Thon rouge : l'Europe bleue broie du noir

par Philippe LEGER

Depuis l’Empire romain, la pêche du thon rouge est l’une des activités économiques les plus rentables de la Méditerranée. Mais aujourd’hui, la surexploitation des réserves, la multiplication des fermes d'engraissement, les pratiques illégales constituent des menaces sérieuses pour le futur de l’espèce ainsi que pour les milliers d’emplois de pêcheurs méditerranéens. Les dernières recommandations de la Cicta (Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l'Atlantique) et les mesures adoptées par Le Conseil des ministres de la Pêche de l'Union européenne fin 2006, suffiront-elles à assurer la durabilité de la ressource ?

Bienvenue en Méditerranée, au pays du Thon rouge, une "marmite" de 2,5 millions de kilomètres carrés qui attire toutes les convoitises. On vient du monde entier, d'Extrême-Orient, d’Océanie... pour ramasser l'or rouge de la grande bleue à pleins filets. Ce grand poisson (il peut faire jusqu'à trois mètres de longueur) est victime de ses qualités gustatives. Dans les années 80, on a assisté à l'essor du marché du sushi-sashimi qui a propulsé notre bon vieux "steak de la mer" au rang de "foie gras", chez nous, car dans la hiérarchie culinaire de l’archipel, le thon rouge s’est toujours situé au sommet. C'est le nec plus ultra en matière de gastronomie. Sa belle couleur rouge rappelle peut-être aux Japonais la couleur du "soleil levant", emblème que l'on retrouve sur le drapeau de leur pays ? A Tokyo, les amateurs les plus fortunés sont prêts à payer jusqu’à 25 $ pour un simple dé de "Maguro*". Ils ont fait des émules ; sur tous les continents on trouve des centres de dégustation de sushi-sashimi. Aujourd'hui, l'espèce vaut de l'or et la demande mondiale affecte les stocks, elle explose et les cours du thon rouge atteignent des sommets... Alors, pour satisfaire des appétits sans fin, on traque le thon rouge sans relâche, tout particulièrement en Méditerranée où il est encore abondant. On voit aussi fleurir toute une littérature aux chiffres extraordinaires pour décrire la pêche et son aspect financier ; on voit des thoniers senneurs qui tournent autour de bancs de thons, leurs bateaux entraînant une senne, un filet circulaire qui peut atteindre "1,4 km de circonférence et peser à lui seul 30 tonnes" ; les thoniers l'encerclent puis referment les mailles du filet sur la prise à la manière d'une bourse. Un coup de filet, c'est alors "une bourse de 300 tonnes, poids net, qui vaut 1 million 800 000 euros." Congélation directe ou direction les fermes d'engraissement. Un marché mythique : le "Japon", bien sûr. En 2001, à la première vente aux enchères de l'année sur le marché de Tokyo, qui donne le "thon", un beau spécimen de 214 kilos et de plus 3 mètres de long s'est vendu "plus cher qu'une Ferrari 456 GT: 230 000 €, soit 1 074 € le kilo !" Il s'agissait sans doute des premières enchères de l'année, surmédiatisée, mais même à 60 € le kilo, c'est "nippon ni mauvais", n'est-ce pas ? Pour autant, les chiffres que nous donnons ici pour la taille du filet et la quantité capturée représentent-ils des normes en Méditerranée ? Cette senne est-elle courante au large de nos côtes azurées ? "Ici, on ne pêche pas du thon pour la conserve !" commente, abasourdi, Mourad Kaoul, président du Syndicat des Thoniers Méditerranéen. "Ce n'est pas avec des navires de 30 à 42 mètres que nous pouvons pêcher ces quantités astronomiques. Notre flotte de thoniers senneurs a bien été modernisée à la fin des années 90, nos vieux thoniers en bois n'étaient pas aux normes européennes, mais les puissances motrices ont peu évoluées d'une flotte à l'autre, vous vous rendez compte de ce que ça représente de mouvoir la masse que vous me décrivez. Rien qu'avec le filet, il y en a déjà pour 30 tonnes... alors 300 tonnes ! Vous savez pour nous, il ne s'agit pas de pêcher plus mais de pêcher mieux. Les Japonais exigent un thon rouge d'une qualité irréprochable, une chair d’une fraîcheur exceptionnelle, il est donc important de le capturer sans l'abîmer et sans le stresser... alors 300 tonnes de thons serrés comme des sardines, vous voyez les dégâts ? " Pourtant ces chiffres, nous ne les avons pas inventés. On les trouve sur Internet, sur le site "l'Express.fr" avec un reportage de Georges Dupuy "Menace sur le thon rouge"; la vente mythique de 2001 est aussi citée par les chercheurs de l'Ifremer, dont les rapports sont consultables sur la toile ; avec les sites des écologistes, nous plongeons dans des mælstroms vertigineux. On compte aussi un grand nombre de blogs qui reprennent toutes ces données, les amplifient, en y ajoutant parfois des commentaires intéressants... Que faut-il en penser ? Où se trouve la part de "l'info" et celle de "l'intox" ? "Tous ces chiffres sont à manier avec précaution", met en garde Bertrand Wendling, de La Société Coopérative Maritime des Pêcheurs de Sète Môle, c'est un directeur expérimenté, reconnu pour son expertise par tous les professionnels du secteur des pêches. "Le Thon rouge, du fait de sa haute valeur ajoutée et la pression du marché, représente un important enjeu économique, autant pour les États, les grands groupes que les lobbies ... " Selon Greenpeace, "le thon rouge est ciblé en Méditerranée par quelques armements à l'aide de moyens ultra-sophistiqués (avions de repérage, senneurs dernier cri, bateaux transbordeurs). Tous les pays riverains (France, Italie, Espagne, Tunisie, Libye...) sont présents sur cette pêcherie ultra-rentable en raison de la pêche illégale qui s'y pratique." Des études réalisées par la FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nation - Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) menées en 1999 et 2000 modèrent le discours des écologistes : "les activités de pêches des senneurs méditerranéens qui ciblent le thon rouge ont presque toujours été rentables et réalisent de bonnes performances économiques au moment de l'étude". Dans la "marmite"méditerranéenne, la pêche d'une flottille internationale de 250 thoniers senneurs entre en compétition avec la pêche traditionnelle, celle pratiquée par plus d'un millier d'exploitants de madragues ou de matenzas, thonailleurs, palangriers... qui proclament que "depuis des milliers d'années le thon rouge est une ressource partagée par tous les peuples de la Méditerranée au gré de ses migrations". En témoigne une fresque rupestre datée de 2000 ans avant notre ère découverte dans une grotte de l'île Levanzo (Sicile). On y voit un poisson dont la silhouette évoque immanquablement l'anatomie caractéristique du thon et l'ébauche d'un filet qui s'apparente à une madrague (filet droit posé en épi depuis la côte qui rabat les thons vers le bord). Sur une fresque d'une tombe de Tarquinia (Italie), cinq siècles avant Jésus-Christ, on aperçoit, à bord d'une longue barque, un Etrusque tirant un thon hors de l'eau. Aristote (4e siècle avant J.C.) a décrit la migration accomplie par les thons qui naîtraient selon lui en Mer Noire, entreprendraient un périple circumméditerranéen (dans le sens contraire des aiguilles d'une montre), franchiraient le détroit de Gibraltar pour se nourrir en Atlantique, d'où ils reviendraient au printemps suivant pour achever leur périple. Observant que les thons conservent la côte à leur droite au cours de leurs migrations en Méditerranée, il imagine qu'ils possèdent une mauvaise vision de l'œil gauche, et qu'ils ne peuvent se repérer qu'avec l'œil droit ! La pêche traditionnelle avait encore le vent en poupe sur nos côtes jusqu'à une époque pas si éloignée. Au début du XXe siècle, on comptait encore près de 200 embarcations dans les seuls petits ports du vallon des Auffes à Marseille et dans les communes proches de Sausset, Carro et Martigues. Aujourd'hui, elle subsiste encore, vaille que vaille, avec la pêche à la thonaille mais la décision de l'Union Européenne d'interdire les filets maillants dérivants et plus récemment les filets flottants ancrés, sous la pression de Greenpeace, condamne à terme cette pêche française pratiquée par une flottille de 80 bateaux, l'ensemble des artisans de cette pêche spécifique disposant d'un quota de 300 tonnes pour l'année... La Commission européenne justifie cette décision par la volonté d'empêcher les captures "accessoires" qui peuvent inclure "dauphins, baleines, tortues et oiseaux marins", notamment à l'intérieur du sanctuaire Pélagos, la zone de protection qui s'étend entre le bassin nord-est de la Méditerranée, Monaco et la Corse. Pour Josette Sportiello-Bertrand, élue du Conseil Régional PACA, déléguée aux affaires relevant de la mer, "la décision de l'UE est aberrante car elle mélange les problématiques de pêche en Atlantique et en Méditerranée... Ici, la thonaille, c'est 300 familles et un pan important du patrimoine culturel. L’Union cherche-t-elle la destruction totale de nos flottes."

Les scientifiques s'inquiètent aujourd'hui de l'avenir du Thon rouge

Le "Thunnus thynnus" pour les ichtyologistes est en danger de surexploitation, même si la pêche de ce grand prédateur, qui peut atteindre 3 m et peser plus de 600 kg, ne représente qu'une petite partie - 60 000 tonnes sur 3,5 millions de tonnes - des captures mondiales de thonidés. Mais ces prélèvements importants, notamment en Méditerranée, font craindre une baisse importante de ses effectifs car il est actuellement l'objet de grandes manœuvres économiques. En Méditerranée, les scientifiques ne possèdent pas sur le thon Rouge de données fiables et craignent que sous l'effet de la pression du marché, l'espèce soit déjà surexploitée. Comment arrêter le mouvement ? Coincés entre les écologistes qui exigent un moratoire et la fin de la "pêche pirate", les pays émergents de la rive Sud et les mareyeurs hispano-nippons qui, forts de leur pouvoir financier, veulent coloniser la Méditerranée, les thoniers senneurs français réclament "un plan équitable et responsable." Non discriminatoire. La "diversité des conditions d'exploitation engendre selon eux une distorsion de la concurrence qui encourage tous les excès". Et ne permet pas de lutter efficacement contre la pêche pirate. Ils protestent "contre la capture de poissons pêchés de plus en plus jeunes, mis en cage pour l'engraissement et consommés avant qu'ils n'aient eu le temps de se reproduire." Comme la plupart de leurs collègues méditerranéens, les pêcheurs français, souvent marins de père en fils depuis plusieurs générations, qu'ils soient de la senne ou de la thonaille, sont de farouches partisans de la pêche durable, d’une gestion rationnelle et d’une exploitation sage des ressources, car "ils en vivent." C'est vrai, avec le système actuel, les pêcheurs sont mis en concurrence. Des voix commencent à s'élever pour demander que "l'Europe considère la ressource halieutique comme son patrimoine et qu'elle le confie aux pêcheurs. Il faut en finir avec un mode d'administration bureaucratique qui déresponsabilisent les pêcheurs, il faut que les exploitants soient les gestionnaires de la ressource !" C'était cette voie, semble-il, que l'Union européenne avait pris lors de la conférence de Venise. Aujourd'hui, à entendre Mourad Kahoul, "la Commission européenne favorise "les pêcheurs non communautaires au détriment des pêcheurs communautaires (en particulier Français et Italiens)." On avait mieux auguré du partenariat euro-méditerranéen !

Campagne anti-pêche écologiste dans le port de Marseille

On en parle encore à Marseille sur un ton réprobateur ou celui de la galéjade. En août 2006, la métropole phocéenne a été propulsée au-devant de l’actualité lors du blocus du Port provoqué par 32 des 40 thoniers senneurs français. Le Rainbow Warrior II, navire amiral de Greenpeace, a tenté en vain d'accoster dans le Vieux Port afin "d'engager le dialogue" avec les thoniers senneurs "pour sauver le Thon rouge", menacé selon les écologistes de "disparition." Pour le patron des Thoniers senneurs, le Marseillais Mourad Kahoul, il est hors de question de discuter avec les militants de Greenpeace qu'il considère comme des "voyous". Il faut dire que le Rainbow n'est pas "Warrior" (guerrier) pour rien... "Les écolos activistes nous diffament, harcèlent en mer les équipages pendant les opérations de pêche, toujours risquées ... C'est une manière peu élégante de procéder au lancement d'un débat." C'est vrai que Greeenpeace aurait pu trouver mieux pour éclairer l'opinion publique... mais était-il légitime de refuser l'accostage à son navire et "élégant" de bloquer le port autonome avec pour conséquences : un millier de passagers vers la Corse et le Maghreb obligés de camper dans leur véhicule ou de rester sur le trottoir avec femmes et enfants, six navires de passagers détournés vers Toulon, cinq navires de marchandises en attente au large et quatre coincés dans le port ? Mais pourquoi diable les écologistes rendent-ils nos pêcheurs coupables d'une "pêche pirate" qu'ils ne pratiquent pas et viennent-ils... engager le dialogue ? Prenant acte que l'affaire aller "virer au pastis", le gouvernement français donna sagement un ultimatum au commandant du Rainbow Warrior : celui de quitter nos eaux territoriales, de son plein gré, si l'on peut dire, escorté par un navire de la Marine Nationale française. C'est ainsi que le Rainbow Warrior II - le premier fut coulé il y a un peu plus de vingt ans par les services secrets français en baie d'Auckland dans des conditions rocambolesques - réussit à s'extirper de la nasse phocéenne. Il n'y a pas eu mort d'homme, mais une campagne médiatique orchestrée de main de maître par Greenpeace, dénonçant la "collusion entre les pêcheurs et les autorités françaises", les accusant de "censurer un débat public sur la disparition du Thon rouge en Méditerranée"; cependant que nos pêcheurs ont stigmatisé la « désinformation » des écolo-activistes et manifesté leur refus de devenir les bouc-émissaires de cette nouvelle campagne anti-pêche écologiste. Principale mérite de cette opération : le grand public a pris enfin conscience d'un sérieux problème de conservation des ressources halieutiques, à commencer par celle du thon rouge en Méditerranée... il était temps ! Les scientifiques, relayés par les organisations écologistes, envoient des signaux d'alarme dans sa direction depuis maintenant dix ans. Remarquons qu'il y a vingt ans déjà, ils prévenaient les pêcheurs d'un effondrement brutal de la ressource "dans les cinq ans"... Depuis dix ans, on pêche chaque année "50 000 tonnes" de thon rouge dans la Méditerranée, si l'on se fie à leurs chiffres ! Il serait temps qu'ils se mettent au diapason avec plus de réalisme.

Le "foie gras de la mer" est en danger

Le Thon rouge représente aujourd'hui une valeur marchande, d'autant plus élevée qu'il se fait rare dans le monde, à l'exception notable de l'Atlantique Est, zone de gestion définie d'après les ères de reproduction supposées. Dans cette zone qui inclut la Méditerranée et la mer Noire, l'espèce est encore gaillarde. Pour combien de temps ? Quel avenir pour cette espèce dont on est loin de connaître tous les secrets, notamment celui de ses migrations qui conservent encore une part de mystère ? Les scientifiques de l'Ifremer, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, disent que plusieurs traits de sa biologie restent encore à découvrir. "C'est un animal magnifique, un athlète qui pousse des pointes de 70 km/h, plonge jusqu'à mille mètres de profondeur. Il mange tout ce qui passe à sa portée, jusqu'à 10% de son poids. Il devient adulte à l'âge de 4 ans dans l'Atlantique Est contre 8 ans dans l'Atlantique Ouest (une zone qui s'étend jusqu'au Golfe du Mexique). Ils n'excluent pas l'existence d'autres zones de reproduction. "En Atlantique Est, un thon rouge né en juin atteint 30 cm en octobre et pèse 1 kg. À l'âge de 1 an, il mesure 60 cm et pèse 4 kg. À l'âge de 20 ans, sa longueur est d'environ 3 m et son poids de 400 kg et quelquefois davantage. On admet qu'une femelle pond une fois par an (en mai à l'Ouest et en juin à l'Est). Mais, selon l'Ifremer, s'il existe bien une saison de ponte annuelle, plusieurs observations suggèrent qu'une femelle ne pondrait pas chaque année, mais tous les deux ou trois ans." La capture des individus âgés, "plus aptes à trouver des lieux de ponte sécurisés", rend les espèces fragiles aux variations de leur environnement selon une étude récente d'une équipe américano-britannanique, effectuée sur 29 populations de poissons vivant au large de la Californie. Ne pêcher que le gros serait donc une erreur : pour gérer efficacement les stocks de poissons, il faudrait donc surveiller les effectifs... mais aussi la pyramide des âges. Quelle confiance accordée à cette étude publiée dans la revue scientifique américaine "Science magazine" ? Une thèse ou juste une hypothèse ? Comment se faire une idée ? Justement, le thon rouge fait partie des poissons recherchés par les pêcheurs récréatifs au gros et les captures, le plus souvent relâchées, sont suivies année par année. La Fédération Française des Pêcheurs en Mer fournit des statistiques intéressantes. De 2001 à 2005, le nombre annuel de captures de spécimens de plus de 100 kg sur les dernières années ne cesse de décroître. "En 2001 : 299 poissons pour un poids total de 47 790 kg (poids moyen par poisson de 159 kg). En 2002 : 153 poissons pour un poids total de 21 705 kg (poids moyen par poisson de 141 kg). En 2003 : 98 poissons pour un poids total de 9 808 kg (poids moyen par poisson de 100 kg). En 2004 : 27 poissons pour un poids total de 2 767 kg (poids moyen par poisson de 102 kg). En 2005 : 3 poissons pour un poids total de 405 kg (poids moyen par poisson de 135 kg)." Ces statistiques semblent indiquer qu'il y a de moins en moins de thons "expérimentés", c'est à dire aptes à trouver des lieux de reproductions "ad hoc"... et de moins en moins de thons tout court ! Le poids moyen par thon rouge a chuté comme celui du nombre de prises... Voilà un indicateur qui semble en phase avec les observations des scientifiques : " En 20 ans, la biomasse des thons rouges adultes a diminué de 80%, tandis que la capture de spécimens à la taille inférieure aux normes autorisées s’est amplifié." Depuis 1995, ils évaluent à "50 000 tonnes par an" les prélèvements pour la seule zone de l'Atlantique Est, soit deux fois l’estimation du niveau de reproduction de l’espèce. Ils précisent : "50 000 tonnes de capture effective pour un quota légal... de 32.000 tonnes !" Désormais, ils n'hésitent plus à faire part de leurs inquiétudes aux autorités.

C’est à se demander qui les mange, peut-être les Martiens !

Le thon rouge de Méditerranée connaîtrait donc un des taux de pêche illégale les plus élevés au monde. Avec ses 15 000 tonnes, au bas mot, elle représenterait la moitié du quota légal ! Ils ont alerté la Cicta qui possède son propre comité scientifique. La "Cicta", c'est l'Organisation Régionale de Pêche en charge depuis 1969 de la gestion des "thonidés" de l'Atlantique, c'est à dire de la gestion des thons et des espèces apparentées comme l'Espadon. On dit "régionale", parce que l'Atlantique Est (zone qui inclut la Méditerranée et la mer Noire), à l'échelle de la planète, ce n'est qu'une région du monde. Mais là encore, on se demande si ce chiffre de 50 000 tonnes, avancé par les scientifiques et repris par les écologistes, est vrai. Comment le vérifier puisque par définition les captures de la pêche pirate ne sont pas déclarées ? "Pourquoi ce tonnage serait -il plus fiable, disent les pêcheurs français, que celui qui correspond à la somme des tonnages collectés par la direction des douanes et les ministères japonais ? Le journal Le Marin, dans son édition du 13 octobre 2006, fait part de la colère de Jean-Louis Donnarel, vice-président du Syndicat des thoniers. "D'après cette source, que tout le monde considère comme fiable, seulement 16 000 tonnes de poissons éviscérés et étêtés (NDLR : ajouter 20 % pour avoir le poids vif, soit moins de 20 000 tonnes) venant de la Méditerranée ont été importés au Japon en 2005, au prix moyen de 2 800 yens le kilo (environ 20 euros). Or le Japon importerait 90 % environ du thon rouge provenant des cages, qui lui-même représenterait 90 % des captures (cette proportion, vraie il y a dix ans, a peut-être diminué avec le développement de la consommation de thon rouge en Europe). Et on nous parle de 50 000 tonnes ! Qui les mange ? Les Martiens !"

Danger d'effondrement du stock Est : un thon sur deux serait pêché en toute illégalité

Les scientifiques sont inquiets pour la survie du Thon rouge, car ils craignent un effondrement brutal du stock de l'Atlantique Est. Il y a des précédents. En 1963, dans l'Atlantique septentrionale, effondrement brutal des pêcheries (surpêche norvégienne). Exploitation nord-brésilienne apparue au début des années 60 : on n'a toujours pas élucidé les raisons de l'extinction de la pêcherie de palangriers japonais en 1970. Dans l'Atlantique Ouest, la ressource ne s'est pas remise de la folie américaine de la pêche au gros et depuis plus de 20 ans les captures oscillent entre 2000 à 3000 tonnes/an. Dans le Pacifique, en juillet 2006, les autorités australiennes accusent les armements japonais d'avoir mené le thon rouge à la quasi extinction ces vingt dernières années par une surpêche qui confine au pillage de la ressource, comme si les hordes d'Attila avaient déferlé dans les mers du Sud. Alors qu'ils disposaient d'un quota de 6 000 tonnes annuelles, les captures des pêcheurs japonais sur cette période ont oscillé entre 12 000 et 20 000 tonnes par an, le préjudice est chiffré à 2 milliards de dollars australiens. Comme en Méditerranée, le thon rouge du Pacifique est capturé à la senne et transféré dans des fermes d'engraissement. Les armateurs japonais n'acceptent à bord de leurs bateaux que des observateurs japonais et les patrons pêcheurs refusent la mise en place de VMS (système de surveillance par satellite). Pour la mise sur le marché, les Japonais changent les dénominations : plusieurs milliers de tonnes de thon rouge du Pacifique ont été vendues sous l'appellation "thon rouge du Nord" (Atlantique et Méditerranée) ou encore "Big eye tuna". Plus de thons rouges ou presque dans le Pacifique ! On peut craindre que l'espèce en Méditerranée ne suive le même sort, dans cette zone la FAO vient de classer le Thon rouge dans la catégorie des espèces "surexploitées" et donc en danger. C'est un signal d'alarme à prendre au sérieux. Il faut réagir, mais comment ? C'est à la Cicta, l'organisme de gestion de la pêche au thon rouge de l'Atlantique, créé en 1964, qu'il revient d'énoncer des "recommandations".

Effets négatifs des taux autorisés de capture

La Cicta est une organisation multilatérale qui regroupe à ce jour 43 parties contractantes (la France fait partie des membres fondateurs) venues de cinq continents. Cette organisation intergouvernementale régule le "stock Est" sur la base du "RMS" (rendement maximal soutenable ; en anglais "MSY" - Maximum Sustainable Yield). Les scientifiques de l'IFREMER, définissent le RMS comme "la plus grande quantité de biomasse que l'on peut en moyenne extraire de manière continue d'un stock halieutique dans les conditions environnementales existantes, sans affecter sa capacité de reproduction". Elle fixe le TAC (Taux Autorisé de Capture) pour chaque zone. Les TAC se traduisent aussi par des coûts non négligeables, et une étude rédigée à l'intention du Groupe d'experts de l'OCDE par l’Université du Rhodes Island (1998) a montré qu’ils entraînent une course au poisson, avec d’importants effets secondaires négatifs, tels qu’un suréquipement de la flotte, un accroissement des coûts de capture et la recherche exacerbée de la rentabilité. Voilà une critique qui donne du crédit aux Thoniers senneurs de Méditerranée qui dénoncent justement "une distorsion de la concurrence qui encourage tous les excès." Le système des Tac et quotas a souvent été critiqué pour sa faible contribution à la régulation de la ressource. Chose qui intrigue l'observateur qui veut rester impartial, Greenpeace et le Fonds mondial pour la nature (WWF - World Wildlife Fund) chantent depuis des mois la même antienne qui désigne les pêcheurs français à la vindicte de l'opinion publique. Pourtant, dans toute la Méditerranée, les Français sont réputés "pour être ceux qui trichent le moins"... ils déclarent la totalité de leurs captures à la Cicta ! Selon les écologistes, "Les quotas officiels affectés à la France pour la pêche au thon rouge de Méditerranée étaient fixés à 6,192 tonnes en 2005. Mais les flottes françaises ont déclaré officiellement 9 455 tonnes, ce qui signifie qu'en 2005 elles ont capturé plus de 3000 tonnes de thons rouges dans l'illégalité." En juillet dernier, le WWF avait déjà alerté l'Union Européenne d'une "surpêche illégale" pratiquée en 2004 par les pêcheries françaises (à peu près dans les mêmes proportions que celle constatée en 2005). Parmi les flottes européennes qui pêchent le thon, la France bénéficie d'un des quotas de pêche les plus importants ; cette "surpêche" française risque donc fort de se traduire par un dépassement "notoire" (et "noté" grâce aux "annotations" de nos pêcheurs) du quota global de l'UE. Quand ils s'adressent aux hautes autorités européennes, les écologistes utilisent pour désigner la pêche des Français l'expression appropriée de "surpêche" et pas celle de "pêche pirate" qui induit le public en erreur. "En clair, concluent les ONG (organisations non gouvernementales) écologistes qui s'adressent à l'UE, les pêcheries françaises annoncent officiellement pêcher illégalement. Par contre, nous soupçonnons que les autres flottes européennes, comme la flotte italienne par exemple, ne déclarent pas leur capture réelle." Ce n'est pourtant pas aux autres pêcheurs que Greenpeace s'en prend, faute de preuves... écrites. "La Cicta a le devoir de stopper cette piraterie" a déclaré Paolo Lombardi, responsable du WWF Méditerranée. "C'est un exemple de plus qui atteste des comportements qui ont conduit à la grave menace d'effondrement que nous connaissons aujourd'hui." Les Thoniers senneurs français déclarent leurs captures reconnaît explicitement le WWF. Personne n'a jamais reproché aux Français de capturer des juvéniles ou de pêcher en période de fraie. Chacun sait bien que les Français comme les autres Européens s'exposent à des sanctions de la Cicta et de leurs propres autorités européennes et nationales. Sinon à des mesures draconiennes de régulation qui ont valeur de sanction, comme celles qui viennent d'être adoptées par le Conseil des ministres de la pêche de l'UE. Ce n'est pas le cas pour tout le monde... Loin de là !

Pêche japonaise en période de fraie

"Les captures illégales proviennent quasiment exclusivement de Méditerranée. "La plupart des armements cachent ou falsifient leurs chiffres. En filigrane, derrière les niveaux actuels de pêche non déclarée ou illégale", on trouve selon Geenpeace "une activité récemment apparue en Méditerranée, l'élevage du thon. Les thons sont capturés et transportés vivants vers des fermes où ils sont engraissés pendant plusieurs mois avant d'être exportés, principalement vers le Japon." Une activité très lucrative; il est vrai, on le sait même si les fermes méditerranéennes ne claironnent pas leurs bénéfices. Des fermes américaines en donnent une idée : Stolt Sea Farm, un des poids lourds de l'aquaculture et de l'embouche de thon rouge a annoncé des bénéfices records pour le troisième trimestre 2006 : 4,5 millions d'Euros contre 1,4 millions au troisième trimestre 2005. Le prix du thon rouge a augmenté de 40% en un an ! La complexité des opérations qui se succèdent entre le lieu de pêche et la ferme, le fait qu’elles aient lieu en pleine mer, "l’indigence de la réglementation" et l’ampleur des activités commerciales qui y sont liées (qui concernent généralement plusieurs pays, ce qui ne facilite ni la traçabilité ni la tenue des statistiques) constituent autant de facteurs qui contribuent à masquer le volume réel des captures, et donc celui des captures illégales. Greenpeace dénombre 58 élevages d’une capacité totale de 51 000 tonnes de thon engraissé qui jalonnent le pourtour méditerranéen. On en trouve principalement au large des côtes espagnoles, turques, croates... mais pas au large des côtes françaises. "Leur développement rapide a été très peu, voire pas du tout encadré et a conduit à une capacité d'élevage qui dépasse de plus de 20 000 tonnes le volume total de thons dont la capture est autorisée dans cette zone." Les importants volumes de poissons nécessaires pour nourrir et engraisser les thons sont aussi un sujet d'inquiétude car, reconnaît Greenpeace, "ils représentent un facteur incitant à la surpêche en Méditerranée. Ils constituent un risque potentiel de contamination accidentelle via le poisson fourrage (un accident de ce type a été signalé dans une ferme d’engraissement australienne)." Des subventions publiques importantes (près de 34 millions de dollars depuis 1997 dans le cas de l'Union Européenne), ajoutées aux investissements japonais et australiens, ont eu rôle déterminant dans la surpêche du Thon rouge. L'ONG déplore "qu'une poignée d’investisseurs contrôle actuellement ce qui était auparavant une ressource commune partagée par l’ensemble des populations qui vivent de la pêche sur le pourtour méditerranéen." D'autres problèmes graves affectant également cette pêche ont été documentés par Greenpeace. Des chalutiers japonais ont ainsi été observés pêchant au sud de la Sicile en juin, période pendant laquelle la pêche au thon est interdite. Dans le cadre de l'expédition "Défendons nos océans", le navire de Greenpeace "My Esperanza" a passé un mois en 2006 à documenter la "gestion catastrophique" des stocks de thon en Méditerranée. Comme on le voit, les pêcheurs français ne sont pas des pirates, loin de là ! Ni les seuls responsables de la surpêche, leur filière étant contrairement à beaucoup d'autres pays, particulièrement surveillée. Alors, pourquoi les avoir désigné comme bouc-émissaires aux yeux du monde entier ?

Les fermes d'engraissement sont-elles les moteurs de la pêche pirate ?

Pour faire face à la demande et contourner le déclin de cette ressource, de multiples projets de fermes d'engraissement ont vu le jour. "Le principe est apparemment simple : on capture des thons vivants et on les transfère dans des cages flottantes où on les gave. Cette méthode pose un énorme problème de déséquilibre écologique dans la mesure où pour fabriquer un kg de chair de thon en cage, il faut entre 12 et 20 kg de poisson-fourrage. Ce dernier est traqué partout et en particulier, selon certaines sources, sur les côtes de l'Afrique de l'Ouest où la généralisation de ces pratiques pourrait engendrer des crises alimentaires localisées" La filière de l'engraissement a été initiée par les Japonais dans les années 90, ce sont eux qui ont appris le métier aux Espagnols. Elle est dominée aujourd'hui par des consortiums hispano-japonais : Fuentes - Hijjos (90 millions de chiffres d’affaires en 2001), occupe la première position en Méditerranée avec des associés clients, les sociétés Mitsubishi, Maruha et Mitsui (44% du marché nippon à eux trois). Suivent les entreprises des Espagnols Albaladejo (60 millions d'euros) et Mendes (32 millions d'euros) associés avec les Japonais Takayama et Kayo. Il est difficile d'y voir plus clair dans les comptes car le métier est avare de chiffres. Selon Greenpeace, une ferme ne serait pas rentable au-dessous de 600 tonnes de poissons engraissés. Avant d'avoir encaissé le premier sou, le mareyeur doit payer les cages de transports (80 000 € pièce), un remorquage qui peut durer plus d'un mois (vitesse 1,5 nœud car s'agit d'éviter le stress aux thons), à raison de 3 500 € le jour de mer, il faut aussi payer, les plongeurs, les bateaux d'assistance ou de surveillance, les opérations de transferts dans les fermes... Les écologistes mettent en cause ces fermes d'engraissement (les côtes françaises n'en abritent pas) comme moteurs de la "pêche pirate". Sébastian Losada de Greenpeace Espagne à bord du Rainbow Warrior II n'hésite pas affirmer que "ces fermes représentent une industrie directement responsable de la disparition du thon rouge en Méditerranée. Une poignée d'acteurs économiques, aidés et financés par l'Union européenne, emploie actuellement des flottes de pêche pirates pour engraisser le thon rouge dans le seul but de faire fructifier leurs investissements. Cette stratégie à court terme est à la fois dangereuse pour la ressource et pour les pêcheurs artisanaux, premières victimes de cette surexploitation." Ainsi formulée, les accusations de Greenpeace peuvent induire le public en erreur : on pourrait penser que l'Union européenne a investi dans des fermes d'embouche, que la Commission européenne a partie liée avec de grands groupes japonais... Il n'en est rien ! "L'Union, souligne Mourad Kahoul, a accordé des aides pour la modernisation des flottes de pêche, pour mettre les navires aux normes européennes (pour la sécurité et le confort des équipages : cabines, douches etc.) Pour le reste, "les thoniers se sont endettés, quelques fois lourdement et pour longtemps, pour équiper leurs navires". Il y a eu aussi des reconversions puisque la pêche aux thonidés à l'aide de filets dérivants (ou filets maillants) a suscité l’hostilité des associations écologistes, et notamment de Greenpeace. C'est ainsi que nos pêcheurs, comme les autres pêcheurs communautaires ont eu accès notamment aux "aides disponibles grâce aux fonds structurels" que proposait la commissaire européenne Emma Bonino, chargée de la pêche dans la Commission Santer (1995-1999). Les écologistes réclament "la fermeture immédiate de la pêche au Thon rouge dans l'Atlantique Est, des mesures strictes d’encadrement et un plan de reconstitution" des stocks. Sinon, "il faut s’attendre à une extinction totale du thon rouge en Méditerranée et dans l’Atlantique Est". Selon le WWF, les pêcheurs traditionnels opérant dans le détroit de Gibraltar ont pris 80% de poisson en moins ces trois dernières années par rapport aux années 1990. "Dans la course pour s’emparer de stocks de thon en diminution, les flottes de pêche industrielle délaissent leurs territoires habituels en faveur des dernières zones de reproduction en Méditerranée orientale et dans les eaux libyennes", explique l’auteur du rapport, Roberto Mielgo Bregazzi. Il dénonce "les prises clandestines, souvent traitées et transformées en mer avant d’être livrées au marché japonais". Tandis que Greenpeace renouvelle "sa demande de moratoire sur l’exploitation du Thon rouge en Méditerranée et l'établissement d'un réseau de réserves marines afin de protéger 40 % de cette mer et permettre ainsi la régénération des stocks de poissons." Les ONG écologistes ne distinguent pas les pêches illégales et elles procèdent à un amalgame qui permet de mettre au même rang tous les pêcheurs de Thon rouge et d'exiger un moratoire sur la ressource... en compromettant l'Union européenne. De plus, leur vision ne tient pas du tout compte d'une réalité économique et sociale complexe, à l'échelle de la planète : la vraie pêche pirate. Contrairement à une autre idée propagée par les responsables écologistes, il ne revient pas à la Cicta de "stopper cette piraterie". Ce n'est pas son rôle. Elle n'en a pas les moyens. Cette organisation, pour intergouvernementale qu'elle soit, ne commande pas aux inspecteurs des États ou de l'Union Européenne et ni les corps des douanes, ni les forces militaires ne sont à ses ordres. L'application effective des mesures de gestion relève de l'autorité des États.

Pêche pirate : pêche INN

Cette "pêche pirate" que dénoncent les ONG, possède une définition légale, internationale, qu'elles ne donnent pas au public : c'est la pêche "INN". I comme "Illégale". NN comme "Non déclarée et Non Réglementée". Cette pêche INN représente un problème d'envergure mondiale qui ne disparaîtra pas avec un moratoire... ni même avec la disparition de la ressource (les pirates pêcheront d'autres espèces émergentes, commercialement intéressantes). De récents rapports des Nations Unies estiment la valeur annuelle mondiale des captures INN entre 4 et 9 milliards de dollars. Près de 30% des captures dans le monde ressortent de la pêche INN... presque 50% en Méditerranée pour la seule pêche au Thon rouge ! Cette pêche, la seule qu'on est en droit de qualifier de pirate, ne respecte pas les frontières nationales. De plus, elle exerce une pression insoutenable sur les stockes halieutiques, la flore et la faune marine et les habitats sous-marins, car elle porte atteinte aux normes du travail et dénature les lois du marché. Elle impose un coût important sur les pays défavorisés dans le monde et compromet des structures de gouvernance. Ce coût économique est lié à des pressions sociales considérables. Nous sommes tous affectés par la pêche INN, même si nous n'en sommes pas conscients et en dépit de tous ses efforts, la communauté internationale n'a pas réussi à l'éradiquer. L'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) propose de saper le moteur de cette pêche qui serait le profit rapide escompté par les pirates. Selon elle, de très lourdes amendes devraient dissuader ces pillards qui se défilent de toutes responsabilités environnementales, sociales et économiques. Une des caractéristiques de la pêche INN, on l'a compris, c'est l'absence de déclaration qui compromet la bonne gestion de la ressource, elle affecte la fiabilité des évaluations du stock Est ; elle compromet la durabilité de la pêcherie. C'est à dire la durabilité de la ressource bien sûr, mais aussi celle économique et sociale pour toutes les collectivités du bassin méditerranéen et de l'Atlantique qui en dépendent. Autres caractéristiques de cette pêche, ce sont les menaces qu'elle fait peser sur la sécurité et la sûreté maritimes. La sécurité concerne la prévention des accidents de mer et le traitement des conséquences de ces accidents (en particulier la sauvegarde des vies humaines, la lutte contre les pollutions marines) ; la sûreté vise d’une façon générale la lutte contre les actions et trafics illicites (contrebande, trafics de drogue, immigration clandestine, terrorisme, piraterie etc.). Selon un rapport de Greenpeace, "les conditions de vie et de travail sur les bateaux pirates sont dangereuses. Les matelots et les pêcheurs, embauchés dans les pays en voie de développement, travaillent pour des salaires de misère, dans de mauvaises conditions de travail, les navires ne répondent pas aux normes de sécurité, le faible niveau d'instruction des pêcheurs compromettent la sécurité des équipages et des bateaux". On ne reconnaît pas dans cette description le style de vie des équipages français qui naviguent sur des navires "ultra-modernes et très bien équipés", comme leur reprochent assez souvent les organisations écologistes ! Les armateurs et les exploitants des navires pirates s'engagent avec d'autant plus de facilités dans cette forme de pêche qu'ils obtiennent sans difficulté des pavillons de complaisance afin d'être mis sous la législation des pays qui les délivrent. En Méditerranée, on compte plus de 250 flottilles pour traquer le thon rouge, parmi elles, combien de pirates ? La pêche pirate est aussi obligatoirement liés aux trafics interlopes et au blanchiment d'argent, on apprécierait que nos États commencent à s'en occuper sérieusement avant que des terroristes ne mettent la main dessus... si ce n'est déjà fait ! La pêche INN a des impacts directs sur la quantité de thons rouges pouvant être capturée par les pêcheurs de l'Union, elle pénalise les pêcheurs qui agissent en toute légalité et dont les revenus dépendent de cette activité (les thoniers senneurs français de Méditerranée sont endettés pour 25 ans et leurs navires sont hypothéqués, raison de plus pour eux de ne pas tuer la ressource !) Diminuer le volume des captures sans combattre la pêche INN, instaurer un "moratoire" comme le réclament les écologistes, c'est les ruiner mais aussi donner une prime aux pirates, aux gangs mafieux qui écument la Méditerranée. Car la pêche pirate ne finira pas avec un moratoire, bien au contraire ! À tout le moins, la pêche INN ignore par définition les périodes d'ouverture de fermeture de la pêche décrétée par la Cicta, elle saura tirer profit des efforts faits pour assurer la durabilité de la ressource par cette organisation et les institutions européennes.

Il n’est plus question d’utiliser l'avion pour repérer les thons

La Cicta, l'organisation responsable de la gestion de l'espèce (une "gestion catastrophique" selon Greenpeace) s'est réunie en séance plénière à Dubrovnik du 17 au 26 novembre 2006. Le plan adopté doit entrer en application le 1er janvier 2007 pour une durée de quinze ans. Il prévoit une réduction progressive des quotas annuels de pêche, de 32 000 tonnes aujourd'hui à 25 500 tonnes en 2010 (les scientifiques préconisaient 15 000 tonnes) ; un allongement significatif des périodes de fermeture, variable selon les modes de pêche et une augmentation du poids minimal de la prise qui passe de 10 à 30 kg. Pour repérer les bancs de pêche, l'utilisation de l'avion est désormais bannie. L'accord prévoit tout un ensemble de dispositions visant à renforcer les inspections et les contrôles, aujourd'hui notoirement défaillants. Pour Joe Borg, Commissaire européen pour la Pêche, "Ces mesures sont indispensables pour la reconstitution du thon rouge, elle-même essentielle à la durabilité écologique, économique et sociale des pêcheries dont dépend leur avenir." Cet accord a reçu le soutien de toutes les Parties contractantes qui prennent part aux pêches concernées. Il prévoit aussi une extension importante des fermetures durant lesquelles les pêcheries de thon rouge seront interdites. Pour les grands palangriers pélagiques de plus de 24 mètres, du 1er juin au 31 décembre, pour les senneurs, du 1er juillet au 31 décembre, pour les canneurs, du 15 novembre au 15 mai, pour les chalutiers pélagiques, du 15 novembre au 15 mai, ainsi qu'une importante augmentation de la taille minimale autorisée de10 à 30 Kg. Un schéma de contrôle global qui couvrira toutes les étapes de la chaîne, de la capture au marché, en passant par le débarquement, le transbordement et le transport aux cages. L’application d'un système international conjoint d'inspection qui, pour la toute première fois, permettra à une Partie contractante d'effectuer des inspections à bord des navires des autres Parties contractantes en haute mer, l'enregistrement de tous les navires et des madragues pêchant du thon rouge afin d'obtenir une idée précise de la capacité de pêche existante, ainsi que l'extension de l'interdiction d'utiliser des avions ou hélicoptères pour repérer les agrégations de thon rouge du mois de juin à toute l'année. L'interdiction, pour les senneurs, de transborder du thon rouge en mer. En outre, tous les débarquements de thon rouge vers des cages seront soumis à des obligations de notification préalable et à des mesures de contrôle strictes. La réglementation de la pêche récréative qui ne permettra désormais à chaque navire qu'un seul spécimen par sortie." Ces recommandations seront-elles observées ? La pêche illégale est estimée à près de la moitié du quota global et selon Alain Fontenau, chercheur à l'IRD (Institut de recherche pour le développement) « 95 % des bateaux de Méditerranée ne remettent même pas leur livre de bord à la Cicta. Le laxisme est généralisé." "On ne le dira plus, promet la Cicta : l'accord prévoit tout un ensemble de dispositions visant à renforcer les inspections et les contrôles, aujourd'hui notoirement défaillants". Ces recommandations suffiront-t-elles à sauver l'espèce ? "Non !" ont répondu en choeur les ministres de la pêche du Conseil de l'Union européenne. Au terme de 36 heures de négociations marathon à Bruxelles, au petit matin du 21 décembre 2006, les ministres européens de la Pêche ont décidé de réduire les quotas de pêche de 18300 à 9400 tonnes par an, soit une diminution de 50 %. Abaisser les quotas de moitié, c'est précisément ce que demandait la communauté scientifique à la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique, réunie à Dubrovnik (Croatie) mi-novembre. « Heureuse surprise pour le thon rouge de Méditerranée ! », s'est alors écrié Stéphan Beaucher, le chargé de campagne Océans de Greenpeace France. « Au final, la Cicta s'était contenté d'une malheureuse diminution de 15 %, notamment sous la pression européenne. Dans leur accord sur les quotas de pêche, les ministres de la Pêche des Etats membres de l'UE rattrapent donc la bévue de Dubrovnik. Revirement inattendu mais tout à fait bienvenu ! » «Un revirement inattendu », qui sera un coup d'épée dans l'eau s'il n'est pas accompagné de mesures pour lutter efficacement contre la pêche pirate. En prend-on la direction ?

Surcapacité des flottes non communautaires

À qui vont profiter les 8 900 tonnes que les thoniers européens ne pêcheront pas, enfin sans doute pas, puisque les autorités européennes ont promis des contrôles renforcés ? En tentant de mettre fin à la surpêche des unités européennes, les ministres ont créé ... de nouvelles surcapacités de pêche. S'ils ne pêchent dans l'Atlantique, où nos pêcheurs européens iront-ils pêcher ? Le général Morillon, qui préside la commission de la pêche du parlement européen, est l'auteur d'un rapport parlementaire des plus instructifs. On y apprend qu'en septembre 2004, la Communauté européenne et les Seychelles ont paraphé le nouveau protocole fixant les conditions techniques et financières régissant la poursuite des activités de pêche des navires de la Communauté dans les eaux des Seychelles pour la période du 18 janvier 2005 au 17 janvier 2011. Le nouveau protocole octroie des possibilités de pêche pour 40 thoniers senneurs et 12 palangriers de surface provenant d'Espagne, du Portugal, d'Italie et de France (selon Mourad Kahoul, ces accords comme les autres, ne concernent pas les thoniers senneurs français de Méditerranée). La contrepartie financière est fixée à 4 125 000 euros par an, pour un total de 24 750 000 euros. La contrepartie financière sera utilisée à hauteur de 36% pour définir et mettre en oeuvre une politique sectorielle de la pêche aux Seychelles, visant à promouvoir une pêche responsable et durable dans leurs eaux. Le protocole ne mentionne pas particulièrement le développement des activités des populations locales dépendantes de la pêche." Oubli fâcheux ! Quelle garantie avons-nous que les pêcheurs des Seychelles n'iront pas pêcher le Thon rouge en Méditerranée ou ailleurs ? Ces accords ne risquent-ils pas d'impacter une surcapacité de pêche aux Seychelles ? Et puis, comme le relève le patron des thoniers senneurs du golfe du Lion, Mourad Kahoul, "un plan de récupération sur 15 ans est une chimère si on laisse les pays non communautaires construire des navires". Sa remarque ne vaut pas que pour les pays méditerranéens. On espère qu'ils ne le feront pas avec l'argent de l'Europe ! La Commission européenne négocie, au nom de l'Union, des accords bilatéraux de pêche avec des pays tiers. À ce jour, la Commission a conclu plus d'une vingtaine d'accords de ce type (Angola - Comores - Côte d'Ivoire - Gabon - Gambie - Groenland - République de Guinée - Guinée-Bissau - Guinée équatoriale - Kiribati - Madagascar - Maroc - Maurice - Mauritanie - Mozambique - São Tomé e Principe - Sénégal - Seychelles - Îles Feroe - Islande - Norvège). En raison de sa compétence exclusive en matière de pêche, l'Union européenne est habilitée à contracter des engagements internationaux avec des pays tiers ou avec d'autres organisations internationales. En général, ces accords privilégient la méthode du partenariat et mettent l'accent sur la promotion de la pêche durable et ne désintéressent pas des populations locales. On reste aussi perplexe devant certains accords, comme celui conclu avec le Mozambique pour une période de 4 ans, effectif depuis janvier 2004, en contrepartie d'un droit de pêche de 8 000 tonnes de thons par an, l'UE lui alloue une rente annuelle de 600 000 euros, soit la modique somme de 75 euros la tonne. Autrement dit, moins de 8 centimes le kg... Qui dit moins ? Parfois, ces accords ne sont pas non plus sans conséquences sur la politique étrangère des États de l'Union. Comme cet accord de partenariat conclu avec le Maroc dans le secteur de la pêche qui comprend des eaux situées au large du Sahara occidental, signé mercredi 26 juillet 2006, malgré les protestations de la Suède, qui ne le reconnaît pas. En effet, l’accord inclut de riches eaux au large de la côte du Sahara occidental, dans une ancienne colonie espagnole annexée par le Maroc, en 1975, une zone revendiquée par le Front Polisario qui demande son indépendance à travers un référendum d’autodétermination ! Affaire à suivre. Pendant que la Commission européenne s'affaire à conclure des accords de partenariat dans le monde entier, on voit les investissements privés se multiplier. Simple coïncidence ? "Le développement du secteur du traitement des produits de mer (seafood) va s’accélérer en 2007, avec l’arrivée de nouveaux opérateurs et l’extension des activités de ceux déjà sur place" affirme à ses lecteurs le quotidien "L'Express de Madagascar". "Une quinzaine de bateaux de pêche, opérant dans les eaux du Sri Lanka, des Philippines et de l’Océan Indien alimenteront l’usine en matières premières, environ 70 tonnes de poisson – thon, marlin, espadon entre autres – seront traitées quotidiennement dans cette usine. L'équivalent de près de 135 millions d'euros sont investies dans le secteur du traitement des produits de la mer, avec la création de quelque 800 emplois." Peut-on gérer les ressources halieutiques sans une politique d'ensemble, sans prêter attention aux répercussions de sa politique chez les voisins ? Quels seront les impacts du "développement du secteur" dans la gestion des ressources ?

Les thoniers senneurs de Méditerranée sont mécontents

Autres sujets de mécontentement pour les thoniers senneurs, "la réduction des quotas pour les entreprises communautaires (pour 4 ans) alors qu'ils sont augmentés pour les pays tiers, sans explications." Par ailleurs, si la Cicta relève la taille minimale des captures à 30 kg, il y a des exceptions ("6,4 kg, 8 kg, 10 kg et 30 kg" selon Mourad Kahoul). Au cours du briefing technique organisé à l'attention de la presse régionale par la Représentation de la Commission européenne à Marseille, le 18 décembre 2006, veille du Conseil des ministres de l'Union européenne, Aaronne Spezzani de l'Unité "Inspection Pêche", les a justifiées par la nécessité de préserver les pêches "traditionnelles et artisanales." Espérons que la pêche pirate ne fasse pas partie de ces catégories ! D'autres personnalités ont fait le point avec des représentants de la presse : Mireille Thom, porte-parole du Commissaire Borg, Cesar Deben Alfonso, directeur de la "Politique externe et marchés", François Théret, de l'unité "Conservation des ressources de pêche et questions environnementales. Quand est-il des opérations de transbordement en mer qui permettent d'écouler sur le marché des poissons pêchés illégalement en échappant pratiquement à tout contrôle ? Les pêcheurs français s'étonnent que "les transbordements en haute mer soient encore autorisés pour les bateaux non communautaires". Ne privent-ils pas la Cicta de toute possibilité de suivi des captures réalisées par les flottes asiatiques ? "Ce dossier concerne des navires japonais et russes, précise M Spezzani, il est suivi avec attention par la Commission européenne ; ces transbordements relèvent d'un règlement de la Cicta et une solution devrait être trouvée à l'ONU." En attendant, la Commission européenne incite tous les États riverains de la Méditerranée à étendre leur ZEE, Zone d'exclusivité économique dite des 200 milles marins régie par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (Convention dite de Montego Bay, signée le 10 décembre 1982). Cette convention donne à l'État côtier des droits souverains qui facilitent la surveillance et le contrôle des activités maritimes.

Les pêcheurs dénoncent le déficit démocratique

Les thoniers senneurs de Méditerranée dénoncent le "manque de démocratie dans le processus décisionnel, notamment au niveau communautaire". Faut-il voir dans cette critique une dénonciation de la toute puissance du Conseil des ministres de la Pêche de l'Union européenne... et du rôle mineur du parlement européen, bien souvent réduit à celui d'une chambre d'enregistrement ? On en avait déjà un aperçu de son rôle avec le rapport parlementaire du général Morillon à la Commission sur les accords conclus entre l'Union européenne et les Seychelles, qui stipule : "Le Parlement est consulté un an après que l'accord a été paraphé. Pendant cette période, on peut supposer que les navires européens ont continué de pêcher dans les eaux des Seychelles selon les modalités convenues entre les deux parties. La consultation du Parlement est donc grotesque. Le Parlement n'a pas reçu d'évaluation de l'accord antérieur venu à expiration en janvier 2005 et n'a pas été informé du mandat de négociation que le Conseil est censé avoir donné à la Commission, n'a pas non plus été tenu informé du déroulement des négociations." Le Conseil des ministres de la Pêche reste l'instance communautaire dans laquelle sont discutées, contestées et finalement approuvées à la majorité qualifiée les principales décisions en matière de PCP (Politique Commune de la Pêche). Pour l'anecdote, la PCP trouve son origine dans le Traité de Rome dont on célèbre le 50e anniversaire en cette année 2007. Avec ce traité, le marché commun s'applique aussi aux produits de la pêche. Le Conseil des ministres de la Pêche se réunit trois fois par an et disposent de pouvoir qui évoquent des formes d'administration directe (mise sous tutelle), contrairement à la mise en œuvre des autres politiques communautaires, il a seulement l'obligation de consulter le Parlement européen. Il légifère par la voie du règlement communautaire directement applicable dans les États membres, pour la démocratie, on fait beaucoup mieux. Tout n'est pas à rejeter pour autant. La PCP prouve que l'intégration européenne n'est plus seulement une affaire d'experts mettant leur expérience en commun. Elle s'inscrit dans le cadre de la démocratie participative qui permet aux acteurs sociaux de s'exprimer, acteurs qui sont en l'occurrence, les pêcheurs bien sûr, mais aussi les industriels de la transformation, les consommateurs et les défenseurs de l'environnement. Cette forme de démocratie a le mérite de susciter le dialogue mais elle possède aussi ses limites, celles que lui imposent les ministres du Conseil de la Pêche de l'Union européenne. Ces ministres en exercices fonctionnent dans leur pays sur le mode du clientélisme, alors qu'à Bruxelles avec leur art du compromis, souvent laborieusement acquis à l'issue de longues heures de négociation, il arrive que la "clientèle" fasse les frais des d'arrangements entre États. La chambre des représentants des États n'ayant pas pour habitude de tenir les minutes de ses séances, la "clientèle" ne connaît pas le vote de son ministre qui met, cela va de soi, tout sur le dos de Bruxelles et de cette "maudite Europe."

Les Européens possèdent la première façade maritime du monde. C'est à eux que revient la responsabilité de gérer les ressources halieutiques d'une grande partie de l'humanité

En matière de pêche, la formulation de la loi et son vote échappent totalement aux représentants élus des citoyens, les députés européens ne sont que consultés. Les parlements nationaux sont sous tutelle, tandis que les institutions font la part belle aux représentants des États et leur exécutif. Nous en sommes encore au stade de la démocratie participative dont la principale vertu est de sensibiliser les acteurs et le public à la surexploitation des océans, et de nous alerter sur les inquiétudes des experts sur l’avenir de la pêche. Les estimations les plus pessimistes, publiées dans la célèbre revue américaine Science, parlent de l’épuisement des ressources halieutiques à l’horizon 2050. "Pourtant, des données montrent aussi qu'il est possible d'inverser les tendances actuelles avant qu'il ne soit trop tard", estiment les auteurs européens et américains de l'étude, déplorant toutefois "que seul 1% des océans soit protégé actuellement" (Greenpeace exige 40%). Les instances politiques nationales et internationales, Nations Unies ou OCDE, ont toujours repoussé la mise en place de mesures de protection à plus tard, invoquant systématiquement qu'un flou scientifique persistait. Là, ce nouveau rapport est sans appel. Va-t-on attendre, à l'instar de la morue, que les espèces des grands fonds et le thon rouge aient disparu de la planète ? Pour la Française Aurèle Clémencin de la campagne Océan de Greenpeace, "Il est temps que les discussions se transforment en action politique à court terme avec des moratoires sur la pêche des espèces les plus menacées et à long terme avec la mise en place de réserves marines". À l'évidence, les ministres du Conseil de la Pêche de l'Union européenne ne sont pas restés sourds aux signaux d'alarme des scientifiques, encore faut-il que les mesures adoptées pour la restauration du stock Est soient respectées par tous. Le seront-ils ? Les États prendront-ils leurs responsabilités et se donneront-ils les moyens d'intervenir contre des dangers et des trafics en tous genres qui menacent les ressources halieutiques et notre sécurité ? Dans les zones couvertes par le dernier accord des ministres du Conseil de la Pêche de l'UE, la pêche fait vivre 500 000 personnes ; l'activité et la vitalité économique en dépendent. Le thon rouge ne représente qu'un aspect de la surexploitation des ressources, d'autant plus qu'il est devenu un poisson de luxe dont on rationne la consommation par le prix. Ce n'est pas des espèces comme le thon rouge qui constituent la nourriture de base de 2 milliards de personnes, vivant pour une majorité en Asie, qui se nourrissent principalement de poissons et déplacent leurs zones de pêche, sans se préoccuper du renouvellement des espèces. Il y a là, manifestement, une grave menace de pénurie qui plane comme l'épée de Damoclès. Grâce à ses millions de kilomètres carrés de zones économiques exclusives qui s'étendent sur tous les océans et mers de la planète, l'Union européenne représente à n'en pas douter la première façade maritime du monde, devant les États-Unis. De plus en plus, on viendra piller sans vergogne les richesses halieutiques qui sont sous sa responsabilité. Il serait temps que les Européens traitent réellement du problème, dans l'intérêt de l'humanité. "Prévention - dissuasion - éducation - répression", garde-côtes européens, exploitants-gestionnaires seraient les maîtres mots d'une politique responsable et digne de ce nom.


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LE VOCABULAIRE DU THON ROUGE
La madrague La madrague est une technique de pêche au thon rouge traditionnelle en Méditerranée qui se pratique encore au printemps et en été, notamment au large des côtes de Sicile et de Tunisie. Elle consiste à piéger des bancs de poissons au cours de leurs migrations le long des côtes. Les pêcheurs disposent des filets de grandes dimensions, ancrés au fond et retenus en surface par des flotteurs, de manière à former un piège et à diriger les thons vers la « chambre de mort ». Lorsque des poissons sont pris, des bateaux viennent se placer tout autour de la chambre de mort, puis les filets sont relevés progressivement de manière à resserrer les thons sur quelques mètres carrés et la mise à mort (matanza en italien) intervient.

Les filets dérivants
Il s'agit de filets flottants de très grande longueur (plusieurs kilomètres) dont les mailles ont été élargies pour capturer les espèces de grande taille comme les thons. Très efficaces mais ils ne permettent pas une pêche sélective car ils capturent aussi d'autres espèces comme les dauphins, les tortues, les oiseaux. Aujourd'hui, des dispositifs efficaces à 80% permettent d'éloigner les dauphins. La pêche aux thonidés à l'aide de filets dérivants (ou filets maillants) a été interdite par l'Union européenne à compter du 1er janvier 2002 ; sous la pression des élus, une petite activité à été maintenue le long de nos côtes pour des artisans qui pratiquent encore ce genre de pêche, dite à la "thonaille".
La senne
La pêche à la senne est utilisée majoritairement sous les tropiques par les flottilles de thoniers-senneurs congélateurs, de puissantes vedettes de 50 à 70 mètres munies de moteurs de 4 000 cv. et qui filent à 16 nœuds, équipées pour détecter les bancs de thons grâce à de l'électronique, des nids de pie et des hélicoptères. La senne utilisée est un filet gigantesque larguée en arc de cercle autour du bateau. L'encerclement et la capture dure en général plus d'une heure. S'il n'est pas destiné aux fermes d'embouche, le filet est maintenu à l'eau et les poissons sont récupérés à l'aide d'une grande épuisette manœuvrée par un palan que l'on appelle la salabarde. Les poissons sont alors immédiatement congelés dans les cales du bateau. La manœuvre dure jusqu'à 15 heures.
Les appâts vivants
Cette pêche inventée au Portugal en 1926, reprise et développée en Californie avant de revenir en Europe dans les années 1950, notamment au Pays Basque, consiste à capturer et à conserver vivants de petits poissons tels que des sardines ou des anchois, que l'on utilisera comme appâts après avoir repéré les thons qu'on pêche à la canne. Le but est d'attirer le thon rouge le plus près du bateau et de l'y maintenir en lançant des sardines ou des anchois vivants. Pour ferrer leurs proies, les "canneurs" mêlent à leurs appâts des hameçons au bout de lignes. Pour simuler le frétillement des sardines et les dissimuler à la vue des thons, les pêcheurs aspergent la surface de la mer avec des jets d'eau. Les thons excités deviennent plus faciles à attraper. La pêche à la canne tend à disparaître en France, mais reste pratiquée en Afrique ou dans les pays du Pacifique qui dispose de grandes ressources en appâts vivants.
La ligne
Cette technique de pêche fut très utilisée par les pêcheurs du Pays Basque, elle consiste à traîner des lignes, comme le nom l'indique, dans des zones reconnues à plusieurs signes: le bouillonnement de la surface du aux mouvements des thons lors de leurs chasses aux sardines ; le claquement du sillage de thons dans les vagues ; des surfaces de la mer qui ressemblent à tâches d'huile, le banc de thons serrés en surface freinant le clapot de la mer.
Élevage
L'élevage de thon se développe même s'il s'agit en fait d'engraisser des poissons collectés lors des saisons de pêche pour ensuite les vendre sur le marché japonais. Ce sont les Japonais qui ont réalisé le premier pas en essayant l’engraissement de thon rouge il y a plus d’une vingtaine d’années. Les thons "de plus en plus juvéniles"(reproche adressé par le Syndicat des Thoniers Méditerranéens présidé par le Français Mourad Kahoul), sont capturés puis installés dans des cages circulaires de 200 000 m3 et nourris avec des poissons fourrages (sardines, maquereaux). Les jeunes thons ont des performances d'engraissement importantes avec une croissance de 5 kg par mois au cours de l'été, jusqu’à ce qu’ils atteignent des poids de 30 à 70 kg. Ils sont maintenus dans des cages dont la densité est de 2 à 4 kg par m3. On rencontre ces fermes d'engraissement ("d'embouche") sur le pourtour du bassin méditerranéen : Citons à titre d’exemple : Espagne, Croatie, Malte, Maroc, Italie, Turquie, Chypre, Tunisie...
Sashimi: poisson cru
Sushi : poisson sur riz avec un peu de wasabi (moutarde assez relevée du pays du soleil levant)
Un suprême toro (la ventrèche du thon, à base d'huile d'olive, d'oignons) pourra atterrir dans certaines assiettes à 450 € le kilo et un excellent maguro (le cœur du filet) à 230 €...
International Commission for the Conservation of Atlantic Tunas (ICCAT)
IUU : Illegal, Unregulated and Unreported Fishing (INN : Pêche Illégale, Non déclarée, Non réglementée)

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