Thon rouge : l'Europe bleue broie du noir
par Philippe LEGER
Depuis l’Empire romain, la pêche du thon rouge est l’une des activités économiques les plus rentables de la Méditerranée. Mais aujourd’hui, la surexploitation des réserves, la multiplication des fermes d'engraissement, les pratiques illégales constituent des menaces sérieuses pour le futur de l’espèce ainsi que pour les milliers d’emplois de pêcheurs méditerranéens. Les dernières recommandations de la Cicta (Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l'Atlantique) et les mesures adoptées par Le Conseil des ministres de la Pêche de l'Union européenne fin 2006, suffiront-elles à assurer la durabilité de la ressource ?
Bienvenue
en Méditerranée, au pays du Thon rouge, une "marmite"
de 2,5 millions de kilomètres carrés qui attire toutes les convoitises.
On vient du monde entier, d'Extrême-Orient, d’Océanie...
pour ramasser l'or rouge de la grande bleue à pleins filets. Ce grand
poisson (il peut faire jusqu'à trois mètres de longueur) est
victime de ses qualités gustatives. Dans les années 80, on a
assisté à l'essor du marché du sushi-sashimi qui a propulsé
notre bon vieux "steak de la mer" au rang de "foie gras",
chez nous, car dans la hiérarchie culinaire de l’archipel, le
thon rouge s’est toujours situé au sommet. C'est le nec plus
ultra en matière de gastronomie. Sa belle couleur rouge rappelle peut-être
aux Japonais la couleur du "soleil levant", emblème que l'on
retrouve sur le drapeau de leur pays ? A Tokyo, les amateurs les plus fortunés
sont prêts à payer jusqu’à 25 $ pour un simple dé
de "Maguro*". Ils ont fait des émules ; sur tous les continents
on trouve des centres de dégustation de sushi-sashimi. Aujourd'hui,
l'espèce vaut de l'or et la demande mondiale affecte les stocks, elle
explose et les cours du thon rouge atteignent des sommets... Alors, pour satisfaire
des appétits sans fin, on traque le thon rouge sans relâche,
tout particulièrement en Méditerranée où il est
encore abondant. On voit aussi fleurir toute une littérature aux chiffres
extraordinaires pour décrire la pêche et son aspect financier
; on voit des thoniers senneurs qui tournent autour de bancs de thons, leurs
bateaux entraînant une senne, un filet circulaire qui peut atteindre
"1,4 km de circonférence et peser à lui seul 30 tonnes"
; les thoniers l'encerclent puis referment les mailles du filet sur la prise
à la manière d'une bourse. Un coup de filet, c'est alors "une
bourse de 300 tonnes, poids net, qui vaut 1 million 800 000 euros." Congélation
directe ou direction les fermes d'engraissement. Un marché mythique
: le "Japon", bien sûr. En 2001, à la première
vente aux enchères de l'année sur le marché de Tokyo,
qui donne le "thon", un beau spécimen de 214 kilos et de
plus 3 mètres de long s'est vendu "plus cher qu'une Ferrari 456
GT: 230 000 €, soit 1 074 € le kilo !" Il s'agissait sans doute
des premières enchères de l'année, surmédiatisée,
mais même à 60 € le kilo, c'est "nippon ni mauvais",
n'est-ce pas ? Pour autant, les chiffres que nous donnons ici pour la taille
du filet et la quantité capturée représentent-ils des
normes en Méditerranée ? Cette senne est-elle courante au large
de nos côtes azurées ? "Ici, on ne pêche pas du thon
pour la conserve !" commente, abasourdi, Mourad Kaoul, président
du Syndicat des Thoniers Méditerranéen. "Ce n'est pas avec
des navires de 30 à 42 mètres que nous pouvons pêcher
ces quantités astronomiques. Notre flotte de thoniers senneurs a bien
été modernisée à la fin des années 90,
nos vieux thoniers en bois n'étaient pas aux normes européennes,
mais les puissances motrices ont peu évoluées d'une flotte à
l'autre, vous vous rendez compte de ce que ça représente de
mouvoir la masse que vous me décrivez. Rien qu'avec le filet, il y
en a déjà pour 30 tonnes... alors 300 tonnes ! Vous savez pour
nous, il ne s'agit pas de pêcher plus mais de pêcher mieux. Les
Japonais exigent un thon rouge d'une qualité irréprochable,
une chair d’une fraîcheur exceptionnelle, il est donc important
de le capturer sans l'abîmer et sans le stresser... alors 300 tonnes
de thons serrés comme des sardines, vous voyez les dégâts
? " Pourtant ces chiffres, nous ne les avons pas inventés. On
les trouve sur Internet, sur le site "l'Express.fr" avec un reportage
de Georges Dupuy "Menace sur le thon rouge"; la vente mythique de
2001 est aussi citée par les chercheurs de l'Ifremer, dont les rapports
sont consultables sur la toile ; avec les sites des écologistes, nous
plongeons dans des mælstroms vertigineux. On compte aussi un grand nombre
de blogs qui reprennent toutes ces données, les amplifient, en y ajoutant
parfois des commentaires intéressants... Que faut-il en penser ? Où
se trouve la part de "l'info" et celle de "l'intox" ?
"Tous ces chiffres sont à manier avec précaution",
met en garde Bertrand Wendling, de La Société Coopérative
Maritime des Pêcheurs de Sète Môle, c'est un directeur
expérimenté, reconnu pour son expertise par tous les professionnels
du secteur des pêches. "Le Thon rouge, du fait de sa haute valeur
ajoutée et la pression du marché, représente un important
enjeu économique, autant pour les États, les grands groupes
que les lobbies ... " Selon Greenpeace, "le thon rouge est ciblé
en Méditerranée par quelques armements à l'aide de moyens
ultra-sophistiqués (avions de repérage, senneurs dernier cri,
bateaux transbordeurs). Tous les pays riverains (France, Italie, Espagne,
Tunisie, Libye...) sont présents sur cette pêcherie ultra-rentable
en raison de la pêche illégale qui s'y pratique." Des études
réalisées par la FAO (Food and Agriculture Organization of the
United Nation - Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture)
menées en 1999 et 2000 modèrent le discours des écologistes
: "les activités de pêches des senneurs méditerranéens
qui ciblent le thon rouge ont presque toujours été rentables
et réalisent de bonnes performances économiques au moment de
l'étude". Dans la "marmite"méditerranéenne,
la pêche d'une flottille internationale de 250 thoniers senneurs entre
en compétition avec la pêche traditionnelle, celle pratiquée
par plus d'un millier d'exploitants de madragues ou de matenzas, thonailleurs,
palangriers... qui proclament que "depuis des milliers d'années
le thon rouge est une ressource partagée par tous les peuples de la
Méditerranée au gré de ses migrations". En témoigne
une fresque rupestre datée de 2000 ans avant notre ère découverte
dans une grotte de l'île Levanzo (Sicile). On y voit un poisson dont
la silhouette évoque immanquablement l'anatomie caractéristique
du thon et l'ébauche d'un filet qui s'apparente à une madrague
(filet droit posé en épi depuis la côte qui rabat les
thons vers le bord). Sur une fresque d'une tombe de Tarquinia (Italie), cinq
siècles avant Jésus-Christ, on aperçoit, à bord
d'une longue barque, un Etrusque tirant un thon hors de l'eau. Aristote (4e
siècle avant J.C.) a décrit la migration accomplie par les thons
qui naîtraient selon lui en Mer Noire, entreprendraient un périple
circumméditerranéen (dans le sens contraire des aiguilles d'une
montre), franchiraient le détroit de Gibraltar pour se nourrir en Atlantique,
d'où ils reviendraient au printemps suivant pour achever leur périple.
Observant que les thons conservent la côte à leur droite au cours
de leurs migrations en Méditerranée, il imagine qu'ils possèdent
une mauvaise vision de l'œil gauche, et qu'ils ne peuvent se repérer
qu'avec l'œil droit ! La pêche traditionnelle avait encore le vent
en poupe sur nos côtes jusqu'à une époque pas si éloignée.
Au
début du XXe siècle, on comptait encore près de 200 embarcations
dans les seuls petits ports du vallon des Auffes à Marseille et dans
les communes proches de Sausset, Carro et Martigues. Aujourd'hui, elle subsiste
encore, vaille que vaille, avec la pêche à la thonaille mais
la décision de l'Union Européenne d'interdire les filets maillants
dérivants et plus récemment les filets flottants ancrés,
sous la pression de Greenpeace, condamne à terme cette pêche
française pratiquée par une flottille de 80 bateaux, l'ensemble
des artisans de cette pêche spécifique disposant d'un quota de
300 tonnes pour l'année... La Commission européenne justifie
cette décision par la volonté d'empêcher les captures
"accessoires" qui peuvent inclure "dauphins, baleines, tortues
et oiseaux marins", notamment à l'intérieur du sanctuaire
Pélagos, la zone de protection qui s'étend entre le bassin nord-est
de la Méditerranée, Monaco et la Corse. Pour Josette Sportiello-Bertrand,
élue du Conseil Régional PACA, déléguée
aux affaires relevant de la mer, "la décision de l'UE est aberrante
car elle mélange les problématiques de pêche en Atlantique
et en Méditerranée... Ici, la thonaille, c'est 300 familles
et un pan important du patrimoine culturel. L’Union cherche-t-elle la
destruction totale de nos flottes."
Les scientifiques s'inquiètent
aujourd'hui de l'avenir du Thon rouge
Le "Thunnus thynnus" pour les ichtyologistes est en danger de surexploitation,
même si la pêche de ce grand prédateur, qui peut atteindre
3 m et peser plus de 600 kg, ne représente qu'une petite partie - 60
000 tonnes sur 3,5 millions de tonnes - des captures mondiales de thonidés.
Mais ces prélèvements importants, notamment en Méditerranée,
font craindre une baisse importante de ses effectifs car il est actuellement
l'objet de grandes manœuvres économiques. En Méditerranée,
les scientifiques ne possèdent pas sur le thon Rouge de données
fiables et craignent que sous l'effet de la pression du marché, l'espèce
soit déjà surexploitée. Comment arrêter le mouvement
? Coincés entre les écologistes qui exigent un moratoire et
la fin de la "pêche pirate", les pays émergents de
la rive Sud et les mareyeurs hispano-nippons qui, forts de leur pouvoir financier,
veulent coloniser la Méditerranée, les thoniers senneurs français
réclament "un plan équitable et responsable." Non
discriminatoire. La "diversité des conditions d'exploitation engendre
selon eux une distorsion de la concurrence qui encourage tous les excès".
Et ne permet pas de lutter efficacement contre la pêche pirate. Ils
protestent "contre la capture de poissons pêchés de plus
en plus jeunes, mis en cage pour l'engraissement et consommés avant
qu'ils n'aient eu le temps de se reproduire."
Comme la plupart de leurs collègues méditerranéens, les
pêcheurs français, souvent marins de père en fils depuis
plusieurs générations, qu'ils soient de la senne ou de la thonaille,
sont de farouches partisans de la pêche durable, d’une gestion
rationnelle et d’une exploitation sage des ressources, car "ils
en vivent." C'est vrai, avec le système actuel, les pêcheurs
sont mis en concurrence. Des voix commencent à s'élever pour
demander que "l'Europe considère la ressource halieutique comme
son patrimoine et qu'elle le confie aux pêcheurs. Il faut en finir avec
un mode d'administration bureaucratique qui déresponsabilisent les
pêcheurs, il faut que les exploitants soient les gestionnaires de la
ressource !" C'était cette voie, semble-il, que l'Union européenne
avait pris lors de la conférence de Venise. Aujourd'hui, à entendre
Mourad Kahoul, "la Commission européenne favorise "les pêcheurs
non communautaires au détriment des pêcheurs communautaires (en
particulier Français et Italiens)." On avait mieux auguré
du partenariat euro-méditerranéen !
Campagne anti-pêche
écologiste dans le port de Marseille
On en parle encore à Marseille sur un ton réprobateur ou celui
de la galéjade. En août 2006, la métropole phocéenne
a été propulsée au-devant de l’actualité
lors du blocus du Port provoqué par 32 des 40 thoniers senneurs français.
Le Rainbow Warrior II, navire amiral de Greenpeace, a tenté en vain
d'accoster dans le Vieux Port afin "d'engager le dialogue" avec
les thoniers senneurs "pour sauver le Thon rouge", menacé
selon les écologistes de "disparition." Pour le patron des
Thoniers senneurs, le Marseillais Mourad Kahoul, il est hors de question de
discuter avec les militants de Greenpeace qu'il considère comme des
"voyous". Il faut dire que le Rainbow n'est pas "Warrior"
(guerrier) pour rien... "Les écolos activistes nous diffament,
harcèlent en mer les équipages pendant les opérations
de pêche, toujours risquées ... C'est une manière peu
élégante de procéder au lancement d'un débat."
C'est vrai que Greeenpeace aurait pu trouver mieux pour éclairer l'opinion
publique... mais était-il légitime de refuser l'accostage à
son navire et "élégant" de bloquer le port autonome
avec pour conséquences : un millier de passagers vers la Corse et le
Maghreb obligés de camper dans leur véhicule ou de rester sur
le trottoir avec femmes et enfants, six navires de passagers détournés
vers Toulon, cinq navires de marchandises en attente au large et quatre coincés
dans le port ? Mais pourquoi diable les écologistes rendent-ils nos
pêcheurs coupables d'une "pêche pirate" qu'ils ne pratiquent
pas et viennent-ils... engager le dialogue ? Prenant acte que l'affaire aller
"virer au pastis", le gouvernement français donna sagement
un ultimatum au commandant du Rainbow Warrior : celui de quitter nos eaux
territoriales, de son plein gré, si l'on peut dire, escorté
par un navire de la Marine Nationale française. C'est ainsi que le
Rainbow Warrior II - le premier fut coulé il y a un peu plus de vingt
ans par les services secrets français en baie d'Auckland dans des conditions
rocambolesques - réussit à s'extirper de la nasse phocéenne.
Il n'y a pas eu mort d'homme, mais une campagne médiatique orchestrée
de main de maître par Greenpeace, dénonçant la "collusion
entre les pêcheurs et les autorités françaises",
les accusant de "censurer un débat public sur la disparition du
Thon rouge en Méditerranée"; cependant que nos pêcheurs
ont stigmatisé la « désinformation » des écolo-activistes
et manifesté leur refus de devenir les bouc-émissaires de cette
nouvelle campagne anti-pêche écologiste. Principale mérite
de cette opération : le grand public a pris enfin conscience d'un sérieux
problème de conservation des ressources halieutiques, à commencer
par celle du thon rouge en Méditerranée... il était temps
! Les scientifiques, relayés par les organisations écologistes,
envoient des signaux d'alarme dans sa direction depuis maintenant dix ans.
Remarquons qu'il y a vingt ans déjà, ils prévenaient
les pêcheurs d'un effondrement brutal de la ressource "dans les
cinq ans"... Depuis dix ans, on pêche chaque année "50
000 tonnes" de thon rouge dans la Méditerranée, si l'on
se fie à leurs chiffres ! Il serait temps qu'ils se mettent au diapason
avec plus de réalisme.
Le "foie gras de la mer"
est en danger
Le Thon rouge
représente aujourd'hui une valeur marchande, d'autant plus élevée
qu'il se fait rare dans le monde, à l'exception notable de l'Atlantique
Est, zone de gestion définie d'après les ères de reproduction
supposées. Dans cette zone qui inclut la Méditerranée
et la mer Noire, l'espèce est encore gaillarde. Pour combien de temps
? Quel avenir pour cette espèce dont on est loin de connaître
tous les secrets, notamment celui de ses migrations qui conservent encore
une part de mystère ? Les scientifiques de l'Ifremer, l'Institut français
de recherche pour l'exploitation de la mer, disent que plusieurs traits de
sa biologie restent encore à découvrir. "C'est un animal
magnifique, un athlète qui pousse des pointes de 70 km/h, plonge jusqu'à
mille mètres de profondeur. Il mange tout ce qui passe à sa
portée, jusqu'à 10% de son poids. Il devient adulte à
l'âge de 4 ans dans l'Atlantique Est contre 8 ans dans l'Atlantique
Ouest (une zone qui s'étend jusqu'au Golfe du Mexique). Ils n'excluent
pas l'existence d'autres zones de reproduction. "En Atlantique Est, un
thon rouge né en juin atteint 30 cm en octobre et pèse 1 kg.
À l'âge de 1 an, il mesure 60 cm et pèse 4 kg. À
l'âge de 20 ans, sa longueur est d'environ 3 m et son poids de 400 kg
et quelquefois davantage. On admet qu'une femelle pond une fois par an (en
mai à l'Ouest et en juin à l'Est). Mais, selon l'Ifremer, s'il
existe bien une saison de ponte annuelle, plusieurs observations suggèrent
qu'une femelle ne pondrait pas chaque année, mais tous les deux ou
trois ans." La capture des individus âgés, "plus aptes
à trouver des lieux de ponte sécurisés", rend les
espèces fragiles aux variations de leur environnement selon une étude
récente d'une équipe américano-britannanique, effectuée
sur 29 populations de poissons vivant au large de la Californie. Ne pêcher
que le gros serait donc une erreur : pour gérer efficacement les stocks
de poissons, il faudrait donc surveiller les effectifs... mais aussi la pyramide
des âges. Quelle confiance accordée à cette étude
publiée dans la revue scientifique américaine "Science
magazine" ? Une thèse ou juste une hypothèse ? Comment
se faire une idée ? Justement, le thon rouge fait partie des poissons
recherchés par les pêcheurs récréatifs au gros
et les captures, le plus souvent relâchées, sont suivies année
par année. La Fédération Française des Pêcheurs
en Mer fournit des statistiques intéressantes. De 2001 à 2005,
le nombre annuel de captures de spécimens de plus de 100 kg sur les
dernières années ne cesse de décroître. "En
2001 : 299 poissons pour un poids total de 47 790 kg (poids moyen par poisson
de 159 kg). En 2002 : 153 poissons pour un poids total de 21 705 kg (poids
moyen par poisson de 141 kg). En 2003 : 98 poissons pour un poids total de
9 808 kg (poids moyen par poisson de 100 kg). En 2004 : 27 poissons pour un
poids total de 2 767 kg (poids moyen par poisson de 102 kg). En 2005 : 3 poissons
pour un poids total de 405 kg (poids moyen par poisson de 135 kg)." Ces
statistiques semblent indiquer qu'il y a de moins en moins de thons "expérimentés",
c'est à dire aptes à trouver des lieux de reproductions "ad
hoc"... et de moins en moins de thons tout court ! Le poids moyen par
thon rouge a chuté comme celui du nombre de prises... Voilà
un indicateur qui semble en phase avec les observations des scientifiques
: " En 20 ans, la biomasse des thons rouges adultes a diminué
de 80%, tandis que la capture de spécimens à la taille inférieure
aux normes autorisées s’est amplifié." Depuis 1995,
ils évaluent à "50 000 tonnes par an" les prélèvements
pour la seule zone de l'Atlantique Est, soit deux fois l’estimation
du niveau de reproduction de l’espèce. Ils précisent :
"50 000 tonnes de capture effective pour un quota légal... de
32.000 tonnes !" Désormais, ils n'hésitent plus à
faire part de leurs inquiétudes aux autorités.
C’est à se demander
qui les mange, peut-être les Martiens !
Le thon rouge de Méditerranée connaîtrait donc un des
taux de pêche illégale les plus élevés au monde.
Avec ses 15 000 tonnes, au bas mot, elle représenterait la moitié
du quota légal ! Ils ont alerté la Cicta qui possède
son propre comité scientifique. La "Cicta", c'est l'Organisation
Régionale de Pêche en charge depuis 1969 de la gestion des "thonidés"
de l'Atlantique, c'est à dire de la gestion des thons et des espèces
apparentées comme l'Espadon. On dit "régionale", parce
que l'Atlantique Est (zone qui inclut la Méditerranée et la
mer Noire), à l'échelle de la planète, ce n'est qu'une
région du monde. Mais là encore, on se demande si ce chiffre
de 50 000 tonnes, avancé par les scientifiques et repris par les écologistes,
est vrai. Comment le vérifier puisque par définition les captures
de la pêche pirate ne sont pas déclarées ? "Pourquoi
ce tonnage serait -il plus fiable, disent les pêcheurs français,
que celui qui correspond à la somme des tonnages collectés par
la direction des douanes et les ministères japonais ? Le journal Le
Marin, dans son édition du 13 octobre 2006, fait part de la colère
de Jean-Louis Donnarel, vice-président du Syndicat des thoniers. "D'après
cette source, que tout le monde considère comme fiable, seulement 16
000 tonnes de poissons éviscérés et étêtés
(NDLR : ajouter 20 % pour avoir le poids vif, soit moins de 20 000 tonnes)
venant de la Méditerranée ont été importés
au Japon en 2005, au prix moyen de 2 800 yens le kilo (environ 20 euros).
Or le Japon importerait 90 % environ du thon rouge provenant des cages, qui
lui-même représenterait 90 % des captures (cette proportion,
vraie il y a dix ans, a peut-être diminué avec le développement
de la consommation de thon rouge en Europe). Et on nous parle de 50 000 tonnes
! Qui les mange ? Les Martiens !"
Danger d'effondrement du stock
Est : un thon sur deux serait pêché en toute illégalité
Les scientifiques sont inquiets pour la survie du Thon rouge, car ils craignent
un effondrement brutal du stock de l'Atlantique Est. Il y a des précédents.
En 1963, dans l'Atlantique septentrionale, effondrement brutal des pêcheries
(surpêche norvégienne). Exploitation nord-brésilienne
apparue au début des années 60 : on n'a toujours pas élucidé
les raisons de l'extinction de la pêcherie de palangriers japonais en
1970. Dans l'Atlantique Ouest, la ressource ne s'est pas remise de la folie
américaine de la pêche au gros et depuis plus de 20 ans les captures
oscillent entre 2000 à 3000 tonnes/an. Dans le Pacifique, en juillet
2006, les autorités australiennes accusent les armements japonais d'avoir
mené le thon rouge à la quasi extinction ces vingt dernières
années par une surpêche qui confine au pillage de la ressource,
comme si les hordes d'Attila avaient déferlé dans les mers du
Sud. Alors qu'ils disposaient d'un quota de 6 000 tonnes annuelles, les captures
des pêcheurs japonais sur cette période ont oscillé entre
12 000 et 20 000 tonnes par an, le préjudice est chiffré à
2 milliards de dollars australiens. Comme en Méditerranée, le
thon rouge du Pacifique est capturé à la senne et transféré
dans des fermes d'engraissement. Les armateurs japonais n'acceptent à
bord de leurs bateaux que des observateurs japonais et les patrons pêcheurs
refusent la mise en place de VMS (système de surveillance par satellite).
Pour la mise sur le marché, les Japonais changent les dénominations
: plusieurs milliers de tonnes de thon rouge du Pacifique ont été
vendues sous l'appellation "thon rouge du Nord" (Atlantique et Méditerranée)
ou encore "Big eye tuna". Plus de thons rouges ou presque dans le
Pacifique ! On peut craindre que l'espèce en Méditerranée
ne suive le même sort, dans cette zone la FAO vient de classer le Thon
rouge dans la catégorie des espèces "surexploitées"
et donc en danger. C'est un signal d'alarme à prendre au sérieux.
Il faut réagir, mais comment ? C'est à la Cicta, l'organisme
de gestion de la pêche au thon rouge de l'Atlantique, créé
en 1964, qu'il revient d'énoncer des "recommandations".
Effets négatifs des
taux autorisés de capture
La Cicta
est une organisation multilatérale qui regroupe à ce jour 43
parties contractantes (la France fait partie des membres fondateurs) venues
de cinq continents. Cette organisation intergouvernementale régule
le "stock Est" sur la base du "RMS" (rendement maximal
soutenable ; en anglais "MSY" - Maximum Sustainable Yield). Les
scientifiques de l'IFREMER, définissent le RMS comme "la plus
grande quantité de biomasse que l'on peut en moyenne extraire de manière
continue d'un stock halieutique dans les conditions environnementales existantes,
sans affecter sa capacité de reproduction". Elle fixe le TAC (Taux
Autorisé de Capture) pour chaque zone. Les TAC se traduisent aussi
par des coûts non négligeables, et une étude rédigée
à l'intention du Groupe d'experts de l'OCDE par l’Université
du Rhodes Island (1998) a montré qu’ils entraînent une
course au poisson, avec d’importants effets secondaires négatifs,
tels qu’un suréquipement de la flotte, un accroissement des coûts
de capture et la recherche exacerbée de la rentabilité. Voilà
une critique qui donne du crédit aux Thoniers senneurs de Méditerranée
qui dénoncent justement "une distorsion de la concurrence qui
encourage tous les excès." Le système des Tac et quotas
a souvent été critiqué pour sa faible contribution à
la régulation de la ressource. Chose qui intrigue l'observateur qui
veut rester impartial, Greenpeace et le Fonds mondial pour la nature (WWF
- World Wildlife Fund) chantent depuis des mois la même antienne qui
désigne les pêcheurs français à la vindicte de
l'opinion publique. Pourtant, dans toute la Méditerranée, les
Français sont réputés "pour être ceux qui
trichent le moins"... ils déclarent la totalité de leurs
captures à la Cicta ! Selon les écologistes, "Les quotas
officiels affectés à la France pour la pêche au thon rouge
de Méditerranée étaient fixés à 6,192 tonnes
en 2005. Mais les flottes françaises ont déclaré officiellement
9 455 tonnes, ce qui signifie qu'en 2005 elles ont capturé plus de
3000 tonnes de thons rouges dans l'illégalité." En juillet
dernier, le WWF avait déjà alerté l'Union Européenne
d'une "surpêche illégale" pratiquée en 2004
par les pêcheries françaises (à peu près dans les
mêmes proportions que celle constatée en 2005). Parmi les flottes
européennes qui pêchent le thon, la France bénéficie
d'un des quotas de pêche les plus importants ; cette "surpêche"
française risque donc fort de se traduire par un dépassement
"notoire" (et "noté" grâce aux "annotations"
de nos pêcheurs) du quota global de l'UE. Quand ils s'adressent aux
hautes autorités européennes, les écologistes utilisent
pour désigner la pêche des Français l'expression appropriée
de "surpêche" et pas celle de "pêche pirate"
qui induit le public en erreur. "En clair, concluent les ONG (organisations
non gouvernementales) écologistes qui s'adressent à l'UE, les
pêcheries françaises annoncent officiellement pêcher illégalement.
Par contre, nous soupçonnons que les autres flottes européennes,
comme la flotte italienne par exemple, ne déclarent pas leur capture
réelle." Ce n'est pourtant pas aux autres pêcheurs que Greenpeace
s'en prend, faute de preuves... écrites. "La Cicta a le devoir
de stopper cette piraterie" a déclaré Paolo Lombardi, responsable
du WWF Méditerranée. "C'est un exemple de plus qui atteste
des comportements qui ont conduit à la grave menace d'effondrement
que nous connaissons aujourd'hui." Les Thoniers senneurs français
déclarent leurs captures reconnaît explicitement le WWF. Personne
n'a jamais reproché aux Français de capturer des juvéniles
ou de pêcher en période de fraie. Chacun sait bien que les Français
comme les autres Européens s'exposent à des sanctions de la
Cicta et de leurs propres autorités européennes et nationales.
Sinon à des mesures draconiennes de régulation qui ont valeur
de sanction, comme celles qui viennent d'être adoptées par le
Conseil des ministres de la pêche de l'UE. Ce n'est pas le cas pour
tout le monde... Loin de là !
Pêche japonaise en période
de fraie
"Les captures illégales proviennent quasiment exclusivement de
Méditerranée. "La plupart des armements cachent ou falsifient
leurs chiffres. En filigrane, derrière les niveaux actuels de pêche
non déclarée ou illégale", on trouve selon Geenpeace
"une activité récemment apparue en Méditerranée,
l'élevage du thon. Les thons sont capturés et transportés
vivants vers des fermes où ils sont engraissés pendant plusieurs
mois avant d'être exportés, principalement vers le Japon."
Une activité très lucrative; il est vrai, on le sait même
si les fermes méditerranéennes ne claironnent pas leurs bénéfices.
Des fermes américaines en donnent une idée : Stolt Sea Farm,
un des poids lourds de l'aquaculture et de l'embouche de thon rouge a annoncé
des bénéfices records pour le troisième trimestre 2006
: 4,5 millions d'Euros contre 1,4 millions au troisième trimestre 2005.
Le prix du thon rouge a augmenté de 40% en un an ! La complexité
des opérations qui se succèdent entre le lieu de pêche
et la ferme, le fait qu’elles aient lieu en pleine mer, "l’indigence
de la réglementation" et l’ampleur des activités
commerciales qui y sont liées (qui concernent généralement
plusieurs pays, ce qui ne facilite ni la traçabilité ni la tenue
des statistiques) constituent autant de facteurs qui contribuent à
masquer le volume réel des captures, et donc celui des captures illégales.
Greenpeace dénombre 58 élevages d’une capacité
totale de 51 000 tonnes de thon engraissé qui jalonnent le pourtour
méditerranéen. On en trouve principalement au large des côtes
espagnoles, turques, croates... mais pas au large des côtes françaises.
"Leur développement rapide a été très peu,
voire pas du tout encadré et a conduit à une capacité
d'élevage qui dépasse de plus de 20 000 tonnes le volume total
de thons dont la capture est autorisée dans cette zone." Les importants
volumes de poissons nécessaires pour nourrir et engraisser les thons
sont aussi un sujet d'inquiétude car, reconnaît Greenpeace, "ils
représentent un facteur incitant à la surpêche en Méditerranée.
Ils constituent un risque potentiel de contamination accidentelle via le poisson
fourrage (un accident de ce type a été signalé dans une
ferme d’engraissement australienne)." Des subventions publiques
importantes (près de 34 millions de dollars depuis 1997 dans le cas
de l'Union Européenne), ajoutées aux investissements japonais
et australiens, ont eu rôle déterminant dans la surpêche
du Thon rouge. L'ONG déplore "qu'une poignée d’investisseurs
contrôle actuellement ce qui était auparavant une ressource commune
partagée par l’ensemble des populations qui vivent de la pêche
sur le pourtour méditerranéen." D'autres problèmes
graves affectant également cette pêche ont été
documentés par Greenpeace. Des chalutiers japonais ont ainsi été
observés pêchant au sud de la Sicile en juin, période
pendant laquelle la pêche au thon est interdite. Dans le cadre de l'expédition
"Défendons nos océans", le navire de Greenpeace "My
Esperanza" a passé un mois en 2006 à documenter la "gestion
catastrophique" des stocks de thon en Méditerranée. Comme
on le voit, les pêcheurs français ne sont pas des pirates, loin
de là ! Ni les seuls responsables de la surpêche, leur filière
étant contrairement à beaucoup d'autres pays, particulièrement
surveillée. Alors, pourquoi les avoir désigné comme bouc-émissaires
aux yeux du monde entier ?
Les fermes d'engraissement
sont-elles les moteurs de la pêche pirate ?
Pour faire face à
la demande et contourner le déclin de cette ressource, de multiples
projets de fermes d'engraissement ont vu le jour. "Le principe est apparemment
simple : on capture des thons vivants et on les transfère dans des
cages flottantes où on les gave. Cette méthode pose un énorme
problème de déséquilibre écologique dans la mesure
où pour fabriquer un kg de chair de thon en cage, il faut entre 12
et 20 kg de poisson-fourrage. Ce dernier est traqué partout et en particulier,
selon certaines sources, sur les côtes de l'Afrique de l'Ouest où
la généralisation de ces pratiques pourrait engendrer des crises
alimentaires localisées" La filière de l'engraissement
a été initiée par les Japonais dans les années
90, ce sont eux qui ont appris le métier aux Espagnols. Elle est dominée
aujourd'hui par des consortiums hispano-japonais : Fuentes - Hijjos (90 millions
de chiffres d’affaires en 2001), occupe la première position
en Méditerranée avec des associés clients, les sociétés
Mitsubishi, Maruha et Mitsui (44% du marché nippon à eux trois).
Suivent les entreprises des Espagnols Albaladejo (60 millions d'euros) et
Mendes (32 millions d'euros) associés avec les Japonais Takayama et
Kayo. Il est difficile d'y voir plus clair dans les comptes car le métier
est avare de chiffres. Selon Greenpeace, une ferme ne serait pas rentable
au-dessous de 600 tonnes de poissons engraissés. Avant d'avoir encaissé
le premier sou, le mareyeur doit payer les cages de transports (80 000 €
pièce), un remorquage qui peut durer plus d'un mois (vitesse 1,5 nœud
car s'agit d'éviter le stress aux thons), à raison de 3 500
€ le jour de mer, il faut aussi payer, les plongeurs, les bateaux d'assistance
ou de surveillance, les opérations de transferts dans les fermes...
Les écologistes mettent en cause ces fermes d'engraissement (les côtes
françaises n'en abritent pas) comme moteurs de la "pêche
pirate". Sébastian Losada de Greenpeace Espagne à bord
du Rainbow Warrior II n'hésite pas affirmer que "ces fermes représentent
une industrie directement responsable de la disparition du thon rouge en Méditerranée.
Une poignée d'acteurs économiques, aidés et financés
par l'Union européenne, emploie actuellement des flottes de pêche
pirates pour engraisser le thon rouge dans le seul but de faire fructifier
leurs investissements. Cette stratégie à court terme est à
la fois dangereuse pour la ressource et pour les pêcheurs artisanaux,
premières victimes de cette surexploitation." Ainsi formulée,
les accusations de Greenpeace peuvent induire le public en erreur : on pourrait
penser que l'Union européenne a investi dans des fermes d'embouche,
que la Commission européenne a partie liée avec de grands groupes
japonais... Il n'en est rien ! "L'Union, souligne Mourad Kahoul, a accordé
des aides pour la modernisation des flottes de pêche, pour mettre les
navires aux normes européennes (pour la sécurité et le
confort des équipages : cabines, douches etc.) Pour le reste, "les
thoniers se sont endettés, quelques fois lourdement et pour longtemps,
pour équiper leurs navires". Il y a eu aussi des reconversions
puisque la pêche aux thonidés à l'aide de filets dérivants
(ou filets maillants) a suscité l’hostilité des associations
écologistes, et notamment de Greenpeace. C'est ainsi que nos pêcheurs,
comme les autres pêcheurs communautaires ont eu accès notamment
aux "aides disponibles grâce aux fonds structurels" que proposait
la commissaire européenne Emma Bonino, chargée de la pêche
dans la Commission Santer (1995-1999). Les écologistes réclament
"la fermeture immédiate de la pêche au Thon rouge dans l'Atlantique
Est, des mesures strictes d’encadrement et un plan de reconstitution"
des stocks. Sinon, "il faut s’attendre à une extinction
totale du thon rouge en Méditerranée et dans l’Atlantique
Est". Selon le WWF, les pêcheurs traditionnels opérant dans
le détroit de Gibraltar ont pris 80% de poisson en moins ces trois
dernières années par rapport aux années 1990. "Dans
la course pour s’emparer de stocks de thon en diminution, les flottes
de pêche industrielle délaissent leurs territoires habituels
en faveur des dernières zones de reproduction en Méditerranée
orientale et dans les eaux libyennes", explique l’auteur du rapport,
Roberto Mielgo Bregazzi. Il dénonce "les prises clandestines,
souvent traitées et transformées en mer avant d’être
livrées au marché japonais". Tandis que Greenpeace renouvelle
"sa demande de moratoire sur l’exploitation du Thon rouge en Méditerranée
et l'établissement d'un réseau de réserves marines afin
de protéger 40 % de cette mer et permettre ainsi la régénération
des stocks de poissons." Les ONG écologistes ne distinguent pas
les pêches illégales et elles procèdent à un amalgame
qui permet de mettre au même rang tous les pêcheurs de Thon rouge
et d'exiger un moratoire sur la ressource... en compromettant l'Union européenne.
De plus, leur vision ne tient pas du tout compte d'une réalité
économique et sociale complexe, à l'échelle de la planète
: la vraie pêche pirate. Contrairement à une autre idée
propagée par les responsables écologistes, il ne revient pas
à la Cicta de "stopper cette piraterie". Ce n'est pas son
rôle. Elle n'en a pas les moyens. Cette organisation, pour intergouvernementale
qu'elle soit, ne commande pas aux inspecteurs des États ou de l'Union
Européenne et ni les corps des douanes, ni les forces militaires ne
sont à ses ordres. L'application effective des mesures de gestion relève
de l'autorité des États.
Pêche pirate : pêche
INN
Cette
"pêche pirate" que dénoncent les ONG, possède
une définition légale, internationale, qu'elles ne donnent pas
au public : c'est la pêche "INN". I comme "Illégale".
NN comme "Non déclarée et Non Réglementée".
Cette pêche INN représente un problème d'envergure mondiale
qui ne disparaîtra pas avec un moratoire... ni même avec la disparition
de la ressource (les pirates pêcheront d'autres espèces émergentes,
commercialement intéressantes). De récents rapports des Nations
Unies estiment la valeur annuelle mondiale des captures INN entre 4 et 9 milliards
de dollars. Près de 30% des captures dans le monde ressortent de la
pêche INN... presque 50% en Méditerranée pour la seule
pêche au Thon rouge ! Cette pêche, la seule qu'on est en droit
de qualifier de pirate, ne respecte pas les frontières nationales.
De plus, elle exerce une pression insoutenable sur les stockes halieutiques,
la flore et la faune marine et les habitats sous-marins, car elle porte atteinte
aux normes du travail et dénature les lois du marché. Elle impose
un coût important sur les pays défavorisés dans le monde
et compromet des structures de gouvernance. Ce coût économique
est lié à des pressions sociales considérables. Nous
sommes tous affectés par la pêche INN, même si nous n'en
sommes pas conscients et en dépit de tous ses efforts, la communauté
internationale n'a pas réussi à l'éradiquer. L'OCDE (Organisation
de coopération et de développement économique) propose
de saper le moteur de cette pêche qui serait le profit rapide escompté
par les pirates. Selon elle, de très lourdes amendes devraient dissuader
ces pillards qui se défilent de toutes responsabilités environnementales,
sociales et économiques. Une des caractéristiques de la pêche
INN, on l'a compris, c'est l'absence de déclaration qui compromet la
bonne gestion de la ressource, elle affecte la fiabilité des évaluations
du stock Est ; elle compromet la durabilité de la pêcherie. C'est
à dire la durabilité de la ressource bien sûr, mais aussi
celle économique et sociale pour toutes les collectivités du
bassin méditerranéen et de l'Atlantique qui en dépendent.
Autres caractéristiques de cette pêche, ce sont les menaces qu'elle
fait peser sur la sécurité et la sûreté maritimes.
La sécurité concerne la prévention des accidents de mer
et le traitement des conséquences de ces accidents (en particulier
la sauvegarde des vies humaines, la lutte contre les pollutions marines) ;
la sûreté vise d’une façon générale
la lutte contre les actions et trafics illicites (contrebande, trafics de
drogue, immigration clandestine, terrorisme, piraterie etc.). Selon un rapport
de Greenpeace, "les conditions de vie et de travail sur les bateaux pirates
sont dangereuses. Les matelots et les pêcheurs, embauchés dans
les pays en voie de développement, travaillent pour des salaires de
misère, dans de mauvaises conditions de travail, les navires ne répondent
pas aux normes de sécurité, le faible niveau d'instruction des
pêcheurs compromettent la sécurité des équipages
et des bateaux". On ne reconnaît pas dans cette description le
style de vie des équipages français qui naviguent sur des navires
"ultra-modernes et très bien équipés", comme
leur reprochent assez souvent les organisations écologistes ! Les armateurs
et les exploitants des navires pirates s'engagent avec d'autant plus de facilités
dans cette forme de pêche qu'ils obtiennent sans difficulté des
pavillons de complaisance afin d'être mis sous la législation
des pays qui les délivrent. En Méditerranée, on compte
plus de 250 flottilles pour traquer le thon rouge, parmi elles, combien de
pirates ? La pêche pirate est aussi obligatoirement liés aux
trafics interlopes et au blanchiment d'argent, on apprécierait que
nos États commencent à s'en occuper sérieusement avant
que des terroristes ne mettent la main dessus... si ce n'est déjà
fait ! La pêche INN a des impacts directs sur la quantité de
thons rouges pouvant être capturée par les pêcheurs de
l'Union, elle pénalise les pêcheurs qui agissent en toute légalité
et dont les revenus dépendent de cette activité (les thoniers
senneurs français de Méditerranée sont endettés
pour 25 ans et leurs navires sont hypothéqués, raison de plus
pour eux de ne pas tuer la ressource !) Diminuer le volume des captures sans
combattre la pêche INN, instaurer un "moratoire" comme le
réclament les écologistes, c'est les ruiner mais aussi donner
une prime aux pirates, aux gangs mafieux qui écument la Méditerranée.
Car la pêche pirate ne finira pas avec un moratoire, bien au contraire
! À tout le moins, la pêche INN ignore par définition
les périodes d'ouverture de fermeture de la pêche décrétée
par la Cicta, elle saura tirer profit des efforts faits pour assurer la durabilité
de la ressource par cette organisation et les institutions européennes.
Il n’est plus question
d’utiliser l'avion pour repérer les thons
La Cicta, l'organisation responsable de la gestion de l'espèce (une
"gestion catastrophique" selon Greenpeace) s'est réunie en
séance plénière à Dubrovnik du 17 au 26 novembre
2006. Le plan adopté doit entrer en application le 1er janvier 2007
pour une durée de quinze ans. Il prévoit une réduction
progressive des quotas annuels de pêche, de 32 000 tonnes aujourd'hui
à 25 500 tonnes en 2010 (les scientifiques préconisaient 15
000 tonnes) ; un allongement significatif des périodes de fermeture,
variable selon les modes de pêche et une augmentation du poids minimal
de la prise qui passe de 10 à 30 kg. Pour repérer les bancs
de pêche, l'utilisation de l'avion est désormais bannie. L'accord
prévoit tout un ensemble de dispositions visant à renforcer
les inspections et les contrôles, aujourd'hui notoirement défaillants.
Pour Joe Borg, Commissaire européen pour la Pêche, "Ces
mesures sont indispensables pour la reconstitution du thon rouge, elle-même
essentielle à la durabilité écologique, économique
et sociale des pêcheries dont dépend leur avenir." Cet accord
a reçu le soutien de toutes les Parties contractantes qui prennent
part aux pêches concernées. Il prévoit aussi une extension
importante des fermetures durant lesquelles les pêcheries de thon rouge
seront interdites. Pour les grands palangriers pélagiques de plus de
24 mètres, du 1er juin au 31 décembre, pour les senneurs, du
1er juillet au 31 décembre, pour les canneurs, du 15 novembre au 15
mai, pour les chalutiers pélagiques, du 15 novembre au 15 mai, ainsi
qu'une importante augmentation de la taille minimale autorisée de10
à 30 Kg. Un schéma de contrôle global qui couvrira toutes
les étapes de la chaîne, de la capture au marché, en passant
par le débarquement, le transbordement et le transport aux cages. L’application
d'un système international conjoint d'inspection qui, pour la toute
première fois, permettra à une Partie contractante d'effectuer
des inspections à bord des navires des autres Parties contractantes
en haute mer, l'enregistrement de tous les navires et des madragues pêchant
du thon rouge afin d'obtenir une idée précise de la capacité
de pêche existante, ainsi que l'extension de l'interdiction d'utiliser
des avions ou hélicoptères pour repérer les agrégations
de thon rouge du mois de juin à toute l'année. L'interdiction,
pour les senneurs, de transborder du thon rouge en mer. En outre, tous les
débarquements de thon rouge vers des cages seront soumis à des
obligations de notification préalable et à des mesures de contrôle
strictes. La réglementation de la pêche récréative
qui ne permettra désormais à chaque navire qu'un seul spécimen
par sortie." Ces recommandations seront-elles observées ? La pêche
illégale est estimée à près de la moitié
du quota global et selon Alain Fontenau, chercheur à l'IRD (Institut
de recherche pour le développement) « 95 % des bateaux de Méditerranée
ne remettent même pas leur livre de bord à la Cicta. Le laxisme
est généralisé." "On ne le dira plus, promet
la Cicta : l'accord prévoit tout un ensemble de dispositions visant
à renforcer les inspections et les contrôles, aujourd'hui notoirement
défaillants". Ces recommandations suffiront-t-elles à sauver
l'espèce ? "Non !" ont répondu en choeur les ministres
de la pêche du Conseil de l'Union européenne. Au terme de 36
heures de négociations marathon à Bruxelles, au petit matin
du 21 décembre 2006, les ministres européens de la Pêche
ont décidé de réduire les quotas de pêche de 18300
à 9400 tonnes par an, soit une diminution de 50 %. Abaisser les quotas
de moitié, c'est précisément ce que demandait la communauté
scientifique à la Commission internationale pour la conservation des
thonidés de l'Atlantique, réunie à Dubrovnik (Croatie)
mi-novembre. « Heureuse surprise pour le thon rouge de Méditerranée
! », s'est alors écrié Stéphan Beaucher, le chargé
de campagne Océans de Greenpeace France. « Au final, la Cicta
s'était contenté d'une malheureuse diminution de 15 %, notamment
sous la pression européenne. Dans leur accord sur les quotas de pêche,
les ministres de la Pêche des Etats membres de l'UE rattrapent donc
la bévue de Dubrovnik. Revirement inattendu mais tout à fait
bienvenu ! » «Un revirement inattendu », qui sera un coup
d'épée dans l'eau s'il n'est pas accompagné de mesures
pour lutter efficacement contre la pêche pirate. En prend-on la direction
?
Surcapacité des flottes
non communautaires
À qui vont profiter
les 8 900 tonnes que les thoniers européens ne pêcheront pas,
enfin sans doute pas, puisque les autorités européennes ont
promis des contrôles renforcés ? En tentant de mettre fin à
la surpêche des unités européennes, les ministres ont
créé ... de nouvelles surcapacités de pêche. S'ils
ne pêchent dans l'Atlantique, où nos pêcheurs européens
iront-ils pêcher ? Le général Morillon, qui préside
la commission de la pêche du parlement européen, est l'auteur
d'un rapport parlementaire des plus instructifs. On y apprend qu'en septembre
2004, la Communauté européenne et les Seychelles ont paraphé
le nouveau protocole fixant les conditions techniques et financières
régissant la poursuite des activités de pêche des navires
de la Communauté dans les eaux des Seychelles pour la période
du 18 janvier 2005 au 17 janvier 2011. Le nouveau protocole octroie des possibilités
de pêche pour 40 thoniers senneurs et 12 palangriers de surface provenant
d'Espagne, du Portugal, d'Italie et de France (selon Mourad Kahoul, ces accords
comme les autres, ne concernent pas les thoniers senneurs français
de Méditerranée). La contrepartie financière est fixée
à 4 125 000 euros par an, pour un total de 24 750 000 euros. La contrepartie
financière sera utilisée à hauteur de 36% pour définir
et mettre en oeuvre une politique sectorielle de la pêche aux Seychelles,
visant à promouvoir une pêche responsable et durable dans leurs
eaux. Le protocole ne mentionne pas particulièrement le développement
des activités des populations locales dépendantes de la pêche."
Oubli fâcheux ! Quelle garantie avons-nous que les pêcheurs des
Seychelles n'iront pas pêcher le Thon rouge en Méditerranée
ou ailleurs ? Ces accords ne risquent-ils pas d'impacter une surcapacité
de pêche aux Seychelles ? Et puis, comme le relève le patron
des thoniers senneurs du golfe du Lion, Mourad Kahoul, "un plan de récupération
sur 15 ans est une chimère si on laisse les pays non communautaires
construire des navires". Sa remarque ne vaut pas que pour les pays méditerranéens.
On espère qu'ils ne le feront pas avec l'argent de l'Europe ! La Commission
européenne négocie, au nom de l'Union, des accords bilatéraux
de pêche avec des pays tiers. À ce jour, la Commission a conclu
plus d'une vingtaine d'accords de ce type (Angola - Comores - Côte d'Ivoire
- Gabon - Gambie - Groenland - République de Guinée - Guinée-Bissau
- Guinée équatoriale - Kiribati - Madagascar - Maroc - Maurice
- Mauritanie - Mozambique - São Tomé e Principe - Sénégal
- Seychelles - Îles Feroe - Islande - Norvège). En raison de
sa compétence exclusive en matière de pêche, l'Union européenne
est habilitée à contracter des engagements internationaux avec
des pays tiers ou avec d'autres organisations internationales. En général,
ces accords privilégient la méthode du partenariat et mettent
l'accent sur la promotion de la pêche durable et ne désintéressent
pas des populations locales. On reste aussi perplexe devant certains accords,
comme celui conclu avec le Mozambique pour une période de 4 ans, effectif
depuis janvier 2004, en contrepartie d'un droit de pêche de 8 000 tonnes
de thons par an, l'UE lui alloue une rente annuelle de 600 000 euros, soit
la modique somme de 75 euros la tonne. Autrement dit, moins de 8 centimes
le kg... Qui dit moins ? Parfois, ces accords ne sont pas non plus sans conséquences
sur la politique étrangère des États de l'Union. Comme
cet accord de partenariat conclu avec le Maroc dans le secteur de la pêche
qui comprend des eaux situées au large du Sahara occidental, signé
mercredi 26 juillet 2006, malgré les protestations de la Suède,
qui ne le reconnaît pas. En effet, l’accord inclut de riches eaux
au large de la côte du Sahara occidental, dans une ancienne colonie
espagnole annexée par le Maroc, en 1975, une zone revendiquée
par le Front Polisario qui demande son indépendance à travers
un référendum d’autodétermination ! Affaire à
suivre. Pendant que la Commission européenne s'affaire à conclure
des accords de partenariat dans le monde entier, on voit les investissements
privés se multiplier. Simple coïncidence ? "Le développement
du secteur du traitement des produits de mer (seafood) va s’accélérer
en 2007, avec l’arrivée de nouveaux opérateurs et l’extension
des activités de ceux déjà sur place" affirme à
ses lecteurs le quotidien "L'Express de Madagascar". "Une quinzaine
de bateaux de pêche, opérant dans les eaux du Sri Lanka, des
Philippines et de l’Océan Indien alimenteront l’usine en
matières premières, environ 70 tonnes de poisson – thon,
marlin, espadon entre autres – seront traitées quotidiennement
dans cette usine. L'équivalent de près de 135 millions d'euros
sont investies dans le secteur du traitement des produits de la mer, avec
la création de quelque 800 emplois." Peut-on gérer les
ressources halieutiques sans une politique d'ensemble, sans prêter attention
aux répercussions de sa politique chez les voisins ? Quels seront les
impacts du "développement du secteur" dans la gestion des
ressources ?
Les thoniers senneurs de Méditerranée
sont mécontents
Autres sujets de mécontentement pour les thoniers senneurs, "la
réduction des quotas pour les entreprises communautaires (pour 4 ans)
alors qu'ils sont augmentés pour les pays tiers, sans explications."
Par ailleurs, si la Cicta relève la taille minimale des captures à
30 kg, il y a des exceptions ("6,4 kg, 8 kg, 10 kg et 30 kg" selon
Mourad Kahoul). Au cours du briefing technique organisé à l'attention
de la presse régionale par la Représentation de la Commission
européenne à Marseille, le 18 décembre 2006, veille du
Conseil des ministres de l'Union européenne, Aaronne Spezzani de l'Unité
"Inspection Pêche", les a justifiées par la nécessité
de préserver les pêches "traditionnelles et artisanales."
Espérons que la pêche pirate ne fasse pas partie de ces catégories
! D'autres personnalités ont fait le point avec des représentants
de la presse : Mireille Thom, porte-parole du Commissaire Borg, Cesar Deben
Alfonso, directeur de la "Politique externe et marchés",
François Théret, de l'unité "Conservation des ressources
de pêche et questions environnementales. Quand est-il des opérations
de transbordement en mer qui permettent d'écouler sur le marché
des poissons pêchés illégalement en échappant pratiquement
à tout contrôle ? Les pêcheurs français s'étonnent
que "les transbordements en haute mer soient encore autorisés
pour les bateaux non communautaires". Ne privent-ils pas la Cicta de
toute possibilité de suivi des captures réalisées par
les flottes asiatiques ? "Ce dossier concerne des navires japonais et
russes, précise M Spezzani, il est suivi avec attention par la Commission
européenne ; ces transbordements relèvent d'un règlement
de la Cicta et une solution devrait être trouvée à l'ONU."
En attendant, la Commission européenne incite tous les États
riverains de la Méditerranée à étendre leur ZEE,
Zone d'exclusivité économique dite des 200 milles marins régie
par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (Convention dite
de Montego Bay, signée le 10 décembre 1982). Cette convention
donne à l'État côtier des droits souverains qui facilitent
la surveillance et le contrôle des activités maritimes.
Les pêcheurs dénoncent
le déficit démocratique
Les thoniers senneurs
de Méditerranée dénoncent le "manque de démocratie
dans le processus décisionnel, notamment au niveau communautaire".
Faut-il voir dans cette critique une dénonciation de la toute puissance
du Conseil des ministres de la Pêche de l'Union européenne...
et du rôle mineur du parlement européen, bien souvent réduit
à celui d'une chambre d'enregistrement ? On en avait déjà
un aperçu de son rôle avec le rapport parlementaire du général
Morillon à la Commission sur les accords conclus entre l'Union européenne
et les Seychelles, qui stipule : "Le Parlement est consulté un
an après que l'accord a été paraphé. Pendant cette
période, on peut supposer que les navires européens ont continué
de pêcher dans les eaux des Seychelles selon les modalités convenues
entre les deux parties. La consultation du Parlement est donc grotesque. Le
Parlement n'a pas reçu d'évaluation de l'accord antérieur
venu à expiration en janvier 2005 et n'a pas été informé
du mandat de négociation que le Conseil est censé avoir donné
à la Commission, n'a pas non plus été tenu informé
du déroulement des négociations." Le Conseil des ministres
de la Pêche reste l'instance communautaire dans laquelle sont discutées,
contestées et finalement approuvées à la majorité
qualifiée les principales décisions en matière de PCP
(Politique Commune de la Pêche). Pour l'anecdote, la PCP trouve son
origine dans le Traité de Rome dont on célèbre le 50e
anniversaire en cette année 2007. Avec ce traité, le marché
commun s'applique aussi aux produits de la pêche. Le Conseil des ministres
de la Pêche se réunit trois fois par an et disposent de pouvoir
qui évoquent des formes d'administration directe (mise sous tutelle),
contrairement à la mise en œuvre des autres politiques communautaires,
il a seulement l'obligation de consulter le Parlement européen. Il
légifère par la voie du règlement communautaire directement
applicable dans les États membres, pour la démocratie, on fait
beaucoup mieux. Tout n'est pas à rejeter pour autant. La PCP prouve
que l'intégration européenne n'est plus seulement une affaire
d'experts mettant leur expérience en commun. Elle s'inscrit dans le
cadre de la démocratie participative qui permet aux acteurs sociaux
de s'exprimer, acteurs qui sont en l'occurrence, les pêcheurs bien sûr,
mais aussi les industriels de la transformation, les consommateurs et les
défenseurs de l'environnement. Cette forme de démocratie a le
mérite de susciter le dialogue mais elle possède aussi ses limites,
celles que lui imposent les ministres du Conseil de la Pêche de l'Union
européenne. Ces ministres en exercices fonctionnent dans leur pays
sur le mode du clientélisme, alors qu'à Bruxelles avec leur
art du compromis, souvent laborieusement acquis à l'issue de longues
heures de négociation, il arrive que la "clientèle"
fasse les frais des d'arrangements entre États. La chambre des représentants
des États n'ayant pas pour habitude de tenir les minutes de ses séances,
la "clientèle" ne connaît pas le vote de son ministre
qui met, cela va de soi, tout sur le dos de Bruxelles et de cette "maudite
Europe."
Les Européens possèdent
la première façade maritime du monde. C'est à eux que
revient la responsabilité de gérer les ressources halieutiques
d'une grande partie de l'humanité
En matière de pêche, la formulation de la loi et son vote échappent
totalement aux représentants élus des citoyens, les députés
européens ne sont que consultés. Les parlements nationaux sont
sous tutelle, tandis que les institutions font la part belle aux représentants
des États et leur exécutif. Nous en sommes encore au stade de
la démocratie participative dont la principale vertu est de sensibiliser
les acteurs et le public à la surexploitation des océans, et
de nous alerter sur les inquiétudes des experts sur l’avenir
de la pêche. Les estimations les plus pessimistes, publiées dans
la célèbre revue américaine Science, parlent de l’épuisement
des ressources halieutiques à l’horizon 2050. "Pourtant,
des données montrent aussi qu'il est possible d'inverser les tendances
actuelles avant qu'il ne soit trop tard", estiment les auteurs européens
et américains de l'étude, déplorant toutefois "que
seul 1% des océans soit protégé actuellement" (Greenpeace
exige 40%). Les instances politiques nationales et internationales, Nations
Unies ou OCDE, ont toujours repoussé la mise en place de mesures de
protection à plus tard, invoquant systématiquement qu'un flou
scientifique persistait. Là, ce nouveau rapport est sans appel. Va-t-on
attendre, à l'instar de la morue, que les espèces des grands
fonds et le thon rouge aient disparu de la planète ? Pour la Française
Aurèle Clémencin de la campagne Océan de Greenpeace,
"Il est temps que les discussions se transforment en action politique
à court terme avec des moratoires sur la pêche des espèces
les plus menacées et à long terme avec la mise en place de réserves
marines". À l'évidence, les ministres du Conseil de la
Pêche de l'Union européenne ne sont pas restés sourds
aux signaux d'alarme des scientifiques, encore faut-il que les mesures adoptées
pour la restauration du stock Est soient respectées par tous. Le seront-ils
? Les États prendront-ils leurs responsabilités et se donneront-ils
les moyens d'intervenir contre des dangers et des trafics en tous genres qui
menacent les ressources halieutiques et notre sécurité ? Dans
les zones couvertes par le dernier accord des ministres du Conseil de la Pêche
de l'UE, la pêche fait vivre 500 000 personnes ; l'activité et
la vitalité économique en dépendent. Le thon rouge ne
représente qu'un aspect de la surexploitation des ressources, d'autant
plus qu'il est devenu un poisson de luxe dont on rationne la consommation
par le prix. Ce n'est pas des espèces comme le thon rouge qui constituent
la nourriture de base de 2 milliards de personnes, vivant pour une majorité
en Asie, qui se nourrissent principalement de poissons et déplacent
leurs zones de pêche, sans se préoccuper du renouvellement des
espèces. Il y a là, manifestement, une grave menace de pénurie
qui plane comme l'épée de Damoclès. Grâce à
ses millions de kilomètres carrés de zones économiques
exclusives qui s'étendent sur tous les océans et mers de la
planète, l'Union européenne représente à n'en
pas douter la première façade maritime du monde, devant les
États-Unis. De plus en plus, on viendra piller sans vergogne les richesses
halieutiques qui sont sous sa responsabilité. Il serait temps que les
Européens traitent réellement du problème, dans l'intérêt
de l'humanité. "Prévention - dissuasion - éducation
- répression", garde-côtes européens, exploitants-gestionnaires
seraient les maîtres mots d'une politique responsable et digne de ce
nom.
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LE VOCABULAIRE DU THON ROUGE
La madrague
La madrague est une technique de pêche au thon rouge traditionnelle
en Méditerranée qui se pratique encore au printemps et en été,
notamment au large des côtes de Sicile et de Tunisie. Elle consiste
à piéger des bancs de poissons au cours de leurs migrations
le long des côtes. Les pêcheurs disposent des filets de grandes
dimensions, ancrés au fond et retenus en surface par des flotteurs,
de manière à former un piège et à diriger les
thons vers la « chambre de mort ». Lorsque des poissons sont pris,
des bateaux viennent se placer tout autour de la chambre de mort, puis les
filets sont relevés progressivement de manière à resserrer
les thons sur quelques mètres carrés et la mise à mort
(matanza en italien) intervient.
Les
filets dérivants
Il s'agit de filets flottants de très grande longueur (plusieurs
kilomètres) dont les mailles ont été élargies
pour capturer les espèces de grande taille comme les thons. Très
efficaces mais ils ne permettent pas une pêche sélective car
ils capturent aussi d'autres espèces comme les dauphins, les tortues,
les oiseaux. Aujourd'hui, des dispositifs efficaces à 80% permettent
d'éloigner les dauphins. La pêche aux thonidés à
l'aide de filets dérivants (ou filets maillants) a été
interdite par l'Union européenne à compter du 1er janvier 2002
; sous la pression des élus, une petite activité à été
maintenue le long de nos côtes pour des artisans qui pratiquent encore
ce genre de pêche, dite à la "thonaille".
La senne
La pêche à la senne est utilisée majoritairement sous
les tropiques par les flottilles de thoniers-senneurs congélateurs,
de puissantes vedettes de 50 à 70 mètres munies de moteurs de
4 000 cv. et qui filent à 16 nœuds, équipées pour
détecter les bancs de thons grâce à de l'électronique,
des nids de pie et des hélicoptères. La senne utilisée
est un filet gigantesque larguée en arc de cercle autour du bateau.
L'encerclement et la capture dure en général plus d'une heure.
S'il n'est pas destiné aux fermes d'embouche, le filet est maintenu
à l'eau et les poissons sont récupérés à
l'aide d'une grande épuisette manœuvrée par un palan que
l'on appelle la salabarde. Les poissons sont alors immédiatement congelés
dans les cales du bateau. La manœuvre dure jusqu'à 15 heures.
Les appâts vivants
Cette pêche inventée au Portugal en 1926, reprise et développée
en Californie avant de revenir en Europe dans les années 1950, notamment
au Pays Basque, consiste à capturer et à conserver vivants de
petits poissons tels que des sardines ou des anchois, que l'on utilisera comme
appâts après avoir repéré les thons qu'on pêche
à la canne. Le but est d'attirer le thon rouge le plus près
du bateau et de l'y maintenir en lançant des sardines ou des anchois
vivants. Pour ferrer leurs proies, les "canneurs" mêlent à
leurs appâts des hameçons au bout de lignes. Pour simuler le
frétillement des sardines et les dissimuler à la vue des thons,
les pêcheurs aspergent la surface de la mer avec des jets d'eau. Les
thons excités deviennent plus faciles à attraper. La pêche
à la canne tend à disparaître en France, mais reste pratiquée
en Afrique ou dans les pays du Pacifique qui dispose de grandes ressources
en appâts vivants.
La ligne
Cette technique de pêche fut très utilisée par les pêcheurs
du Pays Basque, elle consiste à traîner des lignes, comme le
nom l'indique, dans des zones reconnues à plusieurs signes: le bouillonnement
de la surface du aux mouvements des thons lors de leurs chasses aux sardines
; le claquement du sillage de thons dans les vagues ; des surfaces de la mer
qui ressemblent à tâches d'huile, le banc de thons serrés
en surface freinant le clapot de la mer.
Élevage
L'élevage de thon se développe même s'il s'agit en fait
d'engraisser des poissons collectés lors des saisons de pêche
pour ensuite les vendre sur le marché japonais. Ce sont les Japonais
qui ont réalisé le premier pas en essayant l’engraissement
de thon rouge il y a plus d’une vingtaine d’années. Les
thons "de plus en plus juvéniles"(reproche adressé
par le Syndicat des Thoniers Méditerranéens présidé
par le Français Mourad Kahoul), sont capturés puis installés
dans des cages circulaires de 200 000 m3 et nourris avec des poissons fourrages
(sardines, maquereaux). Les jeunes thons ont des performances d'engraissement
importantes avec une croissance de 5 kg par mois au cours de l'été,
jusqu’à ce qu’ils atteignent des poids de 30 à 70
kg. Ils sont maintenus dans des cages dont la densité est de 2 à
4 kg par m3. On rencontre ces fermes d'engraissement ("d'embouche")
sur le pourtour du bassin méditerranéen : Citons à titre
d’exemple : Espagne, Croatie, Malte, Maroc, Italie, Turquie, Chypre,
Tunisie...
Sashimi: poisson cru
Sushi : poisson sur riz avec un peu de wasabi (moutarde assez
relevée du pays du soleil levant)
Un suprême toro (la ventrèche du thon, à base d'huile
d'olive, d'oignons) pourra atterrir dans certaines assiettes à 450
€ le kilo et un excellent maguro (le cœur du filet) à
230 €...
International Commission for the Conservation of Atlantic Tunas (ICCAT)
IUU : Illegal, Unregulated and Unreported Fishing (INN : Pêche
Illégale, Non déclarée, Non réglementée)
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