Edito

VARIATIONS ESTIVALES

by Robert ASSADOURIAN

L’omniprésence médiatique du président a constitué la toile de fond d’un été qui s’achève dans l’attente. Les questions sont posées, les discussions entre partenaires sociaux et les autres sont largement ouvertes, les points de vue s’affrontent, les amendements immobilistes, visant à amortir la verve réformatrice souhaitée par Nicolas Sarkozy, sont avancés. Cependant la croissance de notre économie qui marque le pas ou encore la crise financière mondiale qui a nécessité l’intervention des banques centrales, contrastent avec les corporatismes et intérêts particuliers. Il est à espérer qu’avec l’automne les bonnes décisions succéderont aux discussions. La volonté réformatrice exprimée lors des présidentielles semble se heurter à l’immobilisme et aux réticences de ceux qui risquent de voir leur vie, leurs petits avantages ou leurs habitudes modifiées par les réformes. La France peut-elle avancer au même rythme que les autres pays occidentaux ?

Les dysfonctionnements dans le traitement de la pédophilie illustrent parfaitement les inhibitions et les lourdeurs de notre justice. Comment Francis Evrard pédophile reconnu a-t-il pu récidiver en violant le petit Enis 3 à 4 semaines après avoir quitté, avec son Viagra, le centre pénitentiaire de Caen, où 70 % des détenus sont des criminels sexuels ? Son palmarès est éloquent : il débute en 1969 et va passer 27 ans en prison alternés avec des périodes de liberté qu’il met à profit pour assouvir ses pulsions.
 Notre arsenal juridique ne parait pas, à l’évidence adaptée au problème posé, lequel concerne pourtant 22 à 26 % de la population pénale ! Les raisons avancées sont des lacunes de la législation, la surveillance judiciaire après la sortie obligatoire depuis 1998 est mal organisée, les 10 à 15 % de récidivistes potentiels qui seront libérés ne sont pas identifiables. Le bracelet électronique est un ornement qui permet de localiser le délinquant le délit accompli. Il  ne neutralise pas le pervers.
La justice est confrontée à 2 obligations : 1- d’abord celle de protéger la ou les victimes avant qu’elles ne le deviennent car protéger c’est prévenir ; 2- ensuite pour les prévenus, celle de respecter, les droits des individus, les libertés individuelles et les droits des personnes privées de liberté.

Traitement chimique voire castration chimique, suivi psychologique, dissuasion des éventuels délinquants par campagne publicitaire ou numéros verts, et surveillance électronique, font parti des sanctions avancées par les pays anglo-saxons qui paraissent plus rigoureux que le sud de l’Europe. Peines de prison, obligation d’enregistrer les déplacements des pédophiles ainsi qu’une banque de données accessible à tous sont en outre, retenus par les Etats-Unis où seul l’état du Texas a adopté une méthode radicale : la castration chirurgicale. La France envisage de créer un hopital-prison au sein duquel les psychiatres prendront en charge les condamnés présentant des troubles graves. Cette proposition ne résout rien car dès la sortie le délinquant sera libre de ses choix thérapeutiques.

La pédophilie est une maladie, un véritable cancer social, faisant courir à un enfant un risque majeur voire mortel. Que serait-il advenu d’Enis s’il n’avait pas été retrouvé rapidement ? Or cette affection qui met en danger, non pas le malade mais la vie d’un enfant innocent, est dépendante d’une hormone, la testostérone dont la suppression règle le volet médical en éradiquant la pulsion sexuelle. Par contre, la  prison n’est qu’une sanction pénale temporaire qui ne règle pas le risque de récidive. La prévention de la récidive en fin de peine passe par la neutralisation hormonale. Les autres moyens, psychothérapie ou surveillance policière ne sont que des adjuvants. Depuis les années 60 les pays anglo-saxons essaient de prendre en compte le facteur hormonal alors que la France, malgré les nombreux travaux sur le sujet, va bientôt se décider ! C’est la ministre de l’Intérieur qui l’a dit. Nous attendons….

La médiatisation  exploite l’émotion déclenchée par les accidents ou les événements qui alimentent les promesses des politiques dont l’opinion se nourrit. Les exemples ne manquent pas.

L’accident dramatique du car polonais transportant les pèlerins dans la descente de Laffrey dans l’Isère a fait plus de 26 morts. Certes la route est dangereuse mais difficultés, consignes et interdictions sont signalées. Question : pourquoi le chauffeur de 21 ans inexpérimenté n’a-t-il  pas respecté les consignes ? Pourquoi a-t-il empruntée cette descente ? Les médias soulignent le point noir que constitue la côte de Laffrey et occultent l’erreur humaine à l’origine du drame. L’amélioration des conditions de circulation est obsolète en matière de sécurité routière, si la route est empruntée par des inconscients.

Grâce à un régime d’exception, qui vient d’être renouvelé jusqu’au 30 juin 2008, Plan de Campagne est ouvert le dimanche. L’affrontement dépasse les clivages sociaux habituels. Depuis 20 ans la situation s’est institutionnalisée et aujourd’hui cette ouverture correspond à un réel besoin confirmé par les chiffres d’affaire des 156 magasins concernés sur un total de 400. La CGT et la CFDT s’arque boutent sur le retour au droit commun et prêchent la fermeture le dimanche, mais elles ne sont pas suivies par les travailleurs concernés et les autres syndicats. Il serait dommage que cette activité dominicale cesse, car il n’est pas évident qu’elle se replie sur le peu accessible centre de Marseille.
 
La période estivale d’observation, de réflexion est terminée. Les réformes doivent quitter le niveau du débat pour celui des actes. Le pays en est conscient. Le président  qui a les faveurs du public s’engage. Les menaces corporatistes sont dépassées mais présentes. La rénovation, même partielle, proposée par des dirigeants lucides destinée à des Français citoyens et conscients, tombera à l’automne. Sera-elle bien reçue ?

 

Droits réservés © 2003 - 2007 à Ambitions Sud International
Page actualisée le 25 May, 2007