Edito
Le lancement des réformes
par Robert ASSADOURIAN
Les présidentielles ont, le 6 mai 2007, nettement désigné un vainqueur porteur de renouveau. Nous disposons d'un président déterminé à réformer nos institutions, à bousculer le modèle français, car nous apprécions nos vertus droit-de-l'hommiste et notre coté donneur de leçons; pourtant ces leçons sont seulement entendues par ceux qui sont susceptibles d'en tirer quelques avantages.
Les législatives ont confirmé le succès de Nicolas Sarkozy. Pourtant cette victoire a été perçue par ses adversaires comme un échec. Ségolène Royal et les éléphants du PS, Marie George Buffet, François Bayrou ont tour à tour souligné la clairvoyance de l'électorat français qui les pousse dans l'opposition avec un peu plus de parlementaires qu'ils n'espéraient. La répartition qui résulte des urnes partage la France selon une ligne verticale : à l'ouest un arc atlantique plutôt à gauche tandis que le centre et l'est sont à droite. Le président qui est soutenu par une majorité a les moyens de réaliser ses engagements.
Le temps des visions électoralistes est dépassé et les Français attendent les décisions qui vont réduire la dette et replacer la société sur la voie du succès. L'omniprésence du président fait de lui l'unique acteur des réformes à engager. L'avenir des reformes est entre ses mains, celles du Gouvernement et de la majorité. L'université, l'immigration, le Code du travail, la TVA sociale, les régimes spéciaux, la réduction du nombre des fonctionnaires … sont autant de chantiers pour le président qui veut tenir ses promesses mais risque de se heurter aux oppositions politiques, syndicales et administratives.
A partir d'un certain nombre de critères, l'université Jiao Tong de Shanghai établit chaque année un classement mondial qui range les universités françaises parmi les plus mal notées. Certes la légitimité des classements peut être discutable mais ils sont validés par la communauté internationale et justifient la nécessité de reformes de fond. Notre université peu ouverte, manque de moyens. Elle s'adapte mal aux besoins de l'économie et de la société. Le baccalauréat n'est plus un filtre. Il en résulte que l'enseignement supérieur reçoit des masses d'étudiants sans leur offrir des débouchés au terme de leurs études !
L'autonomie des facultés qui seraient nanties d'un conseil d'administration restreint et responsable est à instaurer. Elles doivent gérer les crédits, rechercher des financements privés, choisir des projets, donner des orientations pédagogiques. Revoir les droits d'inscription et envisager une sélection à l'entrée sont au menu, surtout dans la mesure où ces études débouchent sur une activité créatrice. Cette démarche suppose une mutation profonde.
Le début des négociations objectives des résistances aux changements et l'autonomie pour tous est aussi néfaste que le système actuel. Il faut accorder l'autonomie à ceux qui la souhaitent et sont prêt à l'assumer. Les syndicats d'étudiants, dont les représentants ne sont pas les plus brillants d'entre eux, et certains enseignants, craignent une université à deux vitesses, les unes constituant l'élite et les autres, des petites universités régionales. Cette vision réductrice justifie à leurs yeux, le maintien du statu quo et son corollaire et l'inefficacité de nos structures. Il nous faut des universités d'élite en espérant qu'elles vont entraîner les autres ; il nous faut des enseignants qui enseignent, des chercheurs qui trouvent, des étudiants qui étudient ainsi que des syndicats qui les défendent en abandonnant leur attitude corporatiste ou conservatrice.
L'évolution des universités repose sur le long terme et suppose une révolution des esprits. Elle constitue pour la volonté réformatrice du Président le premier test important, car la place de la France dans le monde en dépend.
La réduction du nombre des fonctionnaires à l'Education nationale fait hurler les syndicats qui dramatisent la démarche. De quoi s'agit-il ? L'Education nationale, qui groupe la moitié des fonctionnaires d'Etat, compte 1.135.000 agents dont 285.000 administratifs ! Si le nombre maximal de
17 000 postes était supprimé, les effectifs de l'Education nationale seraient réduits de 1%, mais le ratio reste au-dessous de 12 élèves par professeur, affirme le ministère.
Pour 2008, il s'agit de ne pas remplacer 4 départs sur 10, ce qui constitue un " sabotage organisé " pour le SNES, et un " renoncement éducatif" pour l'UNSA Education. Le "Mammouth " est bien accroché à ses habitudes et il néglige la nécessité de changement exprimée par une majorité de Français le 6 mai et lors des élections législatives.
Nicolas Sarkozy sera jugé sur sa capacité à tenir ses engagements. Comment va-t-il faire aboutir son mini traité européen avec des Britanniques réticents, des Polonais en crise existentielle, les nonistes français issus d'horizons divers… ? Faire respecter le droit de grève et imposer un service minimum aux transports en communs, qui régulièrement prennent la France en otage, ne va pas être simple. Contrôler les flux migratoires ; décider si la résidence principale doit être prise en compte dans l'évaluation de l'ISF ; régler la question pourtant claire de l'admission de la Turquie et imposer son " Union méditerranéenne ". Combien de personnalités de gauche seront-elles associées aux activités sarkoziennes? Proposer des peines planchers pour les récidivistes a fait réagir la Gauche… La liste est longue et l'attente des Français et grande.
L'analyse de l'ordinateur du général Rondot place Dominique de Villepin au coeur de l'affaire Clearstream. Après des perquisitions à son domicile et à ses bureaux, il pourrait être mis en examen. De plus, son CNE vient d'essuyer de vives critiques juridiques et risque de disparaître. Ses ennuis, liés à son éloignement du pouvoir, doivent rappeler au " Capitan matamore ", comme le nomme Franz-Olivier Giesbert (1), qu'il est dangereux de perdre.
(1) La Tragédie du Président, Franz-Olivier Giesbert, Flammarion 2006.
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25 May, 2007