Tourism@ & ILTM : deux concepts-tendances pour une nouvelle vision du voyage

Par Dominique Thibault

Ces deux salons dédiés aux professionnels de l’industrie du tourisme qui se tiennent chaque année, début décembre à Cannes, se distinguent par leurs thématiques spécifiques : le 1er est spécialisé dans le e-tourisme, le second est voué au tourisme de luxe. Ils ont en commun, une réussite croissante sur l’international, témoignant de l’engouement de la sphère loisirs à travers le monde.

La 7ème édition de Tourism@ 2006, manifestation co-organisée le 5 décembre par la Chambre de Commerce et d’Industrie Nice Côte d’Azur et l’Association Telecom Valley qui regroupe l’ensemble des entreprises high tech des Alpes-Maritimes se positionne comme un véritable observatoire et la vitrine technologique internationale des technologies de pointe dans le secteur du tourisme développées par des grands groupes (IBM, Amadeus, France Telecom…) et des start-ups innovantes. Agences de voyages, hôteliers, offices de tourisme et institutionnels peuvent ainsi découvrir les derniers outils lancés sur le marché à usage de leurs clients internautes et suivre l’évolution des usages. Un salon visionnaire qui permet aux voyagistes à travers ateliers, conférences et démonstrations sur les stands de mieux appréhender les profils et besoins des consommateurs de demain.
Alors, quid des nouvelles tendances dans le secteur à forte valeur ajoutée des nouvelles technologies ? 2006 est marquée par la fièvre Internet qui a gagné tous les secteurs professionnels. La généralisation de l’ADSL des informations touristiques géolocalisées sur les mobiles bouleversent la communication électronique de forme parlée à la fois en temps réel ou différé. La destination doit dès les premiers clics « inviter au voyage » et convaincre professionnels et grand public. En Europe occidentale, ce sont ainsi 142 millions de personnes qui ont préparé leur voyage en ligne et 87 millions qui ont réservé sur Internet au moins une prestation de leur séjour en 2005. Selon une étude réalisée par le cabinet Guy Raffour interactif en janvier 2006 auprès de 1000 personnes représentatives de la population française pour évaluer l’impact du e-tourisme, 5,7 millions de français contre 3,9 millions en 2004 ont préparé l’an passé leurs séjours touristiques exclusivement sur Internet, soit un montant de 3,5 milliards d'euros de ventes en ligne. La tendance générale d'une plus grande confiance dans le e-commerce et la croissance du nombre de cyberacheteurs expliquent ce volume d'affaires en hausse. La progression des réservations en ligne est d’autre part justifiée par l'accroissement des ventes directes des acteurs touristiques, proposant de l'hébergement, des activités de loisirs, du transport. Depuis 2005, les offres thématisées et désaisonnalisées, autour d'un événement culturel, ou d'une fête comme la Saint-Valentin, se substituent progressivement à l'approche traditionnelle haute et basse saison. Désormais, les consommateurs prennent trois semaines de vacances l'été, réparties entre une semaine dans la famille ou chez des amis, une autre dans un séjour sportif et quelques jours dans une destination culturelle.
Un tournant décisif pour l’industrie du voyage.

L’avènement des e-services sur mobiles

Tourism@ 2006 a révélé la prééminence des services de géolocalisation, niche porteuse vers laquelle s’est engouffré le géant américain Google, présent à Tourism@ qui se classe au 1er rang mondial des métamoteurs de recherche sur le Net. Désireux de renforcer son leadership, il multiplie le lancement de logiciels : Google Earth, basé sur les archives du National Geographics, qui offre une vue en trois dimensions de la terre sous toutes ses coutures, Google Maps, service gratuit de cartes géographiques et de plans en ligne, qui permet, à partir de l'échelle d'un pays, d'agrandir un quartier précis à l'échelle d'une rue, Reservemycom qui permet aux voyageurs de sélectionner avec précision l'hôtel qui convient le mieux à leurs besoins, sans compter le système de réservations de voyages qui met en contact les internautes et les agences de voyages en ligne et enfin son dernier bébé pour cellulaire, le Google local for Mobile (GLM). On assiste également à l’explosion de guides multimédias pour tous types de publics : GPS pour conducteurs avec ViaMichelin avec base de contenus pan-européenne (cartes routières, itinéraires gastronomiques) « on-line et off-line », B2B et B2C », ordinateurs de poche, équipé d’un récepteur GPS piéton et doté d’une base de données urbaines (soit 1400 fiches d’information cliquables) pour faciliter les visites et permettre de mieux profiter de leur patrimoine « l’esprit libre » (Taocity). A l’honneur particulièrement également les audioguides multilingues à synthèse vocale favorisant l’accessibilité pour tous. Citons Readspeaker Podcaster, 1ère application européenne en mode ASP qui permet de convertir automatiquement les fils RSS en podcasts grâce à des synthèses vocales de dernière génération et le guidage des personnes handicapées en ville grâce au spatioguide européen de l’Association Accès Cible Production. Les métropoles sont désormais modélisées en 3D (l’Israélien Geosim) pour permettre aux touristes de mieux préparer leur séjour en repérant les lieux et les monuments qu’ils souhaitent visiter. Les parcours culturels virtuels peuvent s’effectuer de façon ludique à partir de jeux d’énigmes via portables, PDA, smart phone (Enigm@ tour). Une révolution technologique marquée également par l’approche du Web 2.0 qui privilégie les échanges directs communautaires au succès grandissant comme l’en atteste la société lauréate : Mobile Signal.

Mobil Signal, Lauréat Tourism@ 2006

Mobile Signal, basée à Londres, Grand Prix de l’Innovation Technologique. a séduit le jury de Tourism@ 2006, par le caractère particulièrement innovant de sa solution qui combine une technologie pointue (intelligence artificielle, plate-forme distribuée, etc.) et une recherche sociologique avancée basée sur des analyses comportementales sociétales affinées associées au tourisme et au monde du voyage. Mobile Signal a développé une technologie révolutionnaire : « Travel Signal® ». Simple d’utilisation et d’accès sur le web via mobiles à partir des sites du tour opérateur ou de l’agence organisatrice, elle permet ainsi à tout voyageur de préparer son voyage en amont. Dès sa réservation, puis sur place, ce dernier peut ainsi visualiser tous ceux qui seront sur le même vol touristique ou business susceptibles de partager à l’arrivée loisirs et intérêts professionnels. Contacts et échanges sont initialisés par un simple SMS. Accessible à tous les professionnels du tourisme, elle est totalement personnalisable. «Notre technologie est «plug-in», explique Dan J.Ake, CEO de Mobil Signal. Elle s’adapte aux besoins de n’importe quel voyagiste en quelques heures. Elle est connectée à des plateformes de réservations informatiques aussi sophistiquées que celles d’une compagnie aérienne ou d’Amadeus. Dans quelques mois, quand vous réserverez un vol, si vous demandez à utiliser votre Travel Signal, on vous demandera si vous désirez être placé à côté d’un golfeur émérite ou un passionné des civilisations anciennes comme vous. Pendant son voyage, l’homme d’affaires pourra ainsi activer son Signal professionnel le lundi matin lors d’une conférence, son Signal passion pour découvrir des personnes partageant ses hobbies, le mardi soir en arrivant au club de gym, le mercredi soir dans le train en rentrant chez lui. Contrairement à nos tendances individualistes actuelles, selon l’avis des experts, notamment l’éminent professeur en sociologie à la Sorbonne, Michel Mafesolli, qui nous conseille, l’avenir à court terme promet le grand retour des socio-groupes et rapprochements par affinités. Ce Trophée est un réel encouragement pour le déploiement de notre solution disponible en France.»


Course à l’innovation technologique : les industriels s’adaptent

L’association Telecom Valley, sous l’impulsion de son Vice-Président, Jacques Gros, initiateur du projet m-Tourisme® breveté en 2005 et labellisé pôle de « Solutions Communicantes Sécurisées » (SCS) annonce en 2007, la création d’un laboratoire des usages pour tester, créer, développer de nouvelles utilisations dans les métiers du tourisme s’appuyant sur les nouvelles technologies, au sein du site d’IBM la Gaude. Le groupe vient par ailleurs de lancer la TV sur Mobiles intégrant la technologie "broadband" sur les téléphones cellulaires. Ses solutions permettent ainsi aux agences de voyage de fournir un contenu attractif, animé et personnalisé à leurs clients. France Télécom de son côté capte les touristes sur Internet en amont et propose un large éventail de e-services fédérant, grâce à Haut Débit mobile et notamment à « Mobivisit », véritable guide de voyage sur réseau mobile les contenus de proximité, les informations temps réel, événementielles et logistiques. Le Système d’information et centrale de réservation d’Amadeus, utilisé par près de 79 500 agences de voyages, et plus de 25 900 bureaux de vente de compagnies aériennes et « low cost » avec billetterie électronique dans plus de 217 marchés à travers le monde, confirme son leadership mondial. Son moteur de recherche ultraperformant offre en quasi temps réel une liste de tarifs très exhaustive. « Notre vision prospective est celle d’un voyageur connecté en permanence, confirme François Laburthe, Directeur de la Division « Operational Research & Innovation » pouvant à tout instant être mis en relation avec quelques acteurs cherchant à lui rendre son voyage plus simple, plus agréable, plus riche tout en étant très sourcilleux de la confidentialité de ses données. Notre objectif prioritaire dès 2007 va être de changer de génération de systèmes centraux (en basculant des gros serveurs propriétaires à des systèmes ouverts sur des PC linux banalisés), de développer de nouveaux produits à destination de l’ensemble des acteurs de l’industrie du voyage et du tourisme et d’offrir à l’ensemble des utilisateurs via le terminal mobile, un accompagnement personnalisé tout au long du voyage. ». On pourrait aussi imaginer une offre affinée et complétée par les services mobiles personnalisés dédiés aux compagnies aériennes et à usage de leurs clients-voyageurs développés par le Grand Prix Tourism@ dans la catégorie Meilleure utilisation des technologies : l’Italien 01 Design. Ce dernier propose un large éventail d’informations actualisées grâce à des systèmes de gestion de contenus : tableau des vols avec identification des compagnies, réservation ou annulation via SMS ou technologie Wap, offres spéciales, enregistrement, m-magazine et TV news de la compagnie aérienne...

Les institutionnels rattrapent leur retard

L’Amérique latine, très présente cette année avec le Canada a pu démontrer également son savoir-faire à travers des actions exemplaires. Le Ministère du Brésil a développé un système d’information fiable et efficace à usage des touristes pour les sécuriser grâce à son logiciel “Cadastur » qui recense, classifie et contrôle tout type d’information touristique : agences de voyages, hôtels, organismes de transports, salons et manifestations, écoles spécialisées dans le tourisme, guides, tour opérators, prestataires de services spécialisés. Ce système est mis en œuvre dans 27 départements et rassemble dans sa phase pilote 350.000 inscrits. Grâce à sa plateforme J2EE et son architecture ouverte, son actualisation est aisée et peu coûteuse.
Au plan régional, le Parc National du Mercantour donne le ton en lançant en avant-première mondiale lors du salon Tourism@ son site Internet en modélisation numérique 3D qui permet de visualiser un survol virtuel du parc. L’Italie voisine devrait s’inspirer de son modèle.
La CCI Nice Côte d’Azur met également de son côté en oeuvre avec ses partenaires, les outils innovants nécessaires pour accompagner les professionnels azuréens de l’industrie touristique. Outre la création « du « French Riviera Cruise Club » pour mieux promouvoir et accueillir les croisiéristes, marché particulièrement dynamique, elle affine pour cette clientèle un système de réservation en ligne et finalise la mise en place d’une centrale de réservation pour une gestion portuaire optimisée dans le secteur de la plaisance, à l’image du système SYREN développé par la société varoise nominée : Insilio.

ILTM : le luxe fait son show

Aux antipodes de la fébrilité de Tourism@, ambiance chic et feutrée au Palais des Festivals où ILTM (International Luxury Market) tient son salon pour la 5ème année consécutive.
Les plus grands acheteurs dans le domaine des loisirs de luxe viennent y rencontrer les plus grands organisateurs et fournisseurs de voyages et séjours à la carte à travers le monde.
Près de 280 exposants (palaces et destinations lointaines) et 2000 acheteurs représentant les TO internationaux les plus importants, venus de 64 pays ont répondu présents et se sont avérés enchantés par la qualité et le nombre des contacts préprogrammés durant 3 jours par l’organisateur Reed Exibit (du 5 au 7 décembre). Là, tout n’est que faste, exotisme et exclusivité ! L’inédit est de mise, l’aventure encadrée. Car chacun ne vise que la clientèle à fort pouvoir d’achat, soit un segment étroit de 3% de grandes fortunes mondiales qui contribuent néanmoins à 20% des dépenses somptuaires réalisées dans les complexes hôteliers de luxe implantées dans des endroits de rêve aux quatre coins de la planète. Parmi les produits haut de gamme inédits proposés, on trouve aussi bien un circuit en Ferrari de Rome à Florence, exclusivité de l’agence Red Travel (prix confidentiel), des séjours thalasso aux soins complets en vinothérapie (Afrique du Sud), week-end personnalisé à New York en jet privé pour la modique somme de 80 000 €, immersion dans des hôtels subaquatiques à Dubaï, dans la même veine, une île à louer pour les « people » fuyant les paparazzis ou plus raisonnable (à 9300 € ) mais tout aussi mythique, une lune de miel en Orient-Express jusqu’à Venise. Le Tourisme de luxe affiche une santé florissante...
Et, si en toile de fond, le leader européen TUI, en raison d’une gestion chaotique (perte nette en 2006 d’environ 1 milliard d’euros), se voit contraint de supprimer 3600 emplois dans sa division tourisme (2.600 en Grande-Bretagne, 400 en Allemagne et 200 en France au sein notamment de Corsair) pour redresser la barre, il n’en relance pas moins l’optimisme. Le groupe prévoit ainsi de créer en parallèle 3.300 emplois dans les hôtels, les compagnies aériennes et les sites de tourisme et renfloue sa filiale française Nouvelles Frontières à hauteur de 160 millions d'euros afin d’éponger une perte d'exploitation de l'ordre de 30 à 40 millions d'euros. Le groupe va parallèlement céder des actifs pour réduire sa dette : un terminal portuaire à Montréal au Canada, un petit navire détenu par CP Ships et "des actifs immobiliers non nécessaires à l'exploitation". Le groupe chiffre le potentiel de liquidités global à 1 milliard d'euros, ce qui lui permettrait d’entériner sa commande de 65 appareils, d’une valeur de 2 milliards d’euros, à l’avionneur américain Boeing...
Bref, à l’exception de naufrages passagers, le secteur tourisme a plus que jamais le vent en poupe…


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