L'Union méditerranéenne, Marseille, Barcelone et l'Europe, un véritable objectif

Le projet d'Union méditerranéenne du Président Nicolas Sarkozy veut donner une dimension concrète au partenariat euro-méditerranéen. Il ouvre d'affriolantes perspectives économiques, notamment à Marseille qui se rêve en " capitale euro-méditerranéenne à vocation internationale ".

Par Philippe Leger


Beaucoup de participants du processus de Barcelone ont vécu l'annonce du président Nicolas Sarkozy sur " l'Union méditerranéenne " comme un véritable électrochoc. Cela suffira-t-il à tirer l'Euro-Méditerranée de sa léthargie ? Tout en suscitant encore de nombreuses interrogations sur son contenu, concret, le projet français dit s'inspirer des principes du plan Monnet que le ministre des Affaires étrangères Robert Schuman a repris in extenso dans sa déclaration du 9 mai 1950, considérée comme l'acte fondateur de l'Union européenne. Dès 1951, le traité de Paris a commencé à donner forme à cette ambition en instituant la CECA (Commune Européenne du Charbon et de l'Acier) ; on connaît la suite...
Chaque année, le 9 mai, nous célébrons d'un bout à l'autre de l'Union européenne cette fameuse journée où la paix et la prospérité entre Européens nous furent données. L'Union européenne qui compte aujourd'hui 27 nations, est le fleuron de la dynamique initiée par les " pères fondateurs ". Nicolas Sarkozy propose à nos partenaires de la rive sud de renouveler ce miracle de la paix qui se double d'un miracle économique, ni plus ni moins ! Grâce à la construction européenne, une bonne partie de notre continent est devenu un havre de paix et de prospérité. Or la paix, c'est précisément ce que recherchent encore les pays de la rive sud du Bassin méditerranéen... avec la prospérité économique en prime. Considéré, à juste titre, comme un creuset de cultures et de civilisations, le Bassin méditerranéen reste aussi, hélas ! Le bouillant chaudron d'inextinguibles querelles. Il est le creuset de trois religions monothéistes mais aussi le lieu de conflits récurrents entre leurs communautés. La divergence ne résulte pas des messages spirituels, mais de facteurs sociaux, politiques et économiques. La postérité retiendra-t-elle sa conférence de presse du 28 février 2007, en pleine campagne présidentielle, comme l'acte fondateur de l'Union Méditer-ranéenne ? Son projet " sui generis " ira-t-il jusqu'à son terme; on en saura sans doute plus avec la présidence française de l'UE qui commencera le 1er juin 2008.

Une déclaration aux vertus stimulantes

En attendant, la déclaration de Nicolas Sarkozy a le mérite de stimuler les échanges et les imaginations. Comme à Marseille qui se rêve en " capitale euro-méditerranéenne à vocation internationale "... Une capitale de quoi ? Économique ? La fonction est déjà assumée par Barcelone... Culturelle ? C'est Alexandrie qui accueille le siège de la Fondation Euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le Dialogue entre les Cultures... Là aussi, la place est déjà prise ! Les édiles marseillais devront faire preuve de plus d'imagination pour imposer la métropole phocéenne dans la nouvelle donne méditerranéenne. Au fait, ne va-t-on pas réaliser dans la métropole phocéenne le " MUCEM (Musée des Civilisations de l'Europe et la Méditerranée) ? L'espace saint Jean, avec le MUCEM, le Mémorial de la Déportation qui le jouxte, et le quartier martyr de Saint-Jean à jamais disparu dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale, ne pourrait-il devenir un lieu de réflexion et de souvenir, dédié à la Paix et aux civilisations de notre " mater nostra " plutôt qu'aux expéditions et aux guerres du " mare nostrum " ? Marseille aurait ainsi son monument emblématique à l'image de Caen et de son Mémorial.

Solidarités concrètes

L'Union méditerranéenne proposée par le candidat Nicolas Sarkozy à Strasbourg, en février 2007, prend en charge les questions de " luttes contre le terrorisme, la gestion concertée des migrations, le développement durable, l'énergie et la promotion de l'état de droit dans la région." Elle a vocation à " travailler étroitement avec l'Union européenne. " Lors de l'interview accordée au quotidien tunisien " La Presse ", à l'occasion de son déplacement au Maghreb les 10 et 11 juillet 2007, le président a déclaré : " ... sur la méthode, je suis convaincu que cette Union doit se construire, comme l'Europe en son temps, sur des solidarités concrètes (NDR : la déclaration Schuman évoque des réalisations concrètes et de solidarités de fait). Nous devons développer des projets concrets dans des domaines où un accord est possible rapidement : le développement durable ou l'intégration énergétique par exemple. Sur ces grands enjeux collectifs, nous pouvons obtenir très vite des progrès visibles. " Le président se rend compte que la croissance des pays d'Afrique du Nord crée une situation nouvelle. Il s'agit pour lui de saisir ces opportunités d'échanges " gagnant-gagnant. "
Les objectifs définis lors de cette interview semblent être devenus moins ambitieux, plus sobres, plus " concrets " que ceux développés pendant la compagne présidentielle. Le président les limites, du moins dans un premier temps, au développement durable et à l'énergie.

Le rêve méditerranéen du président

L'ensemble de la presse maghrébine ne se prive pas de remettre les déclarations de Nicolas Sarkozy dans leur contexte électoral de surenchère démagogique. Le quotidien algérien El Watan n'hésite pas à rappeler certains de ses propos : " Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen... La France se voit de nouveau comme une
puissance méditerranéenne majeure.. Il faut que la Méditerranée devienne le pivot d'une grande alliance entre l'Europe et l'Afrique qui puisse devenir dans la mondialisation le contrepoids de l'Amérique et de l'Asie "
" Quel rôle ? Quel statut ? Quelle place réserve Nicolas Sarkozy dans ce projet aux pays de la rive sud de la Méditerranée, s'interrogent nos partenaires maghrébins. Le rêve de cette Union de la Méditerranée serait-il celui qu'il évoquait, nostalgique d'un passé colonial révolu, à Montpellier ?" Et de le citer à nouveau : " Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. Il s'est rétréci quand s'est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l'Europe sur les routes de l'Orient, le rêve qui attira vers le Sud tant d'empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc " Selon nos confrères du quotidien algérien El Watan, le rêve de Nicolas Sarkozy, c'est celui d'une Europe conquérante et dominatrice. Ce serait aussi, ajoutons-nous, l'Europe des vieilles lunes autant honnie par les Maghrébins que répudiée depuis plus de cinquante ans par ceux qui construisent l'Union européenne !

Scepticisme nordique

En Allemagne et au Royaume-Uni, l'initiative de Nicolas Sarkozy est perçue avec scepticisme. Elle soulève un certain nombre de questions à un moment où les Européens se sont accordés sur le principe d'une " diplomatie à une tête ". La France, par ses méthodes unilatérales, est-elle vraiment prête à " jouer le jeu " de l'intégration, ou veut-elle seulement mettre les moyens (notamment financiers) de l'Union au service de ses ambitions propres ? Que diraient la France, l'Espagne et l'Italie si des Etats " septentrionaux " de l'Union européenne annonçaient un projet de type avec des pays riverains de l'océan glacial Arctique, si convoité pour son pétrole ? À Berlin mais aussi dans d'autres capitales, on s'interroge publiquement sur la cohérence et la valeur ajoutée de ce projet avec le programme Euromed et le processus de Barcelone. Au fait, qu'est-ce qui distingue véritablement ces deux projets ?
Les objectifs du processus de Barcelone (signé en novembre 1995 ) sont de créer une " zone de paix et de prospérité partagée " et d'instaurer une zone multilatérale de libre échange. Le programme Euromed figure parmi ces principaux objectifs de la coopération établie entre l'UE et le reste des pays du pourtour méditerranéen, du Maghreb et du Mashraq (Egypte, Jordanie, Liban, Syrie, Israël).
La zone euro-méditerranéenne que le processus de Barcelone tente d'instaurer est un projet à multiples facettes dont les formes ont varié dans le temps. On tisse des réseaux par des accords bilatéraux, notamment de libre-échange. L'ambition est d'intégrer l'ensemble des pays de la région dans le " marché unique " européen. C'est-à-dire que tout produit d'un pays méditerranéen circulera sans restrictions ni entraves dans " l'espace Euromed ".

Les piliers de la discorde

Euromed se base sur trois piliers distincts : " paix et stabilité " ; " économie et finance " ; " social - culture et humain. " Les résultats obtenus jusqu'ici font l'objet d'une controverse qui touche chacun des trois piliers. Selon Layachi Yaker, ancien ministre algérien du Commerce : " La paix dans cette région du monde et le développement intégré n'ont pas été atteints surtout lorsqu'on pense au conflit en Palestine ou au Sahara Occidental. " Face au bilan mitigé de l'objectif " Paix et sécurité ", la Commission européenne tend à substituer progressivement une "politique de voisinage" qui amorce un retour à l'approche "bilatérale", même si Bruxelles s'en défend.
Avec les "5+5", les pays de la Méditerranée occidentale (les 5 pays européens, Portugal, Espagne, France, Italie et Malte, d'un côté et les 5 pays de l'UMA - Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie, de l'autre), on découvre une coopération particulière plus axée sur les questions de sécurité.
Par ailleurs, un " forum méditerranéen " regroupe 11 pays (Portugal, Espagne, France, Italie et Malte, Grèce, Algérie, Maroc, Chypre, Égypte et Tunisie), mais ce forum est plus axé sur les questions de sécurité et d'immigration. On est en droit de se demander si le volet migratoire est à mettre au même rang que le conflit israélo-palestinien ou celui du Sahara occidental.

Le cordon sécuritaire de l'Europe superforteresse

L'obsession sécuritaire des Européens est dénoncée vigoureusement par la presse de la rive sud. Au Maghreb, une véritable chasse aux immigrants subsahariens s'est organisée à l'aide de gardes-chiourmes payés par les autorités européennes. Les autorités maghrébines, quant à elles, n'hésitent pas à faire monter le niveau des tractations en exigeant des contreparties financières de plus en plus importantes. Des enfants, des femmes, des hommes assoiffés, affamés, sont traqués et abandonnés en plein désert. C'est beaucoup moins spectaculaire que les fusillades de Mellila et Ceuta, que les embarcations qui s'échouent sur les plages du Maroc ou d'Espagne, les cadavres d'Africains charriés par des flots bleus, ou les survivants décharnés et assoiffés qui s'accrochent à la cage à thons que tracte un chalutier au large de Malte.
L'ancien monde européen avait son " cordon sanitaire ", ses dictatures qui faisaient tampon entre les démocraties et l'URSS; on en connaît les conséquences désastreuses : camps de concentration dès les années 30. Avant même d'arriver au milieu du XXe Siècle, des grandes villes européennes ont été réduites en cendres. La guerre, allumée au cœur du continent européen s'est achevée aux antipodes avec deux bombes atomiques lâchées sur des villes japonaises. Une tragédie mondiale dans laquelle la civilisation a failli périr. Le nouveau monde a son cordon sécuritaire, vous n'avez pas fini d'en entendre parler.

Réussit-on mieux au niveau de l'économie ?

Un projet de création d'une banque méditerranéenne devrait voir le jour pour financer des projets concrets de développement dans la région. Euromed, a en ligne de mire pour 2010, l'instauration d'une zone de libre échange dans l'espace Méditerranéen. À cet effet, des accords de libre échange ont été signés par les Européens et plusieurs pays de la rive sud. On attend de l'ouverture des échanges des effets bénéfiques sur l'emploi et le niveau de vie, ainsi qu'une baisse des flux migratoires incontrôlés, particulièrement du Maghreb vers le nord. Mais ces accords de libre échange ne pourront s'appliquer tant qu'il n'existera pas un marché commun aux pays du Maghreb.
De plus, l'UE fait dépendre implicitement sa politique migratoire de flux de marchandises.
Certains n'hésitent pas à mettre en cause les accords bilatéraux et l'incohérence d'une politique qui aurait oublié d'instaurer un marché commun maghrébin. Si les Maghrébins portent leur part de responsabilité dans la lenteur du processus de Barcelone, les Européens ne font-ils pas l'erreur d'attendre trop d'une libre circulation des marchandises ? Une coopération "Sud-Sud" tend également à se développer, au plan bilatéral d'abord, surtout entre la Turquie et les pays arabes riverains, et sous forme de regroupements. Deux projets concurrents existent ; celui avancé par cinq pays de l'UMA (Union du Maghreb Arabe, fondée à l'initiative du Maroc en 1989 - elle peine à se réunir et à résoudre la question du Sahara Occidental) et celui appelé " Accord d'Agadir ", signé en 2004, qui crée une zone de libre échange arabe, regroupant actuellement l'Égypte, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie.

Pays émergents, vers quel avenir ?

À la table ronde, organisée en 2005 par la Banque mondiale en collaboration avec la Banque africaine de développement (BAD), réunissant durant deux jours plus de 200 experts maghrébins et responsables gouvernementaux d'Algérie, du Maroc et de Tunisie, le président du Groupe de la BAD, Omar Kabbaj, a déclaré que " le taux de chômage particulièrement élevé demeure une préoccupation majeure au Maghreb et pourrait constituer un facteur de déstabilisation pour la région... Il faut un large consensus sur un programme de réformes, a-t-il conclu, en insistant sur la nécessité de promouvoir le rôle du secteur privé entravé par une prédominance des entreprises publiques dans des marchés protégés. " Les accords de libre-échange conclu avec l'Europe passent pour des accords de dupes. Il est notoire que les entreprises de la rive sud n'ont pas la taille critique pour rivaliser avec celles de la rive nord. La responsabilité de la situation ne saurait incomber aux seuls Européens. Là encore, le retard mis par les Maghrébins à réaliser leur grand marché se fait sentir. Pourtant, les coopérations qui s'instaurent, les réseaux qui se constituent entre les deux rives, mettent en place de puissants leviers de développement. C'est avec raison que nos partenaires maghrébins qualifient leur pays d'émergents. Ces dernières années, ils enregistrent des taux de croissance enviables qui ne peuvent pas s'expliquer par une simple augmentation des cours des matières premières, pétrole, gaz naturel ou phosphates. Pour la Tunisie, les experts du FMI enregistrent une croissance réelle du PIB, passée de 4% en 2005 à 5,4% en 2006 ; cette croissance du PIB pourrait atteindre environ 6% pour cette année 2007. Même si le déficit de compte courant s'est élargi, la balance des paiements a enregistré un grand excédent, compte tenu des recettes des privatisations, lesquelles ont permis de réduire la dette extérieure totale de 65,4% du PIB en 2005 à 59,1% en 2006. L'Algérie a enregistré ces dernières années des taux de croissance supérieurs 5%.

Le taux de croissance du Maroc en 2006 est de 8,1 % : il est le plus haut comparé avec les autres pays du Maghreb. Selon la BAD, le PIB du Maroc représente 7,5 % de celui du continent (2001). Ce pays est la cinquième puissance économique d'Afrique. Côté européen, on assure que le bilan est positif même si on reconnaît une certaine insatisfaction de la rive sud, " en raison des clivages qui subsistent et d'une complexité financière qui devrait se dénouer avec la création d'une Banque Méditerranéenne d'investissement. " Dans le domaine socio-culturel et humain, on compte la création d'une fondation basée à Alexandrie qui développe les programmes de contact des sociétés civiles entre les 2 rivages. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les pays plus au Nord de l'Europe ne manque pas d'intérêts pour ce programme. Les pays nordiques ont montré leur intérêt sur les questions des droits de l'homme et ont pu ouvrir le dialogue avec les pays du sud. La géographie d'un pays ne définit donc pas forcément ses intérêts. Du point de vue de l'Espagne, " le programme Euromed est efficace notamment en terme d'immigration et de stabilité dans les pays du Maghreb ou du Moyen Orient. " Les autorités espagnoles affirment qu'Euromed se révèle être " un instrument permettant de résoudre les problèmes d'immigration en trouvant avec les pays du sud de la Méditerranée des solutions rationnelles à la migration. " Est-ce bien certain ?

Le mur de la honte est-il encore présent

Dominé par les préoccupations sécuritaires, de lutte contre l'intégrisme et le trafic de drogue des États membres de l'UE, le processus de Barcelone s'est avéré à ce jour incapable d'apporter une réponse adaptée et humaine aux problèmes d'immigration. Bien au contraire ! La question se pose en effet de savoir si on peut créer " une zone de paix et de libre circulation " des biens et des capitaux sans les échanges humains, en érigeant sur la rive sud une muraille de barbelés, un " mur de la honte" pour reprendre la formulation de la presse maghrébine. Avec le processus de Barcelone, l'Union européenne renie ses propres valeurs morales et ne prend nullement en compte la situation des pays du Maghreb confrontés à un problème inédit : le Maghreb est devenu, lui aussi, terre d'immigration... comme les pays de l'UE ! Il est pris en tenaille entre le Sahara, devenu la plaque tournante de l'immigration clandestine, et l'Union européenne qui lui demande de faire barrage à ce flux migratoire venu du Sud. Le processus de Barcelone semble ne vouloir prendre en considération que les seules demandes des pays de l'UE en matière de politique d'immigration alors que le grand Maghreb (Libye, Tunisie, Algérie, Maroc, Mauritanie) est devenu terre
d'immigration.
Concernant cette émigration subsaharienne, nos voisins acceptent de moins en moins le rôle que l'Union européenne, " superforteresse " leur fait jouer, en les payant pour être les gardes-chiourmes du " mur de la honte". Peut-on réguler le phénomène migratoire par des aides financières qui transforment ces pays en frontières avancées de l'Union européenne, avec des murs de barbelés et de centres de regroupement sordides et inhumains ? Il est évident que vouloir réguler les flux migratoires avec ces moyens est dérisoire et pure folie. Les Européens ont-ils bien retenu les leçons de l'histoire, de leur propre histoire ? De toutes parts et depuis des années, des voix s'élèvent pour dénoncer les carences d'Euro-Méditerranée. Lors d'un colloque tenu en 2004 à l'Espace Écureuil à l'initiative du CEM (Comité Européen Marseille), le professeur Mahiou, ancien doyen de la Faculté d'Alger et aujourd'hui président de la Commission Juridique de Droit International aux Nations Unies, a affirmé "Qu'une coopération plus étroite exige une aide plus engagée pour le développement économique et démocratique, le processus de Barcelone restant en - deçà des espérances. " C'est un aspect du problème qui n'a pas échappé à Nicolas Sarkozy, comme le prouve son déplacement dans les pays du Maghreb (Algérie - Tunisie - Maroc) qui s'est poursuivi par une visite des pays d'immigration subsaharienne.

Deux stratégies pour la grande bleue

À tout le moins, il existe aujourd'hui deux stratégies pour relancer les échanges en Méditerranée : celle du partenariat euro-méditerranéen, initié à Barcelone en 1995, plutôt en rade ces derniers temps et celle de l'Union méditerranéenne, esquissée récemment par notre président. La stratégie française n'exclut pas l'autre, mais prétend apporter plus de crédibilité et de puissance à la construction commune aux pays des deux rives, par des " réalisations concrètes et rapides ".
Dans les deux cas, il faudra faire preuve de réalisme dans la définition des priorités. Nos partenaires du Sud ne pointent-ils pas du doigt le processus de Barcelone qui fait la part belle aux problèmes des États membres de l'Union européenne ? L'un des mérites, et non des moindres, du projet français est de faire évoluer la réflexion sur le partenariat en Méditerranée, et notamment sur le " partenariat privilégié " avec la Turquie, pays candidat à l'Union européenne. Durant la campagne présidentielle, le candidat Nicolas Sarkozy avait déclaré qu'il ferait obstacle à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Et le voici qu'il annonce, lundi 27 août 2007, devant un parterre de diplomates français réunis dans le prestigieux salon des Ambassadeurs du Palais de l'Élysée, " qu'il ne s'opposera pas à l'ouverture de nouveaux chapitres de négociation avec la Turquie ". En y mettant une condition : " Il faut préserver les deux visions possibles de l'avenir des relations entre l'UE et la Turquie : soit l'adhésion, soit une association aussi étroite que possible sans aller jusqu'à l'adhésion." La stratégie du chef de l'État ne met pas sur la touche l'Union européenne. Elle ne coule pas non plus en rade de Barcelone le projet Euro-Méditerranée, et ne siffle pas la sortie de la Turquie. "L'avenir de l'Europe est au Sud. Nous avons trop longtemps tourné le dos à la Méditerranée", a déclaré Nicolas Sarkozy. Pour l'homme politique, le dialogue Euro-Méditerranée lancé en 1995 à Barcelone prend l'eau et la reconstruction de la coopération entre les deux rives est à revoir. Cependant, Nicolas Sarkozy n'a pas encore dessiné les contours exacts de cette Union. L'Espagne, le Portugal, l'Italie, la Grèce et Chypre ont été cités par le candidat comme partenaires européens mais aucun autre pays non européen pouvant faire partie de l'éventuelle Union n'a été précisé. Il propose à l'Union européenne d'être " un acteur de plein droit... de l'Union méditerranéenne", en travaillant sur des projets " réalistes. " Remarquons qu'" acteur " n'est pas forcément synonyme de
"leader ". Si le projet d'Union méditerranéenne impulse une "dynamique ", pour reprendre le mot du chef de l'État, il faudra s'interroger sur la nature de cette dynamique et se demander qui la conduit.

Construire un havre de paix et de prospérité

Il propose de bâtir cette Union méditerranéenne autour de quatre piliers : l'environnement ; le dialogue des cultures ; la croissance économique ; la sécurité. Cette union concernerait cinq pays de l'EU. Dans chacun de ces domaines, il entrevoit " quelques projets ambitieux mais réalistes mobilisant des Etats, des entreprises, des associations, montrant ainsi à nos peuples que nous pouvons ensemble bâtir pour nos enfants un avenir partagé de paix ". Pour le président Nicolas Sarkozy, il s'agit d'apporter avec l'Union méditerranéenne " une réponse au risque de confrontation entre l'Islam et l'Occident ". Il est de ceux qui pensent que les liens anciens et de tous ordres qui nous unissent aux peuples de la Méditerranée et, au-delà, de l'Afrique " sont un atout, une chance pour peu que nous ayons l'ambition et la volonté de les organiser, en rompant définitivement avec d'anciennes pratiques. " Dans son "discours sur l'État du monde", le président Nicolas Sarkozy nous incite " à jouer collectif, nous mettre à l'écoute de tous nos partenaires "... Pourquoi pas nous mettre à l'écoute de ceux de la rive sud en particulier ? Avec la formule présentée par Nicolas Sarkozy, du moins dans son déroulement logique, il n'est pas impensable qu'un jour un pays de la rive sud préside l'Union méditerranéenne, comme aujourd'hui n'importe quel État européen, du plus " petit " au plus " grand ", assure en temps voulu la présidence de l'Union européenne.
C'est dans la logique même du concept d'Union méditerranéenne, semble-t-il. C'est un aspect qui n'a pas échappé à Miguel Angel Moratinos, ministre espagnol des Affaires étrangères et de la Coopération du gouvernement Zapatero, qui estime dans une tribune publiée en juillet 2007 par le quotidien El Pais que la future "Union méditerranéenne", proposée par Nicolas Sarkozy, devrait se doter d'institutions à part entière à l'instar de l'Union européenne. "Une union englobant des pays de l'UE et les Etats du pourtour méditerranéen devrait se doter d'un conseil des chefs d'Etat et de gouvernement qui définirait les orientations stratégiques, de conseils ministériels, d'une commission permanente, d'une assemblée parlementaire renforcée et même d'une banque. " Vaste programme !