La filière aéronautique, un des véritables enjeux de notre région

Parler d'aéronautique dans notre région, c'est un peu faire revivre des traditions qui perdurent depuis le premier vol de l'hydravion du pionnier Fabre sur l'Etang de Berre et de la création de l'aéroport de Marignane, heureux temps où tout était encore à conquérir. Depuis, beaucoup de choses ont changé, l'aéroport a pris une place importante dans le développement de la région en accueillant de nombreuses compagnies.


Les différentes appellations des sociétés aéronautiques oeuvrant à côté de cette grande piste ont donné naissance au plus grand constructeur d'hélicoptère du monde, pendant que Toulouse, berceau de l'aéropostale, met au monde, avec le A380, le plus gros porteur du monde et que l'ensemble de la filière, la sous-traitance comprise, génère quelques 150.000 emplois. Cette longue lignée était tellement en place, sereine et sans histoire, que l'on ne la remarquait plus ; on aurait même pu s'interroger, est-elle encore bien là ? Et puis voilà que d'un coup, à l'occasion d'une labellisation, on la voit reparaître : " Pégase " est là, Eurocopter le supporte, la filière de la sous-traitance le soutient et l'ensemble des acteurs économiques et politiques le rejoigne. La région reprend sa place et même plus, car elle suscite un accord avec les trois autres pôles de compétitivité du secteur de l'aéronautique, Aérospace Valley, AS-Tech et Pégase, et de fait l'ensemble réuni représentera une force créative et industrielle parmi les plus imposantes du secteur mondial.

Une PME régionale et son personnel à l'honneur


Cette union fut l'occasion pour le Premier Ministre d'honorer d'une visite une des sociétés les plus représentatives de la région dans le domaine de la sous-traitance aéronautique. En effet, l'entreprise de traitement de surface PMA, dirigé par Eric Bonnans, a su s'imposer dans cette filière grâce à sa technicité. Cette société est une filiale à 100% de la Holding Bonnans qui détient deux autres entreprises, Prodem, près de Toulouse et S.I.I. à Marseille. L'honneur fait par François Fillon, Premier Ministre, en venant constater ces performances, est une marque de respect mérité pour Eric Bonnans qui, malgré toutes les turpitudes et les difficultés que peut connaître un chef d'entreprise, a su reprendre et dynamiser avec beaucoup de travail et d'abnégation l'affaire familiale présente sur Marseille depuis 1921, et qui emploi 124 personnes actuellement. Le groupe Bonnans est membre du pôle de compétitivité Pégase… Cela va sans dire.
Cette visite achevée, le Premier Ministre s'est rendu chez Eurocopter où Lutz Bertling, le Président Directeur Général l'a accueilli. C'est dans le domaine du premier hélicoptériste du monde et après une visite studieuse des chaînes de fabrication que le Premier Ministre a pris place sur la tribune, après avoir salué, comme il se doit, l'ensemble des élus et des institutionnels venus de tous les coins du département.

L'aéronautique, un véritable enjeu planétaire


Tout le monde attendait un propos favorable au bon développement de la filière aéronautique, mais personne n'osait parier sur un axe ou un autre. Quant aux PME/ PMI présentes, elles souhaitaient, encore une fois, ne pas être les absentes du dialogue. Comme chaque fois qu'une personnalité pourvue de certains pouvoirs doit s'exprimer sur un sujet traitant de l'avenir industriel d'une filière, les participants sont très attentifs. Le Premier Ministre ne les décevra pas….
En effet, sa première phrase dit toute la fierté et l'intérêt qu'il eut à visiter les chaînes de production, en signalant que si elles font la réputation d'Eurocopter, elles contribuent aussi à faire de Marignane la capitale mondiale de l'hélicoptère. Il salua les ouvriers, les techniciens et les concepteurs et ingénieurs, " dont le professionnalisme et l'esprit d'innovation sont les atouts essentiels de la filière aéronautique " dit-il, avant d'ajouter : " Ici, je vois la France qui travaille et s'engage pour tenir les premiers rangs. " Le ton était donné, le discours véritable pouvait commencer. Il paraît évident que s'il a tenu à venir assister à la signature de l'accord entre les trois pôles, c'est qu'au plus haut niveau on voulait marquer l'importance que l'on attache à une stratégie qui devrait nous amener à être, plus qu'un élément dans le domaine de l'aéronautique mondiale, un leader. " La recherche et l'innovation sont la clé de la prospérité de demain. La clé de l'emploi. La clé de la croissance qui a besoin d'être enrichie par nos capacités industrielles. Pour accompagner le développement de la filière aéronautique, l'Etat entend doter ce secteur stratégique d'outils à la mesure de ses ambitions. "


A cette déclaration, les oreilles s'ouvrirent, personne n'aurait voulu manquer une phrase dans ce qui allait suivre. La première de ces mesures, pour faire de l'économie française une économie compétitive, touche la Recherche et le Développement, dont l'effort doit être soutenu massivement. " C'est ce que nous avons fait par la réforme radicale du crédit impôt recherche " déclara François Fillon, avant de compléter : " A terme, ce sont 2,7milliards d'euros qui seront consacrés chaque année aux entreprises qui se lancent dans la recherche. C'est un effort sans précédent. Il bénéficiera à la filière aéronautique pour laquelle la " guerre de la matière grise " est éminemment décisive. " A partir de ce moment-là, le discours est devenu plus précis, notamment en reconnaissant le besoin de modernisation de la filière et d'expérimentation de nouveaux modes d'organisation, tout en tenant compte de la nécessité d'un épanouissement du tissu des sous-traitants. L'affirmation du désir et de l'impératif de conserver la base de production industrielle en France et de la développer vient à point au moment où les entreprises s'internationalisent dans un courant de concurrence exacerbée. " Dans cet esprit, le gouvernement a décidé d'un plan de soutien à la filière aéronautique, fondé sur quatre objectifs " reprit François Fillon, avant d'ajouter : " Le 1er objectif, c'est un accompagnement stratégique à la structuration de la filière, car pour affronter la concurrence il faut des entreprises dotées d'une taille critique. "

Il est vrai, que " Airbus " doit offrir des opportunités aux sous-traitants de " rang 1 ", notamment ceux qui seront à même de concevoir et fabriquer de vastes sous-ensembles pour les appareils de demain. Pour cela, le développement de ces acteurs doit constituer une priorité, car le constat est simple, ils sont le garant du maintien d'un tissu de sous-traitants sur notre territoire national. D'autre part, les objectifs d'augmentation de production d'Airbus touchant le A320, qui devrait être portée à 40 appareils par mois, et le démarrage du A380, devrait atteindre près de 90% de charges, que devront absorber les fournisseurs entre 2006 et 2010. Le message est clair, l'enjeu proposé aux sous-traitants PME de rang 2 et les autres, est de parvenir impérativement à répondre à cette demande, tout en préparant l'avenir qui se profile avec le programme A350. Sur la base de ces constats, plusieurs types d'actions ont été décidés par le gouvernement, comme l'explique François Fillon : " Nos entreprises ont besoin de conseils et d'expertises ; à cette fin nous allons financer la réalisation de diagnostics stratégiques individualisés dans près de 200 PME, pour faciliter leur adaptation à la montée en charge et à la réorganisation de la filière. Une somme de 50 millions d'euros sera mobilisée pour la création d'une boîte à outils rassemblant diverses mesures susceptibles d'aider les PME. Deux autres nouveaux outils spécifiques de financement seront créés. Un fonds de garantie auquel Airbus abondera, destiné aux PME de plus de 250 personnes, pour faciliter l'accès à l'emprunt. Sa dotation devrait être de 10 à 15 millions d'euros, permettant de garantir de 70 à 100 millions d'euros. D'autre part, un fonds de capital développement consacré aux PME aéronautiques pour soutenir leurs opérations de croissance. Il aura pour vocation d'accompagner la croissance et l'émergence d'entreprises capables de se positionner comme des partenaires essentiels de la filière. Il devrait réunir dans un premier temps près de 100 millions d'euros, apportés notamment par les industriels de la filière et des investisseurs financiers. "
Ce fut ensuite l'objectif emploi qui fut décliné, avec un ensemble de démarches visant à accompagner les sous-traitants dans leurs efforts d'adaptation, afin qu'ils ne subissent plus frontalement les aléas des carnets de commandes et les évolutions technologiques. Ce qui sous-entend des accords cadres à conclure entre Airbus et ses sous-traitants, et les différents organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA), les collectivités territoriales concernées et les Services Publics de l'Emploi.


Un troisième objectif a été annoncé par le Premier Ministre, plus spécifiquement dirigé vers les sous-traitants de " Rang 1 " du domaine " aérostructures " qui constituent un maillon essentiel de la filière aéronautique. Cette nuance concerne plus précisément les programmes A350 et à moyen terme le successeur du A320, dont Airbus a déjà entrepris le développement et qui représentent un enjeu capital pour leur activité future. En effet, la production des éléments d'aérostructure de cet appareil permettra d'alimenter un plan de charge sur une trentaine d'années. On comprend mieux l'intérêt de ce secteur et l'on ne s'étonnera pas de constater que le gouvernement veuille accompagner sa croissance en mobilisant tous les acteurs financiers et industriels compétents, tandis que des crédits publics viendront en appui, à hauteur de 100 millions d'euros environ sur les cinq années à venir.


Pour le quatrième et dernier objectif attendu, que François Fillon a décliné, il concerne un soutien sectoriel fort à la recherche et au développement. En effet, la combinaison des crédits publics et du crédit d'impôt recherche devraient permettre de disposer d'une capacité d'action considérable. D'un côté c'est près de 150 millions d'euros qui seront mobilisés en 2008 sous forme de diverses aides directes, alors que le crédit d'impôt recherche devrait pour sa part approcher des sommes comparables, proches des 150 millions d'euros. Ce nouvel effort devrait s'inscrire dans la durée.


"Pour le seul segment Airbus, en particulier, ce sont près de 100 millions d'euros qui seront mobilisés annuellement aux travers d'aides directes à la R et D. C'est sans précédent. C'est presque un quadruplement de notre effort, ce qui nous place en tête des pays européens concernés " compléta François Fillon, avant de conclure : " Je veillerai à ce que cet effort joue un effet d'entraînement vis-à-vis de nos partenaires de l'Union.


Voilà une journée bien remplie et puisque celle-ci fut dédié à " Une ambition pour la filière aéronautique ", cela ne peut nous déplaire. Mais comme nous ne souhaitons pas que notre tissu aéronautique, dans son ensemble, parte vers d'autres cieux, nous resterons vigilent, car être le pôle mondial de l'hélicoptère, c'est bien, mais le rester et sur notre territoire régional, c'est mieux.