OUVERTURE et CIVILISATION
Depuis son élection Nicolas Sarkozy bouscule le style et le rythme de l’action publique laissant les Français perplexes. Le processus est trop rapide ou trop lent pour les uns, inefficace car réduit à des effets d’annonce pour d’autres.
Il est difficile de porter un jugement définitif sur une démarche qui est tout juste amorcée, car des années de conservatisme ambiant ont érodé la volonté réformatrice de nos compatriotes. Même s’il a admis qu’il avait pu commettre des erreurs ! Nicolas Sarkozy est déterminé à poursuivre car ce qu’il entreprend va demander plus de 5 ans. Néanmoins s’il évalue ses ministres tous les mois, il sera lui jugé par les Français en 2012.
En 7 mois, des réformes essentielles ont été soit votées, soit mises sur les rails : autonomie des universités, service minimum dans les transports, défiscalisation des heures supplémentaires, bouclier fiscal, peines planchers, franchises médicales, fusion ANPE-Unédic, carte judiciaire, revue générale des politiques publiques, loi sur l’immigration, mesures sur le pouvoir d’achat. Il sait que la France n’est pas un pays simple à réformer. C’est pourquoi il allie détermination et respect du dialogue social ce qui conduit à des réformes moins audacieuses, voire moins radicales sur le fond.
La modernisation des universités passe par l’autonomie et 15 milliards d’euros sur 5 ans. Elle se traduit par le transfert des compétences patrimoniales, budgétaires et salariales aux universités, un assouplissement de leurs règles de gestion et leur ouverture au monde de l’entreprise. Malgré l’agitation estudiantine l’impulsion est donnée. Les résistances à l’entrée des entreprises sur les campus, la persistance du tabou de la sélection, la massification de l’enseignement supérieur débouchent trop souvent sur des fabriques de chômeurs et sont des freins qui demeurent. La mondialisation, partout présente, ne fera aucun cadeau aux étudiants qui refusent de vivre dans leur siècle. La mission des pouvoirs publics est là, comme ailleurs, de créer les conditions d’une nouvelle donne.
La réforme de la carte judiciaire, la possibilité de divorcer par consentement mutuel sans passer devant le juge, sont autant de commodités pour le justiciable mais elles se heurtent aux corporatismes des magistrats et avocats… Après les grèves de novembre dernier, les cheminots ont du céder sur les régimes spéciaux compensés par de coûteuses mesures
d’accompagnement étalées sur une dizaine d’années. Enfin quelque chose a bougé, les syndicats se sont finalement inclinés. Ne faudrait-il pas profiter des bonnes dispositions syndicales pour négocier et instaurer un vrai service minimum dans les transports ?
Pour 2008 le programme se poursuit par les réformes annoncées sur le marché du travail, la représentativité syndicale, la formation professionnelle, les retraites, l’hôpital… Cependant la deuxième étape sera constituée par ce que le Président appelle « une politique de civilisation » qu’il assimile à une nouvelle Renaissance. Il veut rebâtir la ville et l’école du XXIe siècle, redonner aux Français le goût de l’aventure et du risque et moraliser le capitalisme financier.
Vaste programme…
L’ouverture avec la présence de candidats issus de la gauche devrait être amplifiée au niveau des municipales. Par contre la rupture se manifeste plus dans le style de présidence incarnée par Nicolas Sarkozy, qu’au niveau du champ économique et social où il a su dialoguer et ménager ses interlocuteurs. Son management très personnel et sa volonté de bousculer les clivages politiques le poussent là où on ne l’attend pas
A l’échelle internationale il a surpris en affirmant son amitié pour les Etats -Unis et en félicitant chaleureusement la victoire électorale de Vladimir Poutine. Le traité de Lisbonne (simplifié qu’en apparence) qu’il a défendu, va être soumis pour approbation aux Parlements nationaux plus prévisibles qu’un aléatoire referendum. Cette démarche écorche l’image de notre engagement européen car elle n’apporte pas les réponses aux racines du vote sanction de 2005. Cependant l’Europe pourra alors fonctionner à 27 et peser sur l’évolution du monde afin de tirer les bénéfices de la mondialisation au lieu de la subir. Mais sur le fond, le traité ne peut prendre toute sa valeur que s’il existe une volonté d’Europe.
Le projet d’Union Méditerranéenne est une belle, mais un peu fumeuse idée. Peut-on concrétiser un projet sur le long terme avec l’imprévisible Mouammar Kadhafi, avec une Algérie minée par les attentats, avec une Turquie dont les envies sont européennes ou encore un Moyen-orient en ébullition ? Cela paraît impossible aujourd’hui. On peut rêver car ce projet replacerait note région et la France dans le dissonant concert méditerranéen.
Les élections municipales qui se dérouleront dans 2 mois sont habituellement toujours périlleuses pour le parti au pouvoir qui dispose de 3 atouts : le bilan Sarkozy est encore prometteur, le PS est toujours convalescent et l’ouverture. Quel sera l’impact de l’ouverture enfin chère au Président et dont Georges Pompidou disait qu’avec elle « on ne provoque que des courants d’air, on prépare sa propre éviction » (1) ? Nous pourrons le vérifier à Marseille qui va voir l’affrontement des deux hommes forts du département. D’une part Jean-Claude Gaudin, le maire sortant, vice-président de l’UMP, qui a été rejoint par Philippe Sanmarco, ex-dauphin de Gaston Defferre. D’autre part, son adversaireJean-Noël Guérini est l’inamovible président du Conseil Général. Il est largement soutenu par l’opposition et a été rejoint par François Franceschi ex-RPF et ancien secrétaire national de l’UMP.
Nous espérons pour 2008 et pour le grand bien de tous, que l’ouverture voire la rupture apportent au Français ce qui leur manque.
(1) C’était Georges Pompidou, Alain Frerejean, Fayard.