Semaine économique de la Méditerranée
Médinnov émerge comme réseau euro-méditerranéen de l'innovation
« Savoir et savoir faire ne suffisent plus. Il faut savoir entreprendre »... « L'exode des intelligences devient de plus en plus incontrôlable »... Les acteurs des deux rives ont échangé sans utiliser la langue de bois lors du colloque du réseau Medinnov. Pour sa 3e édition, il s'est réuni dans l'immeuble MDI (Maison du Développement Industriel) du technopôle Marseille Provence à Château-Gombert, le 20 novembre 2007, dans le cadre de la semaine économique de la Méditerranée (à Marseille, du 19 au 24 novembre 2007). Malgré les grèves nationales de transporteurs qui ont contrarié son déroulement, cet événement annuel est resté sur de bons rails et son succès ne s'est pas démenti. Selon ses organisateurs, le « Manifeste de Château-Gombert », approuvé à l'issu du colloque par plus de vingt signataires des deux rives, fait émerger Medinnov comme « réseau euro-méditerranéen de l'innovation. »
Quelques 115 acteurs publics et privés, originaires des pays du Bassin méditerranéen (Maroc, Tunisie, Algérie, Jordanie, Iran, Italie et France) étaient au rendez-vous l'après-midi (un peu plus de 80 le matin). Représentant des universités, industries, technopôles, agences de promotion des investissements, incubateurs, pôles de compétitivité, sociétés de capital risque et start-up, ils sont venus confronter leur expérience de la mise en place de la politique d’innovation sur leur territoire respectif et échanger les bonnes pratiques.
On a assisté à un colloque marqué par quatre temps forts : enjeux des jeunes diplômés en Méditerranée ; outils de financement des phases d’amorçage de l’innovation ; enjeux de l’innovation pour les territoires : technopôles et pôles de compétitivité / clusters; enjeux de la société de la connaissance.
Les thèmes retenus étaient judicieux mais on aurait aimé les voir d'avantage aborder en public par des hommes et des femmes ayant acquis sur le « terrain » une véritable expérience de l'entreprise et moins par des « institutionnels » ou des « universitaires », quelques soient leurs mérites et leurs talents de communicateurs.
Fondé le 14 avril 2005 par Marseille Innovation (dispositif d’accompagnement à la création d’entreprise des technologies) et par le Réseau Euro-Méditerranéen des agences de promotion des investissements (ANIMA-AFII), le colloque Medinnov semble pourtant promis à un bel avenir... C'est un véritable lieu d'échanges entre les acteurs des deux rives, alors ne boudons pas notre plaisir en faisant trop la fine bouche.
Savoir et savoir faire ne suffisent plus... Il faut savoir entreprendre
« Enjeux des jeunes diplômés en Méditerranée », ce panel était modéré par Léo Vincent, directeur des Relations Internationales de l’intergroupe Ecoles Centrale et Président du RMEI (Réseau Méditerranéen des Ecoles d’Ingénieurs). Lotfi Hamdi, Responsable des Relations Internationales, Marseille Innovation en était le rapporteur.
Mohamed Ben Abdallah, a présenté l'API (Agence de Promotion de l'Industrie) Tunisie dont il est le directeur général. Puis, Salem El Mekki, journaliste, écrivain, président de l’OTEF (Organisation Tunisienne de l'Education et de la Famille ) a fait ressortir dans un exposé remarquable de concision, limpide, passionnant de bout en bout, que « le savoir et le savoir faire ne suffisent plus. Il faut, par dessus tout, « savoir entreprendre ». Or dans nos pays, en particulier méditerranéens, on ne sait pas, ou moins qu'ailleurs, « innover, prendre des risques, être pro-actif. » Ces qualités font défaut chez la majorité des jeunes diplômés.
Il en détaille les causes et propose un coaching rapproché - quasi individualisé. Il souhaite qu'on invente des mécanismes d'assurance solidaire pour soutenir les cas d’échec qui sont « réels » et, selon lui, « inévitables. »
Relever le défi de l’emploi des jeunes diplômés revient « à relever le défi de l'esprit entrepreneurial» et remettre en cause notre conception de l'échec.
Lui succédant à la tribune, Ahmed Tamtaoui (Responsable Scientifique) a présenté le RESIN (RÉseau d'INcubateurs d'entreprises) de l'INPT (Institut National des Postes et Télécommunications) de Rabat.
L’exode des intelligences devient de plus en plus incontrôlable
Sur le thème « Attractivité & Diaspora », Amar Kaddouri (ANIMA Investment Network) a su mettre en exergue par des exemples percutants le rôle de la migration dans le développement économique des pays développés (USA, Europe, Canada) surtout avec l’explosion du marché des TIC (Technologies de l'Information et de la Communication). « En Israël la présence de chercheurs de haut niveau, accentuée par l’arrivée de savants russes a contribué aux développement des Hautes Technologies, tandis que la Diaspora juive ouvre aux industriels israéliens des réseaux difficiles d’accès. »
« L’exode des intelligences devient de plus en plus incontrôlable. L’enjeu: réduire l’impact de ce phénomène, voire en bénéficier. L’idée: considérer ce phénomène comme un réservoir d’expertises établies à l’étranger plus qu’une perte irréversible et définitive pour le pays. »
Depuis les années 80, les transferts des migrants sont admis comme un levier important de croissance pour l’économie. Les chiffres publiés par la Banque Mondiale sont éloquents: le montant des transferts de fonds de migrants : 100 milliards USD par an en 1990, 105 en 1995, 123 en 2004. 1.000 USD par migrant et par an.
Les transferts des émigrés représentent la 2ème source de revenu externe des pays émergents, juste après les IDE (investissements directs à l'étranger). Leur montant est de beaucoup supérieur au montant de l’aide au développement !
Puis, le colloque s'est penché sur les outils de financement des phases d’amorçage de l’innovation. Modérateur : Sylvie Leaute, responsable partenariats internationaux, Oseo Anvar. Rapporteur : Emmanuel Noutary, ANIMA Investment Network – Medibtikar.
Abdessalem Mansour, président directeur-général de la BFPME (banque de financement des petites et moyennes entreprises) a passé en revue les moyens de financement de l'innovation en Tunisie. Au sommaire : problématique du financement des PME; création d’un fonds d’amorçage; création d’une Banque pour les PME; le rôle de la BFPME dans le financement des projets TIC; la BFPME partenaire des projets technologiques.
En traitant des « Outils de financement des phases d'amorçage de l'innovation (sur fonds propres en Tunisie), Salma Dinia, responsable Cellule d'animation RMIE (Réseau Maroc Incubation et Essaimage) a mis en exergue le rôle socio-économique grandissant de l'université marocaine dans le démarrage du RMIE.
Les Business Angels donnent des ailes aux projets innovants
Arnaud Schleich, vice-président du réseau marseillais Provence Business Angels, nous a fait partager sa passion pour « une activité qui investit d'abord sur des personnes physiques, des entrepreneurs, des hommes et des femmes qui se battent pour leur entreprise. »
Les Business Angels apportent une réponse au manque de capital risque, identifié par les entrepreneurs européens comme la deuxième source de difficulté financière (étude EBAN). Ces particuliers disposent de moyens financiers et d'une bonne connaissance de la gestion des entreprises ; ils investissent directement et personnellement dans de petites et moyennes entreprises, le plus souvent au stade initial de développement. Ils recherchent en général une proximité géographique (projet proche de leur lieu de résidence, dans un rayon de 100 km au plus) et une proximité "personnelle" avec le secteur d'activité et le porteur de projet qu'il peut avoir rencontré au cours d'un café, d'un cocktail, d'une réunion... d'un colloque. Souvent chef ou ancien chef d'entreprise, le Business Angel a entre 40 et 70 ans, ce n'est ni un philanthrope ni un risque tout, mais un homme avisé qui veut faire fructifier son investissement en intervenant en priorité dans le secteur des hautes technologies, dès l’amorçage du projet.
Aux États-Unis, où ils ont vu le jour, 250 000 Business Angels investissent chaque année entre 10 et 20 milliards de dollars dans plus de trente mille entreprises (source : André Jaunay, Guide de l'initiative économique, 1998). En Europe, une étude récente montre que ce sont de 10 à 20 milliards d'euros par an qui sont susceptibles d'être apportés.
Si les États-Unis sont depuis longtemps les champions incontestés du domaine, le modèle du Business Angel a mis plus de temps à émerger en France, comme le souligne L’European Business Angel Network. Différence de culture entre les deux rives de l'Atlantique, sans doute, mais en France les choses commencent à bouger dans le bon sens. Le chercheur ne se condamne plus à une carrière « stérile » de fonctionnaire (du moins pour l'économie du pays qui en attend mieux) mais songe enfin à valoriser sa recherche en créant une entreprise, tout en conservant un lien avec le service public.
Dans le Sud-Est, les Business Angels s'appuient sur quatre réseaux : Sophia Business Angels, le plus ancien ( créé en 2002 à Sophia Antipolis à l'initiative, encore une, du sénateur Pierre Laffitte, ce réseau est constitué pour moitié de personnalités françaises, et pour l’autre moitié de personnalités européennes); Méditerranée Investissements (club d’investisseurs basé à Nice); Provence Business Angels à Marseille et Sud Angels à Montpellier, ces deux réseaux ont vu le jour en 2006. Tous tissent des liens étroits avec les structures publiques d'accompagnement au développement des entreprises, Paca Entreprendre, Oséo-Anvar, la Drire, Vivéris...
Succédant à Arnaud Schleich, le Docteur Walid ELTURK (Directeur du HCST) a disserté sur « The Higher Council for Science and Technology », suivi par Raphaël Botiveau (Anima) qui a présenté au colloque l'Observatoire des Fonds d'Investissement en MEDA (MIFA)
Medinnov, un réseau informel et ouvert
Pendant la période qui a précédé la semaine économique de la Méditerranée, Lotfi Hamdi, responsable du département international de Marseille Innovation et véritable cheville ouvrière du colloque, a annoncé l'intention de porter de 118 à 200 le nombre d'acteurs de Medinnov, pour pérenniser et structurer les échanges, et constituer un véritable « Réseau Euro méditerranéen de l’Innovation ». Même si le chiffre des nouveaux entrants n'est pas atteint (les grèves y sont sans doute pour quelque chose), la dynamique est sauve. Le réseau euro-méditerranéen prend corps et les organisateurs ont vu avec satisfaction quinzaine acteurs du colloque approuver « le manifeste de Château-Gombert », une véritable charte des entreprises de l'Euro-Méditeranée. portant à ce jour à vingt le nombre de ses signataires.
« Notre réseau est avant tout informel et ouvert, nous a précisé Lofti Hamdi... Et nos manifestations ne se limitent pas à la rive nord. Nous organisons régulièrement des rencontres en Tunisie, Maroc et Algérie, dans le but de favoriser les échanges entre jeunes du sud qui maîtrisent un savoir-faire et jeunes du nord qui ont des marchés. Baptisées e-3M (comme multimédia, méditerranéen, monde), ces rencontres permettent de monter des partenariats technologiques, de créer des entreprises mixtes avec l’appui des collectivités et des gouvernements».
Marseille-Paca, carrefour euro-méditerranéen privilégié
Médinnov 3 s'est déroulé cette année dans le cadre de la « Semaine Économique de la Méditerranée », un événement phare de l'Euro-Méditerranée. Cette rencontre fait partie de ces 23 « événements » majeurs qui ont permis aux économistes, experts, entrepreneurs, élus et responsables publics locaux et nationaux du Bassin méditerranéen, voire du Nord de l'Europe, d’aborder dans la métropole phocéenne les grandes questions qui conditionnent la consolidation du partenariat méditerranéen et l’intégration économique régionale.
Avec Medinnov, on repart avec la conviction renforcée que Marseille et la région PACA sont les lieux privilégiés du dialogue et de l'action entre l'Union européenne et la Méditerranée.
Le colloque Medinnov à Alger en 2008
Pour l'organisateur-fondateur Christian Rey, président de Marseille Innovation, ce colloque participe à la « Méditerranée de l'intelligence ». Un concept qui transcende les frontières et prouve, selon lui, « la volonté partagée des acteurs de l’innovation d'œuvrer ensemble pour construire un grand réseau Méditerranéen capable de jouer un rôle d’envergure dans la mondialisation des technologies tout en permettant de résoudre la question de la fuite des cerveaux et, par là même, donner les moyens d'effectuer la mise à niveau du tissu industriel existant. »
Le colloque Médinnov manifeste aussi la volonté d'hommes et de femmes responsables, chefs ou cadres d'entreprise ou d'association, responsables élus ou administratifs, d'ériger pour tous leurs concitoyens une grande zone de paix, de prospérité et de stabilité sur les rivages de la Méditerranée. Médinnov 4 devrait se tenir à Alger en 2008.