ITER, les grands travaux du siècle ont commencé
Les mois de novembre et de décembre 2007 ont vu leurs espaces occupés par le projet phare qui s’installe, enfin, sur le territoire de notre région. En effet, ce monument mondial de la recherche est actuellement en train de se mettre en marche en mobilisant l’intérêt d’une multitude d’entreprises, grandes et petites, à l’affut de l’appel d’offre qui pourrait lui correspondre et qu’elle espère justement enlever. Le projet « ITER », dont nous parlons, entre dans une phase importante de son existence : La naissance effective. Le coup d’envoi officiel a été donné le 7 novembre, avec la signature de l’accord de siège, entre le gouvernement français représenté par la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Valérie Pecresse, et l’organisation internationale « ITER Organisation » représenté par son Directeur Général Kaname Ikeda.
Cet accord vient formaliser l’implantation officielle de la structure ITER et de son projet de Fusion à Cadarache. L’accord de siège défini juridiquement le statut de l’Organisation Internationale en France et ses modalités de coopération avec les autorités françaises, ainsi que les privilèges et immunités que l’Etat français accorde à celle-ci et aux personnes qui y exercent leurs activités, (notamment les principes d’inviolabilité des bâtiments, les immunités de juridiction et d’exécution, l’exemption de taxes sur les biens importés ou exportés…)
En charge pour l’organisation internationale de s’engager à respecter les règlementations nationales, applicables en matière d’hygiène, de conditions de travail, de respect de l’environnement et de sureté nucléaire.
Cela étant, la Ministre a déclaré à cette occasion, « Cet accord de siège est une promesse et une déclaration de bienvenue, qui exprime la joie profonde et l’immense fierté que ressent la France à l’idée d’héberger sur son sol, ce qui est sans doute l’un des projets les plus ambitieux que l’humanité ait jamais porté. » Si elle a également insistée sur les progrès scientifiques et technologiques réalisés par les équipes de recherche de chaque pays, elle n’a pas oublié les collectivités locales de l’ensemble de la région Provence Alpes Côte d’Azur qui ont toujours accepté d’accueillir et de soutenir très fortement l’implantation de ce grand projet.
En dehors de cette manifestation officielle, il y a maintenant deux points importants qui se font jour. Le premier, c’est celui dont tout le monde parle, l’impact économique que les travaux vont susciter pour toute la région Provence Alpes Côte d’Azur et même pour l’ensemble des pays participants.
Le deuxième, c’est celui que l’on ne mesure pas vraiment, l’accueil véritable du projet sur le site et l’évènement, en termes de grands travaux, qu’il représente. Et pourtant, c’est à la mesure du projet lui-même qui, ne l’oublions pas, s’attaque à reproduire l’énergie produite par le soleil grâce à la technologie.
Des travaux pharaoniques
Le soleil est une image qui correspond bien à tout ce qui a été entrepris par les humains pour l’honorer, des Incas jusqu’au Egyptiens en passant par les Aztèques, les peuplades Indo Européennes, les peuples de la mer et celui du grand Nabuchodonosor, on ne peut les citer tous, cet astre souverain reste celui que tous respectent et vénèrent.
Chacun a interprété cette admiration en créant des temples et des monuments aussi gigantesques que la foi en l’astre souverain était incommensurable. De la construction au Pérou de Machu Picchu par les Incas, aux grands jardins de Babylone, des grandes pyramides d’Egypte à la tour de Babel, qui dit-on pouvait accueillir les peuples du monde, cette admiration s’est traduite par d’immenses travaux. Il en va de même pour l’installation des infrastructures ITER à Cadarache.
En effet, rien que le nivellement de la plateforme où sera construite l’installation de recherche qui débutera à partir de février 2008 va changer complètement l’aspect des 40 hectares du site primitif. Près de 2,3 millions de mètres cube de terre et autres matériaux seront déblayés par force Bulldozer. Là où sous la grande Egypte ont aurait contraint plusieurs centaines de milliers de personnes à creuser et à transporter pour réaliser ce prodige en dix ans peut être, le temps n’ayant pas la même importance.
Près de 1,2 millions de mètres cubes de matériaux non valorisables seront stockés dans une zone de près 11 hectares créée à cet effet dans le vallon de Longcamp à l’intérieur du site. Cette zone sera remodelée à l’issue des travaux de viabilisation et revégétalisée ; elle fait actuellement l’objet d’une étude paysagère qui a été engagée. Le reste, près de la moitié des 2,3 millions de m3, pourront être réutilisés en remblais au fur et à mesure des besoins du chantier. Le chantier disposera d’un aménagement impressionnant de matériel, notamment de quatre installations de concassage d’une capacité de production allant de 400 à 700 tonnes par heure, chargés de traiter les matériaux extrait du terrain prévu pour la plateforme ITER, constitué en grande partie de calcaire.
Les granulats produits seront ensuite utilisés en remblais de masse, pour la préparation des pistes de circulation ainsi que pour la fabrication du béton. Quatre centrales à béton seront aussi présentes sur le site, chacune aura une capacité de production d’environ 600 m3 de béton par heure. Le béton qui sera fabriqué sur le site, grâce à la valorisation des matériaux, sera utilisé pour réaliser des poteaux, des poutres, planchers, murs extérieurs de bâtiment …
Tout cela dans un respect parfait de l’environnement, car des mesures spécifiques seront mises en œuvre sur le chantier dans le cadre de la politique environnementale définie par l’Agence ITER France. Celle-ci comprend entre autre, la mise en place de systèmes de recyclage des eaux, de nettoyage des installations et véhicule de chantier, aires de stationnement équipées de systèmes de récupération des eaux de pluie et des hydrocarbures, de politique de tri à la source des déchets et bien d’autres prérogatives qui vont dans le sens de la préservation de la nature.
Les arbres aussi ont été respectés, puisqu’un nombre important d’essences ont fait l’objet d’une protection immédiate pour ne pas être victime des travaux. Il faut savoir que 70 hectares ont été défrichés de janvier à mars 2007 et qu’une deuxième phase est prévue sur une vingtaine d’hectares environ en 2008, toujours en phase avec les spécialistes de l’environnement, la direction régional de l’environnement, la direction départementale de l’agriculture et de la forêt, l’office national des forêts et le groupe chiroptères de Provence. Dans ce cadre, près de la moitié du site, qui est d’environ 180 hectares au total, sera préservée des opérations de défrichement.
Quand on découvre l’immensité de ce chantier, on peut imaginer ce que furent les pharaoniques travaux qui ont conduit à la réalisation des plus grands monuments de la planète. C’est là aussi que l’on se rend compte des progrès de la civilisation. Combien aurait-il fallut de bras aux grands constructeurs de l’antiquité pour arriver à délivrer une œuvre de ce calibre en près de deux ans, pour permettre aux équipes qui construiront le Tokamak ITER de pouvoir commencer à partir de 2009 ? La réalité nous démontre que les grands travaux se réalisent encore, que la technologie permet des avancées permanentes. Que dire, si non que cela se passe en France et pour être plus précis, sur le territoire de la région Provence Alpes Côte d’Azur, avec le concours d’une grande partie du monde.
Un impact économique qui se précise
La grande réunion du « ITER Business Forum 2007 » qui s’est déroulée du 10 au 11 décembre 2007 à Nice dans les Alpes Maritimes, a confirmé l’intérêt de l’ensemble des acteurs économiques internationaux pour ce projet. Près de 1300 personnes étaient attendues pour suivre cette manifestation, et elles sont venues. Le Palais Acropolis était en effervescence, l’exposition qu’il accueillait au premier étage rassemblait les plus grandes sociétés internationales et les PME dans un mélange qui laisse augurer une collaboration certaine.
Les conférences, dispatchées dans les différents amphithéâtres que comporte Acropolis, qu’elles soient scientifiques ou institutionnelles le premier jour, plus axées sur la problématique industrielle le lendemain, ont fait courir tout le monde.
Si d’un certain côté il y avait des allures de Grand Messe, de l’autre l’approche concrète de l’immensité des travaux et de la tâche à accomplir en terme de construction et l’impact économique induit pour les entreprises, n’a pas échappé à celles-ci, venues nombreuses pour l’occasion.
Cette manifestation à été l’occasion de présenter aux participants la nouvelle version du site www.iterentreprises.com qui devrait devenir le lien privilégié de tous ceux qui souhaitent travailler sur le projet ITER, que ce soit pour les entreprises qui veulent répondre à des appels d’offres, ou pour ceux qui pourraient y trouver l’opportunité de décrocher un emploi.
Ce site, développé à l’initiative de la Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie de Provence Alpes Côte d’Azur, fut présenté par son président Claude Cardella, qui a bien appuyé, pendant sa présentation sur l’intérêt que représente cet outil de développement économique pour nos entreprises, qui par sa convivialité et son interactivité est un véritable accélérateur de business au service des acteurs économiques du territoire.
Il a en outre annoncé que la version anglaise du site était en voie de réalisation. Jean Pierre Mascarelli, conseiller des Alpes Maritimes, a souligné tout l’intérêt de son département pour le projet ITER, confirmant son attachement à sa réussite et à son apport en terme de promesse économique pour le territoire des Alpes Maritimes.
Le directeur général ITER Organisation, Kaname Ikeda, a exprimé toute la confiance qu’il a dans le déroulement de sa mission et dans la collaboration qu’il souhaite entretenir avec l’ensemble des acteurs, économiques et institutionnels.
Bernard Bigot, représentant de la France pour ITER, a pour sa part bien conduit les débats et en partie servi d’interprète en anglais pour les participants, mais il a quand même trouvé le temps d’expliquer, très concrètement, les tenants et les aboutissants de la recherche qui allait être entreprise sur le site ITER à Cadarache et l’enjeu auquel ce projet était lié.
Cette réunion nous a permis de faire la connaissance du nouveau directeur de la Mission ITER, Colin Miege, que nous aurons certainement l’occasion de rencontrer à Cadarache.
Cette manifestation, par son importante fréquentation, a permis de faire comprendre que le projet ITER était maintenant sur les rails, en phase de concrétisation, a nos entreprises de ne pas se laisser surprendre, car il y a du monde sur la ligne … Attention au départ !