La Drôme : l'évolution d'un avenir "Bio-Technologique"

Le Forum Economique Rhodanien a transporté sa 7ème édition dans la capitale drômoise, Valence, le 28 septembre. Cette importante manifestation nous a permis de faire connaissance avec un département qui mérite toute notre attention.

Par J.R Lorne

En effet, situé entre Rhône Alpes et Méditerranée, il occupe une position stratégique non négligeable en faveur des échanges économiques, tenant compte de son propre poids dans les domaines de l'industrie et de l'agroalimentaire. Cette année encore, le programme du Forum, concocté par Michel Ochsner et les collaborateurs de la Chambre de Commerce de la Drôme, présidé par Jean Marie Busseuil, a connu un beau succès, tout en donnant une vision nouvelle sur la Drôme. Il faut savoir que le Forum n'est pas étranger à Valence, comme le confirme Jean Marie Busseuil : " J'ai déjà assisté à deux forums, à celui qui s'est déroulé à Sion en Suisse et l'année dernière à Genève ; je n'ai malheureusement pas pu me rendre à celui d'Arles. Je trouve cette manifestation intéressante dans la mesure où l'on rencontre des gens que l'on n'a pas l'habitude de croiser. Je ne pense pas que l'on puisse y conclure des affaires directement, mais ce qui est important ce sont les contacts qui permettent de compléter un carnet d'adresses.

Des thèmes adossés aux compétences économiques du département

Et ces compétences sont importantes, notamment en ce qui concerne la traçabilité, le transport et la logistique, des domaines où le potentiel de ce territoire est considérable, comme on peut le constater, par l'apport des grandes entreprises qui s'installent, faisant de ce métier un des points essentiels de ce territoire. Jean Marie Busseuil nous situe ces entreprises qu'il connaît bien : " Au premier plan, il y a Norbert d'Entressangle qui, s'il n'est pas le premier, est sans doute le deuxième européen dans sa spécialité, transport et logistique. Créée sur ce département, c'est une entreprise essentielle pour la Drôme, dont le siège social est toujours présent sur ce territoire, malgré son internationalisation. La firme Mercedes était, il y a encore un an et demi, la seule base logistique française de distribution de la marque, qui selon le besoin expédiait à partir de Valence, par exemple, un moteur à Strasbourg ou ailleurs. Ce centre est toujours présent, malgré le fait que la firme Mercedes a créé, à Valencienne, une nouvelle base pour le Nord de l'Europe. Toutefois la base de Valence garde toute son importance en desservant la France Sud, le Nord de l'Italie et l'Espagne. Ils sont d'ailleurs très contents d'être chez nous, notamment par la facilité d'accès à l'ensemble des réseaux desservis, même si nous connaissons quelques problèmes de circulation l'été, mais qui apparemment ne les dérangent pas trop. Il y a une entreprise dont je peux vous parler maintenant, car l'achat du terrain est fait et l'étude d'implantation en cours, c'est Leroy Merlin. Il installe sur 64.000 mètres carrés d'entrepôts sa base logistique pour desservir le Sud de la France, le Nord de l'Italie et l'Espagne. De plus, entre le magasin qui sera associé à côté et la base logistique, il y aura à peu près 300 emplois nouveaux, ce qui n'est pas négligeable. "
On comprend mieux l'impact de la Drôme dans le contexte économique actuel et l'importance de sa situation stratégique entre fleuve, mer et montagnes. Mais ce n'est pas tout, car si la balance commerciale du département est extrêmement positive, c'est qu'il y a d'autres ingrédients qui entrent dans ces calculs et notamment les combustibles des centrales nucléaires, qui sont uniquement fabriqués à Pierrelatte, Aréva ayant, grosso - modo, un tiers du marché mondial, il n'y a rien à
ajouter.

Une Agriculture toujours vivace

La position de l'agriculture a toujours été une force de ce territoire, notamment dans sa production fruitière. Jean Marie Busseuil est fier de nous le confirmer en nous expliquant, " Nous sommes le premier département français en terme de production, de pêches, d'abricots, nectarines, tomates industrielles etc… Néanmoins, nous avons quelques soucis au sujet d'un virus qui s'est attaqué aux pêchers et aux abricotiers, la " Charca ". Il a nécessité la destruction de beaucoup de plantations pour essayer de l'éradiquer. Hélas, apparemment nous n'y sommes pas encore arrivés, pourtant, tous les chercheurs travaillent là-dessus. Pour l'instant il n'y a pas de solution, si ce n'est arracher et brûler les souches et les pêchers atteints en espérant que cela ne se propagera pas. Personne ne sait d'où vient ce virus et le résultat est assez catastrophique. Heureusement, pour le reste de l'agriculture cela marche pas mal. Il faut savoir, par exemple, que 35% des plantes aromatiques et médicinales françaises sont produites sur le territoire drômois ; on n'imagine pas obligatoirement une telle capacité dans le département. " Pour le reste c'est plus diffus, blé, maïs, et élevage dans le Vercors, notamment du mouton. Il y une production de fromage avec appellation contrôlée comme le Bleu de Sassenage, et d'autres spécialités renommées à base de lait de brebis ou de chèvre. L'agriculture est très bien positionnée dans ce département et fait partie des valeurs sûres.

Un département de contraste économique

Les caractéristiques du département sont particulières. C'est peut-être dommageable d'un certain point de vue, mais d'un autre côté il y a des paysages très préservés. La cause à effet de cela localise 80% de la production industrielle qui se fait sur quatre cantons seulement, ce qui est très faible par rapport à l'espace et cela pose des problèmes, car ce sont eux qui portent le poids économique du territoire. On constate en effet, que les bassins industriels comme Valence, Romans, Montélimar, Pierrelatte sont presque saturés. Jean Marie Busseuil explique aussi que : "L'accessibilité joue un grand rôle dans ce déséquilibre, car les entreprises ne veulent plus faire des kilomètres pour acheminer leur production. Nous avons, par exemple, le problème avec " Mas d'Auge " le producteur d'œufs. Il quitte un petit village à côté de Nyons, car le poids du transport pour rejoindre la vallée du Rhône est trop important et s'il a décidé de laisser, malgré tout, les services administratifs sur place, il délocalise la production, ce qui est très dommageable pour l'emploi. " Il est vrai que le département à souffert.
Il faut se rappeler les problèmes qu'il a subis avec l'industrie du cuir notamment sur Romans. Mais après ces années de déstabilisation, il y reste actuellement un grand tanneur qui marche très bien en produisant un tannage de très grande qualité pour des clients de renom comme Vuitton, Hermès, Longchamp, et toutes les grandes marques haut de gamme. A ce sujet, Jean Marie Busseuil ajoute, " Cette entreprise fait du chiffre et va très bien, mais elle ne fait pas de cuir pour la chaussure, car c'est la misère " et il continu sur le sujet, " Il y a quelques petites productions de chaussures, et il y a surtout Clergerie qui après avoir vendu son entreprise, l'a reprise alors qu'elle commençait à décliner, comme les autres. Paradoxalement et comme par miracle, elle gagne maintenant de l'argent. Actuellement, la société évolue et ouvre un magasin à St Petersbourg, en plus de celui de New York. Pourquoi ce nouveau départ ? Tout simplement parce que l'entreprise avait été vendue à un groupe international qui n'a pas réussi à la faire progresser, bien au contraire, et pour les autres ce fut le même problème. En effet, les visions de ces groupes sont plutôt financières, pas véritablement industrielles. Ils accordent plus d'importance à la renommée de la marque ; quant à la production, qu'elle se fasse ici ou ailleurs ce n'est pas le problème, surtout si ailleurs c'est beaucoup moins cher, même si la qualité ne suit pas. C'est très net, car l'entreprise Clergerie fait deux millions d'euros de résultats deux ans après la reprise. Il y a des réponses qui sont élogieuses et qui portent à réflexion. "

Un travail de fond entrepris par la Chambre de Commerce de la Drôme

Cette situation a demandé de produire des efforts pour essayer de combler les handicaps économiques qui ont fait naître un chômage important en créant une conjoncture malsaine pour la bonne marche du département. La Chambre de Commerce a immédiatement réagi, comme nous l'explique Jean Marie Busseuil : " Nous avions fait une étude au préalable, il y a déjà huit ou neuf ans, pour mettre en évidence les points forts du département sur le triangle Valence - Romans - Tain (que nous appelons ROVALTAIN) qui comprend la gare TGV. Finalement nous avons estimé que cela allait dans le sens du développement durable, des produits de grande qualité, et des produits Bio. Le département est la première production française, avec le plus grand nombre d'agriculteurs Bio, la plus grande surface cultivée… Aussi nous avons souhaité, entre autre, développer cette filière et à cet effet nous avons créé sur Rovaltain, l'INED (Innovation pour l'Environnement et l'Economie Durable). Cela a amené la Chambre de Commerce à faire un bâtiment complètement Haute Qualité Environnementale, sûrement un des plus beaux en Europe dans le domaine du tertiaire. L'important pour nous était de créer une enveloppe qui soit en rapport avec son contenu, et effectivement on y découvre des choses qui sont absolument remarquables. Le "Cluster Bio" de la région Rhône Alpes est ici, ainsi que les pôles de compétitivité de l'alimentaire, la Cosmétologie, la Pharmacie, et la filière bois, car nous avons réussi à faire reconnaître cette légitimité. Les éco-matériaux sont mis en valeur et nous travaillons avec des industriels de toutes tailles pour qu'ils réalisent des gammes de nouveaux matériaux préservant l'environnement. C'est ainsi que nous avons formé tous les agents des parcs qui s'occupent de l'environnement des villes de Marseille, Toulouse, Strasbourg, Clermont Ferrand et d'autres.


Nous avons aussi l'Institut des Flux Supercritiques. Pour cette particularité, la Chambre avait embauché un ingénieur pour aller voir ce qu'il y avait au CEA à Pierrelatte, pour ne pas laisser dans les placards des brevets qui pourraient intéresser des entreprises. Le CEA a une latitude pour travailler dans le domaine des nano et de la micro technologie, notamment à Grenoble, où ils n'ont aucun problème pour travailler avec des industriels, a contrario de Pierrelatte où c'est purement nucléaire et très protégé. L'ingénieur que nous avions commis a constaté que les flux supercritiques pouvaient devenir un débouché intéressant. Depuis, nous avons travaillé avec eux sur le sujet et maintenant c'est devenu un pôle de compétitivité avec Primatec. Ce pôle se compose de la partie nucléaire, de la partie flux supercritique que la Chambre de Commerce a récupérée et intégrée dans les locaux de l'INED sur la zone de Rovaltain. A l'intérieur de IFS (Innovation Flux Supercritique) il y a le CEA, le CNRS, l'Université de Montpellier, l'Ecole des Mines d'Alès, Saint Gobain, les Laboratoires Fabre et autres. Nous avons ainsi mutualisé cet ensemble avec des laboratoires et des partenaires importants pour pouvoir, à terme, transférer ces techniques dans l'industrie. Ce sont des procédés intéressants dans la mesure où l'on peut produire avec des systèmes complètement propres, en consommant moins d'énergie, avec des techniques d'avenir avec lesquelles on peut même détruire, par exemple, toute la chaîne charbonnée, c'est-à-dire tous les résidus que l'on sait, maintenant, faire disparaître comme par miracle. "


Toute cette démarche a réussi, en grande partie, à palier aux différents problèmes que le département a connu. Mais au-delà de cela, elle place le territoire de la Drôme au top du déploiement technologique au service du développement durable, en le positionnant en plus parmi les toutes premières contrées " Bio - Technologique " d'avenir. Le Forum économique Rhodanien en a tenu compte, puisqu'il avait mis à l'ordre du jour un programme correspondant parfaitement au dynamisme économique de la Drôme.