Le salon des Energies Renouvelables de Perpignan:
Derbi marque son temps

La belle ville catalane de Perpignan située dans les Pyrénées Orientales, au cœur de la région Languedoc Roussillon, s'est éveillée en ce beau jeudi du dernier jour de mai, dans le tumulte sympathique d'une vaste manifestation.

Par Veronica Davies


En effet, le Salon des Energies Nouvelles Renouvelables organisé par le pôle de compétitivité Derbi ouvrait ses portes à plus de 800 participants, exposants et intervenants qui allaient débattre, présenter, expliquer, pendant 3 jours l'intérêt du développement des Energies Nouvelles Renouvelables. Les tables rondes déclinaient toutes un thème précis, reflétant une priorité pratiquement absolue, telle que celle qui s'exprimait sur le changement climatique : état des lieux, état d'urgence, ou encore plus réaliste avec l'implication des opérateurs énergétiques et filières professionnelles : quelles stratégies, sans oublier les institutionnels qui doivent eux aussi répondre : quelle est leur vision pour l'avenir ?

La préoccupation et l'intérêt dans ces questions fut d'une évidence totale pour les participants qui assistèrent très nombreux et participèrent activement au différents débats. Les intervenants furent tous de très grande qualité, maîtrisant parfaitement leur sujet et répondant toujours avec un apport de détails concluants et surtout une volonté de donner des explications le plus simplement possible, afin que tout le monde puisse comprendre facilement. Qu'ils nous pardonnent ici de ne pas les nommer, car nous aurions peur d'en oublier et cela ne serait pas juste, mais ils ont tous contribué efficacement à l'admirable succès de cette manifestation. A cela il faut ajouter les différents ateliers parallèles qui ont abordé des sujets plus dirigés vers des lignes technologiques telles que le photovoltaïque, organisé en partenariat avec le pôle Rhône Alpes Tennerrdis, les biomasses en partenariat avec Capenergies celui de Provence Alpes Côte d'Azur, ou encore l'Eolien et le solaire thermique et naturellement le sujet qui reste pour tout projet essentiel, le Financement des projets énergies renouvelables. A partir de cet étalage de compétences on comprend mieux pourquoi la Conférence Internationale Derbi 2007 a mobilisé les acteurs de l'économie et les décideurs institutionnels.

Accélérer l'innovation, fédérer les énergies actives pour créer des emplois

Pour la deuxième année consécutive, cet évènement démontre, d'une part la volonté des organisateurs de faire entrer leur région Languedoc Roussillon de plein pied et de façon pérenne dans cette nouvelle voie créatrice d'emploi en créant une véritable place forte au service des ENR et du solaire notamment, et d'autre part, leur détermination à promouvoir l'ouverture avec les autres pôles de compétitivités, Capenergies de la région Provence Alpes Côte d'Azur et Tenerrdis représentant la région Rhône Alpes, présents sur le salon. André Joffre, Président de Derbi et de la Chambre de Commerce de Perpignan, ne se trompe pas lorsqu'il annonce qu'il faut construire une synergie entre les industries, les entreprises, le BTP, les universitaires, la recherche et les financiers, pour que la réussite soit au rendez-vous. Il faut reconnaître que dans ce domaine les choses avancent bien, puisqu'en 2006 il y a eu 33 projets retenus et labellisés, 10 millions d'euros obtenus pour le financement des projets, avec des aides régionales et nationales, cela grâce aux pôles de compétitivités. C'est un bilan très positif pour le Languedoc Roussillon, où le Conseil Régional a ouvert une enveloppe de 16 millions d'euros pour financer les énergies renouvelables, somme à laquelle se rajoutent 30 millions d'euros de Feder (participation européenne) plus tous les partenaires qui participent au développement au titre du déploiement de leurs entreprises, tels que l'EDF, GDF, et autres grandes entreprises. Ce qui est intéressant, c'est de constater la coopération qui s'est constituée autour du pôle Derbi, dont la démarche globale avec les industriels, les investisseurs et autres, a suscité un mouvement qui s'est mis en marche et a englobé toute la filière.

Le Sénateur Maire de Perpignan y voit une opportunité à saisir pour l'évolution de sa commune et des différentes zones d'attractivité qui ne demandent qu'à croître, sans oublier l'importance que représente la création d'emploi, maîtresse de la richesse économique d'une région. Le fait que le développement durable soit représenté, dans quelques temps, par un ministère est aussi, pour tous les acteurs travaillant dans le domaine des énergies renouvelable un gage de reconnaissance et de confiance pour l'avenir de cette filière en pleine transformation.
Pour Perpignan, il y a un atout supplémentaire qui participera certainement à terme, à lui faire prendre une meilleure part sur ce marché, c'est sa position transfrontalière avec l'Espagne. C'est d'ailleurs ce que faisait remarquer André Joffre, en disant " les entreprises espagnoles arrivent et les entreprises françaises sont déjà en Espagne. " Le Conseil Général, par la voix de son président, confirmait que c'était la première fois qu'ils attribuent un budget aussi important à une filière, en portant leurs efforts sur deux points, 6 millions d'euros sur le nucléaire et 4 millions d'euros sur le solaire, en mettant une priorité de recherche sur ces axes et sur deux autres développements : les paraboles pour fournir de l'énergie solaire en Afrique et la fabrication industrielle de fours solaires, toujours à destination du continent africain. D'autre part, toutes les nouvelles constructions dans la ville où dans le département se doivent d'adhérer à la démarche énergies renouvelables, notamment en terme d'économie d'énergie, d'équipements de chauffe-eau solaires pour les logements sociaux, sans oublier les panneaux solaires. Il y a aussi des besoins de microcentrales sur les barrages… ils seront pris en compte. A tout cela s'ajoute de nouveaux décrets concernant l'imposition qui devrait permettre d'avancer encore plus vite.

On ne peut que se réjouir de voir autant de volonté de la part des responsables politiques, institutionnels et acteurs du monde économique, réunis pour faire avancer et réussir un projet d'intérêt général qui va plus loin que le simple fait de favoriser une filière, car c'est tout un ensemble de population qui sera à terme concerné par ces avancées, et c'est cela qui est important, car de l'étudiant à l'employé en passant par l'ouvrier et le cadre, la création d'emplois afférente à ces développements permettra à tous de pouvoir travailler au pays sereinement et sans crainte. Mais pour cela encore faut-il que les infrastructures suivent, notamment en terme de formation. André Joffre s'est montré très direct à ce sujet en appuyant bien sur la nécessité de construire ou d'aménager des écoles de formation, celles qui existent déjà étant pratiquement saturées.

Mais étant un homme à l'esprit positif, il donne presque immédiatement une réponse pleine d'optimisme, lorsqu'on lui demande si l'implantation d'une école ou d'un centre de formation est à l'ordre du jour et vers quels objectifs cela devrait éventuellement s'orienter. D'ailleurs écoutons-le sur ce sujet qui lui tient à cœur :
" Je dirais même qu'aujourd'hui, il y a pléthore d'initiative. Depuis deux ans il y a une école Bac plus 4 et 5 qui prépare un Master Pro Energies Renouvelables, énergie solaire, qui est une très belle réussite. Mais il y a effectivement beaucoup d'intentions, on voit fleurir des projets de licence professionnelle, au niveau du rectorat, le lycée Pablo Casals devrait mettre en place un BTS Electrotechnique option solaire… Devant toutes ces résolutions, notre travail va être d'installer une commission pour essayer de canaliser un peu tous ces desseins pour faire en sorte qu'il n'y ait pas de doublon. Il faut avant tout former de très bons techniciens. Je ne pense pas que cela sera très compliqué car ces métiers suscitent une attraction supérieure au sein de la jeunesse, et cela leur donne en plus un nouveau sens à la vie. D'ailleurs c'est très certainement avec le secteur du Dévelop-pement Durable et des Energies Renouvelables que l'on arrivera à rendre sa valeur au travail manuel et au bâtiment, car c'est certainement dans ce domaine qu'il y a le plus à faire. Pour revenir à la formation, nous avons beaucoup de collaboration avec les autres pôles, de nombreux stagiaires vont dans toute la France. Ce sont des formations professionnelles et le solaire s'installe partout, et il y a de nombreux stages prévus dans le cursus. Il faut reconnaître que nous avons une très grande facilité à placer ces jeunes qui sont reconnus comme étant de qualité. Nous voulons développer le solaire dans notre région et le Master Pro est basé sur cette activité, mais il est vrai que nous allons devoir travailler sur l'éolien, ainsi que sur la maîtrise de l'énergie dans le bâtiment. C'est un véritable sujet, lorsque l'on considère toutes ces constructions anciennes demandant à être rénovées ; c'est un travail considérable à réaliser, qu'il ne faut surtout pas négliger. "

Pour André Joffre, Derbi est un accélérateur entre les entreprises et les laboratoires

C'est le point de vue qui a conduit à la création du pôle de compétitivité Derbi tel qu'il nous l'explique et le succès a fait le reste…
André Joffre : " Les relations existent, mais on sent que ce n'est pas tout à fait naturel, car le dialogue n'est pas évident, le langage n'est pas commun. C'est pour cette raison qu'il nous fallait un outil intelligent. " Derbi Pôle de Compétitivité " est celui qui permet de mêler tout cela afin d'accélérer les relations entreprises / laboratoires, c'est son objectif. Si au début c'était un peu théorique, maintenant cette mécanique prend bien, et lorsque l'on met en relation des entreprises et des laboratoires sur un projet en leur disant de travailler ensemble, cela devient explosif, car il y a un enrichissement mutuel qui intervient ; c'est le principe même des projets collaboratifs. Ce n'est pas facile, mais à partir du moment où nous avons des exemples de projets et de financements importants qui se réalisent, on y arrive. Voilà le principe.Maintenant il faut être modeste, nous n'avons que deux ans d'existence, mais nous avons déjà ramené 10 millions d'euros pour les entreprises et laboratoires de la région, dont la moitié venant de Paris, ce qui prouve que nous sommes reconnus par la capitale ; c'est déjà pas mal. Maintenant, nous avons de très beaux projets qui sont dans les tuyaux et qui tapent à la porte pour obtenir des financements nouveaux. "

Lorsqu'on lui demande ensuite s'il pense à une ouverture de partenariat européenne avec le pôle de compétitivité, il répond avec beaucoup de justesse :
" Lorsque l'on travaille sur un projet donné, il y a très souvent des cas où nous nous trouvons confrontés à une difficulté parce que nous n'avons pas forcément l'expert idoine en région, alors que s'il se trouve à Fribourg, à Barcelone ou ailleurs, nous irons le chercher. Le fait d'être un pôle de compétitivité dont le cœur est la région Languedoc Roussillon, ne veut pas dire que l'on va ignorer la compétence qui pourrait venir d'ailleurs, à la condition stricte que le projet se formalise essentiellement dans cette région. Aujourd'hui, sont présents avec nous les pôles Ternerrdis de Rhône Alpes et Capénergies de Provence Alpes Côte d'Azur, cela montre bien que nous avons envie de travailler ensemble. Nous avons déjà co-labellisés des projets entre une entreprise de Perpignan et une de Cannes; cela donnera un projet commun que les deux pôles vont reconnaître. Cela ne veut pas dire mariage entre les pôles, mais il faut intensifier ces relations en une collaboration intense. Nous essayons de faire en sorte que la région soit le plus possible réceptrice de projets, en faisant attention de ne pas être fermé, mais au contraire ouvert aux influences pour sentir l'air du temps. Par ailleurs, nous avons dans toutes nos tables rondes des représentants d'industries espagnoles et nous allons organiser à l'automne une visite collective d'entreprises et de laboratoires français en Espagne, pour le compte des trois pôles. Nous sommes en train d'élaborer un programme qui touchera Madrid, Pampelune et le sud probablement. C'est tout naturellement le pôle Derbi, vu sa proximité avec l'Espagne, qui sera le coordonnateur de l'action. "
A entendre André Joffre parler de tout cela avec autant d'ambiance et d'optimisme, cela donne envie d'y être déjà pour mesurer, soyons-en sur, les premiers effets positifs de ce voyage.