Le salon Aérosolutions : L‘Aquitaine s’ouvre sur les matériaux composites
L’évènement majeur du mois de novembre en Aquitaine fut l’ouverture au Palais des Congrès de Bordeaux de la 4ème édition du salon « Aérosolutions », considéré comme le rendez-vous d’affaires des donneurs d’ordres, fournisseurs et sous traitants des industries aéronautiques, de l’espace et de la défense. Cette manifestation, organisée en partenariat avec Aérospace Valley, BAAS, La Chambre de Commerce et d’Industrie de Bordeaux, de l’UIMM et de Alpha, avec le soutien financier de l’Etat, de la Région Aquitaine, du Conseil Général de la Gironde et de la Communauté Urbaine de Bordeaux, a remporté un éclatant succès de participation, plusieurs pays européens et overseas étant présent à cet important rendez-vous d’affaires.
Les plus grands noms de l’aéronautique avaient un stand, ainsi que 350 participants issus de 14 nationalités, sur lequel les quelques 5600 rendez-vous de business ont pu se dérouler pendant deux jours pleins. D’Airbus à Dassault en passant par Boeing, Pilatus Aircraft et Eurocopter, les plus grands avionneurs étaient là, accompagnés par Thales, Snecma, MBDA, Curtis Wright et tant d’autres que nous ne pouvons les citer tous. Parmi les pays on notait la présence de l’Allemagne, de la Belgique, de l’Espagne, de la Hongrie, de l’Inde, d’Israël, des Pays présence Bas, du Royaume Uni, de la Suède, de la Suisse, des Etats-Unis et de la Russie, sans oublier l’Australie ce qui est un évènement, car c’est la première fois que l’industrie aéronautique australienne est présente sur une manifestation européenne.
Le Pôle compétitivité « Route des Laser » et son centre technologique « Optique et Laser Alphanov » a fait une entrée remarquée sur le salon et s’est fait reconnaître par l’ensemble des acteurs de l’aéronautique pour les compétences que ses adhérents représentent dans le domaine de l’espace et des systèmes embarqués, et par les technologies innovantes issues de l’optique et du laser appliqués. Très impliquée dans le domaine de l’aéronautique, la région Bordelaise travaille en partenariat avec la région Midi Pyrénées, siège d’une des plus grandes réalisations de l’aviation, le A380 d’Airbus ; elle participe d’ailleurs au salon Aérosolutions. Cette proximité avec l’un des avionneurs majeurs au niveau mondial a beaucoup influencé les responsables de l’Agence Aquitaine de Développement Industriel et ceux de la Région Aquitaine entrainé par leur Président Alain Rousset, sur les besoins actuels et futurs de cette industrie.
C’est dans ce sens que le Président Alain Rousset a dirigé son discours vers les institutionnels, les personnages politiques et les acteurs industriels présents lors de la cérémonie d’inauguration de la manifestation.
La démarche fut assez complète : « Je voudrais dire tout le plaisir de l’équipe du développement économique du Conseil Régional, de ses deux agents, l’agence de développement industriel et l’agence de l’innovation, d’avoir pu être partenaire de ce Salon qui effectivement apporte à la Région Aquitaine et à son agglomération, deux éléments importants : d’abord des rencontres d’affaires, et il est essentiel que l’on puisse mettre en scène ce type de relation ici, et en même temps participer à l’image de marque et à la communication de la région quant à son pôle aéronautique et spatial.
Le fait d’avoir présenté cela autour d’Aérospace Valley me permet aussi de saluer le nombre de dossiers que cette organisation porte aujourd’hui. Je crois savoir qu’il y a plus de trois cent millions d’euros d’investissement qui sont autour des ces projets de pointe, alliant les grands groupes et les PME, et le couple Aquitaine – Midi Pyrénées fonctionne bien dans ce domaine. »
Après l’entrée en matière, Alain Rousset a annoncé ce qui allait être une stratégie conséquente pour l’avenir de l’industrie régionale et les objectifs qu’elle se fixe. « L’Aquitaine va lancer sur le plan aéronautique une action très forte en direction des composites » informa Alain Rousset, « C’est un défi que nous devons relever en amont. Nos entreprises industrielles et singulièrement nos PME sont plutôt « métallique ». Or, progressivement les avions ont de plus en plus de pièces en composite, on le voit sur le Rafale, sur le Falcon, on va le voir demain sur le nouvel Airbus.
On ne passe pas facilement d’une technologie métallique à un savoir-faire composite. » La nouvelle est lâchée, une industrie composite doit naître : « Certes, nous avons des atouts magiques en Aquitaine, c’est la compétence de EADS Airbus, de Snecma, Composite Aquitaine, de Torré, d’Arkema, du CEA Cesta, de Safran dans son ensemble, de Epsilon Composite. En même temps l’ensemble de notre tissu de PME travaille d’abord sur du métal et là, il y a une reconversion à faire. Cela suppose un effort de formation, d’investissement, cela suppose une action collective que nous devons mener ensemble. C’est le projet industriel le plus important que j’aurai à lancer pour 2008, un plan « Composite Aquitaine ». Dès aujourd’hui, un appel à projet composite « Innocom » a été lancé par la région ; il sera ouvert jusqu’au 30 janvier 2008 et concernera toutes les filières de métiers. »
Alain Rousset admet que cela ne sera pas simple, car il faudra investir. Sa réponse lors de notre question à ce sujet prouve malgré tout que la réflexion est en marche : « Bien sur, il y a des aides à l’investissement qui vont être mises en place par la Région et les crédits européens. Il y a aussi des aides à la formation, car c’est un métier nouveau qu’il faut apprendre et pour lequel il faut avoir des investissements différents. Nous n’avons pas fixé d’objectif pour l’instant. Nous avons actuellement entre 50 et 60 entreprises qui sont suivies et pour lesquelles nous avons un travail, mais il faudrait que toutes les entreprises réfléchissent à ce passage. Evidemment, nous n’allons pas passer au tout composite, il y aura toujours une partie métal, mais c’est quand même un vrai challenge. »
Pour aller plus loin sur ce thème, nous avons rencontré Jacques Passemard, Directeur Général de l’Agence Aquitaine de Développement Industriel (A2DI), qui a participé à cette réflexion et qui a bien voulu entrer dans le détail de cette nouvelle orientation. « Je crois qu’il y a une prise de conscience au travers des pôles de compétitivité. On investissait et on investit encore beaucoup sur la recherche, mais si on s’arrête là, on fait des emplois de chercheurs. Comment traduire la recherche en marchés ?… pour cela, le maillon intermédiaire c’est l’industrie. C’est pour cela que notre politique dans les pôles est de coller au marché, continuer à avoir des projets qui tiennent un processus complet, pour être sur que l’on investit à bon compte. »
ASI : Est-ce la stratégie véritablement définie et immuable ?
C’est la lecture que nous en faisons maintenant. Après il y a l’inflexion politique régionale, qui nous laisse entrevoir que nous avons de grandes entreprises, mais méfions-nous. C’est un peu comme les grandes manufactures intégrées au siècle dernier ; on les a vus exploser parce qu’elles n’étaient plus adaptées à l’économie du moment. Il faut aller chercher le meilleur partout pour créer une entreprise, parfois un peu virtuelle, mais très éclatée, très étendue. Cela s’articule en fait sur une coopération d’excellence qui crée ensemble un produit et qui s’attaque aux plus grosses structures étrangères et asiatiques notamment. C’est l’idée que nous avons derrière la tête. Il faut avoir, dans la granularité des entreprises, une moyenne, pour partir des petites et en créer des moyennes, pour relancer une génération de nouveaux entrepreneurs, pour redonner une dynamique, car l’emploi est créé principalement par les petites entreprises. Il y a 5 ou 6 ans la région était plus mauvaise en chômage que la moyenne nationale, d’un point. Elle est maintenant mieux que cette même moyenne d’à peu près un point, cela veut dire qu’il y a eu un travail important de fait dans ce sens. »
ASI : Pourquoi l’aéronautique ?
Nous nous appuyons sur l’aéronautique car elle est notre fer de lance, à la fois technologique et pour l’emploi, et dans ce domaine on ne peut pas contourner les composites qui allègent le poids de l’avion ; dans une période d’économie de carburant c’est fondamental. Lorsque Boeing a commandé l’étude d’une porte en composite à Latécoère, personne n’a pris cela au sérieux, on pensait que cela ne pourrait pas être moins cher qu’une porte en alu. C’est vrai, mais avec cette technique l’avionneur a gagné deux sièges passagers et c’est ce qui est important pour l’exploitant qui veut rentabiliser sa ligne. Maintenant tout le monde étudie ces procédés.
Nous avons en Aquitaine les technologies. Elles ont démarré avec la conquête de l’espace, il y a plus de trente ans, sur notre territoire, avec Astrium et la Snecma du Haillan. Ces deux pôles très performants dans les composites thermo-structuraux ont une compétence en emboutissage de composite en trois dimensions que l’on ne maîtrise pas encore bien en composite classique à froid et nous avons besoin de cette spécificité pour les nouveaux avions. »
ASI : C’est un challenge osé, concernant un pan important de l’industrie en Aquitaine. Pensez-vous que les entreprises vont pouvoir bien gérer ce changement ?
Pour la Défense et le spatial nous avons des entreprises qui produisent des pièces pratiquement uniques, car dans ces domaines on ne raisonne pas en terme de série, ni d’économie. Mais c’est le transfert sur le civil que nous voulons réussir et sur lequel nous travaillons, pour le diversifier vers l’automobile, le train et le naval, métiers qui ont besoin de cette technologie. Il est vrai que travailler de l’alu et des composites ce n’est pas la même chose.
Nous sommes en présence de deux entreprises différentes, les prix ne se calculent pas pareil, les gestes ne sont pas les mêmes etc… Ce n’est pas que la matière qui change. C’est pour cette raison que nous avons mis en place un programme « l’Action Commute » que nous menons en partie avec l’UIMM (Union des Industries de la métallurgie et de la mécanique). Nous avons fait appel à candidats, PMI, pour la mutation ; nous avons 24 entreprises pour l’instant, divisé en trois groupes de travail suivant un programme déterminé. Cela commence par une initiation pour les chefs d’entreprise : Qu’est ce que les composites ? De quoi parle-t-on ? Les familles de matériaux, les applications, les marchés qui sont derrière, les technologies, tout cela pour démystifier et mettre du concret derrière les mots.
Actuellement nous terminons ces formations. Il y a ensuite un travail en tête-à-tête avec chaque chef d’entreprise pour connaître sa stratégie par rapport à ce qu’il sait maintenant, s’il veut y aller et sur quel projet. Qu’est ce qui l’intéresse ? Garder les mêmes clients avec des offres différentes, ou changer de clients avec des offres nouvelles ?… Tout un tas de questions auxquelles il lui faudra répondre.
Beaucoup de stratégies qu’il faut respecter et pour lesquelles nous sommes prêts à les aider. Pour ce faire nous avons mis un point un passeport pour chaque entreprise, par rapport à son besoin et à son projet. De fait, il y aura un dispositif d’aides qui pourront porter sur l’agrandissement d’un bâtiment technique, sur de la formation, ou encore sur l’embauche de cadres ou sur du tutorat. Les grandes entreprises pourront ainsi mettre à disposition des PMI des ingénieurs pour parfaire les formations du chef d’entreprise en terme d’usinage, de gestion et autres.
Tous ces dispositifs leur permettront d’entrer plus facilement dans le monde des composites, avec à la carte un mode d’accompagnement spécifique pour chacun. Naturellement, il y a aussi les besoins financiers que la Région suivra attentivement, car il faudra impérativement investir. Il faut comprendre que pour créer une vraie filière performante dans ce domaine, il faudra environ dix ans, mais le challenge du composite en vaut la peine, car c’est l’enjeu des trente prochaines années ; il est donc important de bien le préparer. L’université de Bordeaux 1, qui est la première de France en ce qui concerne les matériaux, a fait toute la cartographie de ces formations matériaux et composites, elle a remis un peu en ordre les filières, en tenant compte des lycées techniques et jusqu’au Master, pour préparer des cycles de formations de spécialistes de haut niveau à ces métiers.
Grâce à ce travail, nous nous sommes aperçus qu’il y avait une lacune au niveau des BTS. Aussitôt un investissement au Lycée Dejean Mestrade a été fait, un bâtiment payé par la région, de plus un travail est en train de se faire à travers l’Education Nationale, le Rectorat et l’Université pour avoir cette formation agréé à la rentrée. Ainsi les étudiants auront la chaîne de formation complète et passeront progressivement, BP, BTS, Ingénieur etc… »
Il faut se donner les moyens de réussir une tel challenge et la Région Aquitaine a une réelle envie de peser dans le domaine de la technologie et du savoir-faire dans l’industrie des composites. La volonté et l’union de toutes les institutions pour accrocher ce challenge d’intérêt général semble réunis, il ne reste plus qu’à transformer l’essai. Aérosolutions a bien rempli son rôle de Salon de relations d’affaires et de business au bénéfice du développement de l’Aéronautique…