L’Algérie, un potentiel économique pour la région
Par Julie Verdier
L’Algérie, nouveau pôle économique pour la France notamment pour Marseille, compte tenu des valeurs partagées et de la proximité géographique, saura-t-elle convaincre les entrepreneurs français d’avoir une meilleure vision d’investissements et de partenariats avec elle ? C’était l’enjeu de la soirée du 13 novembre au club World Trade Center, intitulée « l’Algérie, quelles opportunités pour les entreprises françaises ? » .
L’Algérie
s’est ouverte à l’économie mondiale en 1994 lors
de l’accord de rééchelonnement de la dette signée
avec le FMI et du plan d’ajustement structurel avec la Banque mondiale.
L’accumulation de recettes pétrolières et la saine gestion
des finances publiques a permis à rembourser cette dette. La Russie
a même annulé la dette algérienne d’un montant de
4,7 milliards de dollars en échange d’achats de biens russes,
dont des avions de combat selon un accord signé lors de la visite à
Alger de Vladimir Poutine. L’Algérie a comptabilisé dans
les 9 premiers mois de l’année 2006, 40 milliards de dollars
de recettes pétrolières. Elle a bénéficié
de la forte progression des prix du pétrole sur le marché international
et prévoit même un équilibre de l’offre et de la
demande pétrolière en 2007 pour « modérer »
les prix. Même si le marché de l’hydrocarbure contribue
au développement de l’Algérie, l’émergence
d’une industrie durable et favorable a permis une stabilisation politique.
Depuis les années 90 et en particulier depuis la chute du mur de Berlin,
elle est sortie d’une économie de type planifié (socialisme
d’Etat) pour se diriger vers une économie de marché, avec
l’appui des puissances européennes et occidentales. Même
si l’Algérie a réglé sa dette rééchelonnée,
elle entame néanmoins le remboursement anticipé de sa dette
extérieure qui s’élève à 5 milliards de
dollars. Cette remise à niveau a favorisé la reprise de la croissance
(5,1% en 2005) et la multiplication des réformes structurelles.
Une ouverture mondiale fortement désirée mais bloquée par des obstacles
La plus grande consécration des efforts de l’Algérie
serait son entrée à l’OMC. Le processus est déjà
amorcé avec l’accord d’association avec l’Union européenne.
Cet accord de zone de libre-échange est une approche vers le démantèlement
des droits de douane entre l’Union européenne et l’Algérie.
Ces dispositions tarifaires sont appliquées pour l’exportation
des produits algériens vers l’Union européenne et pour
les importations de la communauté européenne vers l’Algérie.
Les produits principalement concernés sont les produits industriels
et agricoles. Cet accord permettra d’augmenter les importations en provenance
de l’UE au détriment des autres partenaires de l’Algérie.
L’Algérie présente sa démarche comme une promotion
des échanges bilatéraux en montrant les efforts faits au niveau
des réformes fiscales sur les investissements, le commerce extérieur
et l’engagement des investisseurs étrangers. Même si on
compte, aujourd’hui plus de 18 filiales françaises qui opèrent
en Algérie où elles emploient plus de 6000 personnes, l’Algérie
veut inviter les entrepreneurs français à s’intéresser
aux acquisitions algériennes, sans qu’il soit question de délocalisation
à son profit.
Les efforts de l’Algérie ont déjà porté
leurs fruits. Elle connaît une viabilité de la balance des paiements
et de la dette extérieure, une stabilisation du taux de change effectif
réel et une maîtrise de l’inflation avec 1,6% fin 2005.
Elle ne cesse de développer ses affaires. Ses exportations sont passées
de 24 milliards de dollars en 2003 à 40 milliards de dollars en 2005
et ses importations de 17,75 milliards de dollars en 2004 à 20 milliards
de dollars en 2005. Mais des efforts sont encore à faire pour qu’elle
connaisse une ouverture optimale à la mondialisation. Elle est freinée
par une administration trop bureaucratique, une main d’œuvre inadaptée
dans certains secteurs et une absence d’informations sur les entreprises.
A cela s’ajoute une offre financière encore limitée :
le taux de bancarisation s’élève seulement à 30%,
pendant que 88% du marché est contrôlé par les banques
publiques et finance très peu le secteur privé. Malgré
cette barrière, l’Algérie s’engage tout de même
vers une libéralisation économique. Les banques s’associent
entre elles et l’Etatisme disparaît au profit des partenariats.
C’est l’un des facteurs qui a permis à l’organisme
COFACE (Compagnie Française pour l’Aide au Commerce Extérieur)
de reclasser l’Algérie, grâce à ses efforts faits
pour s’ouvrir à la Mondialisation, de B à A4, ce qui la
place au même rang que le Maroc et la Tunisie. En comparaison l’Egypte
est seulement classée B. Cependant l’Algérie n’a
pas encore rattrapé la Chine A1 et les Etats-Unis A3*
*(critères de confiance au crédit accordées par la Coface).
Une détermination pour attirer les investisseurs étrangers
L’Algérie
a mis en place un système de réformes structurelles pour favoriser
le développement de son économie et pour attirer les investisseurs
étrangers. Ces réformes visent l’Etat, son rôle
commercial diminue au profit de la sphère économique. Le système
éducatif est aussi bouleversé. Il va être consacré
à la formation d’une main d’œuvre plus performante
et plus compétitive face à la mondialisation. L’Algérie
s’est aussi lancée dans des réformes du système
bancaire sur les problèmes de transparence et de protection des investissements
avec de nouveaux moyens de paiements comme l’universalité des
paiements grâce au système de télé compensation
lancé par la Banque centrale en 2006 ou encore comme le changement
de transfert de dividendes qui ne passe plus par la Banque Centrale. Dans
la continuité du développement de son attractivité, l’Algérie
a entamé un programme de développement de 60 milliards de dollars
pour les hauts plateaux et le Sud (développement de villes nouvelles,
d’infrastructures routières, d’implantations d’hôpitaux
privés et d’Universités…) Elle s’inscrit dans
une politique budgétaire expansionniste depuis 2001 avec le PSRE (Plan
de Soutien à la Relance Economique) et le PCSC (Plan Complémentaire
de Soutien à la Croissance) Au titre des IDE (Investissements Directs
à l’Etranger), 85 projets d’investissements ont été
enregistrés notamment dans le secteur des téléphones,
des matériaux de construction, du tourisme, mais surtout de l’hydrocarbure,
matière première dont l’Algérie dépend à
97%. En 2004, l’Algérie était au 40ème rang des
pays destinataires des IDE français. La France était le 3ème
investisseur en Algérie, 1er investisseur des pays de l’Union
européenne derrière les USA et l’Egypte. Le gouvernement
algérien réagit pour se donner les moyens de l’évolution
technologique. Le ministre algérien des Télécommunications
a demandé aux banques de réduire leurs taux d’intérêts
sur les crédits à l’achat de PC, afin de rattraper le
retard en équipement informatique des familles et augmenter leurs connexions
Internet. L’opération Ourastic, « un ordinateur pour chaque
famille », lancée en 2005, table sur l’équipement
d’au moins sept millions de ménages d’un ordinateur d’ici
à 2010.
Restent deux gros problèmes à régler : la contrefaçon et le gaz. Les produits les plus touchés par la contrefaçon sont les cosmétiques (35%), vêtements et chaussures (30%) et appareils électriques et électroniques (12%). Cette économie souterraine fragilise la production locale et l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers. La législation et la réglementation offrent une facilité pour tout investissement sans distinction entre les capitaux nationaux et étrangers. Une politique de promotion des investissements a été mis en place pour assurer les investisseurs de la fiabilité du pays, comme le Conseil national de l’investissement sous la tutelle du chef du gouvernement, l’Agence Nationale pour le Développement des Investissements (ANDI) regroupant tous les secteurs administratifs concernés et les fonds d’appui à l’investissement. Mais encore, l’Algérie garantit le transfert des capitaux investis et des revenus qui en découlent. Les investisseurs peuvent avoir recours au droit international et peuvent régler les différences qui existent entre l’Etat et eux-mêmes.
Des avantages indéniables pour Provence Alpes
Côtes d’Azur
Les banques privées toutes détenues
par des groupes étrangers se développent rapidement, les privatisations
des banques publiques devraient améliorer les performances du secteur
concerné. Les échanges économiques avec l’Algérie
apportent à la France une position unique car après la Chine,
l’Algérie est notre 2ème marché hors OCDE (Organisation
de Coopération de Développement Economiques). L’Algérie
possède un énorme potentiel économique, la région
ne peut l’ignorer. La région PACA est privilégiée
car elle joue un rôle de plate-forme. Les exportations de la région
dans le commerce extérieur de la France avec l’Algérie
sont de 17% et ses importations de 51%. L’Algérie a déjà
attiré bon nombre de fournisseurs non européens comme les Etats-Unis
(3ème fournisseur du pays en 2005) et la Chine (4ème fournisseur).
Si ces pays gagnent plus de terrain, la France perdrait un marché privilégié.
Toutefois, il existe entre Marseille et l’Algérie un long passé
culturel ponctué par des foires internationales, des échanges
de sportifs ou encore des conférences qui prônent les atouts
de l’Algérie pour promouvoir au développement des partenariats.
Reste à savoir si les échanges économiques vont connaître
la même ampleur.
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