A Genève, le Forum Economique Rhodanien confirme son succès
par Jacques R. LORNE
La manifestation qui débuta le soir du 5 octobre 2006 par la visite des bâtiments des Services Industriels de Genève (SIG) et celle du " Musée Espace Watch ", construit sur le symbolique pont traversant le Rhône naissant, rassembla beaucoup de personnalités suisses et françaises et se termina assez tard.
C'est dans la salle de Plainpalais, au centre de Genève, le lendemain, que le thème " La Vallée du Rhône terre d'énergie de sécurité et d'innovation, regards vers l'avenir " fut débattu, animé par le caustique Yves Blisson, spécialiste de ce genre de débat. Les allocutions furent très soignées, nous étions en Suisse, ne l'oublions pas. Michel Ochsner, Président et fondateur du Forum Economique Rhodanien, a bien lancé le débat en faisant prendre conscience à tous les participants, venus très nombreux, (plus de 350), que l'association de compétence est primordiale, en appuyant bien sur le fait que la vallée du Rhône et la Suisse avait tout pour réussir un partenariat liant l'industrie et l'innovation. Le maire de Genève, André Hédiger, confirma cette vision concernant le développement et la mutualisation d'efforts dans de nombreux domaines et notamment dans celui de l'énergie, aidé en cela par l'intervention de Michel Balestra, Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie et Président des Chambres de commerce Lémaniques. Michel Margnes, Président du Directoire de la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) à Lyon, dont la présence est trop rare dans le cadre du Forum Economique, a brossé un tableau très juste de la situation énergétique actuelle et du rôle de sa compagnie sur le terrain.
L'énergie dans tous ses états
Dans le cadre de la consommation de " l'Or Noir ", Rolf Hartl, directeur de l'Union Pétrolière de Suisse, sise à Zurich, a présenté un tableau complet sur la "Sécurité des approvisionnements pétroliers et de l'aspect géopolitique innérant au précieux liquide. " Lorsque l'on apprend que la consommation de pétrole est en Suisse de 85.000 barils de pétrole/jour et que si cela continue ainsi, cela atteindra les 120.000 barils/jour en 2030 (ce qui est actuellement prévu), cela fait réfléchir. Si actuellement la production est suffisante par rapport à la demande, il va falloir grandement anticiper pour satisfaire à la demande croissante qui est prévue. Naturellement, cette augmentation a un coût important, estimé à près de 3.000 milliards de dollars d'investissement entre maintenant et 2030 ; il va donc falloir assumer ces dépenses.
L'autre face du problème est géopolitique, et de ce côté-là, l'équation n'est pas simple. En effet, l'ascendance du besoin de pétrole, permet à des pays comme la Russie, par exemple, 1er producteur après l'Arabie Saoudite, de vouloir tenir un rôle d'arbitrage politique au niveau mondial. D'autres pays, comme la Chine et l'Inde ont une activité intense en recherche et investissements dans toutes les régions du monde pour trouver des sources d'énergies pétrolières et autres, ce qui risque d'influencer fortement le marché. Par contre, l'Europe et la Suisse cherchent une diversification dans la consommation d'énergie en travaillant sur d'autres sources, telles que les carburants propres à base végétale, le solaire, l'éolien … Mais elles ne négligent pas de contracter plus d'accords avec les autres pays pour assurer la continuité d'approvisionnement en pétrole, dont elles ont un besoin vital dans un premier temps. En ce qui concerne la Suisse, il y a un projet de pipeline entre Marseille et Genève, qui faciliterait bien le transport de cette " chère " (à tous points de vue) denrée. D'autre part le besoin en économie d'énergie est de plus en plus au centre des discours, et Robert Volki, de la SIG (Services Industriels de Genève) à bien amené l'importance représentée par " les pannes d'énergie qui risquent d'être plus fréquentes en 2020 ". Pour un pays comme la Suisse, qui tire sa production d'électricité à 55% de l'hydraulique, à 40% du nucléaire, (dont la production va s'arrêter, à cause d'installation en fin de vie) et de 5% d'autres sources, il paraît évident d'anticiper une telle situation. Palier à 40% de production n'est pas une mince affaire et les solutions, s'il y en a, doivent être appliquées rapidement. Celles qui sont en passe d'être choisies s'interprètent, pour l'instant, en 4 directives : Economiser l'énergie, développer d'avantage l'hydraulique, chercher d'autres sources en s'orientant vers les énergies renouvelables, (solaire, éolien, biomasse, géothermique) et enfin, créer de nouveaux centres nucléaires. En attendant, il y a quelques solutions de première nécessité : augmenter les importations, par exemple, mais cela risque d'augmenter la dépendance politique à d'autres pays, construire des centres de gaz (gaz naturel liquide), mais cela est lié à certains problèmes de transport, construction de centrales à charbon… Comme on peut s'en rendre compte ce n'est pas simple, surtout qu'en terme d'hydraulique, comme l'a expliqué Eric Divet, chef du département de la production de la CNR, la majorité de leurs productions dépendent du débit plutôt capricieux du Rhône. Sans compter que plusieurs installations sur des affluents du Rhône sont gérées par d'autres communautés.
En choisissant ces thèmes, le Forum Economique Rhodanien a encore une fois mis en exergue certains problèmes récurants dont on parle beaucoup à l'heure actuelle, sans toujours apporter des solutions, en sous-entendant qu'elles puissent exister en dehors de productions que l'on connaît déjà, mais qui n'ont peut-être pas la faveur du public. Et pourtant …!
Brevets, marques et contre façons
Cette table ronde, ouverte pas le brillant discours de Eric de Mongolfier, Procureur de la République à Nice, cernait tout à fait le problème. Les contre façons, nous le savons tous, coûtent des fortunes aux entreprises et minent l'emploi. Pour trouver des solutions à ce fléau, il faut que tout le monde et surtout les consommateurs qui achètent ces contre façons, soient conscients qu'ils portent un coup fatal à nos industries, dont ils dépendent dans leur vie de tous les jours (Sont-ils vraiment conscients de cela ?). Défendre l'emploi, c'est aussi trouver des solutions à ce
cancer qui mine notre économie.
Après cet intéressant sujet, bien défendu par des intervenants de tout premier plan, dont nous ne pouvons malheureusement pas relater toutes les propositions et le débat qui s'en est suivi, il ne nous reste qu'à conclure…
Le Forum Economique Rhodanien 2006 a incontestablement été un grand crû, attirant des participants de tous les coins de France et de Suisse; il a fait le plein et a tenu pendant ces deux journées son rôle de fédérateur de dynamique et de B to B. Un grand merci à la municipalité de Genève qui nous a chaleureusement accueilli et qui, avec la CNR, s'est engagé pleinement pour que ces journées soient une réussite. Merci à tous les participants et à tous les intervenants qui ont passionnés l'assemblée en exposant leurs connaissances et la justesse de leurs propos. Le Forum Economique Rhodanien de Genève a vécu… Vive celui de Valence, capitale de la Drôme, qui aura lieu en septembre 2007.
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29 April, 2007