Tourisme à Lyon et en Rhône-Alpes :
Opération séduction

Lyon entend bien s'émanciper de cette image surannée de ville noyée dans l'épais brouillard de ses fleuves et des fumées industrielles. Depuis quelques années, elle a entamé sa mue. "Lyon la pudique devient beaucoup plus festive. Elle s'encanaille ! Les talents s'expriment, les énergies se libèrent ! Et les Lyonnais sont gagnés par ce tempérament méditerranéen qui remonte le long du couloir rhodanien. " Roland Bernard, Président de la commission tourisme de la CCI de Lyon et de la Chambre de l'industrie hôtelière du Rhône est confiant. Selon lui, l'image de la ville s'est bonifiée et les options prises par la mégapole depuis cinq années sont payantes. Il lui reste à présent à gagner sa place au Top 16 des villes qui comptent, face aux autres capitales de régions de l'Union Européenne en lice.

Par Veronika Terkmani


Déjà propulsée sur le devant de la scène grâce à son activité économique, Lyon veut dans le même temps déployer son attractivité touristique, escomptant une clientèle non seulement hexagonale mais également internationale, avec l'Europe, l'Asie, l'Amérique du Nord et du Sud. Elle se veut la destination de choix des tours opérateurs, en raison de la diversité des reliefs et climats des départements que constitue plus largement la région (alternance de montagnes, collines, lacs, paysages provençaux...) et des axes de communication privilégiés avec l'Europe.
Mais la capitale de la région Rhône-Alpes ne dispose ni de Côte d'Azur, ni de Tour Eiffel ! Et se situe à mi-cheminn entre ces deux tentaculaires pôles touristiques que sont l'Ile de France et le grand Sud.

Le tourisme d'affaires en pleine expansion

Alors, elle a misé sur son rayonnement économique et scientifique pour capter une clientèle d'affaires dont elle escompte des dividendes. Et s'est ainsi dotée de structures et d'équipements prestigieux pour accroître son offre " séminaires business ", via la Cité Internationale et l'Amphithéâtre, Eurexpo, les projets Confluences et Carré de Soie, dédiés quant à eux aux loisirs et au bien-être. Elle a de surcroît créé de l'évènementiel culturel et artistique avec les Nuits sonores, la Fête des lumières, les Guinguettes des berges du Rhône... Et n'a rien renié de son histoire, ce qui lui vaut d'être classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO. L'embellissement de ses murs par les artistes peintres de la Cité de la Création et l'illumination de ses édifices par l'architecte des lumières Alain Guilhot ont également grandement contribué à cette métamorphose et à sa médiatisation extra-muros.
" Le marché Affaires a connu un "boom" souligné et commenté par les principaux cabinets conseils français spécialisés en Tourisme/Hôtellerie. Les chiffres clés à retenir pour ce segment regroupant les hôtels 4* et 3* sont : un taux d'occupation moyen de 66.9%, soit en augmentation de 15.7%. Un prix moyen hébergement de 115.9€, soit en augmentation de 10.8%. REVPAR (revenu par chambre disponible) moyen de 77.5€, soit en augmentation de 28.1% " indique la CCI.
Cet investissement sur le tourisme a permis de dégager 1 milliard d'Euros de CA - soit le premier PIB local - avec 650 millions pour le seul tourisme d'affaires. La part revenant au secteur agroalimentaire et aux spectacles compte pour près de 300 millions et celle des excursionnistes pour 50 millions d'Euros. Et au total, ce sont 25 000 emplois occupés. Le jeu en vaut la chandelle. Et les décideurs l'ont compris, ceux-là qui ont misé sur l'optimisation des ressources de cette mégapole, pour attirer une clientèle rompue au charme d'une ville à taille humaine.

S'assurer le concours d'une région à l'offre bien contrastée

Enfin, elle s'est associée le soutien des départements de sa région pour présenter une offre globale comprenant les Alpes, les vignobles du Beaujolais, les coteaux du Lyonnais, la plaine de l'Ain, la vallée du Gier, la région stéphanoise, la Drôme et l'Ardèche provençale. Chacun contribuant dans sa catégorie à cet essor. Les Savoies et l'Isère, avec une grande partie consacrée au tourisme alpin en saison hivernale et une autre thématique plus familiale proposant en été randonnées, bi-cross, ULM... La Provence rhônalpine avec une option touristique dite " des collines ", offrant un espace pour découvrir petits villages et festivals, et pour organiser des conventions et séminaires
d'affaires sur ses sites naturels.
Le Rhône par la gastronomie et ses célèbres toques, le vitivinicole, la culture (via notamment le Musée des tissus dans le droit fil de l'histoire de la soierie lyonnaise et le Musée du cinéma pour célébrer encore et toujours la naissance du 7ème art), le sport (on ne citera que l'Olympique Lyonnais) et le
shopping.

Les Portes du Soleil, une alternative à la neige

Mais cela ne suffit pas. Car on le sait, la concurrence hexagonale et européenne est rude. Et l'investissement à consentir est conséquent. Aussi, s'emploie-t-on à optimiser plus largement encore les ressources touristiques du territoire rhônalpin, pour véritablement émerger du lot.
A commencer par les sommets alpins dont la rentabilisation est désormais lissée sur les quatre saisons. Car si les neiges éternelles attirent toujours les passionnés de la glisse, voire une clientèle indienne motivée par le tournage de quelques scènes de films des studios de Bollywood, la baisse de fréquentation des stations de moyenne montagne - là où le taux d'enneigement laisse à désirer depuis quelques années- se confirme. " Il est sûr que quelques erreurs ont été commises " concède Roland Bernard. " Certains sites ont investi lourdement dans des équipements et n'ont pu en retirer des bénéfices satisfaisants, eu égard à l'absence de neige, en raison du réchauffement climatique. " Pour parer à ce déficit, il a fallu réinvestir le paysage montagnard en proposant une alternative à l'or blanc, durant la saison estivale.
Les Portes du Soleil, regroupement de 14 stations entre Léman et Mont Blanc, proposent ainsi des activités sportives axées sur le VTT et la randonnée. " C'est en 1993 qu'il a été décidé d'ouvrir les remontées mécaniques durant l'été. La station des Gets a été la première à s'engager sur cette voie en accueillant les premières manches de coupe du monde de VTT et en développant des pistes réservées à la pratique du mountain bike. " En 2006, 34 276 forfaits ont ainsi été comptabilisés, soit une hausse de 11,2 %. " L'incidence sur l'économie locale, l'hébergement et la vie dans les stations est évidente. C'est pourquoi les sites continuent à miser, en partie, sur ce créneau pour favoriser le remplissage de leurs hébergements durant la saison estivale " indiquent les Portes du Soleil.

Cinéma indien : Les sommets alpins au nirvana

De la même manière, la Région déroule-t-elle le tapis rouge pour séduire une clientèle indienne rompue au tourisme alpin, a fortiori depuis l'investissement du site par quelques équipes de cinéma des studios de Bollywood. Car le cinéma du sous-continent se révèle un vecteur appréciable de visibilité de la région Rhône- Alpes en Inde. Et au-delà, si l'on prend en compte les retombées cinématographiques de ces films qui sont non seulement projetés sur les écrans du pays le plus peuplé du monde après la Chine, mais également dans les pays du Golfe, en Afrique et en Russie. Rhône-Alpes Tourisme s'est positionné sur ce segment, en lançant " Chamonix Mont-Blanc " avec le 3ème Tour Opérateur indien à l'export Cox & Kings, la Compagnie du Mont-Blanc qui exploite les remontées mécaniques et le groupe hôtelier Best Mont-Blanc. Plus de 7 000 touristes indiens ont ainsi été accueillis en 2006. Un nouveau contrat signé en 2007 avec Raj Travels, autre T.O indien, devrait permettre de passer à 8 000 nuitées et de recevoir au total près de 10 000 visiteurs. " Le marché indien est un marché émergent souligne François Gaillard, directeur général de l'office de tourisme et des congrès du Grand Lyon. Ce sera un bassin émetteur considérable dans les dix prochaines années. Au cours de l'été 2004 nous avons accueilli le tournage d'un de ces films à Lyon. Et nous nous sommes rendus à Bombay en février 2005 afin de rencontrer des producteurs et réalisateurs. Un second tournage s'est fait au printemps 2005.
Et le constat que nous avons dressé à l'issue de cette mission est que Lyon intéresse les professionnels indiens mais que la ville est encore mal structurée sur le plan logistique pour les accueillir. " Dont acte.
En conclusion, on retiendra donc que le potentiel touristique de Lyon et sa région existe -nonobstant une certaine hétérogénéité dans l'optimisation des ressources de l'ensemble du territoire, qu'il est valorisé, mais qu'il reste encore à entreprendre pour rivaliser avec d'autres mégapoles. Reste à savoir si les options prises par les décideurs seront payantes.