26ème sommet franco-italien de Nice : l’Union de la Méditerranée au cœur des débats
Le 30 novembre dernier à Nice, le Président de la République, M. Nicolas Sarkozy accueillait M. Romano Prodi, Président du Conseil des Ministres de la République italienne, dans le cadre du bicentenaire de la naissance à Nice de Garibaldi, héros des deux mondes et unificateur de l’Italie. Au programme, de nombreuses discussions portant sur les enjeux prioritaires en matière d’énergie, d’immigration, de transports, de défense, d’éducation et de recherche. Un 4ème forum franco-italien de la société civile présidé par M. Pasquale Pistorio et M. Antoine Berheim, nouveau co-président français s’est réuni en marge de ce Sommet pour aborder le thème de coopérations plus étroites au sein du bassin méditerranéen.
Un dialogue payant, ratifié à l’issue de ce Sommet par de nombreuses déclarations communes des deux parties dans les domainesde l’énergie, des transports, de l’immigration, de la contrefaçon, et d’une relance ensemble d’une Europe de la défense avec un partenariat dans le spatial.« Nous avons manifesté notre volonté conjointe avec le Président Romano Prodi a annoncé le Président de la République, de donner un coup d’accélérateur à la coopération économique entre nos deux pays frontaliers et l’instauration d’une force commune pour maintenir la paix et la reconstruction dans le monde sous mandat des Etats-Unis au LIBAN avec la FINUL, en Afghanistan et dans les Balkans. Nous pensons également concernant les politiques sur l’immigration au niveau européen, qu’elles devaient être harmonisées par un pacte, l’accueil et les régularisations devant relever de la responsabilité nationale de chaque pays. Plus largement, nous devons débattre de l’Avenir de notre Europe. C’est pourquoi j’ai proposé la création d’un groupe de 10 ou 12 sages, chargé de réfléchir sur ce que pourrait être le rêve européen à horizon 2020-2030. » Décision jugée sage par le Président du Conseil italien qui a ajouté non sans humour qu’il donnerait son avis après le processus de ratification du traité européen, « les sages devant montrer l’exemple et agir avec sagesse ! ».
Questionnés sur le rôle interventionniste de la Banque Centrale Européenne (BCE) pour contrer la faiblesse du dollar, leurs avis sont nuancés. Si Nicolas Sarkozy estime que L’Europe doit protéger ses citoyens sans tomber dans le protectionnisme et compte profiter de la Présidence française de l’Union Européenne, au second semestre 2008, pour faire des propositions en faveur de la moralisation du capitalisme financier, son homologue italien se montre plus réservé. « Quand je présidais la Commission européenne (de 1999 à 2004), explique M.Romano Prodi, j’ai voulu rééquilibrer l’Union vers le Sud. J’ai proposé une Banque de la Méditerranée, avec parité entre Nord et Sud, ce que le Conseil des Ministres européens de l’Economie a bloqué. Nous devons présenter un nouveau projet ambitieux à la Commission, en mobilisant un petit nombre de pays sur des projets concrets. Je pense que le moment est délicat, qu’il faut éviter les tensions et préserver surtout l’indépendance de la BCE. »
Un partenariat historique exemplaire
Les Relations entre la France et l’Italie, reposent sur un dispositif varié et étoffé : un sommet annuel franco-italien institutionnalisé en février 1982, à Rome. Le dernier s’est tenu en Toscane le 24 Novembre 2006. Il a rassemblé autour du Président de la République et du Président du Conseil, les Ministres des affaires étrangères, de la Défense, des Transports, de la Culture, des Affaires européennes et de l’Industrie. Il a permis de procéder à la signature de trois accords intergouvernementaux : un accord sur les combustibles nucléaires, la nouvelle Convention bilatérale sur le tunnel du Mont-Blanc et l’accord relatif à l’amélioration des conditions de sécurité dans le tunnel de Tende ainsi que plusieurs déclarations conjointes sur les financements innovants ou infrastructures de transport. Ce 26ème Sommet constitue la troisième rencontre officielle de Nicolas Sarkozy depuis son élection à la Présidence de la République, avec son homologue italien qu’il a reçu à Paris le 28 mai dernier et qu’il a ensuite rencontré à Rome le 24 septembre.
Des relations économiques au beau fixe
Avec 35 milliards d’euros d’exportations de la France vers l’Italie en 2006, soit 92,2 % des exportations françaises totales pour une part de marché de 9,9 % et 36 milliards d’euros d’importations, l’Italie (26100€ de PIB par habitant et 1,9 % de croissance annuel), reste notre second partenaire commercial après l’Allemagne, au sein de l’Union Européenne et dans le Monde. Les échanges sont marqués par une forte imbrication sectorielle dans tous les secteurs : industries de biens d’équipement (Michelin, Air Liquide..), de biens de consommation, services, grande distribution (FNAC-Coin ; Auchan-Rinascente), énergie, industrie automobile et agriculture (17% des exportations françaises vers l’Italie). En matière de transport, malgré des dissensions fortes entre les deux pays frontaliers sur le développement de liaisons transalpines, routières et ferroviaires, au plan stratégique et budgétaire, M. Prodi a confirmé le 13 juin 2007 l’engagement politique italien sur le principe du projet d’une autoroute ferroviaire alpine, dont le montant (soit 671,8 millions d’euros), pour la partie internationale du futur tracé a été retenu par la Commission Européenne, accord ratifié le 30 novembre à Nice.
En matière d’armement avec 10 projets communs, l’Italie est le premier partenaire de la France, notamment dans le domaine de la construction de frégates multi-missions (FREMM), des systèmes de défenses aériennes, des torpilles légères MU90. Dans le secteur spatial, un accord a été signé le 6 février 2007 à Rome pour une coopération sur des programmes d’observation et de télécommunications et lors du 26ème forum franco-italien sur la préférence européenne concernant les lanceurs. Ont été également signés des accords entre Thalès et Finmeccanica, entre DCNS et Finmeccanica pour la construction de torpilles. Enfin, des participations plus étroites entre les armées de l’air vont être développées : contribution de l’Italie à la formation des pilotes de chasse dans le cadre de la coopération franco-belge, mise à disposition d’un pôle d’entrainement pour les pilotes dans le secteur aérien Corse-Sardaigne et instauration d’un corridor de circulation commun pour les drones de combat.
Parmi les accords majeurs ratifiés lors du sommet franco-italien : signalons enfin la « Pax Elletrica » scellée entre la France et l’Italie, après plusieurs années de tensions et de compréhension. ENEL entrera donc au capital du réacteur nucléaire expérimental EPR de Flamanville à hauteur de 12,5% en investissant 360 à 380 millions d’euros. En contrepartie, le numéro 1 italien de l’énergie pourra retirer 200 mégawatts par an d’électricité d’origine nucléaire au coût de production et programmer cinq autres réacteurs de même type. D’autre part, ENEL participera à hauteur de 40 % à la construction de deux centrales EDF à gaz qui pourront produire 1500 MW d’électricité dès la fin de 2008. De son côté, EDF contrôle le numéro 2 italien de l’énergie, EDISON, à parité avec les sociétés municipales de Lombardie, qui consacrera plus de 3 milliards d’euros à l’électricité dont 1 milliard dans les énergies renouvelables et 6 milliards d’euros sur 5 ans à l’exploration pétrolière.
Bref, un Sommet fructueux gratifié d’une myriade d’accords économiques, culturels et stratégiques, de bon augure pour préparer le futur projet d’Union Méditerranéenne.