Le 13 septembre 2007, pour sa 4e édition, le forum OCOVA (Objets Communicants, Identité et Création de Valeur) s'est tenu dans l'écrin de verdure du château de Charance à Gap, la capitale des Hautes-Alpes, au cœur de l'euro région Alpes-Méditerranée. Cette année, l'accent a été mis résolument sur l'international avec pour fil conducteur : "Solutions communicantes pour la santé et solutions multi-applicatives dans les services à la personne." Pour Christine Lagarde, ministre de l'économie, des finances et de l'emploi, " Ce forum est un creuset où se discutent les perspectives du secteur et où s'échangent les bonnes pratiques dans la conduite de l'innovation...".
Par Philippe Leger
Son message a été lu aux participants du forum par David Emond, conseiller en charge des pôles de compétitivité, de l'attractivité et de la recherche. Malgré un agenda chargé, le conseiller avait fait le déplacement à Gap ; une forme de reconnaissance et d'hommage rendu au forum OCOVA qui a dû réjouir l'organisateur Pierre Vollaire, vice-président d'ARCIS, l'association qui a créé cet événement phare en 2004.
L'édition 2007 a renforcé la présence internationale avec les participations de Torino Wireless, le pôle télécommunications du Piémont Italien ; du cluster allemand de Rhénanie du Nord-Westphalie "Innovative Industrial System Integration" (RFID, capteurs sans fil, mécatronique…), du SIIT de Gênes (solutions innovantes pour la Mobilité, la Santé, la Sécurité… ), de VTT Finlande, du pôle tunisien d'El Gazala (premier centre des technologies de la communication d'Afrique du Nord), mais aussi de représentants de la Suisse voisine. Ont participé également au forum, SCS (Solutions Communicantes Sécurisées PACA) et Minalogic (micro-nanotechnologies Grenoble-Isère) qui représentent deux des trois pôles majeurs de la microélectronique et des télécommunications de notre euro région (le troisième, c'est Torino Wireless).
En tout, près de 150 acteurs ont répondu à l'invitation du pôle de compétitivité mondial SCS, d'ARCIS et de ses partenaires.
Cette année, l'accent a été mis sur les thèmes liés à l'identification, l'authentification, le contrôle d'accès, les applications identitaires (billettique, multi-application et micro paiement) dans les solutions communicantes pour les services collectifs (santé, éducation, transport, services publics…) à l'échelle des communautés urbaines.
Les interventions du CEA-Leti, du Fraunhofer RNW, de VTT (Finlande), de la FING avec les programmes Identité Active et Ville 2.0, ont porté sur les ruptures technologiques, les évolutions des marchés et des usages. Le pôle SCS a traité plus particulièrement des thématiques Identité (nouvelles solutions pour l'identification et l'authentification) et Connectivité (réseaux sans fils urbains et objets communicants).
La dimension
internationale
du forum s'est encore élargie
Si le forum a amplifié sa dimension européenne, on y rencontre pour la première fois une ouverture euro-méditerranéenne avec la participation du Pôle technologique El Ghazala de Tunisie. Un pôle en pleine expansion qui vient de s'associer à un consortium regroupant les technopôles de Sfax et de Sousse, un pool qui a signé dernièrement un protocole d'accord avec le pôle SCS. " Cet accord, selon Pierre Vollaire, présente une dimension internationale qui permet de " benchmarker " d'autres pôles, d'évaluer les possibilités de monter des projets avec d'autres clusters et acteurs. Il s'inclut dans toute une stratégie d'ouverture sur les pôles technologiques dans le monde, dans une logique de travail en réseau ". Une stratégie qui réjouit le conseiller David Emond. Pour lui, " La question du développement international est au cœur de la démarche des pôles de compétitivité, dès l'origine... Sur les 71 pôles que comptent notre pays, un bon niveau pour la France, précise-t-il, on en dénombre 17 qui ont l'international pour vocation. " Il cite en exemple le pôle "Solutions Communicante Sécurisées " de la région Paca, " frontalier avec l'Italie, la mer Méditerranée, qui offre des possibilités dans tout le Maghreb. "
Une dynamique gagnante qui va gagner en ampleur
Selon Pierre Vollaire, " l'idée du forum OCOVA, qui se tient sur une journée, à l'heure actuelle, est de mettre les gens en relation et que les clusters prennent le relais. C'est le rôle du pôle SCS, de la commission animation dont il fait partie, des relations internationales, d'animer les réseaux, d'essayer de monter des projets à la suite du forum". Le forum OCOVA, même s'il ne dure qu'une journée, entretient une dynamique qui pourrait prendre de l'ampleur... surtout si les Hautes-Alpes animent cette magnifique euro région Alpes-Méditerranée. Selon Pierre Vollaire, " les projets pourraient tourner autour de la valorisation d'objets communicants ; concerner des secteurs comme le tourisme, service à la personne... multi-applications en milieu urbain... " En effet ! Voilà de belles cartes à jouer dans les années qui viennent. Les Hautes Alpes sont placées idéalement au centre d'une euro région regroupant Rhône-Alpes et le Piémont (deux moteurs de l'Europe !), PACA, qui la relie plus directement à la dimension euro-méditerranéenne... et n'oublions pas nos associés suisses ! Elles offrent de nombreux avantages aux entreprises qui s'y sont installées ainsi qu'à celles qui recherchent un site d'implantation. C'est un territoire d'exception qui bénéficie d'une main d'œuvre active et entreprenante. Pourtant, et c'est là que le bât blesse, elles ne disposent pas de PME de taille suffisante pour attaquer le marché international. Ce n'est pas une particularité alpine, c'est un mal français, endémique et pernicieux.
C'est avec
ces abeilles que la France fait son miel
Quelle est la première entreprise française ? L'artisanat, c'est bien connu ! On en fait la publicité à la télé. Il n'y a pourtant pas de quoi pavoiser. La moitié des entreprises françaises n'ont aucun salarié ! Cela ne signifie pas que leurs dirigeants sont tous des artisans. Ils peuvent être salariés dans d'autres sociétés, s'ils ne travaillent pas... dans la fonction publique.
Les PME de moins de 50 salariés représentent 99 % des entreprises et 55 % des emplois ; pour mieux cerner cette réalité, on a créé la catégorie des TPE (très petites entreprises): moins de 10 salariés. Près de 90 % des entreprises françaises sont des TPE (2,2 millions d'entreprises) et elles emploient 3,5 millions de personnes, ce qui en fait les premières créatrices d'emplois mais aussi de richesses... C'est avec ces abeilles que la France fait son miel.
Les PME comptent de 10 à 499 salariés. La limite entre petites et grandes entreprises varie selon les pays européens, c'est pourquoi la classification en vigueur risque d'être modifiée : l'Union européenne considère qu'une entreprise est "grande" si elle emploie plus de 250 personnes, ce qui correspond à un seuil plus représentatif. En France, les petites structures sont encore le véritable moteur de l'économie. Or, pour s'imposer sur le marché mondial, elles n'ont pas la taille suffisante.
Dans les Hautes-Alpes, Pierre Vollaire propose " qu'on se rapproche d'autres acteurs pour créer une PME de taille respectable, plus de cent personnes... Pourquoi pas autour d'ARD - multi-application autour des objets communicants, s'interroge-t-il ? Une entreprise de 36 personnes, 25 ans d'âge, en bonne santé, qui souhaite se développer... "
Beaucoup
de potentiel...
mais le niveau
mondial est élevé
Il remarque qu'en France, " La culture des clusters, de projets, muti-partenaires, d'innovation, est partie d'un niveau relativement faible. À l'exception des "spin-up" des grands groupes et autres, les PME ont encore besoin de monter d'un " step " important... Certes, concède-t-il, l'effort qui a été fait est loin d'être négligeable; mais ça va vite... et ça va fort ! Il existe des opportunités pour concrétiser sur le terrain. L'argent, il y en a... Il pense notamment à l'argent de l'Europe, même s'il reconnaît qu'on ne sait pas encore pour l'instant mobiliser tous ces fonds. Il y a Oseo, il y a l'État, la région... mais il faut savoir que les financements de l'État et des collectivités sont incitatifs. Il faut donc mobiliser les financements privés... et savoir aussi que c'est sur la culture industrielle qu'on progresse très fortement. Les Forums, "ventures capital Risque" ne manquent pas pour les porteurs de projets. Côté investisseurs privés, il y a beaucoup de potentiel, encore faut-il présenter des bons projets. Nous sommes dans une compétition mondiale, le seuil est très haut... "
L'élargissement géographique du forum Ocova va permettre de poser les bases de projets, de partenariats, de business à l'échelle européenne ainsi que des perspectives de financement du développement de l'innovation. Or, c'est justement l'innovation, et plus précisément " l'innovation industrielle qui est au cœur de la politique du gouvernement ", comme l'a souligné le conseiller David Emond.
L'innovation
est la clé du succès"
Face à une concurrence mondiale sur les marchés des biens mais aussi, de plus en plus, sur les marchés des services, nous devons réagir en nous appuyant sur nos atouts, parmi lesquels : la qualité de notre formation initiale, l'excellence technologique et scientifique de nos universités, de nos laboratoires et de nos entreprises. L'innovation est la clé du succès des entreprises françaises dans l'innovation. Elle permet à nos produits et à nos services de se différencier en ayant un coup d'avance sur la concurrence et elle contribue à attirer les talents et les entreprises. Ce pari de l'innovation est partagé par nos partenaires européens ; il se traduit dans l'objectif de Lisbonne de consacrer 3% du PIB à la Recherche et Développement, dont les deux tiers pour le secteur privé. En France, nous sommes encore loin de cet objectif : avec 2,14% consacré à la R&D, notre marche de progression est considérable. Ce qui fait défaut, ce n'est pas le mouvement de la R&D publique mais celui de la R&D privée". La politique de l'État est donc d'aider, d'accompagner les entreprises dans les projets de recherche. Elle est articulée autour de trois axes: une fiscalité attrayante et incitative; donner la priorité aux projets issus du monde des entreprises ; favoriser le travail en réseau. Notre pays compte 71 pôles, un bon niveau pour la France, précise le conseiller. Selon lui, " le lancement des pôles de compétitivité a initié une dynamique formidable dans la mobilisation des moyens de l'État mais aussi des initiatives locales qui sont apparues et se sont fédérées... "
Pause dans
la labellisation
des pôles
Même si des pôles mondiaux ont commencé à tisser des partenariats, l'international n'est pas assez développé au niveau des pôles de compétitivité... 17 pôles sur 71, le résultat est plutôt médiocre, semble-t-il. Mais David Emond reste optimiste : " Les pôles de compétitivité se sont plus penchés sur des questions d'organisation, ce qui est bien naturel, quand ils se sont créés ; ils ont commencé par apprendre à travailler ensemble, à mettre en réseau de la formation, de la recherche, des entreprises, avec les pouvoirs publics et les collectivités. Il a fallu dans chaque territoire que des gens se réunissent, mettent en place la gouvernance du pôle, identifient les grands axes stratégiques, les grandes priorités, répondent aux appels à projet de Recherche & Développement... "Reconnaissons avec lui, que c'est assez inédit en France ! Dans ce premier temps, les pouvoirs publics se sont attachés à aider les pôles à se mettre en place, à commencer à financer les projets de R&D. Cette toute première phase a pris du temps ; elle est maintenant derrière nous, pour la plupart des pôles. " Il faut que l'on passe à une seconde phase, qui peut appeler des outils différents... et un rôle différent de la part de l'État et des collectivités. " C'est une autre problématique qui doit se mettre en place : de quoi les pôles ont-ils besoin pour se développer ? Qu'est-ce qu'il faut pour adapter notre politique, la rendre totalement efficace ?... La liste n'est pas exhaustive. Un impératif: ne pas disperser l'énergie, ne pas diluer les actions. " Il faut que les pôles commencent à fonctionner et porter leurs fruits, c'est pourquoi le Premier ministre a décidé de suspendre la labellisation de tout nouveau pôle. Il s'agit de concentrer tous nos efforts et nos outils sur ceux qui sont déjà créés afin qu'ils s'épanouissent, atteignent leurs objectifs en matière de renforcement de notre compétitivité, d'excellence, de création d'emplois et d'attractivité. Il s'agit maintenant, pôle par pôle, d'analyser ce qui a été fait ces dernières années et de repérer les bonnes pratiques. "
Il n'est de richesse que de l'homme
Il s'agit de cerner, de renforcer et d'amplifier la dynamique du succès dans ses trois dimensions : le développement international ; la gestion des compétences : " Il n'est de richesse que de l'homme " rappelle le conseiller, reprenant fort à propos et avec élégance un aphorisme de Jean Bodin (économiste et philosophe français de la Renaissance); et enfin, l'immobilier: " l'expérience montre que le regroupement en un lieu unique de compétences et des métiers différents créent des fertilisations croisées, favorisent les relations informelles qui jouent un jeu important dans le processus de l'innovation.
Réaliser le processus gagnant-gagnant
Pour le gouvernement, les pôles de compétitivité doivent être de formidables creusets pour renforcer l'attractivité de la France. Il s'agit aussi d'attirer les investisseurs étrangers. La maîtrise d'une technologie (voire d'un marché), suffit-elle à assurer la pérennité ou l'indépendance de nos entreprises ? Non, comme le prouve l'exemple d'une magnifique entreprise française de la région grenobloise rachetée par les Américains parce qu'elle n'avait pas trouvé d'entreprises françaises susceptibles de l'accompagner ! (Ambitions Sud International N° 59). La France a tout financé ou presque, formation, recherche... Et d'autres sont venus récolter ce que nous avions semé avec nos propres moyens, pour replanter ailleurs que chez nous. La taille de l'entreprise, même pour survivre au niveau local, devient un enjeu de première grandeur avec la mondialisation. Trouver des partenaires dans l'espace européen ou euro-méditerranéen s'avère donc d'une nécessité vitale, à tous les niveaux. Pour réaliser ce fameux " Gagnant-Gagnant " dans l'harmonie, l'innovation est une condition incontournable mais il faut aussi savoir multiplier les échanges et les coopérations. C'est la leçon que nous retiendrons de ce 4e forum Ocova.