Moins de lourdeur et beaucoup d’efficacité, c’est le mot d’ordre à la CCI du Var

 


Le Var est en train de jouer une grande partie économique en prenant à bras le corps un challenge que Toulon sa capitale va devoir assumer. En effet, à l’aube d’un développement important de ses activités maritimes, marchande, de fret et de plaisance, Toulon va être le phare central de la concertation et de la réalisation, scientifique, industrielle et technologique. En effet, en accueillant le prodigieux «Pôle de Compétitivité Mer », celle qui a bâti sa force avec la mer à la grande époque de la marine « Royale » et de ses arsenaux, qui fut il n’y a pas si longtemps lâchement abandonnée par cette flotte guerrière à qui elle avait tout donné, vient comme un gerfaut de reprendre son vol vers le soleil. Partisan de ce pertinent remue ménage, Jacques Bianchi, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Var, nous a reçu pour nous en dire plus…

 

ASI : La première question, pour une Chambre de Commerce ayant les responsabilités d’un bord de mer important, concerne tout naturellement les activités qui en découlent : Le port marchand et le cabotage mis en place il y a près de deux ans maintenant.

Jacques Bianchi : Le port de commerce, Brégaillon et les autoroutes de la mer, Toulon – Civitavecchia Rome et vice versa et les ports de plaisances, sont nos trois activités portuaires. A partir du 1er janvier 2007, la loi de décentralisation a été appliquée et l’Etat a transféré ses compétences au Conseil Général du Var. Celui-ci devient donc concédant des ports de commerce et de plaisance du Var et la Chambre de Commerce reste concessionnaire des attributions qu’elle avait déjà, et elle a demandé au Conseil Général de reprendre la gestion directe de Porquerolles. Cette décision nous permet de nous concentrer sur ce que nous pouvons faire bien en nous enlevant les soucis afférents à un port îlien, le transport, les parking et autres activités étant déjà gérées par le Conseil Général du Var, le port entre dans la même démarche. En ce qui concerne le port de commerce, nous avons maintenant une activité intéressante, nous arrivons à environ un million de tonnes de fret en 2006, et nous comptons le développer. Nous avons une ligne Toulon Civitavecchia – Rome qui marche très bien, elle a encore de la marge pour s’améliorer, notamment avec notre client GEFCO, qui transporte beaucoup de véhicules automobiles. Nous pensons actuellement à la création d’une autre ligne, et nous mettons une étude en route sur le trajet Toulon – Barcelone dans le même temps; nous essayons de créer des relations vers le Maghreb pour donner une activité complémentaire au port de commerce et nous faisons beaucoup d’efforts pour dynamiser notre port passager.

ASI : En ce qui concerne la ligne Toulon – Civitavecchia – Rome, est ce que les objectifs envisagés et annoncés lors de l’inauguration de cette voie maritime ont été tenu et y a-t-il encore une progression possible de ce trafic ?

J Bianchi : Une bonne possibilité de progression dans un laps de temps assez court pourrait se faire. Sur cette ligne, la compagnie et la Chambre de Commerce avaient des objectifs que nous approchons actuellement, mais ce n’est pas encore suffisant. Nous sommes surpris par le fait qu’il y a plus de passagers et de voitures qui empruntent cette ligne, tant à l’aller qu’au retour, que de camions. Nous en espérions plus… Cela commence, mais c’est plus long que prévu. Par contre, je pense que si nous atteignons cet objectif, il faudra un autre bateau pour transporter les passagers et les voitures.

ASI : La compagnie fait-elle les efforts nécessaires pour attirer les camions, car vu de l’extérieur, on a l’impression qu’il n’y a pas grand-chose qui est fait pour que cela se sache ?

J Bianchi : Cela se sait, mais le monde des transporteurs est un monde plus fermé, la relation se fait directement avec ces professionnels de la route et les donneurs d’ordres. La différence par rapport à l’Italie réside dans le fait qu’en France, il y a beaucoup de grandes compagnies de transport, avec des chauffeurs, et une réglementation adaptée sur les temps d’arrêts et de travail ; dans ce contexte ce type de cheminement embarqué n’est pas usuel pour l’instant. Chez les transalpins, par contre, il y a plus d’artisans, et pour celui-ci, venir en bateau pour économiser 13 heures de route, c’est évident car il conduit lui-même son camion. Le mouvement peine à se développer, mais finira par prendre plus d’ampleur. Par contre il n’y a pas beaucoup de transporteurs étrangers qui prennent ce ferry, car venant d’Angleterre ou du Nord, ils passent plus facilement par Turin. C’est une autre relation, tout comme une ligne sur Gènes ne tiendrait pas car c’est trop près. La ligne sur Civitavecchia est très intéressante ; elle permet d’aller directement dans la péninsule italienne et même en Grèce, car il y a un autre RO/RO (cheminement de matériel roulant) à destination. Il est vrai que si nous avions la possibilité d’avoir un Barcelone – Toulon allié à la ligne actuelle, cela serait très intéressant et très intelligent. D’ailleurs, Claude Orfila, président de la Commission Maritime de la Chambre de Commerce, vous répondrait que nous sommes en train de lancer l’étude de faisabilité vers Barcelone dès maintenant.

ASI : Nous en venons sur les implantations économiques, où la difficulté de trouver des terrains paraissait insupportable, qu’en est-il maintenant ? Et qu’elle est la situation réelle de l’implantation sur le territoire varois ?

J Bianchi : Les zones que nous avons aménagées sont saturées, il n’y a plus de place. Nous avons à la disposition d’investisseurs, Signes, où il y a des hectares à développer, chaque fois que l’on peut aménager. Mais nous avons un problème d’accès, et il faudrait que nous nous penchions avec beaucoup plus de détail pour le solutionner par un axe pouvant rejoindre La Ciotat au carrefour du Camp. Il faut pour cela une volonté régionale et si un jour nous arrivons à avoir cet axe, cela permettra un développement sérieux de la zone et une sécurisation de tous les villages traversés, Cuges ou le Beausset. Cela donnerait en plus, une possibilité, en contournant Signes, d’avoir un barreau permettant de rejoindre Brignoles avec une facilité remarquable. C’est, à mon avis, une nécessité de développement économique et urbaine.

ASI : Mais où est le frein dans cette opération qui paraît vitale pour le développement du territoire et de l’emploi ?

J Bianchi : Je pense que cela freine parce que nous n’avons pas tous réfléchi, mais nous sommes en train de repartir sur le sujet. Maintenant avec la décentralisation et la volonté du président du Conseil Général du Var, du président de TPM (Toulon Provence Méditerranée) et maire de Toulon, Hubert Falco, nous sommes dans la volonté partenariale de faire avancer les choses, surtout, comme vous le faisiez remarquer, Signes est le seul lieu géographiquement correct de développement d’industries ou d’entreprises dans la région. Il y a quelques zones qui se font, au Capitou à Fréjus/St Raphaël, où nous participons avec la communauté d’agglomération, cela se passe bien, mais c’est vite complet. Cela dit, le prix du terrain reste cher pour les entreprises.

ASI : Justement, le Conseil Général devait prendre des dispositions pour récupérer des terrains qu’il aurait pu céder à moindre prix, est ce qu’il y a eu une suite donnée à ce projet, en admettant qu’il soit réalisable sans trop de contraintes ?

J Bianchi : Cela a été fait. Les terrains de Six Fours, de La Farlède, tout est déjà occupé. Cela s’est développé à une vitesse faramineuse. En cinq, six ans, Six Fours a été transformé totalement. Nous discutons actuellement sur Signes et TPM a entrepris des réserves foncières sur l’ouest de Toulon, vers Ollioules et la Cagnarde, en prévision des besoins afférents au développement du pôle mer… Mais il nous manque des terrains, c’est sur…

ASI : Qu’en est-il de certains projets de technopole, qui n‘ont finalement pas vu le jour et dont on reparle aujourd’hui ?

J Bianchi : Il y a longtemps, et effectivement cela n’a pas abouti. Maintenant par contre, il y a deux volontés : Une, de technopole de hautes technologies en train de se créer, une à Sanary, avec des réserves foncières faites par la mairie de Sanary, qui devrait voir le jour vers 2009. Une deuxième dans les plaines de la Crau, pour créer des structures de développement et surtout, ce qui est sur, car il faut parler de certitude, c’est la création du Pôle Compétitivité Mer pour lequel, dans quelques semaines ou quelques mois il y aura la pose d’une première pierre sur Ollioules. C’est une très bonne chose pour la région en général, car cela va de Nice jusqu’à Marseille, avec un lien direct vers Brest.

ASI : Effectivement ce pôle mer est d’importance, mais il va aussi demander beaucoup d’investissements, privé et institutionnel, de la surface et certainement pas mal d’autres choses. Il est promis à un développement rapide sur une dizaine d’années dans un premier temps, avec des collaborations internationales qui ne manqueront pas de se mettre en place et perturberont certainement les habitudes. Comment appréhendez-vous ce phénomène et quelle est votre vision de cet avenir ?

J Bianchi : Sachez tout d’abord, que les pôles de compétitivité ne sont qu’une addition d’entreprises déjà existantes. Ensuite, il y a le pôle de travail. Pour cela, il y a une réserve foncière qui a été faite sur Toulon par TPM (Toulon Provence Méditerranée), sur 60 hectares environ, en prévision, ce qui me semble largement suffisant. Je ne sais pas exactement ce qui va se passer, mais nous, nous avons les Universités dans ce pôle de compétitivités, elles existent, Sophia Antipolis, ça existe, les Universités d’Aix Marseille, existent aussi. Nous sommes armés pour répondre aux besoins de ce pôle. Le Pôle Mer sera un phare basé sur toutes les activités maritimes, aussi bien pour la sécurité, que pour l’étude, les ressources et autres, c’est ça qui se fait, avec beaucoup plus de complexité et d’ouverture. Le Var est aujourd’hui dans une position très positive et je veux insister là-dessus, car nous avons beaucoup d’atouts. Certes, nous avons toujours eu beaucoup d’atouts, mais nous n’avions pas réussi à les mettre vraiment en exergue, comme nous le faisons actuellement. Aujourd’hui, il y a une volonté commune régionale et les connotations politiques sont totalement effacées pour laisser place à l’intérêt général. Le Var existe, il fonctionne bien, il a une très belle image et aujourd’hui cela réapparaît. Hier je discutais avec le Président de la Région et il disait que les investissements qui seront fait sur le Var seront important, parce que le Var est actuellement un département majeur dans l’hexagone. Le fait que nous travaillons en parfait partenariat dans le département, arrange bien les choses. Nous sommes un des seuls départements où Conseil Général, Communauté d’Agglomération, Chambre de Commerce, Chambre des Métiers, Chambre d’Agriculture, Union Patronale, vont tous ensemble dans la même direction avec la même volonté. C’est certainement ce qui nous fait passer la vitesse supérieure et aller plus vite, par rapport au passé.

ASI : Est-ce que l’action internationale est bien présente dans le département ?

J Bianchi : Le Var ne peut pas tout faire. Mais lorsque l’on parle de la France dans le monde entier, on s’aperçoit malgré tout que nous sommes le premier département touristique de France, il ne faut pas l’oublier. L’action internationale est déjà présente, mais au niveau industrie ou au niveau échange économique, elle est faible car nous n’avons pas d’industrie. Comment voulez-vous que nous échangions au niveau international ? Par contre tous les partenaires ont une volonté importante, d’avoir des ouvertures sur le Maghreb et sur la Méditerranée, c’est une action internationale. Nous avons une volonté d’échange, économique, universitaire, de fret par le port, de développement, de formation, avec des pays émergents, qui bientôt vont faire partie intégrante de nos relations quotidiennes. D’une autre manière, nous avons la volonté d’ouvrir des lignes aériennes, comme celle de Londres que nous avons déjà. Qui aurait pensé il y a vingt ans que Toulon serait ouvert à l’international au niveau aérien, pas grand monde je pense. Nous sommes en pleine démarche, nous avons déjà Rome en liaison hebdomadaire ou même trois fois dans la semaine avec des passagers, des camions et du fret. Si nous arrivons à ouvrir un peu sur le Maghreb en aérien et en maritime, le Var sera encore plus international.

ASI : Avec l’aéroport vous avez certainement une carte à jouer, notamment parce que Nice sera plus ou moins saturé à moyen terme. Pensez-vous que cela puisse vous apporter une bonne fréquentation de vos pistes ?

J Bianchi : Au niveau faisabilité ou au niveau créneau, Toulon a la possibilité de se développer. Toutes les études démontrent que d’ici quelques années Toulon aura plus d’un million de passagers. Notre but c’est d’y arriver au million de passagers pour trouver un équilibre certain ; à première vue nous en sommes à 750.000 voyageurs pour 2006. Nous avons, nos partenaires et nous, la détermination de créer au moins une ligne internationale par an, qu’elle soit low cost ou pas, même si nous sommes pour les low cost et pensons que c’est une bonne chose. Nous souhaiterions ouvrir une ligne sur la Corse, car nous avons une grosse demande, ainsi que des lignes transversales sur la France. Nous aurons bientôt Bordeaux, Brest, nous pourrions avoir Genève, d’autres lignes pourraient suivre.

ASI : Vous avez mis en place, entre Euromed Marseille, anciennement Ecole Supérieure de Commerce, et l’Ecole Supérieure de Commerce de Toulon et l’Ecole de Design, une collaboration visant à rassembler les compétences. Comment ressentez vous ce partenariat ?

J Bianchi : Je crois qu’il est très intelligent que nos écoles se rapprochent ; Euromed Marseille est pour nous l’image merveilleuse de ce qui se passe en France, ils ont su vraiment recentrer leur école de commerce. Nous, nous avons la chance d’avoir des spécificités, aussi bien par l’Ecole Supérieure de Commerce de Toulon que par l’Ecole de Design, à apporter à Euromed qui en contre partie nous apporte son image. Nous avons une complémentarité à proposer aux futurs étudiants et pourquoi pas, à nos enfants. Le panel de proposition mis à leur disposition en sera d’autant plus intéressant. J’insiste sur une chose, cela s’appellera « Euromed Toulon » car on est fier de cette appellation, car nous avons repris la fierté, un moment délaissé, d’être Toulonnais.

ASI : Vous avez encore un mandat de trois ans, quel sera votre objectif jusqu’à ce terme ?

J Bianchi : Modernisation de nos structures et de nos infrastructures. Volonté d’aller vers l’efficacité, vers la simplification et la réactivité pour nos ressortissants. Nous voulons moderniser à tout prix la Chambre de Commerce et d’Industrie du Var.
Moins de lourdeur et de l’Efficacité, encore de l’Efficacité toujours de l’Efficacité.

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