L'industrie innovante en Europe : quelles stratégies ?
Grenoble ouvre la voie aux PME françaises

Par Philippe LEGER

L'innovation technologique est la clé de la compétitivité économique et du développement durable dans les pays industrialisés. Mais qui décide de l'innovation ? « C'est le marché !», se sont écriés en choeur les participants de la table ronde du 10e Forum 4i qui s'est déroulé à Grenoble le jeudi 24 avril 2007 sur le thème « l'industrie en Europe : quelles stratégies ? » Le Forum 4i, porté par la Ville de Grenoble, est aujourd'hui une référence forte au niveau  européen.

« C'est le marché qui décide de l'innovation. Vous pouvez développer le produit le plus magnifique, le plus innovant... mais si vous ne le vendez pas, ça ne sert à rien ! » lance d'entrée de jeu Michel Vieillefosse, directeur du Secrétariat d'Eureka, à la table ronde du Forum 4i.  Autour de lui, les participants acquiescent... Parmi ces éminentes personnalités, on reconnaît l'ancien ministre Edwige Avice, aujourd'hui directrice du BIPE, expert européen sur les questions de financement et de l'innovation. À l'échelle européenne, le Forum 4i est reconnu comme un lieu privilégié d'échanges sur la création et le développement des entreprises innovantes, il a pour spécificité de mettre directement en relation entreprises et financeurs. Les porteurs de projet bénéficient d'une information pointue et de conseils de première force, autant des partenaires, des investisseurs que de la part des spécialistes de la Direction Développement Economique, Innovation, Insertion, de la Ville de Grenoble.

Forum 4i : un technogratin dauphinois très apprécié

Cet intérêt pour les poules aux œufs d'or que sont les porteurs de projet, suffit-il à expliquer le succès du Forum 4i qui fête cette année son dixième anniversaire ? Ses organisateurs grenoblois peuvent aujourd'hui se targuer d'une incontestable réussite. Depuis la création en 1998 de cet évènement, (innovation - industrie - investissement – international), 141 projets ont été présentés au « Forum des Capitaux », une manifestation dans la manifestation. On compte 107 entreprises qui sont toujours en activités. Ce sont 1 500 emplois générés au total dont 1 100 sur le bassin grenoblois et près de 205 millions d'euros levés. Pour la Ville de Grenoble, c'est déjà un beau retour sur investissement !
Selon une étude menée cette année par des étudiants du Master Innovation de l'IAE de Grenoble, on constate que 91% des porteurs de projets sont « satisfaits à très satisfaits » après leur passage au Forum 4i. Pas moins de 78% des projets ont bénéficié de contacts profitables avec des investisseurs. On apprend de la même source que 75% des porteurs de projet n'auraient pas pu les rencontrer sans ce Congrès. Enfin, plus de la moitié des porteurs voient leurs projets valorisés après leur passage dans la manifestation. Le succès ne se dément pas. Année après année, porteurs et investisseurs sont toujours aussi gourmands ; c'est qu'ils en  redemandent, ces voraces, du technogratin dauphinois... surtout confectionné avec des oeufs d'or ! Mais quel est donc le secret de sa recette ?

Les Quatre temps forts du Forum 4i

Le Forum 4i du 10ème anniversaire a été ponctué par quatre temps forts : le « Forum des capitaux » a permis la rencontre entre porteurs de projets technologiques innovants et sociétés de capital-risque nationales et internationales. Sur le thème « l'industrie innovante en Europe: quelles stratégies ? » une table ronde a réuni  des personnalités du monde économique reconnues pour leur expérience, leur savoir-faire et la pertinence de leurs analyses. La vitrine technologique a présenté les dernières innovations techniques issues des laboratoires de recherche rhônalpins.
Et pour la première année, un Forum PME/technologies innovantes s'est tenu afin de favoriser les transferts de technologies des laboratoires / plates-formes technologiques vers les PME innovantes.
Même s'il est encore trop tôt pour connaître toutes les retombées économiques et financières de la 10ème édition du Forum 4i, on sait d'ores et déjà qu'elles seront bénéfices pour les porteurs de projets et les investisseurs… Et la Ville de Grenoble.

MicroOLED remporte le trophée « Forum 4i-Jean-Michel Lamure »

Au cours de la même journée, le Trophée 4i-Jean-Michel Lamure (en hommage au co-fondateur de Soitec décédé en 2006) a été attribué au projet jugé le plus innovant par plus de 60 investisseurs présents. Après avoir auditionné les porteurs de projets, les sociétés d'investissements ont pu juger de la qualité des projets présentés, en termes d’innovation technologique et de potentiel économique. C’est sur ces bases qu’ils ont décidé de la nomination du lauréat 2007.
A 13 H 30, Michel Destot, Maire de Grenoble et Edwige Avice, Expert européen, ont ainsi remis à Eric Marcellin-Dibon et Gunther Haas, créateurs de MicroOLED, ce prestigieux trophée. C’est pour les récipiendaires un encouragement, ainsi qu'une reconnaissance de leur savoir-faire et de leurs compétences, aux niveaux régional et national. Ce prix souligne également le dynamisme de la région Rhône-Alpes et son excellence en termes de recherche et d'innovation.
Les investisseurs ont distingué l'entreprise MicroOLED qui envisage de devenir un fournisseur de microdisplays à haute résolution et très faible consommation d’énergie pour les applications vidéo mobile. La technologie développée par cette société, permet d’obtenir une résolution jusqu’à 4 fois plus élevée que celle de ses concurrents, tout en ayant une consommation d’énergie 4 fois plus faible. Ces avantages déterminants sont issus de la technologie OLED unique (Organic Light Emitting Diode), développée par cette équipe et protégée par un important portefeuille de brevets. Ce type d’écran miniature est à ce jour principalement utilisé dans les viseurs de caméscopes et d’appareils photos numériques, mais de nouvelles applications grand public (lunettes pour vidéo mobile) ou professionnelles (médical, caméra, militaire) sont en cours de développement. Le potentiel de ce marché devient très attractif, car la technologie de MicroOled est unique et répond à une demande importante et en très forte croissance pour ces applications.

L'important : « Être réactif »

Retour à la table ronde qui a précédé la remise du Trophée.  Alors quelles sont les meilleures stratégies pour conquérir le marché grâce aux industries innovantes ? Pour Michel Vieillefosse, « Il faut arriver dans les premiers...  Après les autres, c'est trop tard ! Les prix commencent à dégringoler, vous ne pouvez plus rentabiliser votre investissement. Il est donc extrêmement important d'être réactif... On a développé un certain nombre de réseaux d'initiative avec un choix industriel ; on investit là où on est les meilleurs », a-t-il poursuivi, tout en faisant un pied de nez à la morosité ambiante, totalement inconnue à Grenoble mais qui existerait ailleurs, paraît-il, et qui s'affirmerait trop souvent de manière péremptoire par des « on est en retard sur tel pays ou tel autre ». Le directeur d'Eurêka s'en est donné à cœur joie de rappeler que la France est leader mondial dans un certain nombre de domaines , et non des moindres... Grâce à Eurêka. « On est leader dans la maison du futur... dans les télécommunications... Aujourd'hui, quand vous allez en Chine et que vous utilisez votre portable, vous n'utilisez pas une technologie américaine, vous utilisez une technologie GSM... et ça marche !  On est aussi leader mondial dans l'automobile, dans l'aéronautique, les cartes à puce… On a vendu 3 milliards de cartes à puce...  c'est pourtant le produit le plus individualisé qui existe (on y met votre nom et bien d'autres données dans votre propre langue) ; on espère en vendre 5 milliards dans les années qui viennent... »

La fusée Eurêka 

Lancée en 1985 à Hanovre (Allemagne) à la demande du président François Mitterrand, « Eurêka » est au départ une initiative intergouvernementale  qui a pour objectif de renforcer la compétitivité de l'industrie européenne. Depuis, Eurêka  vole de succès en succès, dans d'une économie mondialisée et dans les domaines les plus divers. Quand il évoque les réalisations, Michel Vieillefosse devient lyrique, soulève l'admiration de la salle. « Le navigateur que vous utilisez dans votre voiture, c'est un projet Eurêka, tout comme les composants de puissance utilisés dans le TGV ...  ou les effets spéciaux d'Harry Potter ! »  Il rappelle qu'aujourd'hui, les entreprises et les laboratoires de recherche, publics ou privés, de 37 États (les 30 membres de Espace Économique Européen, plus Croatie, Israël, Russie, San Marin, Serbie, Turquie, Ukraine) sont invités à proposer des projets de coopération, sur des thèmes et selon des partenariats de leur choix, pour mettre au point des produits, procédés ou services appelés à prendre place à terme sur le marché. Après une évaluation au sein des instances d'Eureka, dont fait partie la Commission européenne à part entière, les projets bénéficient d'un "label" qui permet d'accéder, dans la plupart des cas, à des soutiens financiers selon les procédures en vigueur dans les pays concernés. Chaque État peut financer ses ressortissants (aides jusqu'à 60% des frais éligibles). L'évaluation est synchronisée selon la même grille dans les pays participants. Accord sur le label et la décision finale en réunion européenne. L'instruction est rapide : 3 à 4 mois. Qui dit mieux ?

Établir  des liens entre le monde de la recherche et le monde industriel

Le point de vue exprimé par Michel Vieillefosse est conforté par Gérard Mézin, directeur général adjoint de Sogeti France (groupe Capgemini) qui précise : « Le marché guide, les industriels sont en général plus proches du marché, ils en donnent l'orientation... encore faut-il qu'ils soient liés à un aspect de la recherche, universitaire ou industrielle, pour répondre suffisamment vite. Seuls les investisseurs dont la technologie sera déjà prête à l'instant où le marché le demande pourront prendre les parts de marché. Quand on est leader mondial dans un certain nombre de domaine, pour ne pas se laisser dépasser, il faut absolument établir des liens entre le monde de la recherche et le monde industriel pour amener sans arrêt sur le marché, les outils, et les produits qui vont répondre à la demande. Et à l’heure actuelle les cycles sont de plus en plus courts ! »

Multiplier les ancrages

Comme les autres intervenants, Gérard Mézin s'interroge : « Est-ce que l'Europe représente une ouverture ? Faut évoluer vers une forme d'organisation européenne ?  Sa réponse est sans détour et remonte comme un uppercut : « On n'a pas le choix ! Pour des raisons de compétitivité, c'est un devoir que de posséder à la fois des ancrages locaux... comme le « technogratin dauphinois », un ancrage excellent et reconnu au niveau international, et des ancrages internationaux, aussi bien dans les pôles de recherche industrielle, universitaire, que dans les grands groupes et les PME. »

Aider les PME à frapper à la bonne porte

L'Europe accompagne le développement mais quels sont les dispositifs qui le favorisent ? Selon Michel Vieillefosse, « il existe le programme cadre de l'Union Européenne - une approche plutôt  top down » - donc avec des sujets parfaitement définis. Il  y a aussi le programme Eurêka.... et des pôles de compétitivité et des initiatives régionales... » N'en jetez plus ! La cour est pleine ! « Pour aider les PME à se retrouver dans ce maquis d’initiatives, pour que les gens frappent à la bonne porte, le plus rapidement possible, pour qu'ils ne perdent pas un temps fou à postuler à certains programmes alors qu'on sait dès le départ qu'ils n'ont aucune chance, il est urgent de dresser un panorama des différentes possibilités », plaide le directeur du Secrétariat d'Eurêka.

Pour Edwige Avice, « Il ne faut pas se leurrer. L'Union Européenne compte aujourd'hui 27 pays, et il y a beaucoup d'argent... c'est pour l'essentiel 300 milliards d'euros de Fonds Structurels qui vont à 80% sur les pays de convergence... L'Europe se lance aujourd'hui dans l'ingénierie financière, il devient nécessaire de travailler partout avec des méthodes efficaces et des effets de levier, c'est à dire qu'il faut qu'un peu de sou européen déclenche tout le reste. » « Pour que ça marche jusqu'au plus petit niveau d'action, nous ne parlons pas du niveau régional mais d'un niveau un cran en dessous, le niveau le plus  local, il faut  trouver des projets... des projets qui soient de qualité ! Il faut les débusquer, les sortir du bois ! Il faut aussi qu'ils soient suffisamment labellisés pour inspirer confiance et alors, à ce moment là, grâce à l'Europe, il y aura les moyens financiers. »
« “Le début du début‘, c'est donc la connaissance des entreprises... et dans notre pays, ce n'est pas si facile que ça, parce que chacun cache un peu sa copie ! Il y a   beaucoup d'administrations qui s'occupent de l'ensemble, il y a des compétitions. Il faut donc rediffuser les moyens de travail européen mais aussi le sens de l'intérêt général. »
Pour Pascal Lagarde, Directeur Général, CDC Entreprises, les moyens financiers qu'évoquent Edwige Alice sont les bienvenus pour investir dans la recherche et le développement, pour doper nos performances économiques et rester compétitifs face à des économies comme celles des États-Unis et de la Chine. « les chiffres 2006 publiés par l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique) en R&D (Recherche et Développement) montrent que les pays de l'Union européenne ont un déficit de 39 milliards d'euros en technologies de l'information, à peu près une dizaine en “pharma“... On a un sacré challenge à relever avec les États-Unis qui investissent massivement dans la R&D... et avec de nouveaux compétiteurs comme la Chine dont nous avons une vision très manufacturière alors qu'elle a multiplié par cinq en dix ans sa capacité en R&D !» Selon l'OCDE, la Chine aurait fin 2006 dépasser le Japon et serait le deuxième investisseur mondial en R&D après les Etats-Unis ! Dans la même période, quels progrès avons-nous faits en Europe pour relever ce double défi que nous jettent les États-Unis et des pays émergents comme la Chine ?  Chez nous, dans l'UE, les investissements sont-ils à la hauteur des enjeux ?

Intégrer les financements européens

« On a fait un sacré progrès en dix ans ! » selon Pascal Lagarde. Le financement de l'innovation dans les PME à forte croissance, « c'est le capital-risque  qui ne représentait rien en 1995 mais qui est devenu depuis une grande industrie ». En France, l'an dernier, on a enregistré une croissance de 20% du capital risque, c'est bien mais ce n'est pas suffisant car les États-Unis ont fait mieux que nous. À PNB constant, on finance quatre fois moins en France. » Pascal Lagarde en profite pour dénoncer la segmentation des financements européens : « On finance des PME qui font les mêmes choses en Allemagne, en France ou dans le Royaume-Uni... l'enjeu, c'est maintenant l'intégration. » Il adhère au propos de Michel Vieillefosse : « Il faut aller aux endroits où l'on est très bon, rien ne sert de vouloir rattraper les choses... » Entendez par là qu'il est stupide d'investir dans une entreprise si une autre a déjà conquis le marché. Encore faudrait-il le savoir...  Le « panorama » souhaité par le directeur du Secrétariat d'Eurêka prend ici tout son sens.

Création de France Investissement

Le Directeur Général de CDC Entreprises se réjouit de « l'appétence de la bourse pour les sociétés innovantes... » Selon lui,  « encouragées par le retour sur investissement, de plus en plus de sociétés investissent en bourse. C'est un  nouvel espoir qui se profile à l'horizon. »  Il observe qu'en France « le Capital Investissement comprend 6% de capital-risque (contre 40% en 2000) », une baisse donc, « le reste est passé en LBO. Les investisseurs institutionnels semblent manifester un intérêt plus grand pour le court terme... mais il y a pourtant de bonnes nouvelles, avec les introductions en bourse notamment et le lancement de France Investissement qui associe la Caisse des dépôts et consignations et des investisseurs privés. » L’objectif du gouvernement vise bien à réorienter l’épargne des Français vers la partie la plus productive et la plus dynamique de notre économie, les PME innovantes et en développement. Pour 2007, six partenaires privés ont annoncé un engagement de 400 millions d’euros. La Caisse des dépôts et consignations, portera son effort à 300 millions (soit deux fois plus qu’en 2006).
Jean-Michel Karam, PDG de Memscap, a quant à lui une conception très opérationnelle et concrète des actions à entreprendre, tant au niveau de l'entreprise, des Pouvoirs Publics que de l'Union européenne. Commençons par l'entreprise : « On utilise l'argent pour faire de la “techno“ qu'on va vendre. Il distingue deux phases : la phase de financement, « au frais de la maison » et la phase de vente, « qui va apporter de l'argent ». Pour lui, le bon manager, « c'est celui qui sait réduire l'intervalle ». Il y a « plusieurs sources pour chercher de l'argent : le gouvernement ; les gens qui prennent des risques et acceptent de financer des projets qui demanderont un certain temps avant de se réaliser... mais “tout cela, c'est faible ! » Entendez : ces sources n'ont pas un gros débit. Il cite l'exemple de la région qui a réalisé un projet avec l'État pour 170 millions d'euros... or en trois ans, « il a levé, lui, pour la seule entreprise Memscap... 138 millions d'euros ! ». Jean-Michel Karam attend « autre chose » des Pouvoirs Publics : il leur demande « de ne pas trop lui alourdir le dos », une expression qu'un autre participant à la table ronde traduira par « ne pas trop charger le sac » mais peut-être l'expression populaire « ne pas trop charger la mule » conviendrait-elle mieux ? Pour ce chef d'entreprise qui connaît bien les États-unis, il y a vécu et en a gardé l'accent, on n'a pas à rougir de la comparaison : « La France, c'est la superficie du Texas » et quand il la compare au géant américain, il n'hésite pas à dire « qu'on est un million de fois mieux ... On est plus petits et on fait mieux. » Sa vision de l'entreprise est percutante et motivante: « Quand on monte une entreprise, il faut avoir l'envie de changer le monde ; il faut bouger les portes ! Ce sont des moments où il faut avoir beaucoup d'énergie ». Il aimerait qu'en France, on cesse « de diaboliser le capital». En France, « on crie “Stocks-options ! Stocks-options !... pas pour en réclamer mais pour les condamner ! Mais qui les paie ? C'est le capital ! C'est l'assemblée générale des actionnaires... qui se fait diluer pour stimuler le management. Et quand on exerce son droit, l'État récupère 50% de leur valeur qu'on aurait pu utiliser ailleurs !  Arrêtons de diaboliser les choses ! » Voilà ce  qu'attend le PDG de Memscap de la France, mais qu'attend-il de l'Union européenne, ou plutôt du potentiel européen ?

On demande une politique extérieure forte de la part de l'UE

« Depuis la création de Memscap, on fait 97% du chiffre à l'étranger ». Pour lui, la France est un « trop petit marché » ; par contre, l'Europe, c'est surtout une opportunité pour « négocier » ;  Jean-Michel Karam attend beaucoup plus de l'UE et de ses institutions... pas simplement un peu d'argent auprès de la Commission européenne. « Ce n'est pas qu'il  crache sur 300 ou 400 K » mais il attend d'elle d'être un interlocuteur efficace face aux géants de l'économie mondiale. Son raisonnement est limpide : « La Chine, c'est plus de 1 milliard de bonhommes ; les États-Unis, 340 millions.... alors forcément, avec 60 millions la France pèse moins. Avec l'UE, vous pesez plus de 450 millions de bonhommes, c'est beaucoup mieux à condition qu'elle ne s'incline pas. »
« Les entreprises françaises doivent respecter la législation sociale, qui exprime notre volonté de modèle sociale, c'est pour cela qu'on travaille en France... on n'est pas des Américains, on ne veut pas être des Américains ! Mais nous voyons que les Américains travaillent comme ils veulent ; ils viennent chez nous, sur notre territoire, pas simplement la France mais l'Europe... Si l'Europe s'agrandit, c'est pour avoir plus de poids dans les négociations face à eux... »
Logique non ? « Mais de quel poids pèse la France ou l'Europe face aux prétentions américaines, chinoises ou autres ? » s'interroge Jean-Michel Karam. « La Chine fait travailler les enfants (NDR : on compte aussi dans ce pays des millions de personnes internées pour délit d'opinion dans des camps de travail au régime concentrationnaire). « Au niveau de la France, vous n'avez pas les moyens de négocier ; au niveau de l'Europe, vous avez les moyens de négocier », sous-entendu, d'imposer vos choix éthiques, votre modèle social.... « À condition d'avoir les bons négociateurs... on ne les a pas ! » conclut Jean-Michel Karam sous les applaudissements du public.
Pour ce chef d'entreprise, une politique extérieure forte de l'UE est absolument nécessaire, vitale, pour bâtir et pérenniser une industrie européenne innovante.

Le « Big Business Act » ou le trust des grandes entreprises

Pierre de Fouquet, président de la Commission Venture AFIC, dénonce avec humour le « Big Business Act ». Selon lui, les grands marchés publics sont trustés par les grandes entreprises. Dans les pôles de compétitivité, la part des PME reste faible. Il existe des systèmes d'aide mais trop compliqués dans leur organisation, pas toujours accessibles aux entreprises qui dépensent du temps, une denrée rare pour toute entreprise innovante. Il cite l'exemple d'Israël qui a concentré les moyens dans les mains d'une organisation, sous la tutelle du « Chief Syndic Officer » avec la volonté de « faire vite et frapper fort ».
« Le capital risque reste le parent pauvre du capital investissement qui reste par ailleurs faible. La France est le 2ème marché en Europe, elle est passée devant l'Allemagne, mais c'est une compétition qui reste très, très, faible quand on compare avec les vrais joueurs que sont les Américains, les Chinois ou les Israéliens. Son motif d'inquiétude : l'écart s'accroît. Mais il existe pour les entreprises et l'économie du pays des signes encourageants. On voit se développer de plus en plus d'entrepreneurs qui savent créer, diriger, développer une entreprise, des “serial entrepreneurs“ qui a 45 ans ont déjà créé plusieurs entreprises. Ils savent accélérer la voie vers le succès... »

Edwige cherche entreprises désespérément

Pour Edwige Alice, on n'est pas encore arrivé à faire travailler l'Anvar, « qui a d'énormes compétences », avec d'autres financiers publics. « Chacun garde ses trucs », résultat des courses : « on a trois poids chiches dans un brouet clair », entendez par là « qu'on n'a pas assez de dossiers ». Où sont les entreprises ? Gérard Mezin approuve Edwige Avice et signale la faiblesse des PME : « En moyenne, une PME française au bout de 5 ans emploie 6 personnes. On marche sur la tête ! Il incrimine la responsabilité des grands groupes industriels. Il donne l'exemple dramatique d'une magnifique PME française vendue à des Américains parce qu'on n'a pas trouvé d'entreprises françaises susceptibles de l'accompagner. On maîtrisait une technologie que les autres ne maîtrisaient pas, ainsi qu'un marché que les Américains ne maîtrisaient pas... Au niveau de la France, on n'a pas su. Pas d'avantage au niveau de l'Europe. Et ce n'était même pas un problème de financement !  Les entreprises restent trop petites ; les grands groupes industriels français n'ont pas l'état d'esprit qu'on trouve ailleurs pour accompagner le développement de l'entreprise. Il faut faire sauter le bouchon ; dire que le marché, ce n'est pas Grenoble, c'est l'Europe.  On doit donner, dès le lycée, l'ambition de monter une entreprise de taille ; pas de dix salariés (même si c'est respectable dans 5 ans) mais de 10 000... »

« Une bonne recherche fait une bonne valorisation... sauf en France ! »

Edwige Avice cite un rapport de l'Inspection des Finances sur les aides publiques : « Dans tous les pays européens, une bonne recherche fait une bonne valorisation... sauf en France ! » Cela signifie qu'on ne « déstocke pas », on ne ressort pas les dossiers.
« Une rencontre organisée par la Caisse des Dépôts et Consignation avec des investisseurs a montré que beaucoup d'entreprises veulent garder du patrimoine familial... pour le transmettre à qui ? »
« Dans la Région Rhône-Alpes, la deuxième région française à dimension européenne (trois pôles de compétitivité mondiaux et 18% de FCI), les fonds d'amorçage (sauf un) n'avaient pas établi de liens entre les pôles et les financiers qui attendaient, l'arme au pied, qu'on leur propose quelque chose  ». Le conseiller européen souhaite davantage de coordination entre les Pouvoirs Publics et les financiers...

Succès croissant de la vitrine technologique

Espace attractif et d'échange entre chercheurs, acteurs économiques et investisseurs, la vitrine technologique connaît au fil des ans un succès qui va croissant. Elle présente les toutes dernières innovations issues des laboratoires de recherche rhônalpins. Conçue en collaboration ave le Centre de Culture Scientifique Technique et Industrielle de Grenoble, elle témoigne de la vitalité de la recherche en Rhône-Alpes, de pluridisciplinarité et de sa présence dans les domaines porteurs de l'innovation. De beaux projets comme celui de la Tablette intelligente de Frédéric Serre dont la Société Supertec a développé deux produits qui sont déjà commercialisés :le iScreen et le Présentoir intelligent. La Tablette intelligente est destinée à se substituer aux étagères classiques des rayonnages de point de vente. Ces étagères sont équipées de petits écrans et intègrent la technologie RFID permettant de délivrer un conseil, de la publicité et des promotions ainsi qu'un contrôle merchandising destiné au back office du point de vente utilisateur. Des sociétés américaines, et non des moindres, paient actuellement pour tester la Tablette intelligente.

Grenoble, ville d'excellence

Le Service Communautaire d'Information sur la Recherche et le Développement (CORDIS), financé par la Commission européenne, a publié fin 2006 sa liste annuelle des régions les plus innovantes en Europe. C'est le classement de l'innovation des régions européennes. Son indice est calculé sur la base de l’indice RRSII (Revealed Regional Summary Innovation Index), qui prend en compte les budgets de Recherche et Développement publics ou privés, le nombre d’employés dans les industries de pointe, ou encore le nombre de brevet déposés. Dans le classement 2006, l’équipe des régions françaises se classe 9ème sur 168, avec un score très légèrement au dessus de la moyenne européenne.  Trois régions françaises relèvent la moyenne nationale et sortent très nettement du lot. L'Ile de France se classe 9ème, devant Berlin (11ème), mais derrière Stockholm (1er) ou Stuttgart (6ème). Midi-Pyrénées se classe 30ème juste devant la Comunidad de Madrid, Vlaams Gewest (Belgique)... et Rhône-Alpes se classe 33ème grâce à Grenoble.
 La ville du bord du Drac baigne littéralement dans un environnement favorable à l'innovation : premier centre français de recherche après l'Ile de France. Plus de 61 000 étudiants dont 12% d'origine étrangère ; des universités prestigieuses, 10 écoles d'ingénieurs ; 2 Écoles de Management, 1 Institut d'Études politiques ; plus de 20 000 chercheurs publics et privés. Sans compter de grands équipements internationaux : ESRF, Institut Laüe Langevin... Ne vous étonnez pas si 1 emploi sur 6 est lié à la recherche !
Cet enthousiasme qui accompagne la réussite exceptionnelle du Forum 4i tient à l'appui sans faille accordé dès le départ par le charismatique maire de Grenoble, Alain Destot, dont la formation et le parcourt professionnel sont en tous points exemplaires. Ce véritable alpiniste vise autant les sommets des montagnes que ceux de l'excellence... Qu'on en juge ! Diplômé de l’École nationale supérieure d'arts et métiers. Docteur Ingénieur en Physique Nucléaire (thèse soutenue sous la présidence du Prix Nobel Louis Néel)... Ingénieur de recherche au Commissariat à l'énergie atomique... Créateur de l’entreprise de haute technologie Corys, il en est resté le patron jusqu'aux échéances municipales de Grenoble en 1995  (Corys existe toujours et cette entreprise compte aujourd'hui plus d'une centaine de salariés).  Ce maire dynamique et entrepreneur a su aussi former une cordée de collaborateurs doués et efficaces, comme Geneviève Fioraso, adjointe chargée du Développement économique, de l'innovation, du commerce et de l'artisanat et 1ere vice-présidente de la SEM Minatec Entreprises et présidente de l'Institut d Administration de Entreprises de l'Université Pierre Mendès France. Une cordée qui ouvre et montre la voie à la France.