoutiers, artisans).

La fabrication des perles: un secret préservé entre initiés

Trois phases essentielles conditionnent la réussite de la perliculture: un naissain d'huîtres prolifique, un greffeur expérimenté et la beauté de la perle.

1ère étape donc d'un long processus: des collecteurs (ou naissain) suspendus durant 12 à 24 mois sous l'eau pour produire des juvéniles entre 9 et 11 cm. Une fois le tri fait à l'issue les huîtres sont ensuite attachées par un nylon le long d'une cordelette de 2 m, qui constituera un chapelet suspendu à une filière subaquatique. Une fois la taille requise atteinte, les huîtres receveuses sont greffées. L'opération consiste à insérer dans la "poche perlière" un nucléus et un greffon (morceau de tissu de 1 mm de côté découpé dans le manteau d'une huître donneuse). Les valves de la coquille de l'huître à greffer sont écartées avec des pinces pour laisser passer les outils de greffe: micro-couteau, pince pour prélever et déposer le nucleus dans la poche perlière, pointe pour prélever le greffon. Une petite incision est alors pratiquée à la base de la glande byssogène de l'huître et le greffon est poussé par cette ouverture dans la poche perlière. Le nucleus est introduit à son tour de telle sorte qu'il soit au contact du greffon.
Une fois inséré dans l'huître receveuse, le greffon fusionne avec les tissus de l'huître receveuse et un sac perlier se développe autour du nucléus. Par ses sécrétions organiques et minérales, le sac perlier joue un rôle primordial dans le dépôt des couches de nacre autour du nucléus. C'est le point de départ de la future perle. L'opération de greffe est un processus traumatisant et certaines huîtres rejettent leur nucléus ou meurent. Certaines peuvent produire de petites perles baroques sans nucléus que l'on appelle des keshi. Les taux de réussite dépendent de nombreux paramètres: état physiologique des huîtres destinées à la greffe, habileté et expérience du greffeur, qualité du nucléus, conditions dans lesquelles se sont effectuées la greffe, conditions d'élevage des huîtres avant et après la greffe. Sur 100 individus greffés, environ 20 meurent dans le mois qui suit, 20 rejettent le nucléus, 5 à 10 meurent en cours d'élevage. Seules de 25 à 30 huîtres donnent des perles commercialisables. Si la perle est de qualité exceptionnelle, une seconde greffe est alors réalisée avec un nucléus de la taille de la perle récoltée. C'est que l'on appelle une surgreffe.

Des critères de sélection rigoureux pour un label mondial de qualité

La beauté d'une perle dépend d'un grand nombre de critères. Plusieurs paramètres sont pris en compte:
- le diamètre de la perle. Il varie de 8 à 18 mm, et la couche de nacre déposée autour du nucléus ne doit pas être
inférieure à 0,8 mm;
- le poids moyen des perles. Il doit être voisin de 1,6 g;
- la forme. Les perles sont classées en rondes, semi-rondes, semi-baroques, baroques et cerclées;
- la qualité. Elle dépend de l'état de surface (avec plus ou moins d'imperfections) et du lustre. On distingue les qualités commercialisables, SuperGem (perle parfaite), A (imperfections légères ne dépassant pas 10 %), B (au plus 30 %), C (au plus 60 %), D (plus de 60 %), et les rebuts de trop basse qualité pour être vendus. Depuis 1993 a été instaurée une taxe d'exportation de toutes les perles, le droit de sortie des perles à l'export (DSPE). 65 % des recettes fiscales alimentent le budget du pays, 35 % financent la promotion de la perle à l'étranger par le biais du GIE Perles de Tahiti.

Le monoï, en plein essor, joue la carte de la cosmétologie

Depuis le décret d'application du 1er avril 1992 pour protéger son label et lutter contre les contrefaçons, l'appellation d'origine " Monoï de Tahiti " est désormais réservée au produit fabriqué en Polynésie française conformément aux usages locaux par macération de fleurs de Gardénia taitensis (flore de Candolle, famille des rubiacées) d'origine polynésienne, plus communément appelée tiaré, dans de l'huile de coprah raffinée. Les fleurs de tiaré et les noix de coco utilisées pour la fabrication du produit doivent être exclusivement récoltées dans des aires situées sur des sols d'origine corallienne. Peuvent également entrer dans la composition du monoï des extraits d'autres espèces végétales. Le processus de fabrication est, lui aussi très strict. Après récolte, les noix mûres sont fendues et les amandes en sont extraites dans un délai de quarante-huit heures. Celles-ci sont ensuite mises à sécher au soleil pendant au moins une semaine jusqu'à l'obtention d'une humidité inférieure ou égale à 10 % avant l'ensachage. Les amandes sont ensuite broyées en fines particules de deux millimètres environ. L'huile brute est extraite par une unique pression à chaud à une température ne dépassant pas 125°celsius. Le rendement maximal en huile est fixé à 63° ... L'huile raffinée doit ensuite présenter les caractéristiques suivantes - absence de saveurs, d'odeurs étrangères ou rances, indice d'acide inférieur à 3,6 mg d'hydroxyde de potassium par gramme d'huile et indice de peroxyde inférieur à 10 milliéquivalents d'oxygène péroxydique par kilogramme d'huile sous peine de n'être pas labellisée.
Après une chute de plus de 15 % des exportations de monoï en 2003 en tant que " produit solaire ", les producteurs ont adopté une nouvelle stratégie plus calquée sur l'évolution de la demande et ont positionné le monoï comme " produit de soins de beauté " haut de gamme. Un virage décisif qui porte aujourd'hui ses fruits. La branche a connu une hausse de 19,9% des exportations en 2004. La filière compte à peine 50 personnes. Quatre producteurs se partagent l'essentiel du marché regroupé en coopératives: soit 300 tonnes de produits et 300 000 flacons vendus en France, Allemagne, Nouvelle-Zélande, Australie et Etats-Unis pour un revenu annuel d'environ 3 millions d'euros. La promotion internationale du monoï est assurée par l'Institut du Monoï dont l'objectif principal est d'inciter les grands laboratoires cosmétiques (Estée Lauder, Christian Dior, etc) et pharmaceutiques (Pierre Fabre) à utiliser le monoï dans la formulation de leurs produits. " Nous avons dans cet esprit décliné une gamme de 4 lignes de produits colorés - correspondant à quatre rituels de beauté et soins spécifiques (baume hydratant, crème de jour, body scrub, gel-crème pour se protéger du soleil). Nous souhaitons ainsi véhiculer un univers unique et naturel où cet onguent sacré parvienne à s'imposer sur le marché mondial comme la quintessence du bien-être corporel et spirituel " expliquent Antoine Srkala, Directeur de l'Institut du monoï et Eric Vauxelaire son Directeur Adjoint. La branche cosmétique a également commencé à s'intéresser à l'huile de Tamanu dont les propriétés cicatrisantes, antivirales et antibiotiques semblent avérées. Elle est notamment fabriquée à Tahiti par la société Pacific Sud dont le siège est à Marseille. L'entreprise a investi 1Million d'euros pour son unité de production et utilise 57 000 fleurs de tiaré par cuve de 5 800 litres pour produire des gammes diversifiées d'huiles et cosmétiques à base de monoï aux fragrances mêlées (fleurs de frangipanier, vanille, etc).

Première mondiale à Bora Bora : un complexe hôtelier Spa Resort à l'eau des profondeurs!

Climatiser un établissement hôtelier avec de l'eau de mer des abysses extraite à 5°C … Cette idée un peu folle a été soufflée à Richard Bailey, actionnaire majoritaire de l'InterContinental Resort and Thalasso-Spa Bora Bora, par un certain Marlon Brando, propriétaire de l'atoll voisin de Tetiaroa (dont il était tombé amoureux en 1965 lors du tournage des " Mutinés du Bounty ") au sein de l'Archipel des Îles sous le Vent dont Bora est le fleuron. Grand défenseur de l'environnement devant l'éternel, l'acteur suivait avec attention, depuis quelques années, les premières applications pratiques de cette technique balbutiante sur des bâtiments à Hawaï. Si l'idée est révolutionnaire en soi, le processus est d'une simplicité enfantine en fonction notamment de la topographie des fonds marins. Bora Bora, récif volcanique dont les parois s'enfoncent directement jusqu'à 3.800 mètres a rendu possible cette extraction par le simple jeu naturel des différences de pression avec la surface. Puisée dans les abysses marins, l'eau froide rejoint ainsi une station de refroidissement où on la fait courir dans une canalisation parallèle à un circuit fermé d'eau douce qui circule dans tout l'établissement. L'eau de mer refroidit l'eau douce qui, à son tour, rafraîchit les lieux où elle circule en boucle. Un procédé d'échange thermique classique, somme toute, à l'exception près que les hydro-chlorofluorocarbones (H.C.F.C.) utilisés comme réfrigérant dans les équipements traditionnels y sont remplacés par de l'eau de mer. " L'avantage de ce système explique Pierre Lesage, Directeur des ventes et du marketing régional d'InterContinental et Responsable des quatre établissements de la chaîne en Polynésie française est de nous permettre d'économiser 90 % de la consommation électrique de la climatisation (2,5 millions de litres de fuel par an). Cette énergie est parfaitement propre, durable et n'a aucun impact sur l'environnement, s'inscrivant en droite ligne avec notre philosophie. Affiliés depuis 2004 à la certification environnementale Green Globe 21, nous formons des équipes vertes afin de sensibiliser personnel et clients à l'environnement de cette région préservée. En effectuant des prélèvements préliminaires pour la mise en place de cette climatisation, nos équipes ont ensuite mis à jour les vertus exceptionnelles de l'eau des fonds de Bora Bora dont la composition minérale est identique au plasma sanguin. Nous avons alors décidé de les exploiter et de créer en partenariat avec Algotherm, leader mondial des cosmétiques marins, le 1er Centre de thalassothérapie, balnéothérapie et spa Resort du Pacifique: : le Deep Ocean Spa, avec une ligne de soins et de produits spécifiques. ". Ouvert depuis le 1er septembre 2006, l'Intercontinental Resort & Thalasso Spa Bora Bora, dirigé par Silvio Bion est le premier hôtel de toute la Polynésie française à n'être constitué que de bungalows sur pilotis : soit 80 villas de plus de 100 m≈ au décor raffiné et ethnique, disposées, entre océan et lagon, sur les deux pinces d'un " crabe " virtuel planté sur la barrière de corail, en bordure de plage. Chaque "faré" est doté de deux écrans plats de télévision, d'une connexion Internet ADSL, de deux lignes téléphoniques internationales et de lecteurs de CD et de DVD. Ce cadre idyllique séduit d'ores et déjà une clientèle d'affaires internationale qui peut à loisirs surfer sur Internet et profiter des soins exclusifs proposés par le Centre de Thalassothérapie de 4 000 m2 pour ressourcer en profondeur corps, âme et esprit!

Une pharmacopée unique où le nono se taille la part du lion

Tahiti et certaines îles polynésiennes bénéficient d'une flore endémique aux vertus thérapeutiques exceptionnelles. Le Nono ou Noni, curieuse plante originaire d'Asie du Sud-Est et transportée selon la tradition orale par les premiers explorateurs polynésiens est plus que toutes les autres l'objet de toutes les convoitises en raison de ses propriétés médicinales uniques. Son nom botanique latin " morinda citrifolia ", mûrier de Java en français la rattache à la famille des rubiacées à l'instar du caféier. On peut aussi bien la rencontrer plantée sur un sol primaire au niveau de la mer qu'à 700 mètres d'altitude. Elle forme de petits arbres chargés de fruits et son usage a toujours été multiple: riche en vitamine C, elle a permis aux populations de subsister lors des périodes de disettes; ses racines servaient à fabriquer un colorant qui permettait de teindre en jaune et rouge les fibres végétales destinées à l'habillement. Plus surprenant, son fruit vert, dur comme une pierre était utilisé comme projectile à frondes par les guerriers. Longtemps utilisée par le " Ra'au Tahiti ", la médecine traditionnelle, cette plante médicinale sacrée est capable de traiter de nombreux cas pathologiques (hypertension artérielle, ulcères gastriques, foulures, arthrite, toxicomanie, diabète, etc) à tel point que ses pouvoirs guérisseurs parfois contradictoires l'ont longtemps rendue suspecte aux yeux des éminents spécialistes internationaux. A partir du XIXème siècle, des chercheurs s'intéressent à elle. Paul Pétard, pharmacien de l'Institut Malardé de Papeete démontre dans les années 30 ses propriétés antibiotiques. Pendant la seconde guerre mondiale, des recherches ont été menées par l'armée américaine sur son arrière base à Bora-Bora et mis en exergue son efficience pour lutter contre l'empoisonnement (piqûre d'insecte et poisson pierre). Puissant analgésique et anti-tenseur, son jus de fruit frais est particulièrement actif contre tout type de bactérie. Tout porte à croire que cette plante étonnante en apparence inactive est un parfait adaptogène qui guérit de tous maux. La société américaine Morinda étudie depuis une dizaine d'années les différentes propriétés du Nono dans son intégralité (fruit, feuilles, racines) et a contribué depuis -en les révélant- à sa renommée internationale. Convaincue d'être sur un créneau plus que porteur, l'entreprise est passée à la vitesse supérieure en se dotant en avril 2005 d'une nouvelle usine de 8 000 m2 à Mataiea, qui emploie 42 personnes. Mais la concurrence promet d'être rude! Plusieurs laboratoires pharmaceutiques ou cosmétiques s'intéressent désormais à cette plante miraculeuse d'autant qu'elle serait susceptible aussi de guérir le cancer. Aujourd'hui, le Nono a détrôné le coprah, la vanille, l'ananas et le pamplemousse. Il est devenu le premier secteur d'exportation agricole du pays en 6 ans à peine, générant un revenu de près de 3 millions d'euros en 2005 contre 10,7 en 1999. Un trésor aux ressources inépuisables qui pourrait bien pallier les carences économiques d'archipels éloignés comme les Tuamotu et les Marquises!

Après une période caractérisée par une certaine atonie, depuis 1997, l'économie polynésienne a renoué avec la
croissance, depuis notamment l'arrêt définitif des activités du Centre d'Expérimentations du Pacifique (CEP) prononcé en 1996. Elle connaît cependant aujourd'hui des contraintes structurelles majeures: un marché intérieur restreint interdisant les économies d'échelle, un coût de main d'œuvre élevé grevant la productivité du travail et une absence de matières premières obligeant à des importations massives de biens intermédiaires. Parvenue à un tournant de son développement, elle doit amorcer une phase de mutation stratégique nécessaire en menant une dynamique sur plusieurs fronts: maintenir la mobilisation financière de l'État français, rassurer à la fois les partenaires financiers privés par une stabilité institutionnelle retrouvée et les populations sur le terrain de l'emploi par un rééquilibrage de ses activités et de sa démographie dans les archipels, enfin mener une politique environnementale stricte afin de préserver ses richesses naturelles. Un exercice périlleux pour le Gouvernement polynésien présidé depuis le 18 février 2005 par Oscar Temaru qui subit actuellement une crise sociale majeure, faute d'appliquer une politique initiale basée sur la transparence et le développement durable pourtant capital pour son expansion sur la voie de l'autonomie!

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Page actualisée le 29 April, 2007