Le Musée du Terroir Marseillais :
la Provence à l’honneur

Par Julie Verdiers

A une heure du centre de Marseille, à Château Gombert, le Musée du Terroir marseillais réserve une agréable surprise autour du patrimoine des arts et des traditions populaires provençales. Son emplacement timide, sa façade ordinaire à l’ombre des arbres d’une petite place dans le village cachent des trésors dont le joyau actuel est l’exposition temporaire sur les vêtements provençaux féminins du 17ème et 18ème siècles jusqu’à fin 2007.


 


Le témoin d’un passé très présent

En digne héritier du maître Alphonse Daudet, Julien Pignol a laissé parler sa passion de collectionneur pour les objets d’antan pour ériger sa bastide, à la hauteur de ses rêves et de son amour pour la tradition provençale. Lorsque Julien Pignol s’éteignit, il léga cette demeure au village. Depuis, devenue un lieu d’attachement et de mémoire où perdure l’art de vivre provençal, cette place a été transformée en galerie où sont exposées des collections et des œuvres qui restent gravées dans les mémoires.
De cet endroit se dégage une émotion que partage les visiteurs, en découvrant un bout du passé dans ce lieu captivant, empli de toute la tradition qu’il renferme. Comment ne pas avoir envie de s’attarder devant ce repas de Noël d’une époque enfuie, à côté de cette famille traditionnelle où le « papé », figure emblématique de la famille, dominant la tablée fièrement, revit. Ce personnage qui observe d’un regard protecteur sa tribu incarne les fondations de la famille : Grand-Père, l’homme de moralité, au sourire chaleureux et bienveillant, complice des facéties de notre enfance. Le rappel de ces moments intemporels de tendresse, le feu de la cheminée et les rires des enfants… Que de souvenirs accourent devant cette tablée familiale et nous ramènent à un temps révolu, mais si doux, par ces preuves d’affection qui nous ont construit.
Comment ne pas être transporté dans un monde antérieur et vivre avec eux ce moment de partage ? Lorsque l’on découvre cette salle ornée d’une cheminée où prône l’adage latin du fondateur de cette maison : « Labor improbus omnia vincit » (Avec le travail et l’opiniâtreté on arrive à tout), on ne résiste pas aux remous des souvenirs et on se laisse submerger par une vague de mélancolie d’une histoire ancestrale menée par la houle des 13 desserts de la flamme calendale, sans oublier l’esprit charitable du couvert pour le pauvre, insufflé par la tradition. C’est un lieu de vie, de repères, d’objets du passé qui se perpétuent d’années en années où s’entremêlent réalité et illusion pour des visiteurs désireux de basculer dans un monde de rêve et se laisser aller à la nostalgie en voyageant dans un monde disparu. Véritable machine à remonter le temps, cet endroit regorge de trésors anciens qui nous transportent loin de notre quotidien si matérialiste.
Les jouets des enfants, les coiffes de chaque femme, symbole de reconnaissance sociale, le garde-manger ou encore la cuisine, appelée en provençal « la gatouille »… Tout donne envie de revivre cette instantanée couleur sépia. L’image floue de ces gens, qui nous sont inconnus mais qui nous ressemblent tant, nous invite dans leur vie passée pour un moment d’évasion. En ouvrant une majestueuse porte de l’époque de Louis XIV, le songe se poursuit sur un univers qui nous fait voyager à travers les siècles. Ce portail fait œuvre de passage temporel qui nous amène au temps de la Renaissance par la collection de toilettes féminines illuminée par les faisceaux de cristal d’un lustre Napoléon III.
On se demande, alors, quelle belle inconnue a porté ce boutis ou cette Indienne, transportée sur les galères de Louis XIV depuis les Indes. On imagine vivre une des aventures de ces dames portant ces robes de Cendrillon, dans lesquelles elles attendaient ardemment leur prince charmant, comme si on tournait les pages d’un vieux livre. On songe à ces jeunes filles imaginaires, mais si réelles à nos yeux, comme on fantasmait sur des héroïnes épiques- femmes fatales, fragiles, combatives, amoureuses, fortes, qui ont modelé notre idéal féminin, idéal que l’on désire atteindre tout au long de notre vie sans jamais y parvenir.

Une attractivité grandissante

Grâce aux donations généreuses du village, attaché aux richesses du passé, le musée est en quête de notoriété. Pour ravir les visiteurs aguerris des merveilles du passé provençal, la visite est enrichie par la perspective d’un repas typiquement provençal qui, par un simple coup d’œil sur le menu, invite nos papilles vers une des tables de ce chaleureux restaurant. Des chambres d’hôtes, décorées dans le style provençal, sont mises à disposition des visiteurs pour poursuivre le rêve et plonger au cœur de la Provence.
Répertorié dans les guides, il ouvre aussi ses portes à des collégiens et des touristes étrangers en soif d’apprendre l’art de vivre marseillais et attirés par cette exposition des vêtements féminins par laquelle ils se remémorent Marie-Antoinette.
Il tend à devenir attractif par les activités et les animations proposées, notamment les cours de cuisine, dont la préparation des fameux « pieds paquets », les cours de provençal, de faïences, les ateliers de santons…Tout un programme pour se plonger dans ce monde et s’initier à des coutumes qui ont traversé les siècles sans aucune ride.
De nombreux aménagements de l’extérieur sont à prévoir : la construction d’un théâtre de verdure pour exposer des instruments agraires et un projet d’exposition d’art sacré. Le but est de valoriser le site mis en lumière par la chaîne du Massif de l’Etoile, qui donne un aspect naturel et original à ce musée, en amenant le visiteur à s’ouvrir vers d’autres perspectives et d’autres mondes. Mais surtout, d’embellir une tradition déjà riche et révéler la sincérité de ce musée qui nous remémore une période malheureusement oublié.
Espérons qu’un mécène s’attardera devant ce musée captivant et envoûtant pour l’aider à développer son authenticité.

 

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