Les Déchets Nucléaires, entre ce qui est dit, ce qui est et ce qui sera

Il y a depuis pas mal de temps maintenant, une véritable diabolisation du nucléaire. Dès que l'on prononce ce mot, la plupart des gens commencent à alléguer des commentaires et des conclusions plus ou moins établis par rapport à une véracité des faits. Il est vrai qu'il y a des tas de choses à dire sur le nucléaire et sur les déchets. C'est pour cette raison que nous nous sommes attachés à cette phase des déchets dont tout le monde parle, pour essayer de comprendre…


A cet effet nous nous sommes rendus sur le site de Marcoule, où nous avons rencontré Guy Brunel, responsable de la communication et d'une entité qui est en liaison directe avec les déchets, " le Centre d'Expertise sur le Conditionnement et l'Entreposage des Matières Radioactive ", centre qui fédère le maximum de connaissance dans le domaine de la gestion des déchets. Guy Brunel nous explique dès le début de notre rencontre, " La problématique des déchets radioactifs est à la fois technique et surtout sociétale, car on s'aperçoit, dans toutes les sciences et toutes les matières, que la technique avance à une vitesse exponentielle de plus en plus grande. C'est d'ailleurs ce qui fait que l'on arrive souvent à résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés, par le nucléaire et surtout par les déchets, et nous en sommes très conscients ici. Beaucoup d'enquêtes, européennes, françaises, nous ont rapporté la difficulté vis-à-vis de la perception du public; elle est directement rattachée à la compréhension dont le traitement, le conditionnement, et la mise en position sure des déchets radioactifs se fait. C'est pour instruire les gens sur le cheminement des déchets que nous avons construit le Visiatome, entièrement dédié à cette
démarche pédagogique. "

Tout d'abord, pour mieux comprendre le fonctionnement il faut savoir que l'assemblage combustible mis en réacteur fonctionne cinq ans en moyenne dans le cœur du réacteur avant d'avoir des caractéristiques que l'on ne puisse plus utiliser de manière optimale. Arrivé à ce point, on le sort et on en met un neuf. Mais si l'on examine bien cet assemblage de combustibles, on s'aperçoit qu'il contient entre 95 et 96 % de matières valorisables et à peine 4 à 5 % de déchets radioactifs. Le problème de ce système, c'est qu'il est impossible d'avoir la matière revalorisable en un seul endroit et les déchets séparés à un autre. Cela faciliterait de beaucoup l'opération, car on couperait et on récupèrerait facilement la matière revalorisable. Malheureusement, la réaction de fission est intervenue partout dans l'assemblage, nous avons une répartition homogène des déchets et de la matière valorisable dans cet assemblage, qui fait malgré tout près de 500kg.

Une récupération qui nécessite une séparation des éléments

Cette opération nécessite l'explication d'un spécialiste, et Guy Brunel en est un, " Le traitement du combustible usé consiste à le mettre en solution d'une manière chimique par une opération de séparation concernant les deux éléments qui nous intéressent. L'Uranium représente à peu près 94% de cet assemblage et le Plutonium, créé par la réaction de fission, qui est d'environ 1%, c'est la partie énergétique revalorisable (95%). Il reste 4 ou 5% appelés " produits de fission". Pour imager, il faut imaginer le combustible ou l'Uranium comme un très gros atome. Sur le tableau périodique des éléments répertoriant tous les atomes se trouvant dans la nature, il se situe pratiquement dans les derniers. La réaction de fission, quant à elle, consiste à bombarder cet énorme atome par un neutron et de le faire éclater en deux parties ; la probabilité crée en général, après éclatement, deux parties pratiquement égales. En faisant cela on génère une quantité d'énergie très importante par rapport à la quantité de matière mise en place. Avec peu de combustible nous arrivons à produire beaucoup d'énergie, c'est pour cette raison que l'on utilise l'énergie nucléaire.

L'Uranium récupéré, c'est celui du départ, n'a pas été fissionné. Le Plutonium, c'est le résultat de neutrons qui de temps en temps sont capturés et restent bloqués à l'intérieur, on augmente un peu la masse, et on fabrique du Plutonium. C'est donc 95 à 96% de matières revalorisables et 4 ou 5% de déchets qui sont
principalement constitués de
produits de fission. "

La récupération de l’énergie revalorisable et le traitement des déchets

Pour être complet, l'assemblage est constitué de petites pastilles qu'on glisse dans des tubes appelés crayons, qui sont assemblés (17 par 17) sous forme d'un parallélépipède (40 cm de côté par environ 4 à 5 mètres de haut) que l'on met dans une solution d'Acide Nitrique. Mais pour récupérer le combustible à l'intérieur des crayons, il faut placer l'assemblage en position horizontale et avec une cisaille, couper l'assemblage en petits morceaux et ensuite plonger le tout dans l'acide nitrique. A ce stade, l'acide arrive à dissoudre le combustible, mais pas le tube en Zircaloyd, insoluble dans cet acide. Ensuite, il y a un système ressemblant un peu à la réaction " huile vinaigre " : lorsque l'on secoue il y a une émulsion, dès que l'on arrête l'huile monte et le vinaigre reste en bas. C'est exactement le même phénomène qui se produit, car l'acide nitrique est une solution aqueuse comparable au vinaigre. On joint à cela le TVP (Tributyl Phosphate), on secoue bien, l'uranium et le plutonium passent dans l'huile et les produits de fission restent en bas. Il suffit alors de laisser reposer et de couper au niveau de la surface de séparation pour avoir la matière valorisable, Uranium et Plutonium d'un côté et les produits de fission de l'autre. Par contre, les tubes vides restant sont des déchets radioactifs car ils ont été en contact avec le combustible et ont été irradiés. Ces éléments constituent le deuxième volume dans la quantité de déchets. Ces tubes vides sont compressés à la taille d'une galette compacte par une énorme presse située à l'usine de la Hague, et sont ensuite
glissés dans un conteneur.

Reste à savoir qu'est ce que l'on fait de ces déchets ?

Les premiers sont compactés et mis dans des conteneurs, comme nous venons de le voir. La solution de produit de fission, quant à elle, c'est le déchet le plus radioactif que l'on connaisse, et là il faut faire un aparté nécessaire à la compréhension du problème posé. Dans la logique de mise en sûreté de ces déchets en France, il y a une chose à retenir, qui est vrai dans tous les cas et pour tous les déchets : l'agresseur principal vis-à-vis d'un objet constitué à mettre en sûreté, c'est l'eau. Guy Brunel explique clairement cette contrainte, " Ce que nous craignons le plus et que nous empêchons systématiquement, c'est que l'eau, par n'importe quel biais, de pluie, de ruissellement, vienne lécher le colis de déchets et récupère une quantité de radioactivité, qui pourrait passer dans la terre, aller dans la nappe phréatique et remonter vers l'homme. Les études et tout ce que nous faisons en amont est piloté par cette idée, empêcher à tout prix l'eau de récupérer la radioactivité. Pour arriver à ce résultat il n'y a que le verre, c'est pour cette raison que les colis de déchets sont vitrifiés. La procédure est simple, la solution d'acide nitrique et de produits de fission est passée dans un four, on en fait des cendres, on y ajoute de la frite de verre (verre calibré en terme de composition chimique) et on chauffe à 1100 / 1150 degrés. Le verre qui se liquéfie contient les produits de fission, on le fait couler dans un conteneur, là nous avons un véritable matériau résistant à l'eau. De plus, si l'on regarde avec un microscope à balayage électronique dans le verre, non seulement les produits de fission sont fondus dans le verre, mais les liaisons chimiques de l'atome de produit de fission existent avec le verre et participent à la structure cristalline du verre. "

La dangerosité des déchets, peut-elle diminuer dans le temps ?

Sur cette question, Guy Brunel nous explique l'ensemble de la démarche, " Dans la stratégie que nous avons au niveau du conditionnement, il y a l'idée que nous venons de développer, c'est l'eau, la deuxième, c'est combien de temps doit-on tenir ? Pour cela nous avons fait un calcul de la radio toxicité, c'est-à-dire la toxicité qui est dû à la radioactivité, et nous avons comparé un combustible tel qu'il sort de réacteur si l'on ne fait rien (si l'on ne récupère pas la matière revalorisable et sans séparer les produits de fission) et que l'on le considère comme un déchet. Nous l'avons ensuite comparé à la radio toxicité du minerai qui a servi à faire le combustible. A partir de là, nous avons une courbe que l'on peut tracer ; nous avons utilisé pour ce faire une échelle logarithmique et nous avons échelonné dans le temps. En prenant le temps T0, l'uranium a une toxicité qui est très élevé, et en partant du maximum, nous descendons et le croisement va se faire aux environs de 200.000 ans, c'est le schéma du combustible usé sans retraitement. Si maintenant, comme nous le faisons en France, on part sur le fait que le combustible usé c'est de l'Uranium, du Plutonium, plus des produits de fission, et si l'on examine de près ces produits de fission, on constate qu'il y a 0,1% d'éléments que l'on appelle Actinide mineur, (les trois principaux sont, Américium, Curium et Neptunium), en très petite quantité, mais qui ont une importance pour la suite. Maintenant si nous faisons du retraitement de combustible usé, Uranium et Plutonium repartent dans la chaîne de fabrication de combustible, le produit de fission quant à lui c'est le déchet, là la courbe va croiser à 20.000 ans. En effet, le fait d'avoir enlevé le Plutonium, un des plus radiotoxiques connu, fait descendre la courbe. Le Plutonium, quant à lui, est utilisé dans les combustibles MOX à l'usine de fabrication de Marcoule. Mais les chercheurs ne se sont pas arrêtés là… Parmi les produits de fission, les plus radiotoxiques sont les Actinides Mineurs, et si on arrive à les enlever, on arrive à descendre la courbe à environ 200 à 300 ans."

Actuellement, un palier a été atteint. Maintenant il faut pouvoir aller plus loin dans la diminution de la radio - toxicité. Pour cela il faut comprendre qu'il y a deux axes, l'industrie et la recherche. En ce qui concerne l'industrie, ce que l'on sait faire industriellement, c'est séparer l'Uranium du Plutonium, et les actinides mineurs des produits de fission. Par contre, pour la recherche il faut passer maintenant des produits de fission plus actinides mineurs à des produits de fission tout court, plus transmutation des actinides mineurs, dans le but de diminuer encore un peu la durée de vie des déchets. Toutefois, il faut considérer les progrès qui ont été fait permettant de faire passer durée de vie des déchets de 300.000 ans à 300 ans, ce qui est déjà énorme. Internationalement, il y a des pays qui n'ont pas fait le choix du retraitement, pour des raisons technico-économiques. La Lituanie, par exemple, qui doit avoir un réacteur partagé avec le pays voisin, ne va peut-être pas faire l'investissement d'une usine de retraitement pour essayer de récupérer l'Uranium et le Plutonium, sachant qu'il sort quelques tonnes de combustible par an. Elle préfère tout mettre de côté, racheter de l'Uranium neuf et refaire du combustible. Pour la France, le problème n'est pas le même car c'est 80% d'électricité qui vient des 58 tranches de réacteurs des centrales nucléaires. Cela représente un tonnage de remplacement de combustibles important et il serait dommage de " jeter " toute cette énergie de récupération disponible en grande quantité.

La loi Bataille, comme lexique d'action

En 1991, une loi présentée par Christian Bataille a été votée. Elle fait suite à des évènements et à des informations internationales importantes datant de 1987 et affirmant que la meilleure solution pour stocker des déchets de produits de fission, c'est le stockage géologique profond, à une profondeur de plusieurs centaines de mètres. Actuellement en France cela penche autour de 400 à 500m. L'idée, c'est d'arriver à trouver dans la géologie du territoire français une couche suffisamment épaisse pour que le stockage géologique se positionne au milieu et que l'épaisseur soit suffisante pour aller dans le sens de la crainte de l'eau, déjà exprimée plus haut, avant qu'elle traverse cette couche et qu'elle récupère sur le verre les quelques radioéléments, puis qu'elle ressorte ensuite en traversant encore 50 ou 60 mètres d'épaisseur pour finir par remonter à la surface à 500 m plus haut. Guy Brunel apporte une vision sur le sujet : " On constate de fait que nous sommes bien dans un système redondant en sûreté, qui peut amener une certaine confiance. L'idée était donc de trouver une couche géologique stable depuis des millions d'années, sans mouvement sismique, et parmi les matériaux identifiés par les spécialistes dans les années 1980, on a commencé à étudier le granit, l'argile et le schiste. Les géologues sont partis à la recherche de sites pour faire les prélèvements que le gouvernement attendait, en sachant qu'il y a des massifs granitiques en Bretagne et dans le Massif Central, et de l'argilite dans le nord-est de la France, car il était important de trouver des lieux avec une bonne épaisseur et surtout de connaître les caractéristiques des matériaux. "

En 1989, il y a eu des évènements d'opposition très énergiques sur l'un des sites granitiques, ce qui a amené Michel Rocard, alors Premier Ministre, à tout arrêter. Il a confié à Christian Bataille et à l'Assemblée Nationale, qui fait partie de l'Office Parlementaire pour le choix scientifique, la mission d'élaborer une loi de recherche, et il a donné rendez-vous au moment où elle sera votée. En 1991, après avoir discuté avec tout le monde, Christian Bataille produit une loi de recherche, ce qui est une originalité française, car dans aucun autre corps de recherche il n'y a une loi votée à l'Assemblée Nationale pour coordonner et pour jalonner la recherche. L'objectif de Christian Bataille était de donner un temps limité, jalonné par des grandes lignes dans lesquelles les chercheurs doivent porter leurs recherches, et en plus les faire contrôler et évaluer par une Commission nationale indépendante formée d'experts internationaux. La durée de cette démarche avait été fixée sur 15 ans, donc avec une échéance en 2006. Les axes définis étaient, en premier lieu la séparation poussée, qui comprend la séparation des 3 actinides mineurs des produits de fission, plus la transmutation, action de mise dans un réacteur et de bombardement avec un neutron des actinides mineurs (américium, curium, neptunium) pour qu'ils deviennent des produits de fission et entrent dans une courbe de longévité moindre. Cela revient à dire que la séparation poussée sans la transmutation ne présente aucun intérêt. De ce point de vue, Christian Bataille avait été particulièrement clairvoyant. Et a Guy Brunel de rajouter : " Il faut savoir que nous pouvons actuellement réduire le volume et la radio toxicité, mais élimer les déchets ce n'est pas possible. Dans le principe, dès que l'on utilise de la matière pour faire de l'énergie, on fait des déchets. On peut dire que l'on va encore diminuer les déchets, mais arriver à zéro c'est impossible. Pour l'instant nous sommes dans les parages des 200 à 300 ans. "

Il faut classifier les déchets pour mieux les appréhender

En effet, pour caler les opérations de sûreté qui sont à faire sur un déchet, par rapport à sa dangerosité, il faut les classer. Car évidemment, on ne peut pas considérer qu'un déchet avec une radioactivité légèrement supérieure à la radioactivité naturelle, (car il y a de la radioactivité partout dans la nature), est égal aux produits de fission très largement radioactifs. Ce n'est pas non plus parce que l'on a trouvé le verre comme protection qu'il faut en mettre partout, car cette technique demande des infrastructures coûteuses qui ne seraient pas en rapport avec le sujet traité. L'autorité de sûreté a donc décidé de classer les déchets suivant deux critères et le tri des déchets se fait sur la période (c'est le temps au bout duquel il n'en reste plus que la moitié). Car il y a des radio éléments qui durent à peine trois secondes, réduit de moitié tous les trois secondes, au bout d'une heure il ne reste plus rien. Par contre il y en a d'autres qui ont des périodes de 10.000 ou de 100.000 ans et même 1 million d'années. On réalise mieux l'importance de la période pour trier les déchets : on met ceux qui ont une petite période d'un côté et ceux qui ont de grandes périodes de l'autre. Ensuite il y a l'activité (la Radioactivité)… ils en ont plus ou moins. C'est ce que nous explique Guy Brunel : " Avec tous ces ingrédients on a pu tracer un tableau tenant compte des périodes courtes et des périodes longues, ce qui a donné une classification en plusieurs points, ceux qui ont une période inférieure à trente ans et une très faible activité, puis ceux qui ont une faible activité, une moyenne activité et une haute activité. Maintenant qu'ils sont classés, il faut savoir où on les met, car depuis les années cinquante on produit des déchets. En France, les choix qui ont été fait et votés, sont intangibles, pour ceux qui sont de faible activité et les déchets à vie courte de faible et de moyenne activité, nous avons l'autorisation de les stocker. Des sites industriels ont été ouverts à cet effet, pour accueillir ces déchets. Les deux sites actuellement ouverts sont sous la responsabilité d'un organisme indépendant, l'ANDRA (Agence Nationale pour la Gestion des Déchets Radioactifs) qui a en charge la conception, la fabrication, l'exploitation et la mise en stockage des déchets radioactifs, ainsi que la surveillance.

Le premier site concernant les déchets de très faible activité est à Morvilliers, à 50 ou 60 Km de Troyes, et sa capacité totale est de 650.000m3. Le site de Soulaine accueille les déchets à vie courte, de faible et moyenne activité, il a une capacité de 1 million de m3. Nous pouvons difficilement quantifier ce que nous envoyons par an sur le premier site par exemple, des déchets légèrement supérieurs à la radioactivité naturelle provenant essentiellement de la déconstruction ou du démantèlement des installations nucléaires, des morceaux de mur en béton qui ont été très légèrement contaminés par exemple, ces envois dépendant des programmes de réhabilitation. Par contre, sur l'autre site, en 2005 et en 2004, les trois principaux acteurs nucléaires, (EDF et ses 58 tranches de réacteur, Aréva avec son usine de la Hague qui récupère l'Uranium et le Plutonium et qui met dans le verre les produits de fission plus les Actinides mineurs, et le CEA avec sa recherche), ont livré 15.000 m3 de déchets par an sur le site de Soulaine. Grâce à une capacité de 1 million de m3 pour 15.000 m3 par an, ce centre pourra être utilisé jusque dans les années 2050/2060 ; c'est la vision de l'ANDRA, Maintenant, si nous parlons des plus dangereux, 1.150 tonnes de combustibles usés sortent toutes les années des 58 tranches de réacteurs, où ils sont remplacés par du combustible neuf. Par rapport à cette quantité, seulement 850 tonnes sont retraitées à la Hague, en tenant compte que par tonne de combustible retraité on obtient 0,6 d'un conteneur de verre mesurant 1 mètre de haut sur 40 cm de diamètre. Si cela peut donner une idée, depuis le début du nucléaire tout acteur confondu, et jusqu'en 2020, ces déchets-là représenteront 50.000 m3 à stocker. Pour imager, en cubage cela représente un espace un peu moins grand que la gare TGV d'Avignon qui fait 54.000 m3. Les déchets vitrifiés, quant à eux, représenteront dans le même laps de temps 5.000 m3, c'est presque égal à la Maison Carrée de Nîmes qui fait 5.700 m3 ", nous dit Guy Brunel avant de rajouter : " On constate, grâce à cette projection en image, que cela reste une donnée à taille humaine. Cela n'a rien à voir avec l'image que l'on s'en fait ou tout ce que l'on peut raconter. Par contre, pour être plus encore de la vérité, la quantité représentative de la Maison Carrée de Nîmes, (qui sont les produits de fission vitrifiés), est très radioactive, car ces déchets ont une particularité, ils ont tellement de radioactivité que même à température ambiante ils continuent à chauffer. Si l'on prend la température au centre d'un conteneur de verre au moment où on va le positionner dans un endroit sur, la température est supérieure à 400° centigrades. Il est donc hors de question, techniquement, de pouvoir les mettre à côté les uns des autres, car 400 + 400 et plus, la Maison Carrée de Nîmes va fondre ! Il faut les écarter de quelques mètres (3,70m). On les place dans des puits, dans les bâtiments conçus spécifiquement avec des protections faites de béton, avec une circulation d'air qui fonctionne en permanence. Ainsi positionné, il n'y a plus qu'à attendre quelques dizaines d'années que la température décroisse. "

Le stockage géologique en question

La solution internationale de référence c'est le stockage géologique profond, à plusieurs centaines de mètres, mais aucun pays, pour le moment, n'a pris la décision sur le plan politique d'en créer un. La France est dans ce cas ; elle reconnaît la solution et à une idée du site sur lequel il se situera, mais aucune décision n'a été prise pour le moment. En attendant, tout naturellement sur le site de Marcoule et sur le site de La Hague, il y a des bâtiments d'entreposage, (dans le nucléaire, stockage veut dire définitif alors qu'entreposage c'est forcément une connotation de temporaire), et ils sont là en sûreté en attendant d'avoir l'autorisation de les mettre en stockage. Guy Brunel nous apporte encore l'éclaircissement : " Nous sommes dans l'attente d'une décision gouvernementale, selon la loi de 1991 qui demandait des examens approfondis, qui ont été fournis depuis par les différents organismes, le CEA et L'ANDRA sur le stockage géologique profond, et l'entreposage. En fin d'année 2005, le gouvernement a décidé que " c'était un sujet lourd sur le plan sociétal et qu'il fallait que la décision prise soit nationale ". Il a donc mis en branle la Commission Nationale du Débat Public pour qu'elle organise un débat et fasse remonter l'opinion du public sur le sujet pour en connaître sa sensibilité. Depuis septembre 2005 et jusqu'au 13 janvier 2006, 17 lieux ont servi de creuset pour alimenter ce débat, à la suite de quoi, la Commission du Débat Public a fait parvenir un rapport très complet au gouvernement. Celui-ci, voulant avoir l'assurance de ne pas se risquer sur un chemin glissant, a repris le fait que sur la loi de 1991 il avait été inscrit qu'il fallait un rapport d'une Commission Nationale d'Evaluation Indépendante. Il a donc exigé un rapport d'évaluation global de cette commission sur le résultat des trois axes de recherche qui venait d'être fourni par le CEA et l'ANDRA. L'ensemble des institutionnels a rassemblé toutes ces informations et élaboré un nouveau projet de loi qui a été voté définitivement par l'Assemblée Nationale le 28 juin 2006. Cette nouvelle loi va rentrer dans une phase de réalisation, en donnant des axes et des dates. Premier axe, reconnaissant que les résultats de la transmutation étaient prometteurs, elle admet que le procédé peut être industrialisé.

Mais convenant que cela risque d'être compliqué, dans le sens où il va falloir construire une usine de retraitement, le gouvernement repousse à 2040 la mise en place du procédé industriel. Par contre, en ce qui concerne le stockage géologique, il donne encore 8 à 9 ans pour faire le complément de la recherche, de façon à avoir, en 2015, un dossier pour demander une autorisation à l'Assemblée Nationale pour construire le stockage pour qu'il soit livré en 2025 afin que le premier colis y entre. Quant au troisième axe, il a confirmé la construction d'entreposages de longue durée, si le besoin s'en faisait sentir par anticipation des années 2025. Il a rajouté quelque chose non prévue dans la loi, au sujet d'autres déchets qui sont dans l'inventaire. Ce sont des graphites venant de réacteurs de première génération EDF et de trois réacteurs qui sont à Marcoule. Ce graphite contient malheureusement un élément, le Chlore 36 que l'on ne peut pas envoyer sur des sites industriels de surface. Le gouvernement demande, par ce rajout, à l'ANDRA de faire un concept de stockage opérationnel pour 2013 pour stocker le graphite. Guy Brunel apporte à tous ces amendements, une information d'importance : " Le gouvernement a ensuite pensé à un autre déchet, qui n'est pas vraiment dangereux car son radio élément est de courte période, mais qui pose un problème sociétal important, c'est le Trycium. C'est un radio-élément qui a une période de 12 ans, ce qui est une période courte, mais le problème est que c'est un gaz … Là nous ne sommes plus dans logique de l'eau comme principal agresseur, car un gaz va trouver et prendre le moindre passage. C'est dans ce cadre que l'Etat a demandé au CEA de trouver une solution pour les déchets Trycibles pour 2008. Donc contrairement à la loi précédente, celle-ci ne contient que des échéances de réalisation. Le seul axe qui reste un peu détendu, car l'objectif est tellement ambitieux que sur le plan scientifique ils ont laissé plus de temps, c'est 2040 pour la séparation transmutation. "

Peut-on aller plus loin pour réduire les déchets et leurs données de vie ?

Là encore Guy Brunel nous apporte une information complémentaire particulièrement intéressante : " Il faut savoir que depuis 1991 il n'y a pas que de la recherche assez pointue qui a été faite. Lorsque Christian Bataille a émis sa loi, tous les acteurs, AREVA qui à l'époque s'appelait COGEMA, EDF et le CEA, ont convenu qu'il y avait deux choses à faire et qui paraissaient importantes : Adopter des stratégies dans les installations aboutissant à la diminution du volume de déchets et deuxièmement, cela peut paraître anodin mais c'est important, imposer la standardisation des colis de déchets. Grâce à cela le volume a été réduit par 6, et il a suffit de faire un tri spécifique comme à la maison, verre, magazines, poubelle ménagère etc..

Dans le nucléaire, le tri s'est imposé à tous les niveaux, bureaux, laboratoires, matériaux d'utilisation courante et autres. Toutes ces opérations basiques ont conduit à cette diminution. La deuxième chose, c'est l'harmonisation des colis. A Marcoule ils se sont aperçus que chaque site avait ses fournisseurs de conteneurs, et naturellement chacun était différent, donnant une multitude de présentations géométriques et de contenu. La décision prise en 1991 a permis de limiter tout cela et de prendre des modèles étudiés et harmonisés par rapport au stockage, qui depuis sont communs pour tous. Pour les réacteurs, une tranche de 1000 mégawatts produit 90 m3 par an de déchets radioactifs, ce qui correspond à un rectangle de 10 m de long sur 9 m du large et 1 m d'épaisseur ; ce n'est pas très gros. Nous sommes maintenant dans la génération deux, BWR, il y en a 58 tranches en France. La génération suivante pour laquelle il y a l'autorisation de construction d'un réacteur en France et un en cours de construction en Finlande, c'est EPR. Maintenant on parle de la 4ème génération… Que va-t-il se passer en terme de déchets entre les 90 m3 par an et l'EPR ? Cette nouvelle appellation désigne un concept, mais les fluides servant à modérer et à caloporter l'énergie sont les mêmes, il n'y a pas de changement notable.

Ce que l'on sait quand même, c'est que les progrès les plus importants ont été faits dans le domaine de la sûreté. L'objectif principal ayant été de profiter de toute l'expérience acquise avec les 58 tranches en fonction depuis des centaines de milliers d'heures, cela a donné un résultat l'EPR. Il se trouve qu'il va aussi réduire légèrement le volume de déchets, mais pour l'instant personne ne peut dire de combien. En ce qui concerne la 4ème génération, c'est plus ambigu, car pour l'instant on ne sait pas vraiment, en termes techniques, ce que cela représente. A ce sujet, la France a fait un choix technique fort ; elle pense que la 4ème génération ce sont des réacteurs à neutrons rapides, soit refroidis au Sodium, soit au gaz, et elle se lance dans ce forum génération 4 avec pas mal de pays, dans la construction d'un prototype de réacteur. Le président Chirac a d'ailleurs confié au CEA la construction de celui-ci pour 2020. La compétence des équipes, acquise avec Phénix et Super Phénix sur le refroidissement Sodium, permet à la France d'être actuellement au sommet de cette technologie. Mais il y a des choses que l'on ne peut pas affirmer à l'heure actuelle, la quantification de la réduction des déchets par exemple. Mais une chose est sûre, c'est qu'une des contraintes du cahier des charges établi pour la génération 4, c'est " La réduction notable des volumes de déchets du réacteur" et l'autre avantage, c'est la transmutation des actinides mineurs."

NB : Une précision indispensable sur l'organisation du CEA et la vocation du centre de Marcoule : Depuis fin 2002, l'administrateur Général, Alain Bugat, a décidé de spécialiser ces centres. Avant, l'activité s'étalait un peu dans tous les domaines et sur tous les centres, notamment dans les centres du Sud, Cadarache ou Marcoule. Maintenant, Cadarache est spécialisé dans le domaine des réacteurs et Marcoule est spécialisé dans ce que l'on appelle " l'Aval du Cycle ". Cette spécificité décline la stratégie globale de la France dans le domaine du nucléaire et du combustible, et correspond au fait qu'elle ne veut pas jeter directement ces assemblages de combustibles. Il y a maintenant le " Traitement des combustibles usées " qui sert à récupérer la matière valorisable et d'autre part de diminuer la quantité de déchets à conditionner.